10 décembre, 2016

Bonjour

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 8:42

Vous donnez bien peu lorsque vous donnez vos biens.

C’est lorsque vous donnez de vous-mêmes que vous donnez réellement.

Khalil Gibran.

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Joseph BOUCHARD : Chants du Berry

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:17

PRÉLUDE

Dru sur tes jarrets, relève la tête !

En guise de bronze et de lauriers verts,

Ô mon vieux Berry, permets au poète

De cueillir pour toi sa glane de vers.

Plus d’amour fougueux ! plus d’ivresse molle !

Furons sans regret ce Paris menteur.

Muse, prends ta lyre, et là-bas t’envoie

Au milieu des champs à l’âpre senteur.

Va ! je te suivrai dans tes folles courses.

Aux lacs, aux halliers, aux plaines sans fin,

De l’aube indécise à l’heure des ourses,

De la nuit sereine au frileux matin.

Va ! le printemps bout sous l’écorce chaude.

Les prés ont verdi, l’Avril est venu.

Au soleil du bourg, il chante et taraude

Le charron nerveux au torse tout nu.

Va ! la brise douce a courbé les seigles.

Les bois sont remplis de merles siffleurs.

Le ciel est rayé par le vol des aigles.

L’horizon est bleu, la nature en fleurs.

Va ! les jours suivront des moissons fécondes.

Où, l’acier courant dans les épis mûrs,

Et privant le sol d’immensités blondes,

L’or s’entassera jusqu’en haut des murs.

Car l’or c’est le blé, le blé mis en gerbe,

Le blé qu’on engrange au pas lourd des bœufs,

Le blé qui descend, sans aucun brin d’herbe,

De la pente raide au chemin poudreux.

Va ! muse, gravis le flanc des collines,

Où la vigne grimpe à l’abri des vents,

Où, sous le baiser des brises câlines,

Le pampre se teinte aux soleils levants.

Va ! l’automne tiède aura ses agapes,

Dans la hotte neuve du vigneron,

Tu verras jaillir le bon jus des grappes

Que traîne à la cuve un noir percheron.

Puis viendra l’hiver au front morne et pâle.

Adieu les bourgeons, les blés, le raisin !

Sous le choc rythmé du fléau d’érable

L’aire sera grise de sarrasin.

Et, le soir, assis en rond devant l’âtre,

Les durs paysans prendront du repos,

Tandis qu’au dehors la neige d’albâtre

Tendra son linceul parmi les enclos.

Alors, notre tâche à nous étant faite,

Au Berry natal nous dirons adieu,

Toi la conseillère et moi le poète,

Fiers, par le travail, d’avoir prié Dieu.

Joseph BOUCHARD (1870-1907).

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9 décembre, 2016

Charles NEUHAUS : Qu’est-ce que le soir ?

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:16

Le soir, c’est le silence auquel rien ne déroge

Sous le regard lointain des mondes constellés ;

C’est le recueillement du cœur qui s’interroge

Comme les infinis devant lui déroulés.

C’est la splendeur des deux, c’est leur mansuétude,

Qui se répand en lui comme un baume d’en haut ;

C’est une heure de paix, c’est la similitude

Du bonheur éternel qu’il goûtera bientôt.

Le soir, c’est l’harmonie ineffable et divine

Des sphères qui s’en vont dans les pures clartés,

Ces sons qu’on n’entend pas, mais que l’âme devine,

Et qui sont la musique offerte aux rachetés.

Le soir, c’est la beauté de Dieu qui se découvre

Et dont la gloire émue éclate en traits de feu ;

C’est une effusion d’amour du ciel, qui s’ouvre, –

C’est l’invitation à te parler, mon Dieu !

Charles NEUHAUS (1867-1877), suisse.

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8 décembre, 2016

Edgar BONEHILL : Bals de Noël

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:16

I.

NOËL neigeait.

Grinçant sur le gel, éveillant le soir à la clarté pâle de ses lanternes fuyantes, le coupé l’emportait. C’était exquis cette course vers le plaisir ; elle rêvait à toutes les joies de tantôt, l’œil mi-clos vers le noir de la vitre que des flocons lamaient de blanc ; la tête reposait sur le capitonné doux, bercée au roulement uniforme, plus noire ainsi, sous la pâleur des dernières roses ; un long châle enlaçait de plis larges la svelte tombée de satin, la blanche robe de bal.

La jeune fille songeait qu’elle serait ainsi, bientôt, au grand jour, sous le voile d’épousée et les fleurs d’oranger : et du rose lui venait aux joues, le front battait, un peu fiévreux.

Il était là, lui, à l’attendre, à ce bal ; c’était si doux de penser que les valses l’emporteraient à son bras ; ils parleraient de l’avenir, s’oublieraient à cueillir les fleurs d’espoir ; on l’envierait belle et rieuse, aimée. Aimée ! c’est si doux de l’être, d’y penser, de le dire tout bas, dans une rougeur.

Tantôt, il ferait grisant dans l’air tiède et alanguissant de la grande salle joyeuse, dans l’or des lustres et les frémissements de l’orchestre.

II.

C’est moins joli, Noël, sans neiges.

Dans la chambre chaude, devant une psyché large où se joue une flamme vive du foyer, la rêveuse mire le bleu de sa robe de bal.

La glace claire ment donc ? Elle voile d’ombres ce grand œil qui devrait briller comme les feux du candélabre là-devant. Elle ment ? Le sourire est mort sur ces lèvres où devraient nicher les baisers. Elle ment ? Une ride noire raie ce front où voudrait rosir la fleur des vingt ans. Elle ment ! La robe de plaisirs chante un poème triste ; ces couleurs de printemps pleurent comme un effeuillement de novembre, ce satin clair pleure comme un deuil de veuve.

Il y a un an, c’était ce bal : elle y volait radieuse, alors que l’amour lui fredonnait au cœur comme une joyeuse abeille d’or. Et maintenant c’est comme un cercueil son cœur. Elle ne veut pourtant pas pleurer les souvenirs qui y dorment. – Et peut-être que lui, l’insoucieux, folâtrait sans souvenirs, l’oubliant comme un serment !

Ne voulant pas pleurer, donc, jetant de l’orgueil sur les ruines de son âme, se souvenant qu’elle allait danser pour braver le monde et les regrets, la belle inconsolée se sourit dans la psyché.

Prête au départ, elle se drapa dans la mantille à fourrures blanches, serra l’éventail nacré à sa ceinture, ajusta au doigt le dernier bijou qui fit courir un scintillement vers la glace.

La porte s’ouvrit : on apportait le courrier, tardif, ce soir. Il y avait deux lettres de part, l’une rose, comme un sourire détachant les lettres d’or d’un nom d’enfant, en biais : c’était une naissance.

Et distraitement la jeune fille saisit l’autre, la grande enveloppe à larges bords noirs endeuillés. Elle lut.

De grosses larmes la suffoquent et roulent comme des perles sur le satin surpris.

Et maintenant la psyché ne ment plus : agenouillée sur son prie-Dieu la triste enfant pleure et sa robe est noire ; la bleue de tantôt est là qui rêve aussi, très mélancolique sur le velours rouge du sopha.

Elle n’ira pas au bal, mais à la messe de minuit, et là-bas, dans l’ombre d’une nef, sous les bras du grand Christ souffrant, elle priera pour le mort.

Edgar BONEHILL (18..-19..), belge.

 

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7 décembre, 2016

Franz FUNCK-BRENTANO : Le beau Noël du roi Henri

Classé dans : lecture, ecriture — unpeudetao @ 5:14

La Ligue, formée de catholiques exaltés, sous la direction du beau et vaillant Henri de Guise le Balafré, était entrée en lutte armée contre le roi Henri III qu’elle estimait trop favorable aux huguenots. Le roi de France, menacé sur son trône, fit mettre à mort le Balafré au château de Blois. Nous sommes en décembre 1588. Meurtre qui donna une intensité nouvelle à l’insurrection. Le roi Henri en vint à nouer alliance avec son cousin le roi Henri de Navarre qui était le chef même du parti réformé. Les deux Henri avaient donc uni leurs forces et s’étaient installés sous les murs de Paris dont ils faisaient le siège : la grande ville était le plus ardent soutien des Ligueurs. À Saint-Cloud, un moine fanatique, Jacques Clément, parvint à s’introduire dans la tente du roi, sous prétexte de lui apporter des renseignements utiles concernant la ville assiégée. Henri III était assis, un manteau sur les épaules. Jacques Clément, d’un violent coup de couteau, le frappa dans le bas-ventre. Le chirurgien de la cour accourut. Henri III s’était levé, il avait arraché l’arme de la plaie et tenait ses entrailles dans ses mains. Il devait expirer le lendemain matin, mais, avant de mourir, il avait encore désigné pour son successeur au trône le roi Henri de Navarre qui, effectivement, descendant en ligne directe de saint Louis par son père Antoine de Bourbon, se trouvait son plus proche héritier ; mais en ajoutant qu’auparavant son cousin devrait se convertir au catholicisme.

En ces tragiques circonstances se produisit, au premier moment, un mouvement d’enthousiasme autour du nouveau roi ; mais, dès le lendemain, nombre de ces élégants gentilshommes et vaillants capitaines s’étaient repris. Henri IV « voyait en même chambre, comme le répète l’un des assistants, les mêmes personnages qui, la veille, l’avaient acclamé, enfonçant leurs chapeaux ou les jetant à terre, fermant le poing, complotant, se touchant la main, faisant vœux desquels était la conclusion : plutôt mourir de mille morts que de souffrir un roi huguenot ».

Henri se trouvait roi de France, roi d’un royaume à conquérir.

La plupart des gentilshommes qui se trouvaient auprès du monarque l’abandonnèrent ; le duc d’Épernon donna le signal de la défection et retourna en son gouvernement d’Angoulême ; le marquis de Vitry passa effrontément à l’ennemi et rejoignit dans Paris les soldats de la Ligue. L’armée royale, en quelques jours, fondit de moitié. Il ne pouvait plus être question de maintenir le siège de Paris. Avec les dix-huit ou vingt mille hommes qui lui demeuraient fidèles, Henri IV se replia sur la Normandie, la province de France qui lui témoignait le plus sûr attachement.

On sait la valeur du bon roi Henri IV :

seul roi de qui le peuple ait gardé la mémoire. dit le vers si connu d’un poète peu connu, Gudin de La Brennellerie. Il était grand homme de guerre, vaillant, enthousiaste, avec le don de communiquer son ardeur à ses entours, à ses soldats.

Et voici les journées victorieuses d’Arques et d’Ivry-sur-Eure, cette dernière, la victoire du noble prince, demeurée la plus populaire : le panache blanc lui-même, dont le roi avait orné son chapeau en signe de ralliement à ses troupes, se trouve, pour une fois, jolie légende et vérité historique.

Après quoi Henri IV ramena ses soldats devant Paris, Paris sa bonne ville, capitale et cœur du royaume, sans laquelle il ne pouvait régner. La population était fanatisée ; il s’agissait de proclamer le cardinal de Bourbon roi de France sous le nom de Charles X.

Le roi s’était emparé des faubourgs de la ville ; mais les remparts, ceints de fossés profonds qu’emplissaient les eaux de la Seine, lui opposaient un obstacle qu’il se trouvait impuissant à franchir. Du haut des tours – à cette époque, il y en avait trois – de l’église de Saint-Germain-des-Prés, son regard pouvait plonger dans la ville : il y voyait se dérouler des processions accompagnées d’un appareil impressionnant, où le Saint-Sacrement brillait, encadré de moines en robe de bure, morion en tête, mousqueton sur l’épaule, épée au côté. Les Parisiennes assiégées déclaraient qu’elles préféreraient manger leurs enfants que de se laisser gouverner par un roi huguenot.

Et le bon roi Henri de s’en retourner mélancoliquement en Normandie.

Il s’était campé en un modeste village des environs d’Évreux, avec quelques amis dévoués, dont le baron de Rosny, plus tard duc de Sully. On était en décembre ; la neige couvrait la plaine comme d’un grand drap blanc que les corbeaux piquetaient de petites taches noires. Le roi s’entretenait, tout en déambulant par les rues silencieuses, particulièrement avec Sully, qu’il avait pris en affection depuis la journée d’Ivry, où son fidèle compagnon avait été criblé de blessures. Quels conflits dans son cœur entre ses sentiments divers ! Il aimait son peuple de l’amour le plus profond, mais il n’était pas moins attaché à ses croyances, que sa mère lui avait inspirées en son jeune âge, l’âge où les sentiments ont une intensité, une pureté, une beauté qui leur donnent force à traverser toute une vie ; lumineuse aurore dans un ciel matinal. Rejeter ces croyances premières, quel effort ; mais d’autre part le roi Henri comprenait qu’en demeurant dans la Réforme, jamais il ne régnerait en France, en cette France à laquelle il se sentait capable de donner la paix et le bonheur.

Son plus fidèle compagnon et meilleur conseiller, Maximilien de Sully, était de son côté calviniste convaincu. Chez lui, en son cabinet, il, priait et travaillait sous les portraits de Calvin et de Luther ; il se serait fait hacher plutôt que de renier leurs doctrines.

La brune du soir s’était épaissie. Le roi, Sully, quelques capitaines de l’armée royale s’étaient installés dans la salle fumeuse de la petite auberge à la Couronne de chêne. Triste fin d’année. Henri IV était d’humeur naturellement joviale, un boute-en-train ; mais la pensée qu’on était dans la nuit du réveillon ne faisait que rendre plus lourde la mélancolie qui pesait sur son cœur. Des tranches de jambon accompagnées de pommes en robe des champs s’arrosaient de cidre mousseux. On n’avait pu se résigner à mettre rôtir au beau feu flambant dans la haute cheminée l’oie grasse de Noël. Quelques heures passèrent en causerie lourde, en silences plus lourds encore. Et l’on se leva, non sans avoir bu gravement, avec émotion, au bonheur, à la tranquillité et à la prospérité de la France.

Le roi et ses compagnons regagnaient leurs logis respectifs : la nuit était claire, des étoiles brillaient en nombre infini à la voûte profonde du ciel, ciel clair et froid de décembre. Dans le village, tout se taisait. La plupart des volets étaient clos ; de place en place filtraient entre leurs fentes de bois quelques rais de lumière ; mais du centre du village venait comme un bourdonnement d’une surprenante douceur et harmonie. Le roi s’arrêta, prêta l’oreille, puis, brusquement, d’un pas rapide, se dirigea vers la place où se dressait, sous la lourde toiture, la petite église du village. « Je connais cet air-là », murmurait-il. Une émotion, mais toute bienfaisante, le dominait. Il met la main sur la poignée de la serrure, tourne vivement, et pénètre dans l’église suivi de ses compagnons. C’était le doux et simple spectacle d’un office de nuit pour gens de la campagne ; la nef s’enrobait de pénombre, seul le chœur était lumineux. Sur la gauche on distinguait les coiffes blanches des femmes inclinées, sur la droite les longues blouses bleues, luisantes, des hommes, tête nue. La messe de minuit était dite et l’assistance chantait à l’unisson un de ces vieux Noëls, jadis si populaires en notre bon pays de France :

Michaud, qui cause ce grand bruit

Que l’on a fait toute la nuit,

Autour de notre voisinage ?

J’ai pensé me mettre en courroux

D’entendre crier du village :

Sus, sus, bergers !

Réveillez-vous ! Et quoi, Pierrot, ne sais-tu pas

Qu’un Dieu vient de naître ici-bas,

Et s’est réduit en une grange ?

Il n’a ni langes, ni berceau,

Et dans cette misère étrange

Tu le verras,

Ce qu’il est beau !

Le roi Henri a retiré son chapeau, sa voix se mêle à celle du peuple réuni : oui, cette mélodie, il la connaissait ; de son plus jeune âge ces paroles étaient demeurées gravées dans son esprit et quelle douce émotion, en ce temple d’un culte qui n’était pas le sien, le prenait tout entier. Devant lui, au milieu du chœur, l’assemblement naïf et charmant des figurines formant ce que nous nommons « une crèche » : la vierge, l’enfant, le bon saint Joseph appuyé sur un gros bâton, les rois mages tout en or, les bergers vêtus de laine et le gros bœuf et l’âne gris. Ce chant, ces paroles simplettes, ce tableau enfantin mais d’une si prenante sincérité en rappelant avec une vivacité délicieuse au roi Henri ses impressions de jeunesse, dans l’angoisse où se trouvait son âme, lui firent monter des larmes aux yeux. Souvenirs du temps où s’était levée l’aurore de sa vie et qui, en cette froide nuit d’hiver, semblait briller à nouveau pour répandre en son âme un souffle printanier :

Allons, bergers, car il est temps,

À Jésus portons nos présents

Et lui faisons la révérence.

Voyez comme Jeannot y va ;

Suivons-le tous en diligence,

Et nos troupeaux

Laissons-les là !

Au-dessus de la crèche, dans le chœur de l’église, flottaient de petits anges ; les ailes étendues, naïvement suspendus à la voûte par des cordelettes de lin. Ils déployaient un bel écriteau bleu, où se lisait, en lettres d’or :

Paix aux hommes de bonne volonté.

Et ceci encore répondait si bien à la pensée du roi. Henri sortit de l’église songeur, mais comme soulagé d’un grand poids. Il avait donc retrouvé en cette église du culte romain, les impressions et les sentiments qui lui tenaient le plus profondément à cœur, parmi ceux qu’il avait reçus du culte réformé.

Le lendemain matin, le roi Henri faisait appeler le curé du village.

– Monsieur le curé, j’ai assisté hier soir à votre office de nuit… Dites-moi donc, monsieur le curé, qu’est-ce qui sépare donc, en réalité, votre culte de celui dans lequel j’ai été élevé ?

– Sire, le sacrifice de la messe.

Quelques mois passés, Henri IV entendait la messe en la basilique de Saint-Denis et Paris, la « grand’ville » lui ouvrait ses portes aux acclamations d’un peuple dévoué.

Franz FUNCK-BRENTANO (1862-1947).

 

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6 décembre, 2016

Achille PAYSANT : L’Angélus de Millet

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:28

(À Paul Harel).

Le soir tombe ; les champs s’endorment dans un rêve.

Là-bas, à l’horizon, flotte un vague angélus ;

Et, debout sur la glèbe où leur labeur s’achève,

Deux paysans sont en prière : rien de plus.

Mais le couple rustique emplit cette humble toile

D’une sérénité radieuse, tandis

Qu’à la pâle clarté de la première étoile

La terre, au loin, décroît sous les deux agrandis.

Ô misère sans fiel et par Dieu consolée

De toute l’injustice humaine ! Ô pauvres gens,

Comme aux lointains espoirs leur âme est envolée,

Et quel oubli du mal en ces cœurs indulgents !

L’homme ne doute point de la bonté divine ;

La femme est résignée à la commune loi,

Et, croisant les deux mains, dévotement s’incline

Dans la simplicité naïve de sa foi.

Et, tout l’été pourtant, courbés au sol aride,

L’épi boit, non pour eux, leur sueur et leur sang ;

Le sillon moissonné leur laisse au front sa ride ;

Puis sur leurs membres las l’hiver entier descend.

Qu’importe ? L’œuvre reste, et la douleur s’oublie !

Dès l’aube, on les entend chanter vers le ciel bleu ;

Et, chaque soir, heureux de leur tâche accomplie,

Au fond du crépuscule on les voit prier Dieu.

Achille PAYSANT (1841-….).

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5 décembre, 2016

Joseph de PESQUIDOUX : L’aigle royal

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:59

(À M. de M).

Lorsqu’un aigle blessé, frémissant et hagard,

Tout sanglant, peut encor remonter à son aire,

Et glapir, et fixer, sans baisser le regard,

Le soleil au zénith ou le feu du tonnerre ;

Les bergers des hauts monts, qui l’ont frappé de loin,

Savent bien que la mort n’a pas rompu son aile,

Qu’il vit, et qu’il est temps de veiller, arme au poing,

Sur les troupeaux lâchés parmi l’herbe nouvelle.

Car, pour guérir son mal, à coups de bec profonds,

L’aigle, en poussant des cris, a fouillé sa blessure,

Et, farouche, a senti s’enflammer sous les plombs.

Sa haine contre l’homme et sa traître nature.

Son ongle a déchiré toute chair en travail.

Puis, le brillant soleil a fait sécher les plaies :

Et, maintenant, dressé comme un épouvantail,

Son œil noir scrute au loin l’épaisseur des futaies.

Il a tout oublié : sa blessure et son mal,

Son aire, ses petits, l’amour et ses chimères ;

Hormis qu’il faut lutter dans ce combat fatal

Qu’est la vie ; il n’a plus que bec, ongles et serres.

Moi, je suis comme l’aigle. Et, de mon cœur blessé,

J’ai, sans peur, arraché mon amour méconnue.

De tant d’émotions, je n’ai plus rien laissé

Qui trahisse un sursaut dans ma poitrine nue.

Frappé par des regards divins que j’adorais,

Las d’attendre sans fruit une impassible joie,

J’ai humé l’air du siècle, aux perfides attraits.

Et le royal oiseau m’a révélé ma voie.

Toute chose a son but, tout être a son pourquoi,

Et, d’un effort réglé, doit monter à la vie,

Afin que jusqu’à Dieu le monde marche droit,

En poursuivant sans heurts sa route d’harmonie.

À moi donc, bouclier, glaive au poing, casque au front !

J’irai, des fiers aïeux suivant la trace altière :

Mon sein ne battra plus qu’à l’appel du clairon,

Comme les flancs maigris d’un étalon de guerre.

Joseph de PESQUIDOUX (1869-1946).

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4 décembre, 2016

Bonjour

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 8:50

Tout problème a une solution, ou bien vous faites parti du problème.

Albert Einstein.

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Yves BERTHOU : Saint Gonéry

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:19

Il est chez nous des soirs si doux, si vaporeux,

Qu’on voit planer dans l’air léger les Bienheureux…

Un soir où brillait la rosée au clair de lune,

Dans les parfums de miel du sarrasin fleuri,

Parmi les rocs, sur la bruyère et sur la dune,

Marie-ar-Born a vu passer saint Gonéry.

Il allait voir sa vieille mère Éliboubane

Et marchait sur les flots de la mer océane.

Le jour de son Pardon, quand les rudes marins

Mènent à Léobran les fervents pèlerins,

Il se plaît aux accents des hymnes que l’on chante,

Étendards déployés sur la mer blanchissante,

Autour de cet îlot qu’il embauma jadis

De son parfum miraculeux de fleur de lys.

Mais quand la nuit est douce, ainsi qu’une prière,

Gonéry part de Plougrescant pour voir sa mère.

À la vieille Marie, assise en son jardin,

Par une nuit pareille il apparut soudain…

À deux genoux ayant prié jusqu’à l’aurore,

Elle vit Gonéry venir vers elle encore.

Il avait sur son front la couronne des Rois ;

Et, tel qu’il est aux cieux dans sa gloire immortelle,

Il éleva sa main quand il fut devant elle,

Et fit trois fois, dans l’air, le signe de la croix.

Yves BERTHOU (1861-1933).

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3 décembre, 2016

Bonjour

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 6:58

Il faut trois ans pour apprendre à parler, et toute une vie pour apprendre à écouter.

Confucius.

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