25 mars, 2017

P. GIVRY : Credo

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:50

Sous le brouillard gris et rose des soirs,

À l’heure où tombe, à l’horizon morose,

L’ombre sereine au doux reflet de rose,

Sur l’or mourant de divins encensoirs ;

Sous le ciel noir et constellé de nacre ;

Dans l’éther mauve ou d’argent pailleté

Des blondes nuits de mai, fauves d’été ;

Dans le parfum des brises, suave, âcre ;

Sous le soleil, aux jours de messidor,

À l’heure où la clarté molle se fuse,

Où l’œil perçoit la vision confuse

De pays bleus fuyant dans un ciel d’or ;

Partout où vit un être, où croît une herbe ;

Aux creuses, aux sommets, en quelque lieu

Que l’homme naisse et sente, il pressent Dieu

Dans le rayonnement chaud de son Verbe.

Partout, au monde où la foi pure a lui

De la clarté divine de sa flamme,

L’âme révèle aux sens un souffle d’âme

Dans ce vide trompeur tout plein de Lui.

P. GIVRY (XIXe siècle).

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24 mars, 2017

Louis OPPELIN : Aux enfants

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:22

Enfants, quand au soleil qui sourit à la terre

Vous promenez vos pas dans les bois, dans les champs

Où tout est harmonie, enivrement, mystère,

Sérénité, rayon, paix, amour et doux chants,

Ne troublez pas l’oiseau, dans son nid solitaire,

Qui couvre ses petits de ses soins si touchants ;

Laissez l’active abeille à son miel salutaire,

Et le gai papillon à ses riants penchants ;

Laissez l’humble fourmi traîner son brin de paille,

Ne brisez pas l’épi dont le germe tressaille

Au rayon fécondant qui descend du ciel bleu ;

N’effleurez pas des fleurs la brillante corolle,

Gardez pour l’indigent votre pieuse obole,

Enfants, et vous serez les amis du bon Dieu.

Louis OPPELIN (XIXe siècle).

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23 mars, 2017

Berthe PONCELET-DRONSART : L’homme

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:10

L’homme pleure en naissant, pleure lorsqu’il succombe,

Et sent, toute sa vie, un invincible effroi.

Satan le fait esclave et Dieu le créa roi :

C’est pour atteindre un ciel qu’il traverse une tombe.

Berthe PONCELET-DRONSART (XIXe siècle).

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22 mars, 2017

Henri RICHARDOT : Vézelay

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:28

Lorsque Bernard, debout sur la haute terrasse,

Pâle et le bras tendu vers le soleil levant,

Aux cent mille guerriers accourus sur sa trace

Montrait le crucifix et criait : En avant !

Les peuples, suspendus à sa parole sainte,

Comme un fleuve écumant débordaient de l’enceinte

Et couvraient la montagne, et Bernard leur parlait.

Or, prodige inouï ! mais qu’en latin rapporte

En sa chronique Euphrône, abbé de Vézelay,

La voix du grand ermite enflait de telle sorte

Qu’on croyait dans le ciel entendre Adonaï

À son peuple dicter les lois du Sinaï.

Chaque phrase en son vol enfantait un tonnerre,

Chaque mot en vibrant faisait trembler la terre

Et, divin messager décuplé par le vent,

S’éteignait en grondant dans les bois du Morvan.

Les pèlerins, courbés sous l’aile du prodige,

Sentaient sur eux passer un étrange vertige.

Les nuages criaient : « Dieu le veut ! » Dans les bois

Les chênes et les pins s’entrelaçaient en croix.

« Jérusalem ! » disait la montagne plaintive ;

Éperdus, les buissons pleuraient Sion captive ;

Dans les ravins émus des mains aux doigts de feu

Sur le flanc des rochers écrivaient : « Dieu le veut ! »

Et, traçant dans les airs le glorieux symbole,

Laissaient une croix rouge empreinte à chaque épaule.

Henri RICHARDOT (1845-1927).

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21 mars, 2017

Abbé Auguste ROCHETTE : Les deux voix

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:00

La Musique et la Poésie

Ont souvent mêlé leurs accords ;

La même coupe d’ambroisie

Inspire leurs divins transports.

Elles charment par leur mystère

L’oreille et l’âme ; toutes deux

Pour les exilés de la terre

Sont un écho divin des cieux.

L’une parle à notre nature,

Son langage est compris de tous ;

L’autre aussi, suave et plus pure,

Nous élève au-dessus de nous.

Leur chant exalte, pleuré ou prie,

Tantôt fort, tantôt caressant ;

Et l’Empyrée est leur patrie :

L’une y monte, l’autre en descend.

Mais quand l’une à l’autre se mêle,

En écoutant leurs sons si doux,

Là-haut, vers la voûte éternelle,

Les petits anges sont jaloux.

Car Dieu s’incline sur son siège,

Lorsque les deux sœurs font monter

Leur hymne ; et le divin cortège

Se recueille pour écouter.

Alors tout le chœur angélique,

Voyant ses accords superflus,

De dépit cessant sa musique,

Écoute comme les Élus.

Abbé Auguste ROCHETTE (XIXe siècle).

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20 mars, 2017

GRASZ : À un poète

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:17

L’être béni qui marche sur la route,

Les yeux fixés sur le firmament bleu,

Ne parle pas au passant qui l’écoute :

Il parle à Dieu.

La harpe d’or dont les mains souveraines

Jettent aux airs les sons harmonieux,

Pour réjouir les oreilles humaines,

Vise les cieux.

C’est le Dieu saint du terrible rivage,

– L’autre rivage au delà de la nuit –

C’est le Dieu saint et non pas son image,

Qui chante en lui.

Ce sont les cieux qu’invoque la souffrance,

Le souffle froid de ceux qui vont mourir ;

Ce sont les cieux fermés à l’espérance

Qu’il veut ouvrir.

Les doux autels où les vierges bénies

Mêlent aux fleurs, aux parfums éternels,

Leurs fronts ornés de grâces infinies,

Sont ses autels ;

Et les amours suprêmes de la terre,

Où le bonheur s’accroît avec les jours,

Où la vieillesse, où la laideur est chère,

Sont ses amours.

L’être béni qui marche sur la route,

Les yeux fixés sur le firmament bleu,

Maître, c’est vous ! Celui qui vous écoute

Écoute Dieu !

GRASZ (XIXe siècle).

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19 mars, 2017

Abbé GRAVIER : À ma sœur

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:27

Oh ! joins tes mains, tes blanches mains !

Recommande à Dieu nos demains

Dans ta prière.

Notre passé fut si mauvais !

Enferme-le, si tu pouvais,

Dans un suaire.

Entends-tu gronder tout là-bas,

Avec un horrible fracas,

Le vent d’orage ?

Nos deux âmes tremblent de peur.

Joins tes mains : demande au Seigneur

Force et courage.

Comme un pauvre petit oiseau

Ou comme un fragile roseau

Sous la tempête,

Battus par les tentations

Nous frémissons et nous plions

Bien bas la tête.

Il faut pour ravir sa vertu

À notre cœur tout abattu

Bien peu de chose.

Oh ! prie, enfant, petite sœur,

Dont la voix a tant de douceur ;

Pour moi, je n’ose.

Pourrais-je tourner vers les cieux

Mes yeux flétris, mes pauvres yeux,

Remplis de larmes

Parce qu’ils ont souvent, hélas !

Aux viles choses d’ici-bas

Trouvé des charmes ?

Pourrais-je joindre avec ferveur,

Pour les tendre vers le Seigneur

Mes mains perdues,

Mes mains qui tant de fois, pour rien,

Vers le mal ou le moindre bien

Se sont tendues ?

Et mes pieds, mes pieds qui souvent

Ont, poussés par le mauvais vent,

Ô sœur chérie,

Foulé tant de mauvais chemins !…

Oh ! joins tes mains, tes blanches mains,

Soupire et prie !

 

Abbé GRAVIER (XIXe siècle).

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18 mars, 2017

Eugène JOËL : Rêve d’enfant

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:24

L’enfant repose dans sa couche ;

Il ferme ses yeux alourdis ;

Un doux sourire est sur sa bouche :

C’est qu’il rêve du paradis…

Il contemple bien des merveilles ;

Il peut voir le ciel jusqu’au fond :

Des chérubins et des abeilles,

Qui, joyeux, y dansent en rond.

Il voit des campagnes superbes,

Avec des papillons charmants ;

Des champs dorés, de blondes gerbes,

Aux épis pleins de diamants.

Tantôt il traverse un nuage,

Porté sur l’aile des zéphirs :

Tantôt il foule le feuillage

Semé de perles, de saphirs…

Tout le caresse à son passage :

Les oiseaux gazouillent son nom :

L’hirondelle lui dit : « Sois sage ! »

La fauvette lui dit : « Sois bon ! »

Il revoit sa vieille grand’mère

Parmi les saints et les élus ;

Un chérubin, qui fut son frère,

Le conduit aux pieds de Jésus…

Le doux maître est là sur son trône ;

Il a d’éblouissants habits,

Il porte au front une couronne

Dont les astres sont les rubis…

Il s’élève un murmure étrange,

Plein de mélodieux accords ;

Un chant suave : « Dors, cher ange !

Dieu te protège et veille, dors !

« Tout bénit ton heureuse enfance,

Repose-toi dans le Seigneur !…

Il fit le ciel pour l’innocence,

Comme le soleil pour la fleur…

« C’est ici que la joie habite ;

Reste, les anges t’aimeront !… »

L’enfant dans son berceau s’agite,

La sueur perle sur son front…

Il veut s’élancer dans l’espace :

Soudain la vision s’enfuit…

Le chant meurt… tout spectre s’efface

Avec les ombres de la nuit…

Cependant sa mère, inquiète,

Longtemps le couve du regard,

Puis, repose la jeune tête

Près de son cœur, vivant rempart…

L’enfant, qu’un doux baiser réveille,

Croit n’avoir fait qu’un rêve, hélas !

Mais quelqu’un lui souffle à l’oreille :

« Ta mère a le ciel dans ses bras ! »

Eugène JOËL (XIXe siècle).

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17 mars, 2017

Prisca de LANDELLE : Donnez-moi le temps

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:40

Je laisse heurter mon désespoir

Au mur de son indifférence :

Dieu, donnez-moi le temps, et j’aurai l’espérance.

Mon amour se meut dans le noir

Avec un regard de prière :

Dieu, donnez-moi le temps, et j’aurai la lumière.

Quand mon but se fait entrevoir,

J’éprouve une force céleste :

Dieu, donnez-moi le temps, et j’aurai tout le reste !

Prisca de LANDELLE (XIXe siècle).

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16 mars, 2017

Pierre LAZERGES : Mon pays

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:57

La douce paix habite une pauvre cabane,

Plutôt que le palais. Dans mon pays surtout,

La modeste vertu d’où le bonheur émane,

Chez les fiers montagnards, on la trouve partout,

Se cachant humblement sous le chaume et la neige,

Au revers d’un coteau qu’un joli bois protège.

La violette aux champs, se tenant à l’écart,

À l’abri d’un vieux mur qu’un chaud rayon éclaire,

Réserve ses parfums et sa couleur sans fard

Pour le lézard frileux, pour l’homme solitaire,

Pour la brise qui passe et l’étoile qui luit,

Pour le rêveur distrait que le hasard conduit.

Aux balcons des cités la fleur se décolore,

Ses pétales flétris s’affaissent tristement

Et perdent leur odeur au souffle impur du vent.

Où le Vrai disparaît, le Beau ne peut éclore.

Le Vrai, c’est l’univers tel que Dieu nous le fit,

Se présentant à nous sous des formes naïves,

Offrant de gais aspects, de molles perspectives,

Un spectacle changeant qui jamais ne finit,

Mais où tout s’harmonise en un accord sublime,

La feuille avec le vent, la neige avec la cime !

.. Le vrai, c’est le buisson

Où l’oiseau fait son nid et nous dit sa chanson ;

C’est la fente d’un roc qui soutient une plante,

Un ruisselet bavard qui dans les prés serpente,

L’écume du torrent remontant aux glaciers

À travers les ravins et les sommets altiers,

Pour retomber, demain, sur les feuilles des arbres,

Et mettre à nu la pierre et les veines des marbres.

C’est le jeune sapin se riant des frimas,

Sous son toit élégant courbé par le verglas.

À la fin de l’hiver, la drave printanière –

Une petite fleur – se montre, toute fière,

Pour donner le signal des fêtes du soleil

Aux premières rougeurs de l’horizon vermeil.

Lorsque l’aube a semé ses diamants, ses perles

Jusque dans les fourrés où se cachent les merles,

Le jour éblouissant vient répandre son or.

Sur les bourgeons soyeux qui s’ouvrent sans effort.

Au bord du précipice un arbuste s’incline ;

Sur son cercle éternel l’astre brillant chemine,

Et le ciel pur se voit souriant de plaisir

Au fond d’un lac d’argent azuré de saphir.

.. Ô mes chères pensées !

Loin des chemins poudreux, vous êtes dispersées,

Quand la nécessité, votre maître inhumain,

Vous a laissé franchir sa barrière d’airain.

Vous volez sur les pics, vous courez dans les plaines ;

Du matin parfumé vous buvez les haleines ;

Comme l’abeille, enfin, vous puisez dans la fleur,

Avec le même dard qui produit la douleur,

Le baume bienfaisant, du miel pour l’amertume,

Et l’ardent feu sacré dont l’âme se consume !

Le soir, dans la campagne, au milieu des forêts,

Je me sens loin de l’homme, et de Dieu bien plus prés ;

La douce émotion dont mon âme est saisie,

C’est l’idéal du Vrai ; … c’est de la poésie !

Un ruban empourpré suit la crête des monts,

Tandis qu’un voile noir s’étend sur les bas-fonds ;

L’oiseau devient muet, et les vents font silence.

Sentez-vous votre cœur redoubler sa cadence ?…

Quel charme vous saisit ? quel frisson vous étreint,

Entre l’ombre qui monte et le jour qui s’éteint ?

Écoutez !… Est-ce un souffle ? un soupir ? un murmure ?

Est-ce un esprit follet secouant la ramure ?

Quelle est donc cette voix qui contient mille voix,

Cette plainte des nuits particulière aux bois ?…

Bientôt tout se confond, les arbres, la prairie.

Est-il rien de plus doux que cette rêverie,

Dans un air embaumé d’odeur de foin nouveau ?…

C’est encore le Vrai, et c’est aussi le Beau !

Avez-vous des projets de gloire et de fortune ?

Cela s’évanouit dés qu’apparaît la lune

Derrière le profil d’un château délabré

D’où la foudre, s’aidant de la ronce et du lierre,

Arrache sans pitié, tous les jours, quelque pierre,

Et fait tomber un mur sur un mur effondré.

Détournez vos regards de ce tableau lugubre,

Comme on fuit l’air mortel d’un marais insalubre ;

Portez vos yeux plus bas. Au milieu du vallon,

La terre qui s’endort, mais qui toujours respire,

D’un voile transparent déployé par Zéphire,

Se couvre jusqu’au jour, sans peur de l’Aquilon.

De la fine vapeur émerge la chaumière,

À l’endroit où scintille une faible lumière

Qui s’éteindra bientôt. – Depuis quelques instants,

Sur un grand lit ouvert, dorment deux beaux enfants ;

Les grands bœufs fatigués ruminent à l’étable,

Et la jeune fermière, au doux visage aimable,

Emmaillote un bébé pour le mettre au berceau ;

Après l’avoir baisé, l’embrasse de nouveau,

Le caresse, lui parle, en faisant sa prière…

Enfin le chérubin a fermé sa paupière…

Maintenant tout repose au nid du laboureur.

C’est le Beau dans le Vrai,… c’est aussi le Bonheur.

Pierre LAZERGES (18..-19..).

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