27 septembre, 2016

Henri POURRAT : Le feu et la grêle conjurés (Légende)

Classé dans : lecture, ecriture — unpeudetao @ 4:50

L’INCENDIE du moulin de Chinard, une nuit de Noël, sous la Restauration, fut un terrible incendie. C’était à Ambert, devant le portail ouest de l’église Saint-Jean. Des bluettes volèrent jusqu’à Cleurettes, à une lieue de là ! On eut des craintes pour tout le quartier. Mais le curé d’alors, M. de Rostaing, se fit soulever de terre par deux hommes habillés en militaires, et il conjura le feu.

Ces deux militaires étaient sans doute ses laquais. M. de Rostaing se faisait porter à l’église en chaise par deux laquais en livrée. – Les uns croient qu’il lui fallait n’avoir plus contact avec la terre ; d’autres que c’était la conjuration même qui le soulevait comme un possédé, et que les deux hommes étaient là pour le retenir…

Les prêtres peuvent conjurer le feu, mais ils doivent s’imposer en compensation de rudes pénitences. M. de Rostaing mourut dans l’année, avant de les avoir faites. Le jour de son enterrement, il y eut un tel orage que le cheval du curé de Saint-Ferréol, qui venait à l’office, avait de la grêle jusqu’au ventre dans le chemin et ne put passer le ruisseau d’Aubignat.

On raconte de reste que M. de Rostaing avait dit : « Tant que je serai là, il ne tombera pas de grêle sur la paroisse. Mais à ma mort, que verra-t-on ! » Il ne fut pas dans son caveau, ça tomba d’un tel appétit que les gens n’eurent qu’à s’abriter comme ils purent, à se mettre à croupetons, et à rester sur place. Ça les aurait tués.

Un Rolhion, de Grattarelles, se mariait ce jour-là avec une fille du voisinage. Ils vinrent s’épouser à Ambert. Ils rentrèrent chez eux au moulin pour la noce. Il leur fallut se retirer devant le flot, monter au grenier. L’eau arriva, emporta les plats sur la table.

Une histoire courait, mais qui n’a pu être bien retrouvée. C’était d’un paysan, qui apportait à la cure l’argent dû pour des messes. Ne rencontrant pas les domestiques, il poussait jusqu’à la chambre du curé. Comme il allait heurter à la porte, il entendait parler, et sans le vouloir il était témoin du pacte que le curé d’Ambert concluait avec le diable, afin qu’il n’y eût de son vivant ni incendie, ni tempête sur la paroisse.

Lors du grand incendie de l’épicerie Ch. qui fit deux victimes, – aux environs de 1900 – il s’est dit que M. le curé V. avait conjuré le feu, empêchant une explosion qu’on redoutait. Mais qu’il avait dû s’engager à accomplir de longues pénitences, et que s’il était mort avant d’avoir pu s’en acquitter, il aurait eu à les faire en l’autre monde.

En 1925, une grosse grêle hacha les récoltes d’une partie du canton d’Ambert. Il fut remarqué par les gens de Saint-Ferréol que tant que leur bon curé, l’abbé Jean, avait vécu, ces calamités leur avaient été épargnées, pour tomber sur eux dès qu’il était mort.

Henri POURRAT (1887-1959).

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26 septembre, 2016

Bonjour

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 5:14

Il est plus facile de se défendre du chagrin dans la pauvreté que de l’orgueil dans l’opulence.

Confucius.

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F.-E. ADAM : Les voix natales

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:12

(À Jules Collard).

J’arrive. – Ô mon vieux bourg, salut ! – Une voix douce

Et vibrante me vient des buissons, des fossés ;

Autour de moi, partout, dans les airs, sous la mousse,

Je respire l’odeur de mes printemps passés !

J’arrive ! et mon regard avide se prolonge

De la plaine au coteau, du vallon jusqu’aux cieux ;

J’ai soif de l’air natal, et mon âme s’y plonge :

Une clarté d’aurore emplit soudain mes yeux.

Le vieux sol Combréen pour moi s’est mis en joie :

Il savait que son fils devait lui revenir ;

Toutes les fleurs que j’aime ont fleuri sur ma voie,

Chaque souffle qui passe apporte un souvenir.

J’arrive ! – Ô ma forêt harmonieuse et verte !

Voici mes grands ormeaux, le bouleau qui frémit,

Et la clairière vaste, au grand soleil ouverte.

Où mon rêve d’enfant tant de fois s’endormit.

Je veux y pénétrer encor : mes yeux peut-être

Reverront le sentier qui reçut tant d’aveux,

Et nos chiffres, gravés sur l’écorce du hêtre,

Et les bouquets, noués avec de blonds cheveux.

Voici l’étang profond et ses joncs longs et grêles,

Ses larges nénuphars et ses châtaignes d’eaux ;

La svelte libellule y mouille encor ses ailes,

Et la fauvette y niche encor dans les roseaux.

Puis, là-bas, c’est l’église et son clocher d’ardoise,

Et l’école, et la place où l’on jouait jadis,

Et l’humble toit natal, la maison villageoise

Dont l’amour maternel faisait un paradis.

Hélas ! hélas ! maison déserte et foyer vide !…

Notre tout petit nid n’a plus de cris joyeux :

Tous les oiseaux sont envolés ! La tombe avide

A pris les plus aimés pour en peupler les cieux.

Mais de mes jours fleuris, de mes heures vermeilles,

Mais du passé béni tout n’est pas effacé :

Quand je ferme mes yeux, – mon cœur et mes oreilles

S’emplissent du parfum et des voix du passé.

C’est qu’ici le cœur bar et que le front s’élève,

Ô terre où je suis né ! Comme aux vieux jours, ton flanc

Garde l’intarissable et vigoureuse sève

Qui monte au cœur de l’homme et qui refait le sang.

Ton fécondant amour réchauffe ma poitrine,

Tout mon corps se redresse et palpite en tes bras ;

Ta voix, comme un baiser caressante et divine,

Me dit tout bas : « Enfant, reste ici, tu vivras !

» Tu vivras avec moi qui t’attends et qui t’aime,

Près de la fleur qui s’ouvre et répand ses parfums,

À l’ombre du clocher qui sonna ton baptême,

Prés de l’enclos paisible où sont tes chers défunts !

» J’aurai toujours pour mettre un sourire à ton rêve,

Pour bercer ton sommeil sous mes chênes sacrés,

Ces chansons d’autrefois qui font l’heure si brève,

Des coins d’azur au ciel et de verdure aux prés.

» Reste, nous t’appelons : chez nous ta place est prête ;

L’air manque à la cité, hâte-toi d’en sortir ;

Tu peux chanter, tu peux prier ici, poète :

Dans la paix des grands bois Dieu se fait mieux sentir ! »

– Ainsi vous me parliez, bois sacrés, terre agreste,

Votre souffle a rempli mon âme, … et j’ai pleuré,

Ô voix de mon pays, car vous m’avez dit : « Reste ! »

Et moi j’ai dû répondre, hélas ! « Je reviendrai ! »

F.-E. ADAM (XIXe siècle).

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25 septembre, 2016

Jean AICARD : La rose de Biskra

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:58

L’océan de sable a dé vrais rivages,

Plats, nus, désolés, – déjà le désert.

J’ai rencontré là deux enfants sauvages…,

Rien, autour de nous, de frais ni de vert.

Au désert, la vie a soif, et se traîne,

Implorant l’eau, l’ombre, un peu de sommeil ;

Et rien ne dit mieux la misère humaine

Que tant de néant sous tant de soleil !

Rien, autour de nous, que la plaine rousse ;

Plus d’oiseaux, sinon un seul cependant,

Qui s’élève avec une gamme douce,

Douce, – et qui se pose en la descendant.

Et les deux petits, souillés de poussière,

N’étaient que douleurs, misères et haillons…

Oh ! pourquoi fais-tu, Dieu de la lumière,

Misère pareille, avec tes rayons ?

Ils passaient, muets, tristes, l’air farouche,

– Et sales !… c’était pitié de les voir.

Le garçon tenait un doigt dans sa bouche,

La fillette avait un petit miroir.

Les haillons faisaient un grand pli superbe,

Mais plein de vermine et d’impureté…

Pourquoi, Dieu, qui prend souci d’un brin d’herbe,

Fais-tu la misère, avec la clarté ?

Et pour leur donner, – hélas ! peu de chose ! –

Quand je m’arrêtai près d’eux un moment,

Je vis qu’ils avaient chacun une rose,

Toute fraîche encor sur leur front charmant.

L’oasis est loin, la fleur toute fraîche.

Où l’ont-ils cueillie ? et par quel bonheur,

Dans l’horrible plaine où l’on se dessèche,

Le soleil a-t-il épargné la fleur ?

Oh ! même il l’a faite avec la rosée !

Et les deux petits, contents de la voir,

Dans leurs noirs cheveux, vite, l’ont posée

Comme un gage sûr d’amour et d’espoir.

Rose consolante, ô rose divine,

Je sais d’où tu viens, fleur faite de jour :

Tout le sang des cœurs est dans ta racine,

La terre t’invoque en pleurant d’amour !

La misère humaine aspire à toi, Rose,

Luxueux parfum, splendide couleur !

Tout le désert rêve une seule chose :

Une goutte d’eau pour faire une fleur !

Si l’on te niait, chaque grain de sable

Au fond du désert en témoignera :

Je t’ai vue un jour, rose impérissable

Que Dieu fait fleurir dans le Sahara !

Jean AICARD (1848-1921).

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24 septembre, 2016

Jules-Émile ALAUX : Rose

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:51

Rose, Rose, ne te plains pas !

De la part qu’un Dieu bon t’accorde sur la terre

Sache faire un plus juste cas !

Rose, il n’est point de bonheur solitaire :

Il est doux d’être aimée, aimer est salutaire ;

D’être aimée et d’aimer, Rose, ne te plains pas !

Ne dis pas : l’amour est funeste.

Jeu cruel, on y met son âme pour enjeu,

On la perd… Non, non, je l’atteste,

On l’agrandit, épurée à ce feu !

Toi, maudire l’amour ? Non, c’est blasphémer Dieu !

Rose, ne me dis pas que l’amour est funeste.

Qu’est-ce que vivre sans aimer ?

Est-il d’autre bonheur ? Que vaut la vie humaine,

Si l’amour ne vient l’animer ?

Qui n’aime pas vit, sans joie et sans peine,

Une stérile vie et languissante et vaine,

Rose, et c’est être mort que vivre sans aimer !

Jules-Émile ALAUX (1828-1903).

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23 septembre, 2016

Marc AMANIEUX : France nouvelle

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:04

Arbres pourris tombés d’eux-mêmes sans la hache,

Les maîtres ne sont plus. Pas une seule tache :

Les pleurs n’ont rien mouillé, le sang n’a rien rougi.

Jamais peuple aussi beau, monde ! n’avait surgi.

La puissance de Rome et la grandeur d’Athènes

Ne sauraient lui suffire ; il ignore leurs haines ;

Dans sa poitrine on a le cœur humain de plus.

À son front, comme au front des bibliques élus,

Un nimbe étincelant fait un cercle, et l’Europe

Contemple ce géant qu’une aurore enveloppe.

– Quoi ! cet assassiné de sa fosse est sorti !

Quoi ! c’est ce terrassé qu’on disait si petit,

Qui fait encor traîner son char par la Victoire ?

Quoi ! l’on verra toujours, au sommet de l’histoire,

Et plus haut que jamais un aigle n’ait volé,

Le coq gaulois planer dans son ciel étoilé !

– Ah ! vous ne saviez pas, Teutons, fils des Vandales,

Ce qui restait de nerfs et de flammes vitales

Dans ce corps ravagé par un mal sans appel…

Votre coup de poignard fut un coup de scalpel.

Marc AMANIEUX (1851-1926).

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22 septembre, 2016

Jules d’AURIAC : Le vieux cahier

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:02

J’ai gardé d’elle, ainsi qu’une exquise relique,

Un des premiers cahiers qu’elle écrivait enfant :

Son souvenir y dort, tendre et mélancolique.

C’est un livre sorti de l’ombre d’un couvent.

C’est un cours tout entier d’histoire, écrit devant

Un crucifix, et fait par un bon catholique,

Où, depuis Pharamond jusqu’à la République,

Chacun se voit jugé d’un petit ton savant.

Ah ! vous ne saurez pas, je ne veux pas vous dire

Combien je suis heureux de me prendre à relire

Dans ces récits naïfs mes rêves enfermés,

Combien j’en sais par cœur jusqu’aux moindres passages,

Et combien mes baisers ont suivi, dans ces pages,

Tous les mots qu’ont tracés ses petits doigts aimés !

Jules d’AURIAC (1854-1936).

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21 septembre, 2016

Antoine de BENGY-PUYVALLÉE : Aimer d’amour, aimer

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:54

Pleurer d’amour, pleurer, c’est parfois chose exquise,

C’est parfois chose exquise, enfant : dans un lis blanc

C’est l’espoir qui dépose, encor vierge et tremblant,

Les perles dont le cœur extasié se grise ;

Pleurer d’amour, pleurer, c’est parfois chose exquise.

Aimer d’amour, aimer, toute la vie est là,

Toute la vie est là : c’est un échange d’ailes

Pour deux cœurs confondant leurs battements fidèles,

Vers l’infini bonheur que Dieu même étoila ;

Aimer d’amour, aimer, toute la vie est là.

Souffrir d’amour, souffrir, c’est tout l’être qui vibre,

C’est tout l’être qui vibre aux doigts de la Douleur

Dont l’arpège de feu va hurlant sur le cœur

D’épouvante meurtri, mis à nu fibre à fibre ;

Souffrir d’amour, souffrir, c’est tout l’être qui vibre.

Mourir d’amour, mourir, bientôt je le saurai ;

Mourir d’amour, mourir : – Calme après la tempête ;

Regrets de l’Infidèle et ses pleurs. – Une fête…

L’adieu, le chant funèbre et doux : « Dies iræ. »

Mourir d’amour, mourir, bientôt je le saurai.

Antoine de BENGY-PUYVALLÉE (1854-19..).

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20 septembre, 2016

Yves BERTHOU : L’aumône

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:58

Ses lourds sabots glissaient sur la dalle sonore ;

Son rosaire à la main, elle priait encore.

Longeant les murs, elle venait d’un pas très lent,

En appuyant sur un bâton son corps tremblant.

Sa coiffe était de lin, massive et d’un autre âge :

Elle enveloppait dans son ombre le visage.

Les rides se croisaient dans ses traits amaigris,

Ses yeux étaient voilés et ses larmiers meurtris.

Son regard, maintenant dépourvu de lumière,

Semblait se replier vers l’enfance première.

Il vient une saison où l’on ferme les yeux,

Où l’on revit dans le passé mystérieux.

« Soyez juste et compatissant, faites l’aumône » :

Yve Hélory de Kermartin ainsi l’ordonne.

Nous vîmes rayonner son visage fané

Sous son regard pour un instant illuminé.

– Ô grand saint Yves, sois témoin de leur offrande !…

Qu’il vous bénisse, mes petits, qu’il vous le rende. –

Mignonne, c’est alors que tu mis sur son front

Ces baisers qui toujours en moi résonneront.

Elle trembla de tout son corps sous ta caresse,

Elle contempla ta splendeur et ta détresse.

Elle disait, tout en traînant son corps perclus :

« Oh ! si belle ! et si bonne ! ô monseigneur Jésus ! »

Elle s’en fut alors s’asseoir parmi les tombes,

Aussi blanches sous le soleil que des colombes.

Ce souvenir, toujours caressé, me ravit.

La reverrai-je encore, au pays du granit,

Dans cette église et sous le vitrail qui flamboie,

La mendiante de cent ans pleurer de joie ?

Yves BERTHOU (1861-1933).

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19 septembre, 2016

Fondation Abbé Pierre : OnAttendQuoi

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 19:11

Fondation Abbé Pierre pour le logement des défavorisés – 3 rue de Romainville – 75019 Paris – 01 55 56 37 00

Pour que chacun prenne conscience que la lutte contre le mal-logement doit redevenir une priorité politique, la Fondation lance une plateforme virtuelle et interactive inédite.

Dès le 19 septembre et jusqu’aux élections de 2017, la Fondation a décidé de sensibiliser et mobiliser l’ensemble de la société civile sur le site : #OnAttendQuoi

http://onattendquoi.fondation-abbe-pierre.fr/

Associations, citoyens, Parrains de la Fondation, élus, témoigneront tout au long de cette campagne pour dénoncer le fléau du mal-logement et montrer comment y mettre un terme car nous savons que c’est possible.

Sur cette plateforme, la Fondation Abbé Pierre vous propose également de signer le Rappel, un texte militant qui actualise l’appel que notre fondateur, l’abbé Pierre, avait lancé le 1er février 1954.

Alors que 3,8 millions de personnes sont mal logées, changeons les choses et traçons une voie positive pour l’avenir !

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