21 mai, 2018

Be My Eyes (Application smartphone, Gratuit)

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 4:00

Description :

Accédez à une assistance visuelle sur demande, si vous êtes aveugle ou malvoyant, ou prêtez votre regard aux aveugles ou malvoyants si vous êtes voyant.

Be My Eyes vise à mettre en contact des aveugles ou des malvoyants avec des volontaires voyants, pour aider les aveugles ou les malvoyants à mener une vie plus indépendante. Bénéficier et contribuer à la communauté est facile.

Les utilisateurs aveugles ou malvoyants peuvent demander l’aide d’un volontaire voyant, qui recevra une notification. Dès qu’un utilisateur voyant accepte la demande, une connexion audio-vidéo en direct sera établie entre les deux parties. L’aide voyant peut maintenant assister l’aveugle ou le malvoyant via la connexion vidéo de la caméra dirigée vers l’arrière de l’appareil de l’utilisateur aveugle ou malvoyant.

En tant qu’utilisateur voyant, vous faites partie du vaste réseau de bénévoles de Be My Eyes, alors ne vous inquiétez pas de ne pouvoir répondre à une personne malvoyante, si vous êtes dans l’incapacité de répondre à une demande. Nous allons simplement transmettre la demande et trouver le prochain bénévole disponible.

La personne aveugle ou malvoyante peut avoir besoin d’aide à n’importe quel sujet, du fait de savoir la date d’expiration sur le lait à celui de s’assurer que leurs vêtements soient assortis.

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20 mai, 2018

Henry de LA GUICHARDIÈRE : La Madone de Fra Angelico

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:04

(À Emile Guéret).

Sur son voile brillait une auréole sainte.

L’ébauche grandissait sur la fresque au fond d’or.

Mais le moine pieux désespérait encor

De trouver pour son œuvre une sublime teinte.

À travers les vitraux, lumière presque éteinte,

Un rayon reposait sur un Christ au Thabor.

Et lorsque la nuit vint assombrir le décor,

« Fra » baisa la madone en une chaude étreinte.

Dans l’extase du saint le sommeil arriva ;

Et, tandis qu’il dormait, l’humble peintre rêva

Qu’un ange retouchait son œuvre inachevée.

Or, la Vierge, au matin, fraîche comme une fleur,

Resplendissait au sein d’une ardente couleur,

Que jamais depuis lors nul autre n’a trouvée.

Henry de LA GUICHARDIÈRE (1876-1936).

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19 mai, 2018

Léon de POUL AR FEUNTEN : Salve Regina

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:52

Allons prier, – voici le soir :

D’ombre se rafraîchit la plaine,

De senteurs l’atmosphère est pleine,

Le ciel est un saphir à voir,

L’oiseau, comme un doux au revoir,

Jette au soleil sa cantilène.

Allons prier, – voici le soir :

Le cœur joyeux, l’âme sereine.

Allons saluer notre Pleine,

Notre douceur et notre espoir.

Allons prier, – voici le soir.

Allons prier, – voici le soir :

Le cœur a besoin de prière,

Comme de brise le parterre,

Comme de flamme l’encensoir,

Comme de rayons l’ostensoir,

Comme d’eau pure la rivière.

Allons prier, – voici le soir :

Miséricordieuse Mère,

À qui Marie est-elle arrière ?

Qui ne veut-elle recevoir ?…

Allons prier, – voici le soir.

Allons prier, – voici le soir :

Vierge par nos pleurs appelée,

À toi, du fond de la vallée,

Monte un cri qui doit t’émouvoir.

Sourd comme la cloche au manoir,

Vite comme la vague enflée.

Allons prier, – voici le soir :

Entends les fils d’Ève exilée,

Rends la paix à l’âme troublée,

Rends ses perles d’or au ciel noir ;

Allons prier, – voici le soir.

Allons prier, – voici le soir :

Avocate puissante et bonne

De tout un peuple que talonne

En ce siècle le désespoir,

Des mille dons qu’on peut avoir

Jésus te fit une couronne.

Allons prier, – voici le soir :

Regarde-nous, douce Madone.

Que par Toi Jésus nous pardonne

Et qu’à nous Il se laisse voir !

Léon de POUL AR FEUNTEN (18..-19..).

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16 mai, 2018

Jules VERNE : Vous êtes jeune et belle..

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 1:36

Vous êtes jeune et belle, et vos lèvres rieuses

N’ont que charmants souris tout fraîchement éclos ;

Le temps sonne pour vous ses heures folles, joyeuses

Qui vont se succédant comme les flots aux flots.

L’amour pour vos plaisirs rend plus voluptueuses

Ces langueurs qui s’en vont en de tendres sanglots ;

La fortune, les ris, et les choses heureuses,

Catinetta mia, voilà quels sont vos lots !

Quand vous prendrez le deuil d’une prompte jeunesse,

Et que vous sentirez les doigts de la vieillesse

De jours d’or et de soie, hélas ! brouiller le fil !

Quand tout vous fera mal, et le bonheur des autres,

Ces plaisirs enivrants qui ne sont plus les vôtres,

Tout, jusqu’au souvenir ? – Que vous restera-t-il ?

Jules VERNE (1828-1905).

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14 mai, 2018

Stéphane BOREL : Sonnet à la Vierge

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 3:44

Vous êtes toute belle, ô Vierge immaculée,

Dont le sein virginal enfanta le Sauveur ;

L’étoile du matin, le lis de la vallée,

N’ont rien de votre éclat, rien de votre candeur.

Le soleil qui remplit la terre désolée

De sa vive clarté, des feux de sa chaleur,

Les attraits merveilleux de la nuit étoilée

Demeurent confondus devant votre splendeur.

Les Anges du Très-Haut, se couvrant de leurs ailes,

Font vibrer devant vous les lyres éternelles,

Et chantent l’infini de votre royauté.

Aussi, je vous salue avec idolâtrie,

Ô reine incomparable, ô divine Marie,

Mère du doux Jésus, Dieu de toute beauté !

Stéphane BOREL (1854-1912).

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12 mai, 2018

Hermann HESSE : Sur la vie de saint Alexis, fils de l’empereur Euphémien

Classé dans : lecture, ecriture — unpeudetao @ 4:19

Il était une fois un certain empereur, dans l’empire duquel, à savoir l’État romain, vivait un certain jouvenceau appelé Alexis, fils d’un très noble Romain du nom d’Euphémien, l’un des premiers à la cour impériale. Il était entouré de trois mille esclaves, tous ceinturés de ceintures d’or et habillés de vêtements de soie. Cependant le susdit Euphémien était très miséricordieux, et chaque jour il avait dans sa maison trois tables apprêtées pour les pauvres, les orphelins, les étrangers et les veuves, qu’il servait avec zèle ; et vers la neuvième heure il prenait lui-même sa collation, environné d’hommes pieux et dans la crainte du Seigneur. Or il avait une femme du nom d’Abel, qui partageait ses dispositions et sa crainte de Dieu. Et comme ils n’avaient pas de fils, Dieu sur leur prière leur en accorda un, sur quoi ils prirent la ferme décision de vivre désormais dans une totale chasteté. L’enfant fut donc donné en charge aux précepteurs ès arts libéraux, afin d’en être instruit en ces disciplines. Et lorsqu’il se fut distingué dans tous les arts de la sagesse mondaine et qu’il fut enfin parvenu à l’âge viril, on choisit une jeune fille dans la famille impériale que l’on unit à lui par les liens du mariage. Voici que la nuit vint : durant celle-ci il observa d’abord avec son épouse un silence mystérieux, puis le saint jouvenceau se mit à l’instruire dans la crainte du Seigneur, et il lui donna l’anneau d’or qui portait son sceau et l’agrafe de son baudrier, de quoi il était ceinturé, afin qu’elle les conservât, en lui disant ces paroles : « Prends ceci et garde-le avec soin, tant qu’il plaira au Seigneur, et que le Seigneur soit avec nous ! »

Là-dessus il se rendit au bord de la mer et après s’être embarqué en secret sur un bateau, il parvint jusqu’à Laodicée, et au-delà jusqu’à Édesse, une ville de Syrie où l’on conservait sur une étoffe l’image de notre Seigneur le Christ, tracée sans intervention de la main humaine. Lorsqu’il y fut arrivé, il distribua aux pauvres tout ce qu’il avait apporté avec lui, et commença à se poster au portail de l’église de Marie, Mère de Dieu, vêtu de méchants habits et en compagnie d’autres mendiants. Des aumônes reçues, il ne conservait pour soi que juste autant qu’il en fallait pour sa subsistance, le reste il en faisait don aux autres pauvres. Mais son père qui pleurait amèrement la disparition de son fils envoya ses serviteurs à travers toutes les parties du monde, en leur donnant mission de le rechercher avec zèle. Or, lorsque certains d’entre eux furent parvenus en la ville d’Édesse, certes lui-même les reconnut fort bien, cependant, comme eux ne le reconnaissaient pas, ils lui distribuèrent tout comme aux autres pauvres des aumônes qu’il accepta en remerciant Dieu en ces termes : « Seigneur, je te remercie de me faire recevoir les aumônes de mes esclaves. » Alors les serviteurs revinrent auprès de son père et annoncèrent qu’on ne le pouvait trouver nulle part. Or sa mère, dès le jour de son départ, avait étendu un sac sur le sol de sa chambre à coucher, et pleurant et se lamentant elle s’y était installée en prononçant ces paroles : « Je veux rester toujours ici dans le deuil et l’affliction, jusqu’à ce que je recouvre mon fils chéri. » Et l’épouse d’icelui dit à sa belle-mère : « Jusqu’à ce que j’aie des nouvelles de mon doux fiancé, je veux comme une tourterelle rester près de toi. » Mais après qu’Alexis eut persévéré dix-sept ans au service de Dieu sous l’avant-porche de l’église susnommée, l’image de la Sainte Vierge qui s’y trouvait s’adressa en ces termes au gardien du temple : « Fais entrer cet homme de Dieu, car il est digne du royaume des cieux, et l’esprit du Seigneur repose sur lui. » Et comme le gardien ne savait pas de qui elle parlait, elle lui dit en outre : « C’est celui qui est assis dehors sous le porche ». Alors le gardien sortit en hâte et le conduisit dans l’église. Mais lorsque cet événement eût été porté à la connaissance de tous, il s’éloigna de ces lieux, car il voulait se soustraire à la gloire terrestre.

Il s’embarqua donc sur un bateau, mais alors qu’il comptait faire voile pour Tarse en Cilicie, le bateau, dérouté par des tempêtes sous l’effet des desseins de Dieu, aborda dans le port de Rome. Lorsqu’Alexis s’en rendit compte, il se dit en lui-même : « Je veux séjourner dans la maison de mon père sans me faire connaître ni être à charge à personne. » Or il rencontra son père qui revenait du palais et était entouré d’une foule de serviteurs, et il se mit à le suivre en criant d’une voix forte : « Serviteur du Seigneur, ordonne que moi, qui suis étranger, sois reçu dans ta demeure, et laisse-moi me nourrir des reliefs de ta table, afin que le Seigneur, lui aussi, veuille bien prendre en pitié ton fils qui est à l’étranger. » Lorsque le père eut entendu ces mots, il commanda qu’on le reçût chez lui pour l’amour de son fils, lui concéda dans sa maison une certaine place, lui présenta les mets de sa table et lui affecta un serviteur particulier. Mais lui persévérait dans ses prières et mortifiait son corps par le jeûne, et les serviteurs de la maison se gaussaient de lui et lui versait fréquemment les eaux de vaisselle sales sur la tête ; mais lui supportait tout cela avec grande patience. Alexis resta donc ainsi dix-sept ans dans la maison de son père sans se faire connaître, et lorsqu’il vit que sa vie touchait à sa fin, il réclama du papier et de l’encre et coucha par écrit tout le cours de sa vie. Mais le dimanche après la célébration de la messe, une voix de tonnerre résonna du ciel au cœur du sanctuaire : « Venez tous à moi, vous qui peinez et ahanez sous le faix ! » Or lorsque tous entendirent ces paroles, ils tombèrent face contre terre, et merveille, la voix retentit pour la seconde fois : « Allez chercher l’homme de Dieu, afin qu’il prie pour Rome ! » Mais ceux-ci le cherchèrent et ne le trouvèrent pas, et de nouveau on entendit la voix : « Cherchez dans la maison d’Euphémien » Mais lorsqu’on questionna ce dernier, il dit qu’il n’était au courant de rien. Alors les empereurs Arcadius et Honorius vinrent avec le pape Innocent à la maison du susdit Euphémien, et voyez, la voix du serviteur d’Alexis parvint jusqu’aux oreilles de son maître, et voici ce qu’elle disait : « Voyez, ô Seigneur, si cela ne pourrait pas être notre étranger, qui est homme de grand âge et de grande patience. » Aussitôt Euphémien courut le trouver, mais il le trouva déjà trépassé, et son visage, il le vit empourpré comme la face d’un ange, et il voulut prendre le papier qu’il tenait dans sa main, mais il ne put le faire. Mais lorsqu’il fut sorti et qu’il eut rapporté tout cela à l’empereur et au pape, et que ceux-ci furent entrés chez lui, ils dirent : « Nous sommes tous, tant que nous sommes, des pécheurs. Et nonobstant nous tenons le gouvernail de l’empire, et nous avons la charge pastorale de toute la communauté. Donne-nous donc le papier, afin que nous sachions ce qu’il y a d’écrit dessus. » Le pape, alors, s’approcha de lui, prit le papier dans sa main mais s’en dessaisit aussitôt et le fit lire devant le peuple présent et sa suite et le propre père du défunt.

Mais lorsque Euphémien apprit cela, il s’effondra sur le sol, ému d’une grande épouvante, tandis que ses forces l’abandonnaient. Et lorsqu’il fut un peu revenu à lui, il déchira ses vêtements, il se mit à arracher les poils grisonnants de son chef et de sa barbe, et à déchirer sa propre chair, il se précipita sur son fils et s’écria : « Hélas, mon cher fils, pourquoi m’as-tu plongé en semblable deuil, et jeté si longues années durant dans les soupirs et les plaintes ! Ah, infortuné que je suis, que vois-je ? Toi, le protecteur de ma vieillesse, étendu sur une civière et sans voix pour me parler ! Hélas, comment pourrais-je jamais trouver un autre consolateur ? » Sa mère, lorsqu’elle entendit ces paroles, telle une lionne qui lacère les filets, les habits lacérés et les cheveux dénoués, leva les yeux vers le ciel, et comme l’énorme affluence du peuple l’empêchait de parvenir jusqu’au cadavre saint, elle s’écria d’une voix forte : « Faites-moi place, afin que je puisse voir le consolateur de mon âme, celui qui a sucé le lait de ma poitrine ! » Et lorsqu’elle fut parvenue au cadavre, elle s’étendit sur lui en poussant de grands cris : « Hélas, mon très cher fils, lumière de mes yeux, pourquoi en as-tu usé ainsi avec nous ? Pourquoi as-tu si cruellement agi envers nous ? Tu voyais ton père, et moi-même, infortunée, tout en larmes, et tu ne te montrais pas à nous ; tes esclaves t’offensaient, et tu supportais cela ! » Et sans cesse elle se jetait de nouveau sur le cadavre ; et tantôt elle étendait ses bras sur lui, tantôt elle palpait de ses mains son visage angélique, l’embrassait et s’écriait : « Pleurez tous avec moi, vous qui êtes ici, car celui qui était mon fils unique, dix-sept ans je l’ai eu dans ma maison et je ne l’ai pas reconnu ! Et les esclaves l’ont injurié, et l’ont frappé du poing au visage ! Hélas, qui pourra faire de mes yeux une source de larmes, afin que jour et nuit je pleure la douleur de mon âme ? » Et son épouse, drapée dans des vêtements adriatiques, arriva en pleurant et dit : « Malheur à moi, qui suis à ce jour orpheline, et me retrouve veuve ! Je n’ai désormais plus personne vers qui tourner mes regards, plus personne vers qui je puisse lever mes yeux ! On m’a volé le miroir de moi-même, mon espérance s’est engloutie ; désormais une douleur s’instaure, qui jamais plus n’aura de fin. » Et le peuple, entendaient ces paroles, pleurait de façon lamentable.

Là-dessus le pape et les empereurs firent placer le cadavre sur une civière décente et conduire à travers toute la ville. Et il fut annoncé au peuple que l’homme de Dieu que toute la ville cherchait avait été retrouvé, et tous se portèrent en hâte au devant du cortège. Et lorsqu’un malade touchait ce cadavre saint, il était aussitôt guéri : les aveugles retrouvaient la vue, les possédés étaient débarrassés du Malin, et tous les invalides, pourvu qu’ils aient touché le corps, étaient guéris de toute espèce de mésaise. Or les empereurs, lorsqu’ils s’aperçurent de ces très grands miracles, se mirent eux-mêmes à porter la civière avec le pape, afin d’être eux-mêmes sanctifiés par ce saint corps. Par la suite les empereurs ordonnèrent qu’on jetât dans les rues une grande quantité d’argent et d’or, afin que le gros de la foule restât accaparé par son amour des richesses et laissât conduire à l’église le saint cadavre. Mais le peuple en oublia son amour des richesses, et la presse était de plus en plus forte pour toucher le corps saint, si bien que finalement ce ne fut qu’avec une peine extrême qu’ils le conduisirent jusqu’au temple du saint martyr Boniface ; et cependant qu’ils demeurèrent là sept jours durant à louer Dieu, ils lui firent édifier un monument, tout d’or et de pierres précieuses et choisies, où ils déposèrent le saint cadavre avec une grande vénération. Or il s’éleva du tombeau lui-même un si suave parfum qu’il semblait qu’il fût empli de toutes les épices imaginables. Et ce fut en l’année 328 du Seigneur que sa mort advint.

Hermann HESSE (1877-1962), allemand.

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10 mai, 2018

Jules VERNE : Ô toi, que mon amour profond..

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:15

(A Herminie).

Ô toi, que mon amour profond et sans mélange

Formé de ton image et de ton souvenir,

Avait su distinguer en l’auguste phalange

Des jeunes beautés dont nous faisons notre ange

Pour nous guider dans l’avenir,

Toi que tout rappelait à mon âme inquiète,

Et dont l’âme sans cesse assise auprès de moi,

Me dérobait du temps, qu’à présent je regrette,

Le cours lent à mes voeux, quand la bouche muette,

Je ne pouvais penser qu’à toi,

Qu’as-tu fait – loin de moi, tu fuis, et ton sourire

Vers moi se tourne encor, adorable et moqueur,

Tu sais ce que toujours, tout-puissant, il m’inspire,

Tu l’adresses, hélas ! il me paraît me dire :

Je te quitte de gaîté de coeur !

Tu me railles, méchante, ah ! de ta moquerie,

Si tu voyais combien l’aiguillon me fait mal,

Ce qu’à l’âme, il me met de douleur, de furie !

D’amour ! tu cesserais ta vile fourberie !..

Mais non ! – cela t’est bien égal !

C’est trop te demander – pars, fuis où bon te semble ;

Ailleurs, va-t’en verser la joie et le plaisir ;

Cherche un autre amant ; Dieu fasse qu’il me ressemble !..

Nous pouvions dans l’amour vivre longtemps ensemble..

Seul, dans l’ennui, je vais mourir !

Jules VERNE (1828-1905).

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9 mai, 2018

Amédée JASMIN : Au poète

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:10

Que m’importe aujourd’hui qu’on me haïsse ou m’aime ?

Mon cœur se trouve à bout ;

Pour m’avoir trop de fois étreint, la douleur même

N’étonne plus mon goût.

J’ai fait en vain le tour de toutes les sagesses,

Et de tous les plaisirs ;

Les livres m’ont déçu, je suis las des caresses,

Et je voudrais mourir.

CHARLES GUÉRIN.

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Oh ! ne blasphème pas, poète à l’art divin,

Contre les saints accords de ta lyre sublime.

Tu chantes pour le siècle où l’homme au rôle vain,

Sans toi, serait plus bas descendu dans l’abîme.

Et tu chantes pour nous, les poètes infimes,

Qui marchons sur tes pas dans l’idéal chemin,

En nous montrant du doigt les sidérales cimes

Où ta Muse converse en sa langue d’or fin.

Si les hommes souvent, en leur abandon lâche,

Rendent vive la plaie où saigne notre cœur,

Il restera toujours pour aider à la tâche

Quelque Cyrénéen, compagnon de douleur.

Poète, honore-toi des crachats â ta face,

Car, pour demain, la gloire, en l’ombre, les efface.

Amédée JASMIN (1881-1973), canadien.

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8 mai, 2018

Hermann HESSE : De l’excès d’orgueil

Classé dans : lecture, ecriture — unpeudetao @ 6:11

AU PLUS BAS DEGRÉ DE L’HUMILIATION

Au temps jadis régnait le moult puissant empereur Jovinien. Un jour qu’il était étendu sur son lit, son cœur s’enfla d’un incroyable orgueil et il se dit en lui-même : « Y a-t-il donc un autre Dieu que moi ? » Alors qu’il ruminait encore ces pensées, le sommeil s’empara de lui et lorsqu’il se leva au petit matin, il convoqua tous ses guerriers et leur tint ce discours : « Mes enfants, il serait séant de prendre quelque nourriture, car j’ai l’intention aujourd’hui d’aller à la chasse. » Ceux-ci se montrèrent disposés à accomplir ses volontés, prirent quelque nourriture et partirent pour la chasse. Mais pendant que l’empereur chevauchait, il fut saisi par une chaleur insupportable et il eut l’impression qu’il allait mourir s’il ne pouvait se baigner dans une eau froide. Il regarda donc autour de lui et aperçut dans le lointain une large étendue d’eau. Aussi dit-il à ses soldats : « Restez ici et m’attendez jusqu’à ce que je me sois rafraîchi. » Là-dessus il piqua des deux et galopa à bride abattue vers ces eaux, sauta de cheval, enleva tous ses habits, entra dans l’eau et y resta le temps qu’il fallut pour être bien rafraîchi. Mais tandis qu’il s’ébrouait encore dans l’eau, un certain homme vint à passer qui lui ressemblait en tout, visage et attitudes, il enfila ses vêtements, monta sur son cheval, et galopa vers les guerriers d’icelui. Tous le reçurent comme si c’était l’empereur lui-même, et lorsque les réjouissances de la chasse furent terminées, il se mit en route pour le palais avec les soldats. Après coup, cependant, Jovinien sortit rapidement de l’eau, mais ne trouva ni son cheval ni ses vêtements. Il s’en étonna grandement et fut bien affligé : et comme il était nu et ne voyait personne, il se dit à part soi : « Que vais-je faire ? J’ai été pitoyablement trompé. » Il finit par reprendre ses esprits et dit : « Dans le voisinage habite un soldat que j’ai élevé au rang de mes grands capitaines ; je vais aller le trouver et me procurer des vêtements et un cheval, et ainsi équipé je pourrai retourner à cheval à mon palais et voir de quelle façon et par qui mon identité a été usurpée. » Jovinien se mit donc en route tout nu pour le château du guerrier susdit et frappa à la grand-porte. Le portier s’enquit alors des raisons pour lesquelles il tambourinait ainsi, et Jovinien dit : « Ouvrez la porte et voyez qui je suis. » Or le portier ouvrit grand la porte et l’ayant vu s’étonna fort et dit : « Qui es-tu donc ? » L’autre alors de rétorquer : « Je suis l’empereur Jovinien ; va trouver ton maître et dis-lui qu’il me prête des vêtements ; car j’ai perdu toutes mes pièces de vêtement et mon cheval. » Mais le portier de répliquer : « Tu as menti, infâme fripon, car juste avant ton arrivée sa Seigneurie l’empereur Jovinien est passée ici-même avec ses guerriers, en route pour son palais ; mon seigneur l’a accompagné, mais il vient juste de rentrer et il est maintenant attablé. Mais que tu prétendes être empereur, j’en rendrai compte à mon seigneur. » Sur-le-champ, en effet, le portier se présenta à son seigneur et lui porta les propos d’icelui. Le seigneur n’eut pas plus tôt entendu cela qu’il commanda qu’on l’amenât devant lui ; et lorsque le guerrier l’eût bien regardé, il ne le reconnut pas, mais l’empereur, lui, le reconnaissait fort bien. Là-dessus, le guerrier dit : « Dis-moi, qui es-tu donc, et quel est ton nom ? » L’autre répondit : « Je suis l’empereur Jovinien, et je t’ai à telle et telle occasion élevé à ton rang de grand capitaine. » Mais le premier dit : « Ô infâme fripon, avec quelle effronterie ne t’avises-tu pas de te parer du nom d’empereur ? Car juste avant toi, mon seigneur l’empereur est rentré à cheval à son palais ; je m’étais joint à son escorte en cours de route et j’en suis revenu à l’instant. Mais de t’être toi-même paré du nom d’empereur, tu ne t’en sortiras pas sans châtiment. » Là-dessus il lui fit donner une solide volée de coups et le fit jeter ensuite hors du château.

Or, se voyant ainsi fouetté et chassé, il se mit à pleurer amèrement et dit : « Ô Seigneur mon Dieu, comment est-il possible que ce guerrier à qui j’ai conféré moi-même sa charge de grand capitaine ne me reconnaisse plus désormais et qu’il ait pu me faire si cruellement fouetter ? » Il lui vint alors à l’esprit : « Or çà, dans le voisinage, habite l’un de mes conseillers, le duc ; vers sa demeure je veux me mettre en route et lui exposer ma détresse. Grâce à lui je recevrai des vêtements et je pourrai rentrer dans mon palais. » Mais lorsqu’il fut parvenu à la grand-porte du duc, il tambourina à grands coups, et le gardien de la porte, entendant qu’on frappait, ouvrit la porte et lorsqu’il vit un homme nu s’étonna fort et dit : « Brave homme, qui es-tu donc, et pourquoi arrives-tu ici tout nu ? » Mais celui-ci lui répliqua : « Je suis l’empereur et j’ai perdu par hasard mes vêtements et mon cheval, et pour cette raison je viens trouver ton duc afin qu’il me vienne en aide dans ma détresse ; c’est pourquoi je te prie de bien vouloir expliquer mon cas à ton seigneur. » Lorsque le gardien du portail eut entendu cela, il s’étonna fort, entra dans le palais et relata toute l’histoire à son seigneur. Le duc repartit alors : « Fais-le entrer ! » Mais lorsqu’on l’eût conduit à l’intérieur, personne ne le reconnut, et le duc lui dit : « Qui es-tu donc ? » Et celui-ci répliqua : « Je suis l’empereur et je t’ai élevé à la richesse et aux honneurs, je t’ai fait duc et je t’ai fait entrer dans mon conseil. » Mais le duc dit : « Infortuné gibier d’asile ! juste avant ton arrivée, j’ai accompagné à cheval et jusqu’à son palais mon seigneur l’empereur, et j’en rentre à l’instant ; mais que tu te sois targué d’un pareil honneur, tu ne t’en tireras pas à si bon compte. » Là-dessus il le fit enfermer en prison, au pain sec et à l’eau, mais ensuite il le fit sortir de prison, rouer sévèrement de coups, puis chasser hors de toute l’étendue de ses terres.

Lorsqu’il se trouva ainsi banni, il poussa plus de soupirs et de plaintes qu’onques homme ne put croire, et se dit en lui-même : « Malheur à moi, que vais-je faire, car je suis devenu pour la populace un objet d’outrages et d’injures. Le mieux pour moi serait encore d’aller à mon palais, les miens en cettui lieu sauront sûrement me reconnaître, et même s’il n’en était rien, ma femme au moins pourra me reconnaître à certaines marques de reconnaissance. » Là-dessus, il s’en alla seul à son palais, frappa à la grand-porte, et lorsque le portier entendit frapper, il lui ouvrit icelle. Mais lorsqu’il l’eut aperçu, il lui dit : « Qui es-tu donc ? » Celui-ci répondit alors : « Je m’étonne que tu ne me connaisses pas, bien que tu aies si longtemps servi chez moi. » Et celui-là de dire : « Tu mens ! Il y a bien longtemps que je suis au service de mon seigneur l’empereur. » Et celui-ci de rétorquer : « C’est moi-même, et afin que tu croies en mes paroles, je te prie pour l’amour de Dieu d’aller trouver l’impératrice et de lui dire qu’elle veuille bien, en vertu de ces signes, m’envoyer mes habits impériaux, car j’ai par mauvaise fortune perdu tous les miens ; les signes, cependant, que je lui fais parvenir par ton intermédiaire, personne sur terre ne les connaît en dehors de nous deux. » Alors le gardien de la porte dit : « Je ne doute pas que tu ne sois fou, car à cet instant même l’empereur, mon seigneur, est attablé avec l’impératrice à son côté. Néanmoins je vais rapporter à l’impératrice que tu as dit que tu étais l’empereur, et je suis sûr que tu seras sévèrement châtié. » Le portier alla donc trouver l’impératrice et lui rendit compte de tout ce qu’il avait entendu. Elle n’en fut pas petitement affligée, elle se tourna vers son seigneur et prononça ces paroles : « Ô Seigneur, Vous savez qu’entre nous se sont souvent passées secrètement de mémorables choses. Et voici qu’un coquin débauché vient à notre porte, charge le portier de me les rapporter et me fait dire par celui-ci qu’il est l’empereur. » Lorsque l’empereur eut entendu cela, il ordonna qu’on amenât l’homme en présence de tous les assistants ; et lorsqu’on le fit entrer ainsi tout nu, voici qu’un chien qui lui était auparavant très attaché lui sauta à la gorge pour l’étrangler. Cependant il en fut empêché par la domesticité, en sorte qu’autre mal ne lui fut pas infligé par cettui chien. Il avait également un faucon sur un perchoir qui, dès qu’il l’eut aperçu, brisa ses liens et s’envola vers la grande salle. Alors l’empereur dit à tous ceux qui se trouvaient attablés dans la salle : « Mes chers vassaux, écoutez ces paroles que je vais proférer sur ce coureur de grands chemins. Dis-moi qui tu es et pourquoi tu viens ici ? » Celui-ci répondit alors : « Ô Seigneur, que voici une étrange question. Je suis l’empereur et seigneur de ces lieux. » Alors l’empereur dit à tous ceux qui étaient assis à la table ou debout auprès d’elle : « Dites-moi par le serment que vous m’avez prêté, qui de nous deux est votre empereur et maître ? » Ceux-ci répondirent alors : « Ô Seigneur, par le serment que nous vous avons prêté, il nous est facile ici de donner réponse : cette canaille, nous ne l’avons jamais vue, mais Vous, vous êtes notre empereur et maître que nous connaissons depuis la jeunesse, et c’est pourquoi nous vous prions d’une seule voix que soit puni ce personnage, afin que tous puissent en tirer exemple et ne se risquent jamais plus à une pareille outrecuidance. » Là-dessus l’empereur se tourna vers l’impératrice et dit : « Dis-moi, ma noble dame, par la fidélité que tu me gardes : connais-tu cet homme qui se nomme l’empereur et ton maître ? » Mais celle-ci répondit : « Ô cher Seigneur, pourquoi me demandes-tu pareille chose ? N’ai-je pas passé avec toi plus de trente années et n’ai-je pas engendré des enfants avec toi ? Il y a pourtant une chose dont je m’étonne, à savoir comment ce drôle est parvenu à apprendre certaines affaires accomplies par nous en secret. » Là-dessus, l’empereur demanda à celui que l’on avait conduit devant lui : « Mon brave, comment as-tu pu oser te faire toi-même passer pour un empereur ? Voici la sentence que nous prononçons : tu seras attaché aujourd’hui à la queue d’un cheval, et si jamais tu as encore l’effronterie de prétendre de telles choses, je te condamnerai à la mort la plus infamante. » Là-dessus il appela ses féaux et leur dit : « Allez et attachez-moi cet homme à la queue d’un cheval, mais ne le tuez point. » Et c’est ce qu’il advint.

Mais ensuite, voici que le malheureux sentit dans ses entrailles un remuement plus fort que quiconque ne saurait croire, et désespérant pour ainsi dire de lui-même, il s’écria : « Maudit soit le jour où je suis né et où mes amis m’ont abandonné ! Mon épouse et mes fils ne m’ont pas reconnu. » Tandis qu’il parlait encore ainsi, il pensa en lui-même : « Dans le voisinage habite mon confesseur, je vais me rendre chez lui ; peut-être voudra-t-il bien me reconnaître, car il m’a très souvent entendu en confession. » Là-dessus il alla trouver cet ermite et frappa à la fenêtre de sa cellule. Celui-ci alors demanda : « Qui est là ? » et il répondit : « C’est moi, l’empereur Jovinien. Ouvre ta fenêtre, que je puisse parler avec toi. » Or lorsque celui-ci eut entendu sa voix, il ouvrit bien sa fenêtre, mais dès qu’il le vit, il la claqua avec violence en disant : « Éloigne-toi de moi, maudit, car tu n’es pas l’empereur, mais le diable qui a pris forme humaine ! » Mais lorsque l’empereur entendit ces mots, il se roula par terre de douleur, s’arracha les cheveux sur la tête, et la barbe aussi, et dit : « Malheur à moi, que vais-je faire ? » En prononçant ces paroles, il lui revint à l’esprit combien naguère, alors qu’il était étendu sur son lit, son cœur s’était enflé d’orgueil, et qu’il avait prononcé ces paroles : « Y a-t-il donc un autre Dieu que moi ? » Sans retard il cogna à la fenêtre de l’ermite et dit : « Je vous en supplie, pour l’amour du Crucifié, écoutez ma confession à fenêtre close. » Celui-ci dit alors : « Ceci me convient. » Et l’empereur, ruisselant de larmes, confessa toute sa vie et surtout la façon dont il s’était élevé au-dessus de Dieu lui-même et avait dit qu’il ne croyait en aucun autre Dieu qu’en lui-même. Mais lorsque confession fut faite et absolution donnée, l’ermite ouvrit sa fenêtre et le reconnut et dit : « Béni soit le Seigneur en haut des cieux, maintenant je te reconnais ; j’ai ici quelques pauvres vêtements, tu n’as qu’à les mettre et te rendre à ton palais, et là, j’en ai bon espoir, ils te reconnaîtront. »

Là-dessus l’empereur s’habilla, gagna son palais et frappa à la grand-porte d’icelui. Le portier l’ouvrit immédiatement et le reçut avec tous les honneurs. L’empereur dit alors : « Me reconnais-tu donc ? » et celui-ci répondit : « Eh bée, Seigneur, fort bien. Il n’y a qu’une chose qui me tracasse, c’est que je suis resté là toute la journée et que je ne vous ai pas vu sortir de la maison. » L’empereur pénétra alors dans la salle du conseil, et tous ceux qui le virent inclinèrent leur chef. L’autre empereur, cependant, était auprès de sa femme. Or un homme d’armes qui sortait des appartements impériaux le regarda avec beaucoup d’attention, sur ce fait retourna dans la chambre et dit : « Seigneur, dans la grand-salle il y a un homme à qui tous font révérence et rendent les honneurs, et il vous ressemble en tout si singulièrement que je ne sais absolument plus lequel de vous deux est l’empereur. » Lorsque l’empereur entendit cela, il dit à l’impératrice : « Sors, et va voir si tu le connais. » Elle se hâta donc de sortir et, dès qu’elle l’eût aperçu, elle s’étonna grandement, se hâta de rentrer dans les appartements, et dit : « Ô Seigneur, je vous annonce un second vous, mais qui d’entre vous deux est mon seigneur, je ne le puis aucunement distinguer. » Celui-ci dit alors : « Puisqu’il en est ainsi, je vais sortir et faire éclater la vérité au grand jour. » Et lorsqu’il eut pénétré dans la grand-salle, il prit le premier par la main, le fit s’avancer à ses côtés, rassembla devant lui tous les guerriers qui se trouvaient là ainsi que l’impératrice et dit : « Par le serment que vous m’avez prêté, dites-moi maintenant lequel de nous est votre empereur ? » Alors l’impératrice répondit la première : « Seigneur, c’est à moi qu’il revient de répondre la première ; mais que Dieu soit mon témoin du haut du ciel ; je ne saurais aucunement indiquer qui de vous est mon seigneur », et tous dirent de même. Celui-ci dit alors : « Mes chers vassaux, écoutez-moi. Cet homme que voilà est votre empereur et maître ; mais il s’est un jour rebellé contre Dieu, et c’est pourquoi Dieu l’a châtié, et la possibilité d’être reconnu par les hommes s’est éloignée de lui, jusqu’à ce qu’à son Dieu il ait fait réparation. Quant à moi je suis son ange gardien et le protecteur de son âme, en qualité de quoi j’ai administré son empire durant le temps où il a fait pénitence ; mais désormais sa pénitence est accomplie, et il a donné réparation pour ses péchés, c’est pourquoi vous devez être obéissants envers lui, et je vous recommanderai à Dieu. » Sur ces mots il disparut soudain à leur vue ; mais l’empereur rendit grâce à Dieu et vécut toute sa vie en paix et la dédia à Dieu. Quant à nous, puisse-t-il nous accorder la même grâce !

Hermann HESSE (1877-1962), allemand.

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7 mai, 2018

Jules VERNE : Lorsque la douce nuit..

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:09

Lorsque la douce nuit, comme une douce amante,

S’avance pas à pas, à la chute du jour,

S’avance dans le ciel, tendre, timide et lente,

Toute heureuse d’un fol amour ;

Lorsque les feux muets sortent du ciel propice,

Pointillent dans la nuit, discrets, étincelants,

Eparpillent au loin leurs gerbes d’artifices,

Dans les espaces purs et blancs ;

Quand le ciel amoureux au sein des rideaux sombres,

Tout chaud de ce soleil qui vient de l’embraser,

A la terre, pour lui pleine d’amour et d’ombres,

S’unit dans un brûlant baiser ;

Quand se réfléchissant comme en un lac limpide,

L’étoile de l’azur, sur le sol transparent,

Allume au sein de l’herbe une étoile timide,

Cette étoile du ver luisant ;

Quand aux brises du soir, la feuille frémissante,

A ce tendre contact a refermé son sein,

Et garde en s’endormant la fraîcheur odorante

Qui doit parfumer le matin ;

Quand sur le sombre azur, comme un triste fantôme,

Le cyprès de ce champ où finit la douleur,

Est là, plus triste et froid qu’un mystérieux psaume

Qui tombe sur un ton mineur ;

Lorsque courbant sa tête à des plaintes secrètes,

L’if, comme de grands bras agite ses rameaux,

Et tout mélancolique, en paroles muettes,

Cause bas avec les tombeaux ;

Quand au berceau de Dieu, sur la branche endormante,

L’oiseau paisible, heureux a trouvé le sommeil,

Quand le fil de la Vierge a regagné sa tente

En attendant quelque soleil ;

Quand la croix déployant dans sa forme incertaine,

Sur le chemin du ciel ses deux bras de douleurs,

Dans la nuit qui l’entoure en son humide haleine

Est ruisselante de pleurs ;

Quand toute la nature, et l’étoile de la pierre,

Et l’arbre du chemin, la croix du carrefour,

Se sont tous revêtus de l’ombre, du mystère,

Après les fatigues du jour ;

Quand tout nous parle au coeur, quand la tremblante femme,

A plus de volupté que le soleil le jour,

Oh ! viens, je te dirai tout ce que j’ai dans l’âme,

Tout ce que j’ai de tendre amour.

Jules VERNE (1828-1905).

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