15 décembre, 2017

René VÉBER : Conte de Noël

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:19

I.

Depuis deux longs jours, une neige épaisse

Implacablement descendait sans cesse,

En flocons serrés, du ciel morne et blanc ;

Les petits oiseaux voletaient, piaulant,

Ayant faim, perdus dans la plaine immense,

Et, transis, gelés, les membres perclus,

S’effaraient, ne s’y reconnaissant plus.

Il faisait très froid. – Nul bruit – un silence

Énorme de mort. – Et l’on aurait dit

Que tout le hameau dormait engourdi.

II.

Au bout du pays, presque à la lisière

D’un grand bois sauvage, en un chemin creux,

Dans une vilaine et triste chaumière,

Vivait un bonhomme, infirme, très vieux

Et très pauvre, avec sa petite Yvette,

Une toute frêle et douce fillette

D’à peine dix ans. – Il ne travaillait

Presque plus, trop faible. Et dans sa détresse

Le piteux logis, sous la neige épaisse,

Semblait tout honteux, se dissimulait.

III.

Or c’était Noël. Tout au soir, la veille,

La mignonne Yvette, entendant conter

Sur cette nuit-là d’étranges merveilles,

S’en était allée en secret porter

L’un de ses souliers – car de cheminée

On n’en avait pas – dehors, sous l’auvent.

Elle s’était dit qu’en l’apercevant,

Le petit Jésus faisant sa tournée,

Avec des joujoux très beaux pleins les bras,

Très probablement ne l’oublierait pas.

IV.

Et quand il fit jour, un peu, la fillette

Se leva sans bruit et vite alla voir…

Or dans le soulier, étroite cachette

Un chardonneret, tout troublé, le soir

S’y étant blotti, dormait. Douce et bonne,

Elle prit l’oiseau dans sa main mignonne

Et le réchauffa, – puis vint lui jeter

Un peu de pain blanc, joyeuse, ravie

De voir le pauvret renaître à la vie

Et, tout rassuré, se mettre à chanter.

V.

Lors, en le voyant plein de confiance,

La mignonne en eut un bonheur immense

Et comprit : pour’ sûr, c’était le présent

Que Jésus avait bien voulu lui faire…

Pourquoi pas ?… Dieu garde à toute misère,

À toute souffrance un baume puissant,

Une joie au moins, bonne et consolante :

Celle d’alléger quelque autre douleur,

Quelque autre infortune encor plus navrante…

C’est si doux d’aimer et d’avoir bon cœur !

René VÉBER (1866-19..).

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14 décembre, 2017

Marie-Alix LAVIGNAC : Les fleurs qui se fanent

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:03

Elle avait dix-huit ans : « Viens, lui disait son ange,

« Viens, petite fleur du vallon ;

« Laisse le sol maudit. Oh ! je crains que la fange,

« Que le souffle de l’aquilon

« Ne flétrisse bientôt la vertu qui t’enflamme,

« Ton angélique pureté ;

« J’ai peur ! j’ai peur !.. Oh viens, viens, livre-moi ton âme,

« Je suis jaloux de sa beauté !.. »

Et l’enfant écoutait, souriante et rêveuse,

Le doux appel, non sans émoi.

Et la voix répétait, touchante, harmonieuse :

« Viens avec moi, viens avec moi !..

« Que tardes-tu, ma sœur ? Ne suis-je pas ton frère ?

« Donne-moi ta blanche main ;

« Voici des ailes ; viens, abandonne la terre

« Et nous serons au ciel demain !.. »

Mais l’enfant, cette fois, devint triste, inquiète ;

L’ange devina ses douleurs ;

Tremblante, elle rougit, et, détournant la tête,

Longtemps elle versa des pleurs.

« Eh ! quoi ! partir ? déjà ?.. Quelle amère tristesse !.. »

Son cœur allait s’épanouir !..

Quoi ! quand tout souriait à sa belle jeunesse,

Hélas ! fallait-il donc mourir ?..

Mourir !.. « Beau chérubin, soupira la jeune âme,

« Vers le ciel, reprends ton essor !..

« Ne crains pas les plaisirs, va, mon cœur les condamne :

« Je ne veux pas mourir encor !..

« Tu reviendras bientôt. Trop tard, répondit l’ange.

« Je ne demande qu’un printemps !.. »

Hélas ! quand il revint, l’aquilon et la fange

Avaient flétri les dix-huit ans !

Marie-Alix LAVIGNAC (XIXe siècle).

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13 décembre, 2017

A, b, c, d.. (Conte de Noël)

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 6:03

» La foi est toujours vivante dans le coeur des hommes  » se dit le curé en voyant l’église bondée. C’était des ouvriers du quartier le plus pauvre de Rio de Janeiro, réunis cette nuit-là avec un seul objectif en commun : la messe de Noël. Il en fut réconforté.

D’un pas digne, il gagna le milieu de l’autel.

» A, b, c, d..  » C’était, semblait-il, un enfant qui perturbait la solennité de l’office. Les assistants regardèrent derrière eux, mécontents. Mais la voix continuait :  » A, b, c, d ..  »

» Arrêtez ! » dit le curé. Le gamin parut s’éveiller d’une transe. Il lança un regard craintif autour de lui et son visage s’empourpra de honte.

» Qu’est-ce que tu fais ? Tu ne vois pas que tu troubles nos prières ? » Le gamin baissa la tête et les larmes coulèrent sur ses joues.  » Où est ta mère ? » insista le curé. » Elle ne t’a pas appris à suivre une messe ? »

Tête basse, le gamin répondit :  » Excusez-moi, mon père, mais je n’ai pas appris à prier. J’ai été élevé dans la rue, sans père ni mère. Aujourd’hui c’est Noël et j’avais besoin de causer avec Dieu. Je ne connais pas la langue qu’il comprend, alors je dis les lettres que je sais. J’ai pensé que, là-haut, il pourrait prendre ces lettres et s’en servir pour former les mots et les phrases qui lui plaisent.  » Le gamin se leva.  » Je m’en vais  » dit-il.  » Je ne veux pas gêner les personnes qui savent si bien communiquer avec Dieu.  »

» Viens avec moi  » répondit le curé. Il prit le gamin par la main et le conduisit à l’autel. Puis il se tourna vers ses fidèles.  » Ce soir, avant la messe, nous allons réciter une prière spéciale. Nous allons laisser Dieu écrire ce qu’il veut entendre. Chaque lettre correspondra à un moment de l’année, où nous réussirons à faire une bonne action, à lutter avec courage pour un rêve ou à dire une prière sans mot. Nous allons Lui demander de mettre en ordre les lettres de notre vie. Nous allons former des voeux afin que ces lettres lui permettent de créer les mots et les phrases qui lui plaisent.  » Les yeux fermés, il se mit à réciter l’alphabet. Et, à son tour, toute l’église répéta :  » A, b, c, d.. «

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12 décembre, 2017

Joachim du BELLAY : Du Jour de Noël

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:04

La Terre au Ciel, l’Homme à la Deïté,

Sont assemblés d’un nouveau mariage.

Dieu prenant corps, sans faire au corps outrage,

Naist aujourdhuy de la virginité.

La Vierge rend à la Divinité

Son sainct dépost, dont le Monde est l’ouvrage,

Mais aujourdhuy il a fait d’avantage,

S’estant vestu de nostre humanité !

Il a plus fait : car si du corps humain

Tenant la vie et la mort en sa main,

Il s’est rendu mortel par sa naissance,

Ne s’est-il pas luymesme surmonté ?

Cette oeuvre là démontre sa puissance,

Et celle-ci démontre sa bonté.

Joachim du BELLAY (1522-1560).

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11 décembre, 2017

Arthur MARSEILLE : Sur la montagne

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:19

(À Mlle D..).

Là-bas, sur la montagne aux flancs capricieux,

L’air est tout embaumé, l’aubépine est fleurie ;

Il est un lieu divin, où l’on chante et l’on prie,

En montant au sommet nous serons près des cieux.

Si la montagne garde un air silencieux,

L’oiseau chante gaîment sa romance chérie ;

Ensemble nous irons, dans une rêverie,

Écouter de l’oiseau le chant si gracieux.

Tous deux nous saluerons cette douce merveille,

Cette nature en fleurs, ce printemps qui s’éveille,

Heureux, nous resterons jusqu’à la fin du jour.

Il est un frais berceau plus beau que toute chose,

Il fut fait par Dieu même et l’ange s’y repose :

Là-bas, sur la montagne, il est un nid d’amour.

Arthur MARSEILLE (XIXe siècle).

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10 décembre, 2017

Augusta MEYLAN : Vivre !

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:42

Vivre, c’est accepter la tâche journalière,

Sans orgueilleux défi, sans lâche désespoir ;

C’est n’avoir qu’un seul mot inscrit sur sa bannière,

Ce mot sacré : Devoir.

C’est marcher courageux dans l’humaine carrière,

Sans murmurer jamais contre les durs cailloux,

Mais savoir, pour cueillir la modeste bruyère,

Fléchir les deux genoux.

C’est recevoir de Dieu, comme une grâce auguste,

Chaque heure de bonheur, chaque rayon d’azur,

Et, comme un saint décret d’une loi toujours juste,

Le chagrin le plus dur.

C’est ne laisser jamais la haine ni le doute

En notre âme verser le poison de leur fiel ;

Vivre, enfin, c’est n’avoir, au terme de la route,

D’autre but que le ciel !

Augusta MEYLAN (XIXe siècle).

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9 décembre, 2017

Marie MEYRAT-GIRARD : Petits enfants

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:56

Les tout petits enfants qui viennent en ce monde,

Lors même que le sort leur fait un nid très doux,

Inspirent bien souvent une pitié profonde

À ceux qui dans la lutte ont grandi comme nous.

Ils seront seuls un jour sous l’orage qui gronde ;

Ils subiront les chocs que nous redoutons tous.

Ceux qui sur notre cœur cachent leur tête blonde

N’auront plus pour appui ce cœur ni ces genoux.

C’est ainsi qu’il faudrait, bons et chers petits anges,

Pouvoir garder tous ceux qui naissent ici-bas.

L’heure sonne trop tôt pour eux des durs combats.

Oh ! que du moins le jour où tomberont leurs langes,

Ils gardent, dans un cœur que mûriront les ans,

La candeur et la foi des tout petits enfants.

Marie MEYRAT-GIRARD (XIXe siècle).

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8 décembre, 2017

Louis MICHAUT : Premier froid

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:12

Ave..

LES oiseaux tristement ont regagné leur couche

Car Décembre s’annonce et va pleurer sur eux ;

Blottis, l’aile fermée, au sein d’un chêne creux,

Ils fuient le vent qui hurle et qui les effarouche.

Et moi, comme eux tremblant, comme eux aussi farouche,

Regrettant le passé qui me rendit heureux,

Je m’arrête devant l’ombre des jours brumeux,

Pendant qu’à mes baisers tu refuses ta bouche.

À l’approche du soir l’oiseau ne chante plus ;

L’écho répète seul un dernier angélus,

L’Angélus qui gémit en novembre où tout pleure.

Comme l’oiseau troublé devant ses chants perdus,

Mon esprit, près de toi, berce d’un dernier leurre

Mon pauvre cœur transi par ton premier refus.

Louis MICHAUT (XIXe siècle).

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7 décembre, 2017

Abbé Claude NOUVEAU : Le convoi d’un enfant

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:27

Il neige, dans l’air flotte une pâleur immense :

Sur le sol tout est blanc : plaine, vallon, forêt.

Entre ces deux blancheurs l’horizon disparaît :

Où la terre finit, déjà le ciel commence.

Je laissais dans le vague errer mon œil distrait…

Soudain des chants, des fleurs. Un cortège s’avance.

– Ô voix, que chantez-vous ? le deuil ou l’espérance ?

Que dites-vous, ô fleurs ? l’amour ou le regret ?

Hélas ! c’est le convoi d’un enfant. – Pauvre mère !

Pleure tes longs espoirs et ta joie éphémère !

Pleure !… mais souviens-toi qu’en frappant Dieu bénit.

L’enfant, dans son linceul, retrouve un autre lange ;

Pour lui le ciel commence où la terre finit,

Et son frêle cercueil est le berceau d un ange.

Abbé Claude NOUVEAU (1850-1911).

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6 décembre, 2017

Baronne d’OTTENFELS : Couchant sur la mer

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:13

I

Ah ! si le pinceau pouvait rendre

L’aspect de cette mer en feu !

Ce rouge ardent, ce rose tendre,

Ces flots de pourpre au reflet bleu !

Si la strophe aux nuances pâles

Pouvait semer sous son burin

Tous ces prismes d’ambre et d’opales,

Qui tombaient du céleste écrin,

Pour que sa splendeur s’éternise

Je fixerais ma vision

Sur un beau cristal de Venise,

Avec de l’or en fusion.

Le cadre était si grandiose

Et le tableau si saisissant

Que l’astre, en son apothéose,

Sur la lèvre arrêtait l’accent,

Et vers l’Auteur de la lumière

Sentant mon âme s’élancer,

Mes mains, comme pour la prière,

S’étaient jointes sans y penser.

II

Pourtant ces radieux mirages

Qu’ignore l’azur des beaux soirs,

C’était le reflet des nuages,

Tout à l’heure encore si noirs.

De ces tristes murailles d’ombre

Qui montaient, flottante prison,

Drapant le ciel d’un crêpe sombre,

Voilant le cœur et l’horizon.

Mais voici qu’à l’heure suprême

Où le soleil va nous quitter,

Le rideau se fend de lui-même

Au foyer qui vient d’éclater :

Voici qu’à l’ardent incendie,

Allumant ses débris fuyants,

L’opaque nuée irradie

Sur l’onde aux replis chatoyants ;

Voici que sa traînée en flamme

Sur le golfe entier resplendit,

Ainsi qu’une immense oriflamme

Qu’un miroir immense grandit ;

Et, de l’horizon jusqu’au faîte,

Confondant leurs doubles brasiers,

Ciel et mer prolongent la fête

Sous nos regards extasiés,

III

Ainsi, quand l’humaine journée

A passé morne et sans soleil,

Quand, dès l’aube, la destinée

N’eut pas même un reflet vermeil.

Bien souvent, à l’heure dernière,

Au tomber du soir d’ici-bas,

On voit se lever la lumière

Du jour qui ne s’éteindra pas ;

Et plus les larmes de ce monde

Ont obscurci l’âme et le cœur,

Plus le rayon qui les inonde

De ces ténèbres sort vainqueur.

On dirait qu’à travers la nue,

S’ouvrant un chemin radieux,

La Vierge en sa gloire est venue

Adoucir l’instant des adieux,

Et, dans l’âme encor frémissante,

Verser plus d’ardentes clartés

Que cette pourpre éblouissante

Embrasant deux immensités.

Baronne d’OTTENFELS (18..-19..).

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