22 juin, 2017

Abbé Ernest PERRIN : Un sonnet à Marie

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 7:22

L’astre des nuits emprunte au soleil sa lumière,

Fait pleuvoir la rosée au fond de chaque fleur,

Au voyageur errant montre la fondrière

Ou le taillis épais qui cache le voleur.

Cet astre, c’est bien toi, Vierge qui la première

Par le fruit de ton sein dissipas toute erreur.

Jésus est ton soleil : de sa grâce plénière

Tout resplendit en toi : le corps, l’esprit, le cœur.

De la nuit du péché tu dissipes les ombres ;

Du serpent tortueux qui veille aux sentiers sombres

Tu signales l’approche et les pièges trompeurs.

Sur mon âme alanguie, haletante, épuisée,

D’un breuvage divin tu verses la rosée :

Astre des nuits, toujours sois propice aux pécheurs !

Abbé Ernest PERRIN (1850-1922).

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21 juin, 2017

Gabriel MONAVON : La flore alpestre

Classé dans : lecture, ecriture — unpeudetao @ 6:12

Il n’est pas d’aspect plus ravissant que celui de la grande montagne, lorsqu’à la jeune saison elle se revêt de sa tunique fleurie. Veut-on admirer ce merveilleux tableau dans sa pompe riante et printanière ?…

Sous les parois rocheuses qui ferment les hauts pâturages, au pied des glaciers, s’étendent des pentes humides et fraîches tapissées de gazon et de mousses. Ces espaces, région de la paix et du silence, sont si profondément solitaires qu’on est porté à penser à ce que fut le monde primitif au temps de sa virginité, quand les êtres ne se mêlaient pas encore aux choses, ou quand il n’y avait, pour animer les paysages déserts, que des monstres aux formes lentes et rudimentaires, à peine dissemblables du limon d’où venait de les tirer le Verbe créateur…

Cependant, pour atténuer la tristesse sauvage de cette impression, des fleurs éclatantes semblent s’empresser de s’épanouir en une symphonie de couleurs et de grâce. Car c’est, en effet, dans l’épanouissement du printemps que l’Alpe est la plus belle, – constellée de fleurs comme un ciel où il n’y aurait que des étoiles, gemmée de corolles comme une chevelure où luiraient plus de pierreries qu’il n’y en a dans les contes fabuleux de tout l’Orient !… Ce sont des vastes champs de rhododendrons d’un rouge vif, dressés sur leurs tiges ligneuses, aux dures feuilles luisantes, – fleurs hardies et presque provocantes, fleurs vigoureuses, fleurs de santé, de bonne mine et de courage. De place en place, parmi leurs buissons envahissants, se dressent en soleils orangés les grandes fleurs de l’arnica, tandis que les lys martagons balancent leurs turbans ponctués de pourpre et que d’autres lys, ces petits lys blancs qu’on nomme des « paradisies », si délicats, si frêles, semblent destinés à mourir aux premières gouttes de rosée. Des violettes à deux fleurs, abondantes et menues, garnissent de touffes sombres le creux des roches abritées. Sur les bordures et les replats du gazon, s’étalent des moissons de narcisses d’une blancheur neigeuse, des tapis de pensées striées d’un velours d’un bleu intense ; des touffes de gentianes encore plus bleues, ouvrant leurs corolles en coupes allongées, de grassettes d’un bleu presque noir, pareilles à de minuscules cornes d’abondance, de myosotis d’un bleu clair et vif, du même bleu que le ciel.

Au bord des névés qui se retirent, pointent les clochettes dentelées des soldanelles, petites fleurs en demi-deuil d’un lilas tendre, de la couleur des chagrins presque consolés, si pressées de naître qu’elles percent la couche de neige trop lente à disparaître. Elles semblent hâter leur floraison comme pour céder bientôt la place aux tardives edelweiss, ces filles immaculées et immarcescibles des glaciers. Jusque dans les pierriers s’ouvrent les céraistes aux blancs pétales, les courtes grappes des linaires aux pistils de safran, les bouquets blancs des achillées…

Et il y en a d’autres encore, car toutes les herbes fleurissent, toutes les mousses germent, toutes les plus humbles graminées palpitent et s’élancent, dans une gaîté folle, dans un éperdu besoin de vivre, de jeter le pollen aux brises caressantes, de semer pour l’avenir des moissons de pétales colorés et de pistils odorants.

C’est comme un sourire épanoui des plantes, autour desquelles bourdonnent d’invisibles insectes dont le bruissement se fond et s’évapore dans l’immensité du silence, tandis que de grands, papillons furtifs, des apollons aux ailes de lumière, voltigent parmi toutes ces fleurs, comme des fleurs vivantes.

Telle est cette étincelante symphonie florale de la nature alpestre, où s’unissent en de merveilleux accords les couleurs, les parfums et les grâces. Spectacle magique et inoubliable pour les yeux qui en ont été frappés !

Gabriel MONAVON (XIXe siècle).

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20 juin, 2017

Jean-Baptiste ROUSSEAU : Mère du Dieu vivant

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:25

Ô Vierge ! qui du ciel assures la conquête,

Sacré gage des dons que sur terre il répand,

Tes pieds victorieux écraseront la tête

De l’horrible serpent.

Les Saints après ta mort t’ouvriront leurs demeures,

Nouvel astre du jour pour le ciel se levant.

Que dis-je, après ta mort ? Se peut-il que tu meures ?

Mère du Dieu vivant ?

Non, tu ne mourras point. Les légions sublimes

Vivante t’admettront dans ton auguste rang,

Et telle qu’au grand jour où, pour laver nos crimes,

Ton Fils versa son sang.

Dans ce séjour de gloire où les divines flammes

Font d’illustres élus de tous ses citoyens,

Daigne prier ce Fils qu’il délivre nos âmes

Des terrestres liens !

Jean-Baptiste ROUSSEAU (1671-1741).

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19 juin, 2017

Marie SUTTIN : Tableau de la Visitation

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:36

De là-bas, des palmiers lumineux, du ciel pur,

Vers ce coin de maison baigné de clair-obscur

Marie arrive, et, dans une charmante pose,

Avec son manteau bleu, sa svelte robe rose,

Son voile enveloppant, moins chaste que son front,

Elle monte, sans bruit, les marches du perron.

Élisabeth est là, sur le seuil de la porte,

Coiffée en blanc discret, vêtue en couleur morte.

Ses bras s’ouvrent à ceux qui berceront Jésus.

Sauf le bleu des lointains par le cintre aperçus,

Tout se recueille, ici, dans une ombre expectante :

Un seul point de clarté perce la nuit flottante,

Et fait un jour suave aux rayons attendris

Où le tableau se teint d’idéal coloris :

C’est votre virginal visage où tout se dore,

Marie, incomparable, étincelante Aurore !

Marie SUTTIN (18..-19..).

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16 juin, 2017

Pierre VALDELIÈVRE : Prière à Notre-Dame de Boulogne

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:31

Ô Vierge nautonière à la douce légende,

Dont le dôme béni protège au loin la lande,

Ayez pitié de ceux qui naviguent en mer,

Et qui sont si petits dans l’océan immense,

Livrés aux éléments transis et sans défense,

Pareils à des damnés projetés en enfer.

Ayez pitié de ceux qui s’en vont dans la brume,

Dans le froid et la nuit : à l’heure où l’on allume

La lampe au coin du feu, l’heure d’intimité

Dans la maison tranquille au bord de la falaise,

Eux debout, secouant le sommeil qui leur pèse,

Penchés sur le tillac, scrutent l’obscurité.

Ayez pitié de ceux qui savent l’amertume

D’une vague fouettant la figure d’écume,

La cuisante âpreté qui vous mord jusqu’au sein,

Du vent glacé geignant à travers les cordages,

Quand par les durs hivers il faut sur les bordages

Hisser le lourd filet où se blesse la main.

Ô Vierge ! épargnez-leur les subites rafales

Qui balayent les ponts, ruissellent dans les cales,

Et les paquets de mer se ruant sur l’avant,

Qui font pencher la barque et mouillent la voilure

Et jusque sous les flancs font craquer la membrure

Où l’on entend gémir chaque saute de vent.

Épargnez-leur aussi la rencontre soudaine

Des vapeurs effrayants, hurlant de leur sirène :

Brusquement, devant eux ils surgissent la nuit,

Vision d’épouvante, ombres noires qui passent

Les sabords éclairés, contre les barques basses,

Dans un sillage blanc de lumière et de bruit.

Soyez propice aux mots qui sortent de leur bouche,

Mots attendris, à l’heure où le soleil se couche ;

Écoutez-les rêver à ceux qu’ils ont laissés

Lorsqu’ils songent, le soir, penchés au bastingage

Après le dur labeur, qu’il n’est plus au village

Que des femmes en deuil et que des cœurs blessés.

Car ils sont bons et doux : ils pensent à leur mère

Qui leur apprit jadis à dire leur prière,

Ils songent à leur femme, à leurs petits enfants,

À leur promise errant anxieuse, attristée,

À tous ceux qui viendront les voir sur la jetée

Au jour encor lointain des retours triomphants…

Ô Vierge de Boulogne à la douce légende,

Dont le dôme béni domine au loin la lande,

Ayez pitié de ceux qui naviguent en mer

Et qui sont si petits sur l’océan immense,

Livrés aux éléments, faibles, nus, sans défense,

Pareils à des damnés qui tombent en enfer !

Pierre VALDELIÈVRE (18..-1957).

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15 juin, 2017

Citation

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 16:51

Je ne peux rien pour qui ne se pose pas de question.

Confucius.

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Franz VAN CAENEGEM : Sancta Maria

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:23

Ô ma douce Patronne, ô ma Dame, ô ma Reine,

Comme bien je voudrais déposer à tes pieds

Un glaive étincelant, couronné de lauriers,

Que, preux, j’apporterais d’une emprise lointaine !

Comme bien je voudrais, ma sainte souveraine,

Déposer fièrement sur ton front vénéré

Un diadème d’or, de perles constellé,

Dont j’eusse dépouillé quelque reine païenne !

Mais comte ou pair ne suis, duc ni cavalcadour !

Je m’en vais par tous lieux, vivant au jour le jour,

Ainsi que les oiseaux chanter des villanelles ;

Et je viens aujourd’hui, ton féal troubadour,

Aux accords de ce luth mêlant mes ritournelles,

Ô ma dame, t’offrir ce pauvre chant d’amour !

Franz VAN CAENEGEM (18..-19..), belge.

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14 juin, 2017

Désiré PIRET : La violette

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:24

Sur un riant coteau chantaient toutes les fleurs.

Tout fier, le lis vantait sa blancheur éclatante,

Le jasmin, son parfum et ses riches couleurs,

La rose, sa fraîcheur et sa mine charmante.

« C’est moi que l’amoureux arrose de ses pleurs,

Dit le myosotis, quand il pense à l’absente ;

 » C’est moi, répond l’œillet, que tous les promeneurs

Cueillent pour attacher au sein de leur amante. »

Le bluet, redressant son dos courbé, leur dit :

« Le ciel a teint mon front, si ma pose est chagrine ;

 » La fleur préférée est ma fleur », dit l’aubépine.

Mais soudain, du ciel bleu, la Vierge descendit,

Et, se penchant, cueillit des fleurs de la colline

La seule qui n’avait rien dit, mais qu’on devine.

Désiré PIRET (XIXe siècle).

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13 juin, 2017

Louis PIZE : Notre-Dame des Neiges

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:32

I

Sur le plateau les noirs cortèges

Des pins ruisselants ont conduit

Vers vous, Notre-Dame des Neiges,

Ceux qui reviennent de la nuit.

Les bois d’automne, dans la brume,

Vous offrent d’ardentes senteurs.

Mais nous, c’est la vieille amertume

Du péché qui remplit nos cœurs.

Ouvrez-nous vos blanches clôtures,

Accueillez-nous dans la maison,

Clairière des forêts obscures,

Ô source fraîche du pardon.

Pour guérir nos âmes meurtries

Vous attendiez au carrefour,

Sainte gardienne des prairies,

Étoile dans le petit jour.

Quand, emportés par le voyage

À travers le plateau sans fin,

Nous languirons, que votre image

Éclaire encore le chemin !

II

Pour la Vierge qui nous appelle

Aux pieds de son Enfant-Jésus,

Nous bâtirons une chapelle

Avec les pierres du talus.

Que la poussière de la route

Seule blanchisse l’humble mur !

Afin de décorer la voûte,

Prenons au ciel un peu d’azur.

Nous offrirons une guirlande

Du liseron blanc des forêts,

De sarriette et de lavande

Nouée aux palmes d’un cyprès.

Sur l’escalier de notre Mère,

Un berger se met à genoux.

Par la grille du sanctuaire

Les mendiants jettent des sous.

Pour resplendir dans la nef basse

Le soleil semble se pencher.

Le vent rapporte de l’espace

Les parfums brûlants du rocher.

Louis PIZE (1892-1977).

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12 juin, 2017

Armand PRAVIEL : La Mère de douleur

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:13

Vous fûtes pour les uns, attentive et charmée,

La Vierge pure aux deux pieds nus sur le croissant,

Ou l’Épouse, terrible à l’égal d’une armée,

Montant au ciel parmi les palmes et l’encens.

D’autres ont vu la Mère au profil de camée

Qui se penchait sur le berceau d’un Dieu naissant…

Mais aujourd’hui, nous vous cherchons, triste et pâmée,

Au chemin que Jésus consacra de son sang.

Nous vous trouvons enfin, Madone des Sept Glaives !

Nous nous agenouillons, tout meurtris de nos rêves ;

Nous vous disons nos repentirs et nos langueurs ;

Et mieux qu’à Bethléem, et mieux qu’à Béthanie,

Ô vous qui sanglotez d’une angoisse infinie,

D’un doigt plus maternel vous panserez nos cœurs.

Armand PRAVIEL (1875-1944).

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