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30 septembre, 2017

Jean-Louis GONZALLE, : Prière des matelots

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 6:20

Dieu tout puissant, Dieu de nos pères,

Dont la bonté vient en aide au malheur,

Quand sous le poids de trop lourdes misères

Son front s’incline avec douleur :

Faut-il mourir quand on aime la vie !

Dieu que l’homme, à genoux Supplie..

Ayez pitié de nous !

Mais l’horrible vent des tempêtes

Redouble encor d’audace et de fureur…

La foudre éclate et gronde sur nos têtes

Comme la voix d’un Dieu vengeur.

Mais quand on sait combien la vie est belle…

Dieu que l’homme, à genoux Appelle..

Ayez pitié de nous !

Mourir.. mourir dans un naufrage !

Est-il un sort plus triste et plus affreux ?

En vain on lutte.. espoir, force et courage

Maudissent d’inutiles vœux.

Mourir.. non, non ! quand on est jeune encore…

Dieu que l’homme, à genoux, Implore.

Ayez pitié de nous !

Jean-Louis GONZALLE, (1815-1879).

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29 septembre, 2017

L. HIEL : Pensées

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:31

L’hypocrisie est le masque de l’âme.

Heureux le clairvoyant qui reconnaît l’infâme.

La saine liberté donne droit à tout homme

D’agir et de penser au gré de son désir…

Mais par contre, ce droit impose même somme

De devoirs à remplir.

Combien grande est l’impatience

Du novice poète aux mains de l’imprimeur.

Et que faible souvent est la reconnaissance

Du public, avalant son amère primeur..

Le prêt avec usure est un vol détourné,

Vol d’autant plus affreux qu’il n’est pas deviné.

Le fanfaron bien souvent n’est qu’un lâche

Qui réussit parfois à troubler ceux qu’il fâche…

Mais qui change bientôt de manière et de ton

Lorsque son adversaire a du poil au menton.

Il n’est pas un trésor plus beau que l’espérance :

Ce trésor mis à sec… au diable l’existence.

Qui croit à la vertu, qui croit au sacrifice,

A toujours en horreur l’égoïsme et le vice.

Quoique rien ne soit mieux que la reconnaissance,

De tous les sentiments c’est le plus négligé…

Aussi, doit-on mépris et blâme à l’obligé

Qui du bien qu’on lui fait ne garde souvenance.

La pudeur chez la femme est un bienfait du ciel.

Seul, l’homme dépravé n’en goûte pas le miel.

Heureux ou malheureux tout amour a son charme…

Le rire fait parfois moins de bien qu’une larme.

On dit que la douleur nous tue… insigne erreur,

C’est plutôt cent fois nous qui tuons la douleur.

L’égoïsme et la maladie

Marchent toujours de compagnie.

Tant il est vrai qu’en sa douleur

L’homme ne croit qu’à son malheur.

Sous le prétexte vain

De n’être pas certain

De bien faire l’aumône,

Que de gens ici-bas ne donnent à personne !

L. HIEL (XIXe siècle).

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28 septembre, 2017

J. PETIT-SENN : Le Soleil

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:07

Loin des clartés de l’Évangile,

Certes, mon âme eût préféré

Aux dieux d’or, d’airain ou d’argile

Le soleil par elle adoré.

Alors qu’au ciel le jour commence,

Le monde entier lui tend les bras.

Il préside en son rôle immense

Au destin de tout ici-bas.

Ah ! je conçois que le Mexique ?

Dans l’ignorance du vrai Dieu,

Vît se prosterner son Cacique

Aux autels de l’astre du feu.

Sublime, étincelant mystère

De celui qu’on prie à genoux,

S’il n’est pas le roi de la terre,

C’est son emblème parmi nous.

Il remplit, radieux, superbe,

De sa lueur le monde entier,

Brillant aux prés sur le brin d’herbe,

Au Liban sur le cèdre altier.

Des feux incessants qu’il lui darde

Le mortel se sent inonder

Sans que lui-même se hasarde

Un instant à le regarder.

La félicité qui se pose

Dans des lieux où nous le voyons,

C’est sa présence qui la cause :

Elle s’engendre à ses rayons.

Quand son œil brillant les regarde,

Il jette la joie au grenier,

L’allégresse dans la mansarde,

L’espoir au cœur du prisonnier.

Rien ne l’altère ou ne l’arrête,

On le voit, où que nous allions,

S’étaler sur l’habit de fête

Ou resplendir sur des haillons.

En vain l’hiver sur la nature

Étend son linceul de frimas,

Beau soleil à la clarté pure,

L’on croit à de plus doux climats.

Sûr le seuil de chaque chaumière

Viennent s’asseoir les indigents

Et le foyer de ta lumière

Devient celui des pauvres gens.

Où qu’il resplendisse, où qu’il tombe,

Son rayon caresse nos yeux ;

C’est le rameau de la colombe,

Un message enflammé des cieux.

Dans la demeure la plus sombre

Où végète l’adversité,

Tes filets d’or glissant dans l’ombre

Lancent des éclairs de gaîté.

Dieu ! c’est l’éclat qui t’environne !

Ton flambeau qui luit devant toi !

Et le rayon qui me couronne

Ranime et réchauffe ma foi !

J. PETIT-SENN (XIXe siècle).

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27 septembre, 2017

Francis PITTIÉ : À la mémoire du poète E. D.

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:18

Ô poète inconnu ! mon frère ! mon ami !

En ces vers nonchalants où, visible à demi,

Aux seuls initiés ton âme se révèle,

Je cherche les attraits de ta Muse nouvelle,

Et par mille côtés doucement convaincu :

Un vrai poète ! dis-je ; et que n’a-t-il vécu ? –

Mais du monde réel désertant les alarmes,

Soldat, en plein combat tu déposas tes armes,

Et sur ton monument, d’ailleurs resté debout,

L’inexorable mort t’atteignit tout-à-coup.

D’Escousse et de Moreau mélancolique frère,

Tu ne fis que passer sur notre ingrate terre ;

Pour nos poudreux sentiers tes pieds n’étaient point faits.

Ton délicat esprit, inhabile aux forfaits,

Et comme les palais fuyant l’infâme rue,

Regrettait de l’Éden la splendeur disparue.

Rêvant d’un autre azur et d’un monde meilleur,

Habitante promise au ciel supérieur,

Déjà, blanche captive à ses chaînes ravie,

Ton âme s’essayait à sa nouvelle vie :

Et l’aube du réveil enflammant l’horizon,

Tu brisas les liens de ta vaine prison,

Et vers le libre Éther, où Dieu même t’appelle,

Comme un divin oiseau tu déployas ton aile.

Poète bienheureux ! ô songeur fortuné !

Ah ! si sur ce vil globe à vivre condamné,

En butte aux noirs complots, en proie aux durs sévices,

À travers nos ennuis comme à travers nos vices,

Il t’eût fallu traîner, pendant de trop longs jours,

Ta muse habituée aux célestes amours ;

Qui sait si, tôt ou tard, saignant sous les insultes,

Niant des Dieux muets les inutiles cultes,

Tu n’aurais pas maudit, hélas ! et blasphémé

Le jour où tu naquis, le sein qui t’a formé ?

Hôte transfiguré des sphères idéales,

Tu parcours cependant les célestes dédales ;

Tu planes aujourd’hui, toi qui rampais, hier !

Tu nages dans l’azur comme dans une mer.

Au sein de l’Empyrée oubliant nos discordes,

Des divins instruments tu fais vibrer les cordes ;

Des sublimes parvis tu hantes les passants ;

Tu t’enivres de paix, d’harmonie et d’encens.

Mais eux, les cœurs épris que ta mort désespère ?

Tes tendres compagnons d’étude, ton vieux père,

L’humble femme surtout qui ne vivait qu’en toi,

Qui te disait : mon fils ! comme on dirait : mon Roi !

Et l’amante aux yeux creux, la compagne promise,

Qui, sentant que son âme à cette heure se brise,

Interroge le ciel d’un suppliant regard :

Qui les consolera de ton brusque départ ?…

Oh ! la mort a des lois cruelles. Nos familles

Sanglotent sur leurs fils, sanglotent sur leurs filles,

Et le tremblant aïeul, lui, doit d’un cœur soumis,

Porter des ans trop lourds les fardeaux ennemis.

La vie est un mandat, hélas ! Suis-je donc libre

De troubler, moi chétif, l’éternel équilibre ?

Si grand que soit le deuil, si grand que soit l’adieu,

L’homme doit obéir et se courber sous Dieu…..

Désireux cependant d’alléger, âmes veuves,

La séparation aux poignantes épreuves,

Tes amis éplorés, tes parents attendris,

Des vers que tu laissas rassemblent les débris.

Du poète mortel impérissable essence !

Parfois un vers sublime affirmant la présence

Du rhapsode inspiré qui jadis l’écrivit,

Fait au lecteur charmé, dire : Il respire ! il vit !

Ainsi de toi, poète, et ta mort n’est qu’un leurre ;

Et bien qu’interrompue, hélas ! bien avant l’heure,

L’œuvre de ton esprit, forte et charmante en soi,

Fait que du noir tombeau tu braveras la loi…..

Francis PITTIÉ (1829-1886).

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Citation

Classé dans : Non classé — unpeudetao @ 3:40

Il y a trois sortes d’hommes auxquels il est utile de se lier d’amitié : les hommes droits, les hommes sincères et les hommes qui ont beaucoup appris.

Confucius.

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26 septembre, 2017

Anonyme albanais : L’hôte d’un mort

Classé dans : lecture, ecriture — unpeudetao @ 4:44

Autrefois, selon la coutume, on portait un pain chez les gens à inviter à un festin. Un homme avait décidé d’inviter chez lui dix personnes. Il donna donc à son fils dix pains pour les envoyer à ses hôtes. Le jeune garçon distribua neuf pains, mais il lui en resta un, car il avait oublié l’adresse du dixième invité. Ayant peur de son père, il ne savait quoi faire. Puis il alla à une tombe, posa le pain dessus et dit :

– La volonté de Dieu a été que tu sois invité à notre festin ce soir.

Il rentra chez lui et annonça à son père :

– Père, je les ai invités tous et j’ai distribué tous les pains.

Après avoir préparé le repas, le père attendait ses hôtes. Ils arrivaient tour à tour. Les neufs premiers se connaissaient tous entre eux, le père les reconnut aussi. Le dixième, c’était un étranger. Personne ne le connaissait. Mais personne ne lui posa de question sur son identité. Une fois le festin terminé, l’étranger demanda à être congédié pour rentrer chez lui. Le maître de la maison acquiesça. À ce moment-là tous les convives lui souhaitèrent :

– Bon voyage !

Le maître de maison l’accompagna jusqu’à la grille du jardin et lui dit :

– Bon voyage !

L’hôte répondit au souhait de son interlocuteur :

– La volonté de Dieu est que tu sois invité chez moi demain soir !

Tout ébahi, le maître de maison regagna son domicile. Les convives lui posèrent la question :

– Tu le connaissais ?

Il leur répondit :

– Non. Et je suis très embêté par-dessus le marché parce qu’il m’a invité à aller chez lui demain soir, mais moi je ne connais ni lui ni son adresse.

Un hôte âgé suggéra :

– Appelle ton fils et demande lui où il l’a rencontré et où il lui a donné le pain.

Une fois interrogé, le jeune garçon eut peur et se mit à pleurer. Mais les convives le rassurèrent en lui disant :

– N’aie pas peur, mais raconte nous chez qui tu as porté les pains et qui tu as invité au festin. C’est tout ce que nous voulons savoir.

Le jeune garçon commença à dire qu’il avait invité les neufs hôtes présents.

– Quant au dixième, ajouta-t-il, j’en avais oublié l’adresse. Je n’ai pas osé rentrer chez moi et j’ai décidé de poser le dernier pain sur une tombe devant laquelle j’ai dit :

– Voilà le pain ! La volonté de Dieu est que tu sois invité par mon père au festin ce soir.

Son père et les autres convives se rendirent vite compte que l’étranger était venu directement de sa tombe au dîner. Puis le père dit à son fils :

– Viens avec moi pour m’indiquer la tombe.

Le jeune garçon fit ce que son père lui demanda. L’heure du festin était venue. Le père du jeune garçon se rendit à la tombe. Il appela le mort. La tombe s’ouvrit. Il y entra. Le mort avait déjà préparé le repas. Ils prirent tous les deux place. L’hôte regardait tout autour de lui. Tout à coup il aperçut, dans un coin, une belette et une chatte. Alors il dit au mort :

– Tout est bien chez toi, mais je n’arrive pas à comprendre ce que viennent faire ici cette belette et cette chatte.

– La belette c’est ma mère. La chatte c’est ma femme.

L’hôte demanda au mort :

– Mais pourquoi elles se sont muées en bêtes ?

Le mort lui répondit :

– Si elles le sont devenues, c’est parce que dans l’autre monde elles ne voulaient pas avoir des hôtes chez elles.

L’hôte dit alors au mort :

– Est-ce qu’on peut prier Dieu pour qu’elles redeviennent telles qu’elles étaient dans l’autre monde ?

Le mort lui expliqua :

– C’est faisable, mais à quoi bon, parce qu’elles vont nous importuner.

Mais l’hôte insista :

– Je tiens à ce que je viens de proposer. Laisse-moi prier Dieu, et toi, tu diras « Amen » !

Après les prières, la belette et la chatte redevinrent femmes et elles demandèrent tout de suite au mort :

– Qu’est-ce qu’il vient faire chez nous ce bonhomme, on ne nous laisse pas tranquilles, ici non plus ?

Le mort dit à son hôte :

– Je t’ai bien expliqué qu’il ne fallait pas les métamorphoser en humains. Maintenant je vais prier Dieu, et toi, tu vas dire « Amen » ! pour qu’elles redeviennent respectivement belette et chatte.

L’hôte demanda à être congédié pour rentrer chez lui. Le mort acquiesça et l’accompagna.

Lorsque l’hôte sortit de la tombe, il vit que le monde, les rues, les maisons, tout avait changé. Il alla chez lui où il rencontra un garçon, auquel il posa ces questions :

– Comment s’appelle ton père ?

Le garçon lui répondit :

– Mon père s’appelle Ajet.

– Et le père de Heten, comment s’appelle-t-il ?

– Il s’appelle Heten.

– Et le père de Hete, comment s’appelle-t-il ?

– Il s’appelle Behram.

L’hôte du mort interrogea le garçon :

– Savez-vous quelque chose sur Behram ?

– Les vieux disent qu’il y a cent ans déjà qu’il a été invité chez un mort. Depuis il n’est plus revenu.

– Behram, c’est moi-même et je n’ai passé qu’une nuit, en qualité d’invité, chez un mort.

C’est ainsi que les gens apprirent qu’une nuit passée dans une tombe équivalait à cent ans de ce monde.

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25 septembre, 2017

F.-E. ADAM : Stella

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:14

(À N. B).

Hier au soir, à l’heure où tu devais dormir, je rêvais à ma fenêtre, les yeux levés au ciel ; j’aperçus une étoile au-dessus de ta demeure… je regardais l’étoile, mais je pensais à toi !

Étoile aux feux si doux, perle de la couronne

De l’Éternel,

Brillant flambeau des nuits, bel astre qui rayonne

Au front du ciel !

Où vas-tu ? d’où viens-tu ? quelle est ta destinée ?

Du Créateur

Serais-tu le séjour ? de l’âme infortunée

Es-tu la sœur ?

Entends-tu les soupirs que la douleur exhale

Dans le secret,

Et d’un premier amour la plainte virginale,

Témoin discret ?

Ton rayon descend-il pour calmer la souffrance,

Quand fuit le jour ?

Riante étoile, es-tu l’astre de l’espérance

Ou de l’amour ?

N’as-tu pas vu, dis-moi, dans ta course rapide

Au firmament,

Une vierge au front pur, au sourire timide,

Frais et charmant ?

Quand tu la vois, le soir, pensive et solitaire,

Baisser les yeux,

C’est elle ! oh ! verse-lui ta tremblante lumière

Du haut des cieux !

Si parfois en secret elle répand des larmes,

Glisse en son cœur,

Dis-lui qu’en cette vie on peut trouver des charmes

Et du bonheur !

Dis-lui qu’il ne faut pas être seul en ce monde

Pour être heureux,

Qu’il nous faut ici-bas une âme qui réponde

À tous nos vœux !

Fais entendre à son cœur ta céleste parole :

Tu dois savoir

Sans doute plus d’un mot qui plaît et qui console,

Doux mot d’espoir,

Qui fait chanter soudain la lèvre qui soupire

Sur ses douleurs,

Et qui sait faire éclore un pur et frais sourire

Au sein des pleurs !

Descends et viens près d’elle, et dis-lui, quand sa bouche

Aura gémi,

Qu’à l’âme qui repose, il ne faut d’autre couche

Qu’un sein ami !

Si tu la vois, hélas ! qui pleure avec mystère

En son séjour,

Dis-lui que le bonheur sur cette pauvre terre

Est dans l’amour !

Et quand son œil alors, souriant d’espérance,

Se fermera,

Ton rayon bien-aimé sur son front en silence

Se posera.

Comme un ange gardien tu veilleras sur elle

Dans son sommeil,

Et pour la protéger tu déploieras ton aile,

Astre vermeil !…

Va donc, rayon divin, et reste en sa demeure

Jusques au jour ;

Porte-lui les soupirs de mon âme qui pleure

Et mon amour !

F.-E. ADAM (XIXe siècle).

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24 septembre, 2017

Émile HORNEZ : Élégie

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:02

Elle était de ce monde où les plus belles choses

Ont un pire destin,

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses,

L’espace d’un matin.

« Je reconnais un Dieu dans tout ce qui respire

» Ou succombe ici bas,

» Et son souffle divin m’encourage et m’inspire

» À l’heure du trépas.

» Brillant de mille feux le temple de la vie

» Allait pour moi s’ouvrir.

» Cette douce espérance aujourd’hui m’est ravie

» Hélas, je dois mourir !

» Un jour de sa grandeur Dieu m’avait donné l’être,

» Il me l’ôte aujourd’hui.

» Adieu mes chères sœurs : comme à mon plus grand maître

» Je me soumets à lui… »

Ainsi parlait Marie aux portes de la tombe ;

Et moi j’étais là, seul,

Seul, à genoux, brisé, priant pour la colombe

Qu’attendait le linceul.

Hier, elle régnait dans le jardin du monde

Entre les belles fleurs.

Sur le bien, sur le mal, l’aveugle aquilon gronde.

Coulez pour elle, ô pleurs !

Ah ! si de l’Éternel la couronne réclame

Une perle de plus,

Que sa main l’ait choisie et place sa jeune âme

Au nombre des élus !

Émile HORNEZ (fin XIXe siècle).

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23 septembre, 2017

Albert LAURENT : Repentir

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:23

Quelques amis m’ont dit : « Laisse là ta tristesse ;

« Pourquoi pleurer toujours ? La coupe de l’ivresse

« Nous verse des plaisirs qui te sont inconnus ;

« Viens chanter avec nous de folles bacchanales,

« Laisse là tes amours, sylphides idéales

« Qui ne valent pas deux seins nus !

« Viens presser sur ton cœur une belle maîtresse

« Endors-toi dans ses bras, sous sa molle caresse

« Rêvant de volupté

« Laisse vivre ton corps et sommeiller ton âme.

« Ne demande plus rien aux lèvres d’une femme

« Qu’un baiser velouté !

« Va ! ne regarde plus, quand la nuit tend son voile,

« Trembler au firmament le regard d’une étoile.

« Les yeux noirs, les yeux bleus ont des rayons plus doux ;

« Brise si tu nous crois la lyre des poètes

« Et viens, joyeux convive, assister à nos fêtes,

« Chanter et rire comme nous. »

Un instant je les crus et, débauché vulgaire,

Je pris pour du bonheur la boueuse matière,

Les vices éhontés,

Je descendis plus bas que ne descend la foule

Dans ce gouffre béant où clapote la houle

Des pâles voluptés.

Mais, j’ai pris en pitié vos plaisirs et leurs charmes ;

Oui ! sachez-le bien tous, je préfère mes larmes

À vos baisers glacés, à vos rires nerveux ;

Je suis un exilé rêvant à sa patrie

Qu’il aperçoit le soir lumineuse et fleurie

Quand il regarde aux cieux.

Car notre âme, voyez, c’est un ange qui tombe,

Sa vie est un enfer, le paradis sa tombe.

La Mort c’est le bonheur.

C’est elle qui du ciel nous ouvre les portiques

Et qui mêle nos voix aux éternels cantiques

Chantés au Dieu-Sauveur.

Albert LAURENT (18..-1933).

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22 septembre, 2017

Charles MARILLIER : Souvenir et aspiration

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:09

(DÉDIÉE À M. DE LAMARTINE).

Amis, j’ai vu le jour au milieu des montagnes

Devant la lente d’un berger ;

Dans les sombres forêts mes première compagnes

Je fus un hôte passager.

Sur ces sommets lointains où Dieu place son trône

Un air pur gonfla mes poumons,

Et je bénis ce Dieu, parmi les biens qu’il donne,

De m’avoir fait enfant des monts !

Là, tout près du grand ciel, la superbe nature

Me berça dans ses bras mouvants ;

Et ma voix se nota sur son vaste murmure,

Mon cœur sur le bruit des grands vents.

Encore tout enfant, je courais sur les cimes

M’enivrant des parfums du ciel,

Et mon cœur aspirait vers les sphères sublimes

Ayant la terre pour autel.

Oh ! splendeurs d’un pays où tout chante et palpite,

Où l’Éternel se montre à nous ;

Grands monts, qui vous penchez dans l’azur sans limite,

Forêts où l’on prie à genoux !

Vous avez dans mon âme imprimé vos murmures,

Je suis un écho de vos voix ;

C’est dans vos vastes bras que de visions pures

Je rêvai la première fois.

En entrant dans un monde où règne l’égoïsme,

Oh ! que je me trouve à l’écart !

Où je plaçais le beau, j’aperçois le cynisme,

La vertu, l’honneur sont à part !

Reviens, rêve d’enfance, animer ma jeunesse

Qui semble gémir sous des fers ;

Car aujourd’hui, je veux, rappelant mon ivresse,

M’élever contre les pervers !

Je veux défendre l’art et les saintes doctrines

De toute prostitution ;

Les sauver, ou mourir, sous leurs vastes ruines,

Victime de ma mission !

Charles MARILLIER (XIXe siècle).

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