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4 juin, 2012

À cette terre, où l’on ploie, Victor Hugo

Classé dans : — unpeudetao @ 18:58

 

À cette terre, où l’on ploie
Sa tente au déclin du jour,
Ne demande pas la joie.
Contente-toi de l’amour !

 

Excepté lui, tout s’efface.
La vie est un sombre lieu
Où chaque chose qui passe
Ébauche l’homme pour Dieu.

 

L’homme est l’arbre à qui la sève
Manque avant qu’il soit en fleur.
Son sort jamais ne s’achève
Que du côté du malheur.

 

Tous cherchent la joie ensemble ;
L’esprit rit à tout venant ;
Chacun tend sa main qui tremble
Vers quelque objet rayonnant.

 

Mais vers toute âme, humble ou fière,
Le malheur monte à pas lourds,
Comme un spectre aux pieds de pierre ;
Le reste flotte toujours !

 

Tout nous manque, hormis la peine !
Le bonheur, pour l’homme en pleurs,
N’est qu’une figure vaine
De choses qui sont ailleurs.

 

L’espoir c’est l’aube incertaine ;
Sur notre but sérieux
C’est la dorure lointaine
D’un rayon mystérieux.

 

C’est le reflet, brume ou flamme,
Que dans leur calme éternel
Versent d’en haut sur notre âme
Les félicités du ciel.

 

Ce sont les visions blanches
Qui, jusqu’à nos yeux maudits,
Viennent à travers les branches
Des arbres du paradis !

 

C’est l’ombre que sur nos grèves
Jettent ces arbres charmants
Dont l’âme entend dans ses rêves
Les vagues frissonnements !

 

Ce reflet des biens sans nombre,
Nous l’appelons le bonheur ;
Et nous voulons saisir l’ombre
Quand la chose est au Seigneur !

 

Va, si haut nul ne s’élève ;
Sur terre il faut demeurer ;
On sourit de ce qu’on rêve,
Mais ce qu’on a, fait pleurer.

 

Puisqu’un Dieu saigne au Calvaire,
Ne nous plaignons pas, crois-moi.
Souffrons ! c’est la loi sévère.
Aimons ! c’est la douce loi.

 

Aimons ! soyons deux ! Le sage
N’est pas seul dans son vaisseau.
Les deux yeux font le visage ;
Les deux ailes font l’oiseau.

 

Soyons deux ! – Tout nous convie
À nous aimer jusqu’au soir.
N’ayons à deux qu’une vie !
N’ayons à deux qu’un espoir !

 

Dans ce monde de mensonges,
Moi, j’aimerai mes douleurs,
Si mes rêves sont tes songes,
Si mes larmes sont tes pleurs !

 

Victor Hugo (1802-1885).

 

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Une réponse à “À cette terre, où l’on ploie, Victor Hugo”

  1. En ce monde dominé par le mensonge,quelle force faut-il à chaque être pour rencontrer sa vérité,quelle volonté avant de quitter ces jours fort d’un amour en toute sérénité,le mensonge n’est-il que l’outil merveilleux de cette existence pour éveiller notre intime courage,pour trouver ces certitudes qui feront la joie de notre éternité,qui combat le mensonge,qui davantage encore l’ignore,combat ses peurs,ignore ses doutes,car malgré les dires du mensonge,il vit,il aime maintenant et pour toujours.

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