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6 mai, 2012

Acte manqué (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:56

     
      Un homme pieux avait une femme très jalouse. Il possédait une servante aussi belle que les houris. Sa femme, afin de le protéger de la tentation, s’arrangeait pour ne jamais le laisser seul avec elle. Elle exerçait un contrôle permanent si bien que ces deux bien-aimés ne trouvaient jamais d’instant propice à l’union.
      Mais, quand la volonté de Dieu se manifeste, les remparts de la raison s’écroulent sous les coups de l’inadvertance. Quand l’ordre de Dieu apparaît, qu’importe la raison ! Même la lune disparaît !
      Un jour, la femme partit pour le hammam, accompagnée de sa servante. Mais, sur le chemin, elle se rappela soudain avoir oublié d’emporter sa bassine. Elle dit à sa servante :
      « Cours ! Va comme l’oiseau à la maison et ramène-moi ma bassine d’argent ! »
      La servante fut remplie de joie de voir ses espoirs se réaliser. Elle se disait :
      « Le maître doit être à la maison en ce moment. Ainsi, je pourrai m’unir à lui. »
      Elle courut donc vers la demeure de son maître, la tête pleine de ces agréables pensées. Depuis six ans, en effet, elle portait ce désir en elle. Elle vivait dans l’espoir de passer un moment avec son maître. Aussi ne courut-elle pas vers la maison. Non, elle y vola plutôt. Elle y trouva son maître seul. Le désir entre ces deux amoureux était si intense qu’ils ne songèrent même pas à fermer la porte à clef. Ils sombrèrent ainsi dans l’ivresse et mêlèrent leurs deux âmes.
      La femme, qui attendait toujours sur le chemin du hammam, se rendit compte soudain de la situation.
      « Comment ai-je pu envoyer cette servante à la maison ? N’est-ce pas rapprocher le feu du coton ? Le bélier de la brebis ? »
      Et elle se hâta vers sa maison. La servante courait sous l’emprise de l’amour mais elle, elle courait sous l’emprise de la crainte. Et la différence est grande entre l’amour et la crainte. À chaque souffle, le sage se rapproche du trône du chah mais l’homme pieux fait en un mois le trajet d’un jour.
      La femme arriva enfin à la maison et ouvrit la porte. Le grincement des gonds mit un terme à la félicité des amoureux. La servante se leva d’un bond tandis que l’homme, prosterné, se mit à prier. Voyant sa servante ainsi défaite et son mari en prière, la femme fut prise de soupçons. Elle souleva la robe de son mari et constata que son membre était souillé ainsi que ses cuisses et ses jambes. Elle se frappa la tête des mains.
      « Ô imprudent ! C’est ainsi que tu pries ! Cette saleté qui est sur ton corps est-elle digne de l’état de prière et de rappel ! »
      Si tu demandes à un infidèle qui a créé l’univers, il te répondra : « C’est Dieu ! C’est Lui qui l’a créé ainsi qu’en témoigne toute la création. » Mais les oeuvres des infidèles, qui ne sont que blasphèmes et mauvaises pensées, ne correspondent guère à cette affirmation, comme il en va pour l’homme de notre histoire.

 

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