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25 janvier, 2015

Aux Pauvres, Théodore WEUSTENRAAD

Classé dans : — unpeudetao @ 4:19

Paix aux humbles!

 

Tous les hommes ont leurs misères, Tous les hommes portent leur croix; Heureux ceux qui, loin de leurs frères, Ne succombent pas sous le poids!

 

Pauvres qui souffrez en silence, Le riche aussi souffre et gémit; Pardonnez-lui son opulence, Tolérez ce que Dieu permit.

 

Trop souvent obligé de feindre Un bonheur qu’il n’a point connu, Il est quelquefois plus à plaindre Qu’un mendiant infirme et nu.

 

Qu’importe que sa table étale Tous les vins des plus doux climats, Tous les mets qu’une main royale Prodigue au jour des grands repas!

 

Que les salons d’or de ses pères Où tous les passants sont admis, Regorgent, dans ses jours prospères, De flatteurs masqués en amis!

 

Qu’un essaim de folles maîtresses Trop habiles dans l’art d’aimer, Se dispute avec ses largesses Le vain pouvoir de le charmer!

 

Tout l’or qu’il se plaît à répandre Pour inventer de faux plaisirs, Retombe tôt ou tard en cendre Sur son coeur mort et sans désirs.

 

N’en croyez donc pas ceux qui disent Que le riche seul est heureux; Un jour la haine qu’ils attisent, Peut vous dévorer avec eux.

 

Si vous saviez dans vos chaumières Combien de tourments et de maux Habitent sous les tours altières Des palais même et des châteaux;

 

Si le hasard d’une nuit sombre Vous menait jusqu’aux murs dorés, Qui souvent cachent dans leur ombre Tant d’amers chagrins ignorés;

 

Si la haute et splendide grille, En s’ouvrant, livrait à vos pas L’obscur foyer de la famille, Triste encor de récents débats;

 

Si vous pouviez compter les larmes Tombant sur l’or et le velours, Sur la pourpre brodée aux armes Des hommes puissants de nos jours;

 

Si l’écho gémissant des salles Vous redisait chaque soupir Que le marbre glacé des dalles N’entendit pas sans tressaillir;

 

Ah! vous refuseriez peut-être D’échanger votre pauvreté Contre tous les trésors d’un maître Trop vain de sa prospérité;

 

Vous trouveriez votre chaumière Plus belle, que ses beaux palais, Et votre oreiller de fougère Plus doux que ses plus doux chevets;

 

Et vous détourneriez la face, Pour vous écrier triomphants : Mon Dieu! ramenez-nous de grâce Sous l’humble toit de nos enfants.

 

Théodore WEUSTENRAAD (1805-1849), néerlandais.

 

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