2 juillet, 2010

Bilbao, Jean Wahl

Classé dans : — unpeudetao @ 16:12

Bilbao

 

Bilbao, ce soir la voix d’un homme loin des hommes se lèvera vers toi,
J’ai des amis qui sont du parti de la mort,
J’ai honte pour eux, et par cette honte ne seront-ils pas rachetés ?
L’éternelle barbarie est contre l’éternelle croyance,
La croyance en les hommes que je retrouve à la fin.
Que me sont vos dieux ? Il n’y a rien de commun entre ces morts et moi.
Mais Dionysos est vivant, Christ est vivant, Bouddha est vivant,
Ils sont mes états, mes mouvements. Ils sont le tourbillon sacré,
L’homme les crée, en se créant lui-même, la bête-homme
Au bond souple, à la pensée comme un bond,
Corps agilement pensif.

 

Aucun signe de la croix, ni la gammée, ni l’autre,
Mais l’homme, debout sur ses jambes, les bras en croix,
Aucun signe, mais lui-même.
Pas plus noble que tel autre animal, plutôt moins noble,
Mais les nommant et se nommant,
Donnant un nom à son destin,
Enchevêtré dans son destin mais peu à peu le voyant plus clair,
L’homme chaos et monde,
Cri et parole,
Unissant ses âges et les règnes et les éléments,
Écume sans consistance, racine de tout.
Ce soir, je pense à Bilbao, par-delà ses croyances,
Plus sainte que ses saints et ses saintes,
Cité que ses ennemis ont faite rouge,
Mais blanche, Bilbao, la victime et le témoin.

 
Jean Wahl (France, 1888 1974).
(« Bilbao », in Poésie 1, n°55-61, Spécial « revue Fontaine », Septembre novembre 1978)

 

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