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19 février, 2015

Cactus, Jean-Joseph Rabearivelo

Classé dans : — unpeudetao @ 18:25

Cette multitude de mains fondues qui tendent encore des fleurs à l’azur, cette multitude de mains sans doigts que le vent n’arrive pas à agiter, on dit qu’une source cachée sourd dans leurs paumes intactes ; on dit que cette source intérieure désaltère des milliers de bœufs et de nombreuses tribus, des tribus errantes, aux confins du Sud.

 

Mains sans doigts jaillies d’une source, mains fondues couronnant l’azur.

 

Ici, quand les flancs de la Cité en étaient encore aussi verts que les clairs de lune bondissant dans les forêts, quand elles éventaient encore les collines d’Iarive accroupies comme des taureaux repus, c’était sur des rochers escarpés et défendus même [des chèvres que s’isolaient, pour garder leurs sources, ces lépreuses parées de fleurs.

 

Pénètre la grotte d’où elles sont venues si tu veux connaître l’origine du mal qui les décime, – origine plus nébuleuse que le soir et plus lointaine que l’aurore – mais tu ne sauras pas plus que moi : le sang de la terre, la sueur de la pierre et le sperme du vent qui coulent ensemble dans ces paumes, en ont dissous les doigts et mis des fleurs d’or à la place.

 

Je sais un enfant, prince encore au royaume de Dieu, qui voudrait ajouter : « Et le Sort, ayant eu pitié de ces lépreuses, leur a dit de planter des fleurs et de garder des sources loin des hommes cruels. »

 

Jean-Joseph Rabearivelo (XXe siècle), malgache.

 

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