12 mars, 2017

Paul COPIN-ALBANCELLI : Les deux amis

Classé dans : lecture, ecriture — unpeudetao @ 5:43

– Oui, vous avez raison : c’est par nos divisions qu’est causée l’impuissance de l’opposition. Vous avez cent fois, mille fois, un million de fois raison. Mais il n’y a pas de remède à une pareille situation. Elle nous tue. C’est incontestable. Mais elle existe et rien ne peut faire qu’elle n’existe pas, et par conséquent qu’elle ne nous tue pas. – Alors, vous en prenez votre parti, et tout à l’heure, lorsque nous nous serons séparés, vous continuerez, en vous battant contre ceux qui sont de ce côté de la barricade, à entretenir la joie de l’adversaire et à contribuer à l’assassinat de la Patrie ?

– Vous savez bien que je ne veux pas la tuer, cette pauvre Patrie !

– Je le sais. Mais hélas ! je sais aussi que vous agissez comme si vous vouliez la détruire.

– Que faire, je vous prie ? Nous nous heurtons là à l’impossible. C’est la force des choses qui m’entraîne comme elle entraîne tous les autres. Les partis existent. Chacun appartient à son parti et chacun le défend. C’est logique.

– La France existe aussi. Elle existait même avant les partis, Et, de plus, chacun de ceux-ci se fait honneur, dans l’opposition, de mettre « la patrie avant le parti ». Voulez-vous me dire s’il existe un parti, un seul, qui applique cette formule et qui s’en fasse une règle de conduite ?

– Ils croient l’appliquer tous, soyez-en certain. Pourquoi, en effet, est-on de son parti ? Dans bien des cas, à l’époque où nous sommes, c’est parce qu’on croit mieux servir par là son pays. Prenez les royalistes, par exemple ; pourquoi sont-ils royalistes ? Parce qu’ils estiment que le principe d’autorité est indispensable à la vie d’un peuple et que ce principe d’autorité ne peut vivre qu’à condition d’enfoncer ses racines dans le terrain de la tradition. Leur raison les avertit qu’en dehors de cela le pays ne peut pas vivre. C’est pour, quoi ils croient faire œuvre patriotique en combattant avec acharnement pour leur parti. Vous ne pouvez pourtant pas nier cela ?

– J’en tombe d’accord.

– Prenez maintenant les catholiques qui se sont ralliés à la République. Pourquoi l’ont-ils fait ? Parce qu’ils ont cru que c’était la meilleure manière de servir la France. « On ne peut pas, se sont-ils dit, faire de politique contre la majorité du pays sous un régime de suffrage universel. Or, il est de toute nécessité, dans un pays de tradition catholique, c’est-à-dire dont le catholicisme est l’âme, que les catholiques ne soient pas exclus du gouvernement, c’est-à-dire que l’âme ne soit pas arrachée du corps. Sans cela, c’est la mort. Nous devons donc, par dévouement à notre foi religieuse en même temps que par dévouement au pays, accepter le fait républicain, même s’il ne nous plaît pas, puisque si nous faisons autrement, le suffrage universel ne voudra pas de nous. » Ne savez-vous pas que telle est la raison du républicanisme de l’immense majorité des catholiques ralliés ?

– J’en suis profondément convaincu.

– Enfin, entre ces deux extrêmes, il y a les bonapartistes. Est-ce par fanatisme du Petit Chapeau qu’ils rêvent la restauration d’un empire ? Quelques-uns, oui ; mais pas tous, croyez-le bien. Ils sont persuadés que les royalistes ont raison de professer que le principe d’autorité est indispensable dans un pays comme la France. Mais ils considèrent en même temps que les catholiques ralliés n’ont pas tort de croire que le pays ne veut plus entendre parler de royauté. En conséquence, ils croient présenter la solution de salut avec l’empire plébiscité, parce qu’ils constatent que le prestige du Petit Chapeau n’est pas complètement détruit au fond de l’âme française. C’est donc, eux aussi, à la préoccupation du salut public qu’ils obéissent.

– Je me garderai bien de le contester.

– Alors, vous voyez bien que tous, royalistes, bonapartistes et républicains, ne mettent pas tant qu’il semble leur parti avant la patrie. Il faut savoir comprendre les choses !

– Je vous entends : c’est dans leur désir de mettre la patrie avant leur parti qu’ils mettent leur parti avant la patrie.

– La formule est paradoxale, mais elle exprime une réalité.

– C’est ainsi que les francs-maçons pratiquent l’intolérance par pur amour de la tolérance…

– Vous avez tort de plaisanter. Vous savez fort bien que les francs-maçons sont des trompeurs, tandis que nos amis sont sincères.

– Le fait est assez triste pour que je n’aie nulle envie d’en rire.

– Vous voyez bien qu’il n’y a pas de remède.

– C’est à cette conclusion que je ne puis me résoudre. Mon instinct me crie qu’il est impossible que tout soit fini pour la France.

– Alors, dites ce qu’il faut faire…

– Je reconnais que ce n’est pas facile.

– Vous reconnaissez que vous ne savez pas. Alors pourquoi blâmez-vous les autres ?

– Oh ! Entendons-nous : je ne les blâme pas. Je les plains en plaignant la France et en me plaignant moi-même. Ils sont serviteurs de la France ou ils veulent l’être. Moi aussi. C’est pourquoi je ne les déteste pas ; je les aime. Et c’est parce que je les aime que je m’explique plus facilement leurs actes. J’en saisis la raison. Et si nuisibles à la France que je croie ces actes, je me rends compte qu’ils ne sont pas causés par la méchanceté, mais par des circonstances résultant d’un détraquement général causé antérieurement et dont nous sommes tous les victimes. Nous en sommes tous les victimes, puisque tous, bonapartistes, royalistes et catholiques républicains, avec les meilleures intentions, nous n’arrivons qu’à ce résultat : nous taper dessus les uns les autres, nous démolir, nous détruire, c’est-à-dire démolir et détruire les corps d’armée restés fidèles à la France et qui tous, remarquez-le bien, tous, voudraient la servir.

– Vous ne vous apercevez pas que ce que vous dites là est plus désespérant, c’est-à-dire plus destructeur que tout…

– C’est ce que j’ai conclu le jour où je me suis fait pour la première fois les réflexions que je viens d’exprimer. Et ce jour-là, j’ai failli céder à la tentation de me retirer. Puis je me suis interrogé. Voyons, me suis-je dit, telle est la situation. C’est entendu. Mais cette constatation une fois faite et acceptée, y a-t-il possibilité pour moi de mettre un pied devant l’autre, ou bien suis-je condamné à rester immobile sous peine d’aggraver la situation ?

– Et alors ?

– Alors, voici ce que j’ai adopté comme règle de conduite. Puisqu’il est avéré que chacun des partis invoque des raisons qui ont leur valeur ; puisqu’une incertitude résulte, de ce seul fait, sur le choix à faire d’un parti ; puisqu’au contraire il existe, sur un certain point, une certitude absolue : c’est qu’en nous déchirant les uns les autres, nous affaiblissons l’armée de la France, je m’attacherai, d’abord, avant tout, à cette certitude-là.

– Je ne demanderais pas mieux que de faire comme vous et je voudrais bien, je vous assure, ne pas frapper sur les bons Français qui ne sont pas du même parti que moi. Mais qu’ils commencent…

– Pourquoi eux plutôt que vous ?

– Pourquoi moi plutôt qu’eux ?

– Hélas, tandis que nous nous attendons les uns les autres, la France, tenaillée, attend aussi…

Paul COPIN-ALBANCELLI (1851-1939).

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7 mars, 2017

Gonzague de REYNOLD : Le combat du Taureau suisse contre le Lion d’Autriche

Classé dans : lecture, ecriture — unpeudetao @ 5:38

À Sempach, devant la forêt, à Sempach, sur une prairie, le Taureau suisse a rencontré le Lion d’Autriche.

Il y avait longtemps que le Taureau cherchait le Lion, car sa patience était à bout.

Sa patience était à bout : le Lion d’Autriche avait recommencé à lui fouler son herbe, à lui ravir ses vaches et ses veaux.

Entre le Lion et le Taureau, point de trêve durable. Ils s’étaient déjà battus plusieurs fois, et toujours le Lion avait été vaincu, malgré ses griffes et ses crocs, et sa crinière, et sa queue en panache, et ses terribles rugissements. Le Lion portait au corps maintes blessures qui n’étaient pas cicatrisées.

Il portait au corps maintes blessures qui le brûlaient et qui se rouvraient ; il portait au corps maintes blessures dont il avait honte, car c’était un taureau qui l’avait blessé, car c’était une vache qui l’avait frappé. Il avait juré de se venger ou de périr : il y allait de son honneur.

À Sempach, devant la forêt, à Sempach, sur une prairie, le Taureau suisse a rencontré le Lion d’Autriche.

Le Taureau n’était pas très grand ; gris et noir, il ressemblait à un rocher couvert de mousse. Quand il avait posé dans l’herbe ou dans le sable, sur les pierres ou sur la terre, ses quatre sabots fendus, on sentait bien, on voyait bien que nulle force ne le ploierait, qu’il arrêterait une avalanche.

Le Taureau était pacifique : si l’on n’entrait pas dans son domaine, on n’avait de lui rien à craindre. On pouvait l’approcher avec de bonnes paroles ; il se laissait flatter le col et l’échine.

On pouvait encore l’injurier longtemps avant qu’il bouge, l’injurier et lui jeter des cailloux et des mottes : d’abord, il ne répondait pas, il ne daignait pas répondre, il continuait à brouter en chassant les mouches ; et puis il vous regardait de travers et ses oreilles remuaient ; et, tout à coup, il baissait les cornes. Alors, il fallait se hâter, grimper à l’arbre, sauter par-dessus la haie.

À Sempach, devant la forêt, à Sempach, sur une prairie, le Taureau suisse a rencontré le Lion d’Autriche.

Le Taureau dit au Lion : « Seigneur Lion, bonjour, bonsoir ! Comment vas-tu ? Comment vont tes blessures ? Ta belle lionne est-elle toujours aussi exigeante ? Tes lionceaux ont-ils toujours autant d’appétit ? Je le suppose, puisque tu es ici. »

Le Lion dit au Taureau : « Fils de vache, qui couches sur ta bouse, nous avons de vieux comptes à régler ensemble et la quittance n’est pas signée. »

Le Taureau répondit au Lion : « Cela va bien, je la signerai sur ta peau, une fois de plus, avec mes cornes, et ton sang me servira d’encre. Veux-tu combattre ici ? C’est un honneur que je ne puis refuser à un duc. »

Le Lion répondit au Taureau : « Je me souviens de bien des choses, elles sont toutes portées sur le compte. »

» Je me rappelle que, devant Laupen, tu m’as navré outre mesure ; tu avais l’Ours de Berne avec toi… »

« Oui, répliqua le Taureau, mais tu avais pour te défendre ton compère, le Lion de Kibourg, ton compagnon, l’Oiseau de Gruyère, ton serviteur, le Cheval pie de Fribourg, et vingt autres bêtes encore : tu as pourtant reçu des coups. »

.. « Je me rappelle qu’au Morgarten, toi et ta vache, vous m’avez surpris lâchement : vous m’avez lancé des troncs de sapin. Je me souviens de tout cela, et de toutes les autres injures. C’est pourquoi je me suis dit : Le Taureau suisse a des remords, je vais aller le confesser ; je lui donnerai l’absolution avec mes griffes, avec mes dents je lui infligerai une pénitence. »

À Sempach, devant la forêt, à Sempach, sur une prairie, le Taureau suisse a rencontré le Lion d’Autriche.

Le Lion se mit à rugir, le Taureau se mit à mugir ; ils s’observèrent, ils s’attaquèrent : ce fut le Lion qui commença.

Il sautait de droite et de gauche, autour de son ennemi qui se tournait pour lui présenter les pointes de ses cornes.

Le Lion bondit sur le Taureau, mais le Taureau baissa la tête : il lui enfonça les deux cornes dans le ventre, il le secoua, il le rejeta en l’air derrière lui.

Le Lion tomba, le Lion voulut se relever ; mais il avait le ventre ouvert. La prairie, devant la forêt, devint rouge de sang.

Alors, le Taureau dit au Lion : « Tu ne me fais guère pitié ; tu n’as que ce que tu mérites. Si tu m’avais laissé tranquille, tu ne serais pas si malade. »

« Mais voilà ! Tu es incorrigible. J’en suis sûr, sitôt guéri, tu recommenceras. »

« Maintenant, je te donne un conseil : retourne auprès de ta belle femme ; tu lui raconteras que tu es tombé en chemin, que tu t’es fait mal au pied dans la montagne, que tu ne lui rapportes rien encore. »

« Ou bien tu lui diras que tu avais soif, que tu t’es arrêté à l’auberge et que tu as trouvé le voyage trop difficile. »

Et le Lion ne répondit mot : il se remit comme il put sur ses pattes, il s’enfuit en boitant, la queue entre les jambes.

« Où t’enfuis-tu, riche Lion ? Ta gloire, elle est vraiment petite ! »

Gonzague de REYNOLD (1880-1970), suisse.

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6 mars, 2017

Octave-Louis AUBERT : Le temple de Lanleff (Légendes de la Bretagne)

Classé dans : lecture, ecriture — unpeudetao @ 5:21

Au sommet d’un plateau schisteux qui domine la vallée du Leff (le ruisseau des Pleurs), le petit bourg de Lanleff groupe autour de son clocher massif les pignons de ses anciens convenants. Le pays est à l’écart des routes fréquentées. Il faut quitter le chemin de grande communication qui va de Plouha à Paimpol pour le trouver. Le promeneur non prévenu suivrait ce chemin sans s’arrêter dans ce village qui lui paraîtrait le plus banal de toute la Bretagne. Il aurait cependant passé tout auprès du plus extraordinaire édifice qui soit sur le sol d’Armor : une église circulaire, malheureusement ruinée, dont la construction semble remonter à la fin du XIe siècle et que l’on appelle le Temple de Lanleff.

Ses pierres se nuancent de teintes délicates où s’harmonisent le rose et le vert de gris ; son architecture est un mélange de toscan et de roman ; ses arcades avec leurs pierres bigarrées font, d’autre part, songer aux mosquées arabes ou aux alcazars d’Espagne.

Sur le sol gît le chevet d’une croix de schiste dont le pied a dû servir à la construction de la maison voisine, à moins qu’il ne soit devenu la margelle de la fontaine qui se trouve en avant de la porte du Temple.

Cette fontaine a été le témoin d’un odieux marché : une mère, que la misère avait sans doute rendue folle, décida, certain jour, de vendre, pour une pièce d’or, son enfant au diable. Elle donna rendez-vous à ce dernier entre le Temple et la Fontaine. Défiante, elle exigea que l’argent lui fût versé d’abord. Le diable n’avait pas plus de raison de se montrer confiant. Il plaça donc la pièce d’or sur la margelle et exigea que l’enfant fût mis à côté. L’échange transactionnel se fit dans ces conditions, mais, quand la mère indigne voulut prendre la pièce d’or, elle s’aperçut que celle-ci avait marqué la pierre de la fontaine d’une profonde empreinte.

Et l’on vous montre encore aujourd’hui la preuve du sacrilège.

Octave-Louis AUBERT (1870-1950), Légendes de la Bretagne.

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16 février, 2017

Virginie Grimaldi : Tu comprendras quand tu seras plus grande

Classé dans : lecture, ecriture — unpeudetao @ 8:43

Résumé.

Quand Julia débarque comme psychologue à la maison de retraite Les Tamaris, elle ne croit pas plus au bonheur qu’à la petite souris. Pire, une fois sur place, elle se souvient qu’elle ne déborde pas d’affection pour les personnes âgées. Et dire qu’elle a tout plaqué pour se sauver, dans tous les sens du terme. Au fil des jours, Julia découvre que les pensionnaires ont bien des choses à lui apprendre. Difficile pourtant d’imaginer qu’on puisse reprendre goût à la vie entre des papys farceurs, des mamies fantaisistes et des collègues au coeur brisé… Et si elle n’avait pas atterri là par hasard ? Et si l’amour se cachait là où on ne l’attend pas ? C’est l’histoire de chemins qui se croisent. Les chemins de ceux qui ont une vie à raconter et de ceux qui ont une vie à construire. C’est une histoire d’amour(s), une histoire de résilience, une ode au bonheur.

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3 février, 2017

Laurent Gounelle : Et tu trouveras le trésor qui dort en toi

Classé dans : lecture, ecriture — unpeudetao @ 8:34

Résumé :

Tout commence le jour où Alice, une jeune femme dynamique et audacieuse, retrouve son ami d’enfance, Jérémie. Devenu prêtre de campagne, il lui confie être accablé par le faible nombre de fidèles qui le suivent. Athée et conseillère en communication, Alice se met en tête de l’aider à sa manière. Amenée par la force des choses à se plonger dans le monde de la spiritualité, du christianisme à l’hindouisme, du taoïsme au bouddhisme, Alice va découvrir une vérité universelle particulièrement troublante. Une vérité concernant l’homme et la clé de son épanouissement, passée sous silence par les religieux, perdue au fil des siècles… Dans ce nouveau roman émouvant et captivant, Laurent Gounelle nous entraîne dans un univers passionnant à la découverte de ce qui permet à l’homme de s’élever dans une autre dimension, où ses actes sont puissants et sa joie, un état durable.

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