19 septembre, 2017

Julie FERTIAULT : Cri d’indignation

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:17

L’ai-je bien entendu !… Se peut-il qu’une femme,

Sur l’amour maternel, cette céleste flamme,

Ait répandu le fiel d’un doute accusateur !

Se peut-il qu’elle ait dit : « Sous un masque menteur

« La mère peut cacher la froide indifférence,

« Et n’avoir de l’amour qu’une vaine apparence ! »

Se peut-il qu’elle ait dit : « Veuve de son enfant,

L’oubli voile son cœur d’un linceul étouffant !!… »

Cependant, comme nous le bon Dieu te fit mère.

En songeant à ton fils, cette parole amère

De ta bouche jamais, jamais n’eût dû sortir !

Tu l’aimes, n’est-ce pas ? Lors, tu devrais sentir

Que ce doux sentiment, cette vive tendresse,

Qui berce notre vie en la plus sainte ivresse,

De la femme, en ce monde, est le plus cher trésor,

Trésor, qui dans son cœur, survit même à la mort.

Ah ! tu ne comprends pas cette douleur muette

Qui torture son âme, alors qu’elle, inquiète,

Cherche sur cette terre un bonheur qui n’est plus.

Discrète en ses regrets, tous les mots superflus,

Les pleurs sont dédaignés. Forte par l’espérance,

Elle entrevoit le ciel… et dompte la souffrance.

Ne jette pas l’insulte à ce sublime effort.

Il faut être chrétienne, et libre de remord

Pour sourire aux heureux, pour les voir sans envie.

En perdant son enfant, on perd plus que la vie.

Le corps, tu le sais bien, ne périt qu’une fois,

La mère abandonnée est toujours sur sa croix.

Mais est-il une amie, une, qui puisse entendre

Son éternelle plainte, et toujours la comprendre ?

Ses larmes lasseraient le cœur le plus humain.

Seule, que ferait-elle en son triste chemin ?

La haine arriverait ; à son impie escorte,

Blasphème et jalousie, elle ouvrirait la porte,

Et Dieu, qui veut nous voir humbles dans les malheurs,

N’entendrait pas la femme aux farouches douleurs.

En ses rêves, les nuits, de l’heureuse phalange

Jamais n’arriverait la voix de son doux ange ;

Cette voix, consolant mieux que tout ici-bas,

La voix de son enfant ne lui parlerait pas.

Ce silence de mort, néant de la pensée,

La tiendrait froidement dans le doute affaissée.

Plus tard, quand viendrait l’heure où s’éteindront ses yeux,

Sous l’aile de son fils monterait-elle aux cieux ?…

Crois-moi, ne lance plus des arrêts téméraires.

Respecte, en tes discours, le deuil des pauvres mères :

Aux jours d’âpres chagrins une placide humeur

Ne prouvera jamais l’aridité du cœur.

Crains que le ciel en sa justice,

Pour te punir de ta malice,

Ne t’impose le sacrifice

De celui qui charme tes jours.

Toute créature est mortelle.

Quand Dieu commande, ouvrant son aile,

L’âme en la demeure éternelle

Prend son essor, et pour toujours.

Sans regret pour ce monde étrange,

L’enfant quitte son corps de fange

Et, radieux, devient un ange.

Seule sa mère doit souffrir.

Aussi, pardonnant à ton blâme,

Nous prîrons Dieu du fond de l’âme

Pour qu’il t’épargne, ô faible femme,

Et qu’il t’envoie un repentir ! –

Julie FERTIAULT (1820-1900), épouse de François Fertiault.

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16 septembre, 2017

Melchior BONNEFOIS : À mon ami François Vossaert

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:33

Après la lecture des œuvres de Louis Decottignies, qu’il m’avait prêtées.

Ami, je le vois bien, le Poète sur terre

Est envoyé par Dieu, pour aimer et souffrir ;

Mais qu’importe, après tout, quelques jours de misère,

S’il doit trouver aux cieux la palme du martyr.

Qu’importe ses tourments ; au sommet du calvaire,

Outragé par les cris d’un peuple furieux,

Brisé par la douleur, notre Dieu, notre frère,

Est mort en pardonnant aux bourreaux odieux.

Comme toi, de Louis, j’ai lu le beau volume ;

Ces pages, où son cœur se montre à découvert ;

Où le poète dit, perçant l’épaisse brume,

Ce que son œil voyait dans le ciel entr’ouvert.

Il y voyait planer la liberté chérie,

La liberté, ce bien qu’un Dieu nous a promis,

Ce bien qu’à deux genoux le prisonnier qui prie,

Demande avec des pleurs, des soupirs et des cris.

Il y voyait l’amour, cette éternelle flamme

Qui brille dans la nuit comme un rayon d’espoir.

La touchante amitié, puissant baume de l’âme,

La charité, qui vient près du pauvre s’asseoir.

Mais, lorsque du ciel bleu, son regard sur la terre

Se reportait tremblant, Poète, il gémissait ;

Car amour, charité, Liberté sainte et chère,

Amitié, tout, hélas ! soudain, disparaissait.

Alors, triste et pensif, fuyant la foule immonde,

Qui, de loin, le suivait de ses rires moqueurs,

Seul, il allait rêver, comparant ce bas monde

Aux sublimes beautés des célestes hauteurs.

Et les deux bras tendus vers la voûte éternelle,

Quand donc ? s’écria-t-il ! quand serais-je là-haut ?

La mort, qui l’écoutait, le couvrit de son aile,

Et jeune, il descendit dans la nuit du tombeau !

Sans larmes, sans regrets, il a quitté nos fanges,

Où de tant de douleurs, homme, il fut abreuvé ;

Il est allé vers Dieu, chercher parmi ses anges

Le bonheur, qu’ici-bas, il n’avait point trouvé.

Et Roubaix, son pays, oh ! qui voudrait le croire ?

Roubaix, cette cité brillante d’avenir,

Dans un oubli profond a laissé sa mémoire,

Un seul homme a gardé son pieux souvenir.

Et cet homme, c’est toi, Vossaert, dont la belle âme

Aux mânes du poète a consacré son vers ;

Son vers harmonieux, qu’un saint délire enflamme,

Son vers magique, écho des célestes concerts.

Ton étoile se lève, ami, poursuis ta route,

À nos cœurs en émoi, fais entendre tes chants.

Montre la vérité, chasse l’ombre du doute,

Encourage les bons, convertis les méchants.

Chante, chante toujours, à ta muse fertile

L’avenir appartient, vas ne te lasse pas ;

Que peux-tu redouter, en ton modeste asile

Est un ange d’amour qui guidera tes pas !

Melchior BONNEFOIS (XIXe siècle).

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15 septembre, 2017

Rose CASTIN : Un rêve

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:25

Une faible lueur, une forme indécise,

Un pâle feu follet, me remplissait d’effroi,

Ce fantasque reflet dansant dans l’ombre grise,

Qui me troublait si fort, c’était mon âme à moi.

Mon pauvre corps tremblait d’une frayeur cruelle,

Mon âme me quittait…. que devenir ainsi !

Était-ce donc la mort ? – Rassure-toi, dit-elle.

D’autres à l’abandon laissent leur âme aussi.

Le gaz est leur soleil, l’or, l’intrigue, le monde,

Leur royaume : et pourtant ils se disent heureux,

Et ne connaissent pas la tristesse profonde

Que j’inspire parfois, même aux cœurs généreux ;

Ils marchent mieux sans moi ; l’ambition les pousse,

Aux viles passions livrant un corps brutal,

Ils suivent leurs penchants ; une âme triste et douce

Ne les avertit plus s’ils font bien, s’ils font mal ;

Vraiment c’est un beau sort ! – Où donc à l’aventure

Mon âme t’en vas-tu courir hors de chez moi ?

Oh ! ne divorçons pas, reviens, je t’en conjure,

Reviens, je souffrirai s’il le faut avec toi !

Non, reste quelque temps à l’épreuve soumise. –

Mon appel suppliant fut en vain répété ;

Mon âme répondit à ma grande surprise

Ce cri séditieux : – Vive la liberté !

J’ouvris les yeux au jour qui frappait ma paupière,

Car le soleil brillait d’un éclat radieux,

Près du lit de mon fils je courus la première,

J’admirai son sommeil paisible et gracieux,

Je dis en l’embrassant : ô mon Dieu ! notre père,

Bénissez mon enfant et le sort qu’il aura…..

Grâce à toi, cher petit, je crois, j’aime et j’espère,

Je puis me rassurer, mon âme est encor là !

Rose CASTIN (XIXe siècle).

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14 septembre, 2017

Dupuis COLSON : Le proscrit

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:51

Je vous revois après vingt ans d’absence,

Charmant séjour où je vivais heureux,

Où je courais le cœur plein d’espérance,

Avec ma sœur, enfant capricieux,

Quand notre mère à nos jeux, attentive,

Nous regardait du seuil de la maison,

Ou bien venait mêler sa voix plaintive,

À nos accents joyeux sur le gazon.

Que d’amertume a passé dans mon âme

Depuis ce temps de bonheur et d’amour !

Il s’est enfui comme s’enfuit la flamme

Qui monte au ciel à la fin d’un beau jour.

Hélas ! ma mère a quitté ce rivage

Où la douleur suit de près le plaisir,

Et me voici de retour au village ;

– Consolez-moi parfums du souvenir !…

Rien n’est changé, la maison est la même,

Elle sourit sous le soleil levant,

Et sur son toit l’hirondelle que j’aime,

Comme autrefois soupire avec le vent ;

Heureux oiseau ! ta voix s’élève encore

Sur la chaumière où tu posas ton nid,

Tandis que moi fugitif dès l’aurore,

J’erre au hasard, hélas ! je suis proscrit.

C’est en tremblant que je rentre au village,

Où j’ai vécu comme l’oiseau des champs,

Où j’écoutais le soir dans le feuillage,

Des rossignols les hymnes si touchants ;

Où le matin ma mère gracieuse

Nous appelait pour prier le Seigneur,

Dans la chapelle où d’une main pieuse

Elle apportait chaque jour une fleur.

Arbres chéris que le zéphyr balance,

Vous soupirez encore aux mêmes lieux,

Où je venais dans ma naïve enfance,

Rire et chanter avec l’oiseau des cieux ;

De votre sein la vapeur enivrante,

Donne la vie à mon cœur attristé,

Et votre brise aimable et caressante

Calme ce cœur si longtemps agité.

Bosquet charmant et toi blanche aubépine,

Je vous revois gais, riants, pleins de fleurs,

Et puis là-bas j’aperçois la colline

Où se couchaient les passereaux moqueurs ;

Voici la place où notre chien fidèle

Veillait le soir en gardant la maison,

Et maintenant sous la vieille tonnelle,

Il dort couché sous l’humide gazon.

Je revois ce village et ce vallon fertile,

Où mes pères vivaient heureux loin de la ville

En cultivant leurs champs.

Où ma mère si douce éleva ma jeunesse,

Couvrant mes premiers pas des fleurs de sa tendresse

Et de ses soins touchants.

Cette fleur de ma vie, hélas ! un jour l’orage

L’emporta comme on voit emporter le nuage,

Sur l’aile des autans.

J’attendis bien longtemps puis j’attendis encore,

Hélas ! c’était en vain, car la nuit sans aurore

Grandit avec le temps.

J’étais bien jeune encor quand je perdis ma mère :

Un soir elle me dit, enfant ! fais ta prière

Ici tout près de moi.

Je priai, puis mes yeux se levèrent vers elle

Son visage était pâle et sa noire prunelle

Me remplissait d’effroi.

Je tremblais, car la mort, avec sa voix de glace,

À ma mère disait, viens ! suis-moi dans l’espace

Où l’on reste à jamais.

Suis-moi ! la terre attend ! arrière à toute joie,

J’aime les pleurs, le sang, le désespoir qui ploie

L’homme dans ses accès.

Et ma mère pleurait ; ses larmes sur ma tête

Tombaient en me brûlant. Et sa bouche muette

Se remua trois fois ;

Son âme s’envola sur l’aile d’un archange,

Et rejoignit au ciel la céleste phalange

Pour y mêler sa voix.

Bientôt après, sur nous se déchaîna l’orage,

Nous fûmes dispersés, comme l’est le feuillage

Au vent de l’aquilon.

Le malheur, ce vautour à la serre cruelle,

En fit tomber plus d’un du revers de son aile

Sous l’herbe du vallon.

Errant, proscrit, chassé, je reste seul au monde,

Et pour me consoler de ma douleur profonde,

Je viens revoir ces lieux,

Je viens m’agenouiller près de ce banc de pierre

Où s’asseyait le soir ma sœur près de ma mère,….

Dans le ciel toutes deux.

Et là, prenant ma lyre,

Je viens mêler ma voix

À la voix qui soupire

Et chante dans les bois.

Mon âme à cet instant fuit cette aride terre,

Par le rêve emportée elle s’envole aux cieux,

Et mêlant ses baisers aux baisers de ma mère

Elle endort mes douleurs et je me sens heureux.

Dupuis COLSON (XIXe siècle).

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13 septembre, 2017

A. BARDIN : Inspiration

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:44

(À MON AMI LÉONTIE).

I

Où volez-vous, accords de ma lyre plaintive,

Que ma tremblante main fait éclore en rêvant ;

Vers des bords inconnus à mon âme captive,

Fuyez-vous sur l’aile du vent ?

Et vous, balbutiements que m’arrache l’extase,

Vague aspiration vers les lieux éternels,

Fougueux élancements dont l’étreinte m’embrase,

Comme la flamme des autels,

Où courez-vous ainsi quand la brise vous berce ?

Suivez-vous dans les bois le vol de l’oisillon

Quand aux vents des beaux soirs mon souffle vous disperse

Comme les graines au sillon ?

Suivez-vous l’aquilon dans sa course lointaine ?

Passez-vous nos cités, nos fertiles guérets,

Des coteaux aux vallons, des vallons à la plaine,

De la plaine aux forêts ?

Peut-être sur la grève où la vague se brise,

Se brise en déroulant ses remous écumeux,

La feuille vous conduit sur l’aile de la brise

À ses folâtres jeux ?..

Quelle main vous recueille ô perles de ma lyre !

Parez-vous la beauté qui soupire d’amour ;

Trésors de mon printemps que berce le zéphyre,

Mourez-vous en un jour ?

Comme l’encens, béni par la main du lévite,

Monte en nue odorante au dôme du saint lieu :

Soupirs, gémissements de mon sein qui palpite,

Montez-vous vers mon Dieu ?

Silence ! ô mon esprit, ton hymne sait sa route,

Qu’il suive l’aquilon, qu’il meure avec la nuit,

Que le zéphyr l’emporte ou que le flot l’écoute,

C’est Dieu qui le conduit !

II

Sur vos ailes de flamme, emportez-moi, doux rêves !

Charmez mon cœur lassé des terrestres soucis ;

Déroulez le ciel bleu, les flots, les blanches grèves

À mes yeux éclaircis.

Venez guider mes pas vers l’oasis lointaine ;

Que mon front s’illumine aux célestes clartés,

Que je hume à grands flots, loin des bruits de l’arène

Les saintes voluptés !

Laissez, laissez la coupe à ma lèvre tremblante,

Encor ! encor ! longtemps ! toujours laissez-la moi !

Mon sein bondit d’angoisse, oh ! ma tête est brûlante !

Seigneur ! serait-ce toi ?

M’inspires-tu, mon Dieu ! quand ma voix se ranime,

En mon âme attentive, est-ce toi que j’entends ?

Au jour de la tempête, est-ce ta main sublime

Que du ciel tu me tends ?

La nuit, est-ce un rayon de ta splendeur divine

Qui caresse mon front de veilles abattu ;

Ces échos assoupis qui heurtent ma poitrine

Homme, les comprends-tu ?

Dissipe-toi, nuage où s’égare ma vue !

Éveille-toi, mon âme à l’appel de ton Dieu !

Fuis ! brise tes liens, jette à la terre nue

Un éternel adieu !

Abandonne la rive et l’onde limoneuse

Où bouillonne à grand bruit la tourbe des humains,

Ne souille pas ta robe, à la foule haineuse

Ne livre pas les mains.

Ferme l’oreille aux cris du monde qui t’appelle,

Au ciel rejoins la source où murmure la paix ;

Mon âme baigne-toi ! que son onde immortelle

Te retrempe à jamais !

Puis, riche de parfums, emplis ma solitude

Que le luth ruisselant d’accords mélodieux

Sache, imprégné des flots de la béatitude,

Me raconter les cieux.

A. BARDIN (XIXe siècle).

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12 septembre, 2017

Stéphane BOREL : Excelsior

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:20

Ne cessons de crier : « Haut les yeux ! » « Haut les cœurs ! »

Sachons nous détacher de cette pauvre terre

Où les maux sont cruels et la tristesse amère,

Où l’homme ne connaît que le poids des douleurs.

Plus haut, toujours plus haut ! Montons dans les splendeurs ;

Du champ de l’idéal prenons d’assaut la sphère ;

Que jamais notre pas ne retourne en arrière

Et de tous les sommets dépassons les hauteurs.

Que rien, rien ne s’oppose à l’essor de notre âme ;

Traversons l’infini ; que notre ardeur s’enflamme :

Plus haut, toujours plus haut, plus haut que le ciel bleu !

Poursuivons, sans faiblir, notre course insensée ;

Plus haut, toujours plus haut, plus haut que la pensée,

Et que notre âme enfin s’arrête aux pieds de Dieu !

Stéphane BOREL (1854-1912).

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8 septembre, 2017

Antonia BOSSU : Les chemins

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:23

(À Ernest Chebroux).

Où donc vont-ils, les longs chemins

Qui s’enroulent sur notre terre ;

Chemins de joie et de misère,

Où se croisent nos pas humains ?

Comme un écheveau qui s’emmêle,

Où vont-ils ainsi, pêle-mêle ?

Routes, sentiers, fils souterrains,

Lignes qui traversent l’espace,

Sillons mouvants du flot qui passe…

Où s’en vont-ils, les longs chemins ?

Ils s’en vont à travers le monde,

Satellites de l’action

Verser à chaque nation

Le sang de la terre féconde.

Tranchant monts, plaines et forêts,

À la conquête du progrès,

Des peuples ils mènent la ronde.

Pour unir chrétiens et païens,

Leurs rubans, fraternels liens,

Vont à travers le vaste monde.

Vers l’Inconnu mystérieux,

Où l’on voit flotter des mirages

Sur de prestigieux rivages, –

Ils nous conduisent, anxieux.

Le bonheur qu’on voudrait connaître,

Où l’atteindre ?… là-bas, peut-être ?…

Avec nos rêves radieux,

En dépit des noires déroutes,

Nous marchons dans les sombres routes,

Vers l’Inconnu mystérieux.

Quelquefois l’amour et la gloire,

Ces bohêmes de grands chemins,

Sans foi, ni loi, ni lendemains, –

En passant, nous offrent à boire ;

Pour un instant désaltérés

Et de leur nectar enivrés,

Nous les suivons, ardents à croire,

Sous les cieux clairs s’illuminant !…

Mais, hélas ! au prochain tournant,

Nous laissent l’amour et la gloire.

Ils vont trop loin, les longs chemins,

Dans l’orage et dans la poussière !…

Meilleure est l’ombre familière

Qui garde des vents inhumains :

Sentiers étroits, pleins de murmures,

Qu’on est heureux sous vos ramures,

Cœur contre cœur, mains dans les mains !

Sans souci des biens à poursuivre,

Pour aimer et doucement vivre,

Restons dans les petits chemins.

Antonia BOSSU (1835-1901).

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7 septembre, 2017

Louis MERCIER : Le couronnement de Marie

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:59

Reine, venez en aide au poète ébloui

Qui n’ose dire, avec ses mots chargés de terre,

La gloire où le Seigneur vous exalte aujourd’hui !

Votre couronnement ineffable. Le Père

Inclinant, caressante et joyeuse, sur vous

L’immense majesté qu’annonce le tonnerre ;

Le Fils que vous avez bercé sur vos genoux

Vous embrassant dans la splendeur des cicatrices,

Où s’atteste le sang qu’il a versé pour nous ;

Et l’Esprit qui vous dit : « Venez, ô mes délices,

Venez, l’hiver s’enfuit et la pluie a cessé,

Et j’accours aux parfums que versent vos calices ! »

Qui pourrait exprimer son amour embrasé ?

Qui dira le brûlant baiser des Trois Personnes

Parmi les lys royaux de votre front posé ?

Qui peindra les joyaux dont luit votre couronne ?

De quel soleil plus pur que le soleil humain

Sont détachés les feux dont ce nimbe rayonne ?

Tout luth se briserait aux téméraires mains

De qui voudrait chanter ce triomphe, ô Marie !

Vous seule, surpassant la voix des séraphins,

Comme autrefois, dans la maison de Zacharie,

Vous avez célébré le radieux secret

Dont votre auguste chair venait d’être fleurie.

Vous seule, en un transport à qui Dieu sourirait,

Pourriez dire du haut de la gloire où vous êtes

Le souverain poème où se magnifierait

La beauté de cette heure, ô Reine des poètes !

Louis MERCIER (1870-1935).

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6 septembre, 2017

Stéphen LIÉGARD : À l’inoubliée

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:12

Âme aimante, âme aimée, ô toi qui fus ma mère,

Dieu ne permet donc pas à ses plus chers élus,

Quand le livre s’est clos sur la page éphémère,

De relire, un seul jour, l’un des mots déjà lus ?

Tu sais si ton image est relique ou chimère,

Si le flot de l’oubli l’a roulée en son flux,

Si la source des pleurs coule, hélas ! moins amère,

Du cœur vivant qui bat vers le cœur qui n’est plus !

C’est fête au noir jardin, j’ai fleuri ta demeure ;

L’Éternel ne peut-il te donner même une heure ?

Viens, ton fils te supplie.. Oh ! non, reste plutôt..

Car tu l’aimas, ce fils, d’une amour si profonde,

Que, s’il fallait sans lui quitter encor ce monde,

Les lys auraient pour toi moins de parfums.. là-haut !

Stéphen LIÉGARD (1830-1925).

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5 septembre, 2017

Jean LIONNET : Le chemin de lumière

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:44

Vers l’horizon vague où tout s’effaçait,

Dans la nuit printanière,

Sur l’océan noir la lune traçait

Un chemin de lumière.

Ce chemin d’or pâle, où conduisait-il ?

À l’amour ? Au mystère ?

Au saint idéal ? Au serein exil

Des choses de la terre ?

Je n’en savais rien. Mais qu’il était beau,

Dans sa clarté si tendre !

Il semblait poser à peine sur l’eau..

Qui pouvait-il attendre ?

Quel ange allait venir de l’infini,

Dans la nuit printanière,

Par le chemin d’or, le chemin béni,

Le chemin de lumière ?

Hélas ! je n’ai vu nul ange du ciel

Marcher sur les flots mornes

Et rien n’a troublé le deuil solennel

De l’horizon sans bornes.

Alors j’ai maudit le chemin menteur,

Le beau chemin perfide

Qui m’avait fait voir un monde enchanteur

Dans l’immensité vide.

Mais mes rêves purs – eux que j’aimais tant ! –

Dans la nuit printanière

M’ont abandonné, pour suivre en chantant

Le chemin de lumière.

Depuis, du ciel clair, des astres lointains,

Souvent leur voix m’appelle.

J’entends, dans les soirs et dans les matins,

Passer l’hymne éternelle.

Et je suis heureux – bien que toujours seul

Sur de sinistres grèves

Qu’un neigeux hiver couvre d’un linceul –

Car ils m’ont dit, mes rêves :

Un jour ton âme ira vers l’infini,

« Dans la nuit printanière,

Par le chemin d’or, le chemin béni,

Le chemin de lumière. »

Jean LIONNET (1872-19..).

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