25 mai, 2017

Jeanne JOANNARD : Prière

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:45

Une détresse immense a dévasté mon âme,

Mais mon cœur rendu fort, n’a plus peur de souffrir,

Confiante je vais vers Celui qui réclame

Ma blessure à panser, ma blessure à guérir !

Seigneur, c’est Votre cœur, divin roc séculaire

D’où l’on peut voir venir sans frayeur le flot noir,

Votre cœur, plage douce où meurt la vague amère,

Votre cœur qui nous verse, et la force et l’espoir !

Ah ! tout peut me manquer dans ce désert du monde,

Mais si Vous êtes là, Seigneur, doux est l’exil…

Merci de tout ! Merci de la peine féconde,

Qui me rend mieux à Vous Seigneur ! Ainsi soit-il.

Jeanne JOANNARD (XXe siècle).

*****************************************************

 

24 mai, 2017

F.-H. BAUDRY : Les oiseaux de la Sainte Vierge

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:16

(À la petite Marie-Thérèse G..).

Nos gais rossignols de muraille

Ont élu chez nous un doux coin ;

Là, tout ce dont ils ont besoin :

Beaucoup de paix, un peu de paille.

Le lierre sur leur nid tressaille

Et le protège avec grand soin ;

De plus, la Madone, non loin,

Vers les fleurs incline sa taille.

Elle tient son cher Enfançon.

Sur elle, en parlant sa chanson,

Se pose l’oiselet qui l’aime.

Il forme un fleuron au-dessus

Des fleurons de son diadème,

Puis baise le petit Jésus.

F.-H. BAUDRY (XIXe siècle).

*****************************************************

 

22 mai, 2017

Thomas BRAUN : Poème du Rosaire

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:36

I. – L’ANNONCIATION

À l’ange messager qui vers Elle s’avance,

Marie, en acceptant, courbe sa révérence.

II. – LA VISITATION

Comme une vigne sèche au linteau de la porte,

Voici déjà mûrir celle qu’on croyait morte.

III. – LA NAISSANCE DE NOTRE-SEIGNEUR

À Bethléem, chez les bergers, sur de la paille,

Est né Jésus, le fruit béni de vos entrailles.

IV. – LA PRÉSENTATION AU TEMPLE

Entendez-vous gémir la double tourterelle,

Qu’au grand prêtre, Joseph, timide, offre pour Elle.

V. – JÉSUS RETROUVÉ CHEZ LES DOCTEURS

Vous vous tiriez aussi la barbiche, docteurs

De Beauraing, quand parlait l’enfant révélateur.

VI. – JÉSUS À GETHSÉMANI

Voici le dernier jour et le cruel prélude.

Seule vous partagez, Mère, sa solitude.

VII. – LA FLAGELLATION

Le fouet des sept péchés capitaux te flagelle,

Toi qui n’avais été qu’un sage enfant pour Elle.

VIII. – LE COURONNEMENT D’ÉPINES

Sous l’auvent en cherbains de la maison wallonne,

Comme Elle souffre avec celui que l’on couronne !

IX. – LA RENCONTRE

Vous êtes là, ma Mère, en quel état venue !

Vous êtes là, mon Fils, et m’avez reconnue…

X. – LE CRUCIFIEMENT

Au calvaire breton, dans l’enclos militaire,

Vous veillez et priez partout – Stabat Mater.

XI. – LA RÉSURRECTION

La neige, ce matin, recouvre encore l’Ardenne…

Alleluia ! Soleil ! cette heure est bien la tienne.

XII. – L’ASCENSION

Il leur échappe, hélas ! dessous un beau nuage,

Mais combien de clochers monteront des villages…

XIII. – LA DESCENTE DU SAINT-ESPRIT

Comme l’unique feu divisé qui s’inscrit

Sur chacun, recevons les dons du Saint-Esprit.

XIV. – L’ASSOMPTION

Reine, portée au ciel bleu et blanc du quinze août,

Sur nos enfants et nos moissons, retournez-vous.

XV. – LE COURONNEMENT DE LA SAINTE VIERGE

Que nos Dames de Foy, d’Alsemberg et de Soignes,

Par leur couronnement, du Vôtre, ici, témoignent !

Thomas BRAUN (1876-1961), belge.

*****************************************************

 

21 mai, 2017

GAUTIER DE COINCY : Du fils au juif qui fut délivré du brasier

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:16

IL Y AVAIT, dans une juiverie, à Bourges, un petit juif plus sage et plus beau qu’aucun petit juif. Aussi les clercs de la Cité le tenaient en grande estime. Il les accompagnait en classe et parce qu’il allait à leur école, son père souvent et durement battait sa chair tendre. Il ne laissait pas de persévérer et tant fit-il qu’un jour à Pâques, voyant communier plusieurs de ses amis, il se rangea parmi eux pour les imiter.

Or, une image grande et belle était taillée au-dessus de l’autel. Elle portait sur sa tête un voile et dans ses bras un enfant. Le petit juif, émerveillé, la contemplait, n’ayant jamais rien vu d’aussi délectable et il lui sembla, son tour venu, qu’en la place du prêtre la merveilleuse dame, descendant vers lui, prenait l’hostie consacrée puis, la posant sur ses lèvres, rassasiait ainsi son cœur.

Il s’en retourna le visage resplendissant d’un tel bonheur que son père, quand il l’aperçut, courut vers lui et l’embrassa.

« Cette bouche, dit-il, ce front, cette face ? D’où vient, mon fils, que te voilà si beau ? »

Un enfant ne doit pas mentir et celui-ci de répondre :

« Mon père, c’est que je viens de communier avec les clercs, mes compagnons. »

À peine eût-il achevé ces mots que le juif, furieux, le jeta rudement par terre et ameuta sa juiverie :

« Tu vas voir, s’écria-t-il, furieux, en dépit des chrétiens et de leur église, ce que je sais faire de toi. »

Aussitôt, saisissant par les cheveux l’enfant qui se débat en vain, il le traîne vers le four, où, verrier, il cuisait son verre, et le précipite dans le brasier dont il alimente le feu des bûches les plus sèches qu’il puisse choisir.

DU FILS AU JUIF DÉLIVRÉ DU BRASIER.

Mais il avait compté sans la mère dont on entendit bientôt les hurlements. S’arrachant les cheveux et battant des mains, elle court par les rues et soulève le peuple. En peu de temps, la ville entière était assemblée. Ils sont bien là dix mille qui, à leur tour, crient et mènent grand bruit. Le bois flambant est dispersé. Or, que trouve-t-on sur la braise ? L’enfant étendu comme sur un lit et intact du moindre cheveu jusqu’au vêtement.

Imaginez de quels accents fut loué le Seigneur Jésus par tous ceux qui le miracle virent. Ils se saisirent du chien qui avait montré cette rage, puis, l’ayant rossé congrûment, le lancèrent à son tour dans la fournaise qui, cette fois, sembla pétiller d’allégresse. Se rassemblant ensuite auprès de l’enfant, ils lui demandèrent, pleins de douceur, comment il avait pu ne pas rôtir au sein des charbons dévorants.

« Ma foi, dit-il, la belle image qui, ce matin, me souriait en me communiant, est descendue avec moi dans le brasier. Elle m’entoura de son voile de sorte que je pus m’endormir sans éprouver nul dommage de la fumée ni du feu. Et j’ai si bien reposé que me voici aise et dispos comme jamais. »

Tous et toutes de pitié pleurent et remercient les mains jointes la belle Dame qui sut préserver, par un tel miracle, les jours de son jeune serviteur. L’enfant fut mené à un prêtre qui le baptisa au nom de la Sainte-Trinité ainsi que sa mère et de nombreux juifs, après un témoignage si évident, convertis à notre foi. Et comment d’ailleurs peut-il en rester un seul, obstiné dans son erreur, sourd aux appels, aveugle aux splendeurs et insensible à la toute puissance de Celle dont Dieu annonçait déjà la venue par les paroles suaves de son prophète Isaïe, et où Jésus-Christ devait prendre chair et sang d’un sein virginal ?

GAUTIER DE COINCY (117.-1236), trouvère français. Mis en français moderne par Gonzague TRUC.

*****************************************************

 

 

20 mai, 2017

Pierre CORNEILLE : Louanges à la Sainte Vierge

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:37

Avant que du Seigneur la sagesse profonde

Sur la terre et les cieux daignât se déployer ;

Avant que du néant sa voix tirât le monde,

Qu’à ce même néant sa voix doit renvoyer,

De toute éternité sa prudence adorable

Te destina pour mère à son Verbe ineffable,

À ses anges pour reine, aux hommes pour appui ;

Et sa bonté dès lors élut ton ministère

Pour nous tirer du gouffre où notre premier père

Nous a d’un seul péché plongés tous avec lui.

Ouvre donc, Mère-Vierge, ouvre l’âme à la joie

D’avoir remis en grâce et nous et nos aïeux :

Toi-même, applaudis-toi d’avoir ouvert les cieux,

D’en avoir aplani, d’en avoir fait la voie.

Les hôtes bienheureux de ces brillants palais

T’offrent et t’offriront tous ensemble, à jamais,

Des hymnes d’allégresse et de reconnaissance ;

Et nous que tu défends des ruses de l’enfer,

Nous y joindrons l’effort de l’humaine impuissance,

Pour obtenir comme eux le don d’en triompher.

Telle que s’élevait du milieu des abîmes,

Au point de la naissance, et du monde, et du temps,

Cette source abondante en flots toujours montants

Qui des plus hauts rochers arrosèrent les cimes,

Telle en toi, du milieu de notre impureté,

D’un saint enfantement l’heureuse nouveauté

Élève de la grâce une source féconde ;

Son cours s’enfle avec gloire, et ses flots qu’en tout lieu

Répand la charité dont regorge son onde,

Font en se débordant croître l’amour de Dieu.

Durant ces premiers jours qu’admirait la nature,

La vie avait son arbre ; et ses fruits précieux,

Remplissant tout l’Éden d’un air délicieux,

À nos premiers parents s’offraient pour nourriture.

Ainsi le digne fruit que tes flancs ont porté

Remplit tout l’univers de sainte volupté,

Et s’offre chaque jour pour nourriture aux âmes ;

Il n’est point d’arbre égal, et jamais il n’en fut,

Et jamais ne sera de plantes ni de femmes

Qui portent de tels fruits pour le commun salut.

Un fleuve qui sortait du séjour des délices

Arrosait de plaisirs ce paradis naissant,

Et sur l’homme encore innocent

Roulait avec ses flots l’ignorance des vices

Vierge, ce même fleuve en ton cœur s’épandit,

Quand, pour nous affranchir de ce qui nous perdit,

Ton corps du fils de Dieu fut l’illustre demeure.

La terre au grand auteur en rendit plus de fruit,

La nature en reçut une face meilleure

Et triompha dès lors du vieux péché détruit.

Pierre CORNEILLE (1606-1684).

*****************************************************

 

19 mai, 2017

Jean DES COGNETS : Angélus d’été

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:24

Midi, palme de l’été

– Ombre, azur, sérénité –

De trois cloches s’est fleurie…

Un ange à Nazareth apparaît à Marie :

« Salut, Vierge ! Salut, Grâce mère d’un Dieu ! »

Sa grande aile rayonnante

Ombrage la joue en feu

De la Vierge défaillante :

– « Du Roi du ciel je suis la très humble servante ;

D’où me naîtrait un Fils, à qui n’ai point d’époux ?

Tout le ciel se fait plus tendre

Qu’un regard d’amour n’est doux

Et s’incline pour entendre :

– « Celui qui créa l’homme avec un peu de cendre

Saura former un Dieu d’une chair sans péché ! »

Dans ses deux mains en calice

Marie eût voulu cacher

Son délicieux supplice…

– « Que suis-je pour qu’un Dieu de moi daigne approcher

Que s’accomplisse en moi son ordre et sa parole ! »

Droit au ciel l’ange s’envole,

Au ciel d’où Jésus descend

Prendre pour nous chair et sang.

Jean DES COGNETS (1883-1961).

*****************************************************

 

17 mai, 2017

Léonce de LARMANDIE : La colonne

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:33

Jésus-Christ mis à nu, les tempes mutilées,

Garrotté sur le vil poteau des scélérats,

Sent pleuvoir, sur son corps qui frémit, des volées

De coups, qu’un grand bourreau frappe à revers de bras.

Le fouet d’airain fend l’air, siffle avec frénésie,

Et s’abat ; la poitrine, au soufflet du métal,

Rend le son d’une chair nerveuse et cramoisie

Qu’un valet de boucher mortifie à l’étal.

Bientôt un sang vermeil perle, écume, ruisselle,

Et rougit, jaillissant des vaisseaux écorchés,

Le bras droit du licteur, du poing jusqu’à l’aisselle,

Et tombe avec des brins de peau vive arrachés.

À travers l’épaisseur graisseuse et musculaire

Dont elle a déchiré les multiples réseaux,

La verge, dont l’élan furieux s’accélère,

Ébranle cent vingt fois la charpente des os.

Et quand Pilate, enfin, fit traîner la victime,

Pantelante devant le peuple rugissant,

Il dit : « Je ne découvre en cet homme aucun crime :

« Le trouvez-vous assez puni d’être innocent ? »

Léonce de LARMANDIE (1851-1921).

*****************************************************

 

16 mai, 2017

Lucien LAURENS : Le sépulcre

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:15

Ce bloc majestueux de vivante sculpture,

Où le drame divin parle à l’humanité,

Où s’exhale l’amour, où pleure la nature,

Semble jailli d’un jet dans sa sublimité.

Chef-d’œuvre lumineux, où chaque créature

Reflète en tous ses traits son cœur même incrusté.

Où, sous la forme humaine et dans la sépulture,

Le Christ a la splendeur de sa divinité.

Devant cet idéal de croyance et de vie,

Dans le rayonnement de la pierre asservie,

On sent la mort vaincue au seuil de ce tombeau.

Et l’âme, en adorant, dans l’extase muette,

Entend l’art et la foi dire avec le poète :

« Il en fut un plus saint, mais jamais un plus beau. »

Lucien LAURENS (18..-1906).

*****************************************************

 

13 mai, 2017

Jeanne JOANNARD : Le dernier jardin

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:54

Notre dernier jardin sera le Cimetière

Et des fleurs seront là, fidèles, se penchant

À l’aube et jusqu’au soir à l’heure où le couchant

S’effeuille sur le marbre ainsi qu’une prière.

Il ne restera rien de ce dont l’âme est fière,

Ni des chagrins passés ! Qu’il paraîtra touchant

Le moindre souvenir ! à tout nous arrachant, –

La mort aura brisé notre étreinte dernière.

Nous serons toujours seuls ! Le parfum d’une rose,

Le chant clair d’un oiseau qui passe et qui se pose

Sur la grille enfermant le jardin délaissé…

C’est tout ! Ou bien parfois, pas légers sur le sable,

Une ombre s’inclinant, un cher regard baissé,

Un peu d’amour encor. Ô douceur ineffable !

Jeanne JOANNARD (XXe siècle).

*****************************************************

 

12 mai, 2017

Gustave LE VAVASSEUR : Au Calvaire

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:39

Au Calvaire, malgré le poids qui l’accablait,

Jésus, impatient d’accomplir son mystère,

Montait, mais, sous le faix de la croix salutaire,

Le Dieu laissa tomber l’homme qui chancelait.

Les bourreaux, fainéants, cherchèrent un valet.

Un paysan passait, revenant de sa terre ;

C’était un travailleur naïf et solitaire,

Il prêta son épaule au Dieu qui s’immolait.

Le Rédempteur n’a pas fini son sacrifice ;

Sur les champs, sur les monts témoins de son supplice,

Le Christ, du haut des cieux, descend comme autrefois.

Et le bon laboureur, suivant Dieu qui l’attire,

De l’éternel Sauveur éternel porte-croix,

Prend humblement sa part d’honneur et de martyre.

Gustave LE VAVASSEUR (1819-1896).

*****************************************************

 

123

Ilona, Mahée et Mila. |
Amour, Beauté, Paroles, Mots. |
Les Ailes du Temps |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose