24 mai, 2018

Auguste LAGRANGE : Sonnet à la Vierge

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:30

Sur le sable argenté, la mousse ou le gazon,

Ruisseau, j’aime à te voir traîner une onde pure ;

Tu coules sous l’ombrage, et ton léger murmure

Ravit tout à l’entour les échos du vallon.

Du printemps tes parfums embaument la saison,

Ô lis, et ta blancheur embellit la nature.

Chantre aimable des bois, au sein de la verdure,

De ta voix quel plaisir d’écouter le beau son !

Quand du tendre zéphyr l’haleine caressante

Du soleil en été calme l’ardeur brûlante,

Ah ! qu’il fait bon de l’air respirer la fraîcheur !

Le vent de la forêt, la fleur de la prairie

Excitent dans mon âme un rêve de bonheur ;

Mais ton nom est plus doux que tout cela, Marie !

Auguste LAGRANGE (18..-19..).

*****************************************************

 

20 mai, 2018

Henry de LA GUICHARDIÈRE : La Madone de Fra Angelico

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:04

(À Emile Guéret).

Sur son voile brillait une auréole sainte.

L’ébauche grandissait sur la fresque au fond d’or.

Mais le moine pieux désespérait encor

De trouver pour son œuvre une sublime teinte.

À travers les vitraux, lumière presque éteinte,

Un rayon reposait sur un Christ au Thabor.

Et lorsque la nuit vint assombrir le décor,

« Fra » baisa la madone en une chaude étreinte.

Dans l’extase du saint le sommeil arriva ;

Et, tandis qu’il dormait, l’humble peintre rêva

Qu’un ange retouchait son œuvre inachevée.

Or, la Vierge, au matin, fraîche comme une fleur,

Resplendissait au sein d’une ardente couleur,

Que jamais depuis lors nul autre n’a trouvée.

Henry de LA GUICHARDIÈRE (1876-1936).

*****************************************************

 

19 mai, 2018

Léon de POUL AR FEUNTEN : Salve Regina

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:52

Allons prier, – voici le soir :

D’ombre se rafraîchit la plaine,

De senteurs l’atmosphère est pleine,

Le ciel est un saphir à voir,

L’oiseau, comme un doux au revoir,

Jette au soleil sa cantilène.

Allons prier, – voici le soir :

Le cœur joyeux, l’âme sereine.

Allons saluer notre Pleine,

Notre douceur et notre espoir.

Allons prier, – voici le soir.

Allons prier, – voici le soir :

Le cœur a besoin de prière,

Comme de brise le parterre,

Comme de flamme l’encensoir,

Comme de rayons l’ostensoir,

Comme d’eau pure la rivière.

Allons prier, – voici le soir :

Miséricordieuse Mère,

À qui Marie est-elle arrière ?

Qui ne veut-elle recevoir ?…

Allons prier, – voici le soir.

Allons prier, – voici le soir :

Vierge par nos pleurs appelée,

À toi, du fond de la vallée,

Monte un cri qui doit t’émouvoir.

Sourd comme la cloche au manoir,

Vite comme la vague enflée.

Allons prier, – voici le soir :

Entends les fils d’Ève exilée,

Rends la paix à l’âme troublée,

Rends ses perles d’or au ciel noir ;

Allons prier, – voici le soir.

Allons prier, – voici le soir :

Avocate puissante et bonne

De tout un peuple que talonne

En ce siècle le désespoir,

Des mille dons qu’on peut avoir

Jésus te fit une couronne.

Allons prier, – voici le soir :

Regarde-nous, douce Madone.

Que par Toi Jésus nous pardonne

Et qu’à nous Il se laisse voir !

Léon de POUL AR FEUNTEN (18..-19..).

*****************************************************

 

16 mai, 2018

Jules VERNE : Vous êtes jeune et belle..

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 1:36

Vous êtes jeune et belle, et vos lèvres rieuses

N’ont que charmants souris tout fraîchement éclos ;

Le temps sonne pour vous ses heures folles, joyeuses

Qui vont se succédant comme les flots aux flots.

L’amour pour vos plaisirs rend plus voluptueuses

Ces langueurs qui s’en vont en de tendres sanglots ;

La fortune, les ris, et les choses heureuses,

Catinetta mia, voilà quels sont vos lots !

Quand vous prendrez le deuil d’une prompte jeunesse,

Et que vous sentirez les doigts de la vieillesse

De jours d’or et de soie, hélas ! brouiller le fil !

Quand tout vous fera mal, et le bonheur des autres,

Ces plaisirs enivrants qui ne sont plus les vôtres,

Tout, jusqu’au souvenir ? – Que vous restera-t-il ?

Jules VERNE (1828-1905).

*****************************************************

 

14 mai, 2018

Stéphane BOREL : Sonnet à la Vierge

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 3:44

Vous êtes toute belle, ô Vierge immaculée,

Dont le sein virginal enfanta le Sauveur ;

L’étoile du matin, le lis de la vallée,

N’ont rien de votre éclat, rien de votre candeur.

Le soleil qui remplit la terre désolée

De sa vive clarté, des feux de sa chaleur,

Les attraits merveilleux de la nuit étoilée

Demeurent confondus devant votre splendeur.

Les Anges du Très-Haut, se couvrant de leurs ailes,

Font vibrer devant vous les lyres éternelles,

Et chantent l’infini de votre royauté.

Aussi, je vous salue avec idolâtrie,

Ô reine incomparable, ô divine Marie,

Mère du doux Jésus, Dieu de toute beauté !

Stéphane BOREL (1854-1912).

*****************************************************

 

10 mai, 2018

Jules VERNE : Ô toi, que mon amour profond..

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:15

(A Herminie).

Ô toi, que mon amour profond et sans mélange

Formé de ton image et de ton souvenir,

Avait su distinguer en l’auguste phalange

Des jeunes beautés dont nous faisons notre ange

Pour nous guider dans l’avenir,

Toi que tout rappelait à mon âme inquiète,

Et dont l’âme sans cesse assise auprès de moi,

Me dérobait du temps, qu’à présent je regrette,

Le cours lent à mes voeux, quand la bouche muette,

Je ne pouvais penser qu’à toi,

Qu’as-tu fait – loin de moi, tu fuis, et ton sourire

Vers moi se tourne encor, adorable et moqueur,

Tu sais ce que toujours, tout-puissant, il m’inspire,

Tu l’adresses, hélas ! il me paraît me dire :

Je te quitte de gaîté de coeur !

Tu me railles, méchante, ah ! de ta moquerie,

Si tu voyais combien l’aiguillon me fait mal,

Ce qu’à l’âme, il me met de douleur, de furie !

D’amour ! tu cesserais ta vile fourberie !..

Mais non ! – cela t’est bien égal !

C’est trop te demander – pars, fuis où bon te semble ;

Ailleurs, va-t’en verser la joie et le plaisir ;

Cherche un autre amant ; Dieu fasse qu’il me ressemble !..

Nous pouvions dans l’amour vivre longtemps ensemble..

Seul, dans l’ennui, je vais mourir !

Jules VERNE (1828-1905).

*****************************************************

 

9 mai, 2018

Amédée JASMIN : Au poète

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:10

Que m’importe aujourd’hui qu’on me haïsse ou m’aime ?

Mon cœur se trouve à bout ;

Pour m’avoir trop de fois étreint, la douleur même

N’étonne plus mon goût.

J’ai fait en vain le tour de toutes les sagesses,

Et de tous les plaisirs ;

Les livres m’ont déçu, je suis las des caresses,

Et je voudrais mourir.

CHARLES GUÉRIN.

*****

Oh ! ne blasphème pas, poète à l’art divin,

Contre les saints accords de ta lyre sublime.

Tu chantes pour le siècle où l’homme au rôle vain,

Sans toi, serait plus bas descendu dans l’abîme.

Et tu chantes pour nous, les poètes infimes,

Qui marchons sur tes pas dans l’idéal chemin,

En nous montrant du doigt les sidérales cimes

Où ta Muse converse en sa langue d’or fin.

Si les hommes souvent, en leur abandon lâche,

Rendent vive la plaie où saigne notre cœur,

Il restera toujours pour aider à la tâche

Quelque Cyrénéen, compagnon de douleur.

Poète, honore-toi des crachats â ta face,

Car, pour demain, la gloire, en l’ombre, les efface.

Amédée JASMIN (1881-1973), canadien.

*****************************************************

 

7 mai, 2018

Jules VERNE : Lorsque la douce nuit..

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:09

Lorsque la douce nuit, comme une douce amante,

S’avance pas à pas, à la chute du jour,

S’avance dans le ciel, tendre, timide et lente,

Toute heureuse d’un fol amour ;

Lorsque les feux muets sortent du ciel propice,

Pointillent dans la nuit, discrets, étincelants,

Eparpillent au loin leurs gerbes d’artifices,

Dans les espaces purs et blancs ;

Quand le ciel amoureux au sein des rideaux sombres,

Tout chaud de ce soleil qui vient de l’embraser,

A la terre, pour lui pleine d’amour et d’ombres,

S’unit dans un brûlant baiser ;

Quand se réfléchissant comme en un lac limpide,

L’étoile de l’azur, sur le sol transparent,

Allume au sein de l’herbe une étoile timide,

Cette étoile du ver luisant ;

Quand aux brises du soir, la feuille frémissante,

A ce tendre contact a refermé son sein,

Et garde en s’endormant la fraîcheur odorante

Qui doit parfumer le matin ;

Quand sur le sombre azur, comme un triste fantôme,

Le cyprès de ce champ où finit la douleur,

Est là, plus triste et froid qu’un mystérieux psaume

Qui tombe sur un ton mineur ;

Lorsque courbant sa tête à des plaintes secrètes,

L’if, comme de grands bras agite ses rameaux,

Et tout mélancolique, en paroles muettes,

Cause bas avec les tombeaux ;

Quand au berceau de Dieu, sur la branche endormante,

L’oiseau paisible, heureux a trouvé le sommeil,

Quand le fil de la Vierge a regagné sa tente

En attendant quelque soleil ;

Quand la croix déployant dans sa forme incertaine,

Sur le chemin du ciel ses deux bras de douleurs,

Dans la nuit qui l’entoure en son humide haleine

Est ruisselante de pleurs ;

Quand toute la nature, et l’étoile de la pierre,

Et l’arbre du chemin, la croix du carrefour,

Se sont tous revêtus de l’ombre, du mystère,

Après les fatigues du jour ;

Quand tout nous parle au coeur, quand la tremblante femme,

A plus de volupté que le soleil le jour,

Oh ! viens, je te dirai tout ce que j’ai dans l’âme,

Tout ce que j’ai de tendre amour.

Jules VERNE (1828-1905).

*****************************************************

 

6 mai, 2018

Raïssa MARITAIN : Douceur du monde

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:47

Douceur du monde ! Jusqu’où monte et descend en mon coeur ta musique ! Ta magie se donne pour l’Éternité, tu me séduis.

Une heure au coeur de ta beauté, une heure terrestre et réelle, – béatitude sans souvenir, présent sans avenir, dans ton amour impersonnel.

Prestiges du printemps, jardin persistant des délices, – le ciel est limpide et lavé, une lumière tendre paraît descendre du Paradis.

Branches fleuries des acacias, des orangers, des rosiers, des lilas, – générosité végétale, fécondité miraculeuse du bois.

- Contemple le Bois de l’Arbre de la Croix portant sa Fleur et son Fruit éternel !

Plus que l’arbre le coeur est fécond, il mûrit son fruit dans le silence ; grappe sanglante promise au pressoir.

Vaisseau fragile et charnel, univers secret et ouvert, sur lui déferle la douceur du monde.

Ô suavité, plénitude, joie ! Quels mots, quels cris sauraient vous dire ?

Vous ne parlez que par les secrets battements de ce coeur que les anges de la musique peuvent seuls déchiffrer et redire.

Mon zèle a parcouru la terre et le ciel, j’ai cru tout posséder en ces instants éternels.

Instants bienheureux, heure privilégiée qui a tenu en soi rassemblé tout l’amour épars dans le monde.

Heure trop parfaite dont les dieux sont jaloux. Heure dont Dieu est Peut-être jaloux, et qu’il faut lui rendre en tremblant – tout entière.

- Aujourd’hui si tu entends sa voix n’endurcis pas ton oreille.

Allons, c’est ici le degré de l’épreuve

L’échelle de Jacob s’appuie sur notre coeur

Allons, il faut quitter pour Dieu la beauté même

Il contient dans sa main l’univers étoilé

Allons. Rassemblons notre coeur oublieux qui a voulu quitter le souvenir de Dieu et vivre une heure seul parmi les créatures.

Allons pleurer devant Celui qui nous a faits, de qui descend tout don parfait, – l’humilité et la douceur, les larmes pures.

Allons comme un troupeau rassembler nos délices sur le chemin sanglant où il porte la Croix

Où il s’est engagé le premier, humble Isaac, chargé du bois du sacrifice.

Jésus veut notre mort pour nous donner la vie, acceptons de trembler au jardin des Olives.

Il nous fera goûter la joie aux sources vives. Allons et mourons avec lui.

Raïssa MARITAIN (1883-1960).

*****************************************************

 

5 mai, 2018

Pierre de CROIX : Comme le jour depend du soleil qui l’enflame

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:30

Comme le jour depend du soleil qui l’enflame,

Les fleuves de la mer, de son tige la fleur,

L’intellect de l’esprit, du baume son odeur,

L’humidité de l’eau, la chaleur de la flame ;

Ainsi de l’estre humain, la non mortelle trame

Depend, et beaucoup mieux du grand Tout son autheur,

Il est de nos esprits l’esprit et le moteur,

Vie de nostre vie, et ame de nostre ame.

Mais de mesme que l’oeil espars en mille endroits

Voit tant et tant d’objects, et ne voit toutesfois

La lumiere par qui seule il voit toute chose

L’oeil de l’esprit ouvert à toute variété

Se rend, las ! plus qu’aveugle à la divinité

Bien qu’il voy’ tout par elle, et qu’en soy l’ait enclose.

Pierre de CROIX (1539-1614).

*****************************************************

 

123

Ilona, Mahée et Mila. |
Amour, Beauté, Paroles, Mots. |
Les Ailes du Temps |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose