19 janvier, 2018

Jules RÉTHORET : Hiver

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:08

(À Mathilde R..).

VOIS les hirondelles frileuses,

Redoutant les tristes frimas,

Hier ont quitté nos climats

Pour des rives plus généreuses.

Enfant, c’est qu’aux derniers beaux jours

Va succéder l’hiver morose,

Effeuillant la dernière rose

Si chère aux tardives amours !

Hélas ! la plaine est nue et sombre ;

Le feu du pâtre brille au loin ;

Pour aimer, le cœur a besoin

De flammes vives et sans nombre.

Aux pâles rayons du soleil

Substituons force flambées.

Et narguons les neiges tombées,

Blottis sous l’âtre au feu vermeil.

Laissons les champs aux songeurs graves :

Ils sont sans fleurs et sans gaîté ;

Car les oiseaux, comme en été,

N’y chantent plus leurs chants suaves.

Hélas ! les bois sont sans parfum,

Les vallons déserts sans verdure.

Fuyons le vent et la froidure

À l’âpre et dur souffle importun.

Il est temps, vois-tu, ma chérie,

D’abandonner les noirs sentiers

Où jadis, sous les noisetiers,

Nous contemplions la prairie.

Les cigales chantaient gaîment

Au bord des bois, au sein des herbes,

Et les fleurs vives et superbes

S’effeuillaient sous ton pied charmant.

Le souffle parfumé des brises

Rafraîchissait nos fronts joyeux,

Et tous les matins, à nos yeux,

Se présentaient mille surprises.

Maintenant, au logis bien clos,

Loin des plaines ensoleillées,

Sachons dans les douces veillées

Trouver la joie et le repos.

Là, Je soir, près du feu qui brille,

Nos deux enfants tout près de nous,

Leur livre ouvert sur nos genoux,

Goûtons la paix de la famille.

Au lieu des fleurs et des oiseaux

Qui bercèrent notre caprice,

Alors, – ô Gaston, ô Maurice, –

Nous aurons vos fronts purs et beaux.

Doux êtres aux bouches rieuses,

Pour astres aux divins rayons

Le bon Dieu veut que nous ayons

Vos yeux aux clartés radieuses.

Vous êtes les oiseaux bénis

Dont la voix vibrante à toute heure,

Remplit si bien notre demeure

De chants aux charmes infinis.

Près de vous, près de votre mère,

Heureux je passerai l’hiver,

L’âme tranquille et le cœur fier,

Sans craindre la saison amère.

Et quand, sur ma strophe penché,

Le soir j’entendrai votre rire,

L’amour fera vibrer ma lyre

Devant le poème ébauché.

Vos voix seront le doux murmure

Cher au poète, ce penseur

Qui de la nuit hait l’épaisseur

Et cherche l’aube fraîche et pure.

– Ô tendre épouse, ô fils charmants,

Du logis fermons bien la porte :

La bise prend la feuille morte

Et l’entraîne aux gouffres béants !

Regardez, là-bas, dans les plaines,

La neige vole en tourbillons !

Adieu les champs aux frais sillons

Où l’été volent les phalènes !

Jules RÉTHORET (18..-19..).

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18 janvier, 2018

Léon GAUTIER : L’Immaculée Conception

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:27

Chaque fois que l’Église au monde fait entendre

Les éclats de sa grande et formidable voix,

Des aboyeurs sont là, qui partout vont l’attendre

Et l’insultent à chaque fois !

Ainsi quand cette Église à Saint-Pierre assemblée

Proclama d’une voix Marie immaculée,

Voix qui lit tressaillir l’univers tout entier,

Certaines gens alors noircirent le papier ;

Alors contre la Vierge ils vomirent l’injure :

Quoi ! l’Église décrète (et sans les consulter),

Que la Vierge naquit et vécut sans souillure !

C’est un affront pour eux que la Vierge soit pure !

À ce dogme d’amour il leur faut insulter !

Ainsi voilà de quoi l’incrédule s’indigne ;

Il faut à cette Vierge une tache, il le faut ;

Il veut à toute force à cette œuvre un défaut

Et des taches de boue à la blancheur du cygne.

Plus ce dogme est aimé, plus sa fureur s’accroît :

Puisque je suis flétri, souillé dès ma naissance,

Tout doit l’être, dit-il, je réclame ce droit ;

Puisque je suis impur, il n’est pas d’innocence,

Puisque je suis maudit, il faut que tout le soit.

C’est ainsi qu’au milieu d’une impure assemblée

De femmes sans pudeur et d’hommes dissolus,

Si quelque ange au front pur, comme l’on n’en voit plus,

Quelque vierge chrétienne est par hasard tombée,

Tous ces êtres flétris ne peuvent soutenir

De leurs yeux de hibou cette pure lumière.

L’envie avec la haine, et le dur souvenir

De leur vertu passée échauffent leur colère.

L’aspect de cette enfant, qui pourtant leur sourit,

Est pour eux un reproche horrible, qui les tue ;

Sa complète innocence irrite leur esprit,

Et sa virginité leur tourmente la vue.

Autour d’eux ils voudraient voir tout flétri par eux ;

Que rien enfin ne fût sans tache, et que cet ange,

Tombant de son beau ciel à leur niveau honteux,

Fût comme eux tout couvert de fange !

Léon GAUTIER (1832-1897).

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17 janvier, 2018

Léon GONTIER : Les premières neiges

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:59

(Qui donne aux pauvres, prête à Dieu).

I.

Nos toits sont couronnés de neige,

L’autan mugit, – le ciel est bleu !

Pendant que la tempête assiège

Le pauvre que rien ne protège,

Enfants, gardez le coin du feu !

Voici la saison des alarmés,

Voici l’heure du désespoir !

Combien, parmi nous, chaque soir,

Attendent, en versant des larmes,

Un vêtement et du pain noir !

C’est le sombre hiver qui remplace

L’automne à qui tout dit adieu ;

Puisque sa voix hurle et menace,

Au foyer, enfants, faites place

Aux petits oiseaux du bon Dieu.

Hélas ! leur couchette est bien dure,

Le grain de mil n’est plus aux champs !

Aussi, voyez ! plus rien des chants

Qui nous charmaient sous la verdure,

Plus rien ! que les chasseurs méchants !

Ô vous, qui vivez dans l’orgie,

Oubliez-vous donc que souvent

Un pauvre enfant s’en va, pleurant,

Tendre une main, de froid rougie,

Pour son vieux père, hélas ! mourant ?

Ne savez-vous pas que, dans l’ombre,

Un homme que la faim poursuit,

Arme son bras, et va, la nuit,

Le cœur en feu, le regard sombre,

Frapper le voyageur qui fuit ?

II.

Ah ! bien heureux celui qui donne.

Celui qui donne à pleine main,

Au pauvre que tout abandonne,

Et qui n’a pas de lendemain.

Enfants, demandez à vos mères,

En souriant, demandez-leur,

Un vêtement pour le malheur,

Un petit sou pour nos misères.

Demandez pour l’humble orphelin,

Demandez pour celui qui pleure,

Pour la famille sans demeure,

Pour le vieillard à son déclin.

Les pauvres sont deux fois nos frères !

Enfants, ne les oubliez pas,

Et puis souvent portez vos pas

Et vos bienfaits vers leurs chaumières.

Celui qui voit tout, le verra,

Allez, anges à têtes blondes,

Secourir des douleurs profondes,

Et le Seigneur vous le rendra !

Léon GONTIER (XIXe siècle).

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16 janvier, 2018

Stéphen LIÉGEARD : Autour d’un berceau

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:06

En ce jour où Jésus a dit à l’homme : « Espère ! »

Voici que vient, joyeux, leur sourire un enfant,

Et, dans l’alcôve tiède, auprès du lit, le père

Sur le frêle berceau se penche triomphant.

Combien il a tardé ce fils de leur tendresse !

Qu’il fut lent à fleurir le vert rameau d’hymen !

Tous deux ils l’ont connu, rêvant la même ivresse,

Ce supplice sans nom de l’éternel demain.

Car ils s’aimaient tous deux, et d’une ardeur profonde…

Que font les mois, les ans, si l’amour est vainqueur ?

C’est sur un dur granit que le bonheur se fonde :

De la fleur du désir sort mieux le fruit du cœur.

Et l’époux dont l’orgueil va de la mère à l’ange

Égrène, perle à perle, en le berçant, des vœux :

– « Sois, comme elle, dit-il, la grâce sans mélange,

Cueille un lis à son teint, prends l’or à ses cheveux ;

« Que ta bouche ait l’éclat de sa lèvre vermeille,

Qu’en toi son charme pur renaisse aussi fêté,

Et que, dans la fossette où maint lutin sommeille,

L’écho de son beau rire éveille la gaîté ! »

Elle alors se soulève ; et sa voix faible et tendre

Paraît un chant lointain que l’aube a soupiré :

– « Ressemble-lui plutôt… Oui, si tu veux m’entendre,

Prends la flamme, cher fils, à son œil inspiré.

« Que, pareil à son front, le tien un jour s’éclaire ;

Marche, d’un pied superbe, à côté des élus ;

Choisis pour but l’honneur, le laurier pour salaire :

Au ciel de ton pays mets un astre de plus ! »

Soudain dans les rideaux, sur l’oreiller, près d’elle,

Léger comme un frisson, doux comme le baiser,

Glisse à travers la soie un bruissement d’aile…

Ainsi du papillon quand il va se poser.

C’est le bleu messager, le Chérubin qui passe,

Il porte aux nouveau-nés leurs présents de Noël ;

Les souhaits des époux l’ont rejoint dans l’espace,

Il veut toucher l’enfant de son doigt immortel :

– « Des vœux que vous formez, père aimant, noble femme,

Un seul, murmure-t-il, vers Dieu n’est point monté ;

Moi, je l’ajoute en dot aux trésors de son âme :

Qu’il ait le joyau rare entre tous, la bonté ! »

Stéphen LIÉGEARD (1830-1925).

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15 janvier, 2018

A. BOISSON : Enfantine

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:05

À m’amuser, dans mon loisir,

J’ai du plaisir ;

Mais, le travail me plaît bien mieux,

Quand on travaille, on est heureux.

J’aime ma balle, mon cerceau,

Et mon drapeau,

Mais, j’aime mieux mon alphabet.

Quand on sait lire, oh ! c’est parfait !

Sur mon ardoise, quand j’écris,

Oh ! je jouis ;

Mais, bientôt j’aurai des cahiers.

Comme les autres écoliers.

De savoir compter jusqu’à cent

Je suis content ;

Pour compter jusqu’à un million

Je travaille avec passion.

Maman dit qu’un Dieu éternel

Est dans le ciel,

Et déjà je sais le nommer,

Aussi toujours je veux l’aimer.

A. BOISSON (18..-19..).

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14 janvier, 2018

Mme E. BRAUN-LAROCHE : L’edelweiss

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:11

Étoile immaculée, enfant des altitudes,

Nous venant, semble-t-il, directement des Cieux,

Éclose loin du bruit, au sein des solitudes,

Près des neiges sans fin, des glaciers dangereux,

Rien ne souille jamais ta corolle si pure,

Ni l’intense brouillard, ni le vent destructeur,

Tu sais garder toujours ta candide parure,

Étalant tes attraits pour ton seul Créateur.

Et le souffle béni qui t’anime en ce monde.

Dès ici te confère une immortalité ;

On t’arracherait même au sol qui te féconde

Que tu conserverais ta blancheur, ta beauté.

Que n’ai-je pu garder comme toi, fleur que j’aime,

Ce doux rayonnement, cet air pur, enchanteur ;

Hélas ! tu ne peux plus devenir mon emblème,

Mais je puis t’admirer, c’est encor du bonheur.

Mme E. BRAUN-LAROCHE (XIXe siècle).

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13 janvier, 2018

ESCAICH : La femme

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 3:57

La femme, Dieu la fit forte de sa faiblesse ;

Rien ne peut altérer sa douce piété ;

À tout être souffrant son amour s’intéresse,

C’est l’ange dont le ciel dota l’humanité.

C’est elle qui toujours guide notre jeunesse,

Ouvre à nos cœurs l’espoir quand vient l’adversité ;

L’homme jouirait-il d’une heureuse vieillesse

Si la femme n’avait ni foi ni charité ?

Âme forte et cœur faible, aimable autant que bonne,

Hommes, bénissons-la des joies qu’elle nous donne ;

Elle est de nos foyers l’appui consolateur.

S’il lui faut des chevets où languit la douleur,

S’il lui faut des plaisirs et la douceur de plaire,

C’est qu’elle n’est qu’amour… voilà tout le mystère !

ESCAICH (XIXe siècle).

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12 janvier, 2018

Charles DEVERT : Noël !

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:36

Noël ! chantons l’enfant qui naît dans une étable ;

Célébrons Jéhovah qui nous donne un Sauveur,

Des célestes décrets l’ordre est invariable ;

Esclaves affranchis, rendez grâce au Seigneur.

Noël ! voici le temps de la loi véritable ;

La terre a tressailli de joie et de bonheur.

Peuples ! c’est là le Christ, et son bras redoutable

Doit combattre pour vous et terrasser l’erreur !

Noël ! des saints parvis mondez les portiques,

Ô filles de Sion ! que vos pieux cantiques

Montent avec l’encens aux pieds de l’Éternel.

Noël ! béni soit Dieu dans le séjour des anges !

Au divin Rédempteur amour, gloire et louanges !

Jésus ! à ton berceau, nous répétons : Noël !

Charles Simon Frédéric DEVERT (XIXe siècle).

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11 janvier, 2018

Victor DUQUESNOY : Les « Fleuris-Noël »

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:39

Fleurs de Noël, fleurs nostalgiques,

Amantes des avents frileux,

L’an qui meurt sourit, oublieux,

À vos corolles anémiques.

Pâles, sous les ciels nébuleux,

Neiges pieuses des tropiques,

Sur les amours mélancoliques,

Semez-vous la fleur des adieux ?

Ou bien, symboles d’innocence,

Venez-vous, fêtant la naissance

Du Dieu martyr et triomphant,

Au penchant doux de la colline,

Ourler votre manteau d’hermine

Sous les pas de Jésus enfant ?

Victor DUQUESNOY (XIXe siècle).

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10 janvier, 2018

René Guy CADOU : Noël

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:14

Et maintenant que toute action de la Justice est éteinte

Achève ta truite ! va ! mène à bien ton péché

Ignoble au bonnet d’aubergiste

En ce soir de Nativité !

Mais vous bergers

Je vous donne rendez-vous sur le plus ancien mail

Dans la plus vieille mégisserie du monde

Oh ! quelle odeur ont cette nuit

Les lys tourmentés de la neige

À travers bois

À travers des couloirs trop longs

Des lits détruits

Voici que s’en vient un cortège

De rois et de gens ennemis

Qui sans lampions sceptres ni cierges

À la clarté de leur esprit

S’accordent à trouver au Fils

Même sourire qu’à la Vierge.

René Guy CADOU (1920-1951).

 

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