18 novembre, 2017

Georges CASTEL : La douleur

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:45

Si Dieu nous avait dit, dans sa toute-puissance :

« Vous aurez à jamais l’immortelle beauté,

« Vous ne fanerez pas votre fleur d’innocence,

« Vos amours dureront toute une éternité,

« Vous aurez, ici-bas, toute chose éternelle,

« Vous vivrez dans la paix, sans haine et sans combats,

« Étant nés sans péché, vous ne souffrirez pas

« Et vous n’expierez pas de faute originelle ! »

Ô mon Dieu, ce bonheur eût été trop parfait,

N’ayant pas à souffrir, nous aimerions sans charme.

Nous sommes trop heureux de verser une larme

Et vous avez bien fait ce que vous avez fait !

Georges CASTEL (XIXe siècle).

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17 novembre, 2017

Élisabeth-Sophie GALLOT : Notre passage

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:57

La terre qui se meut en un espace immense

S’incline sur son axe, en parcourant les cieux ;

Sa course sans arrêt s’accomplit en silence,

Sous l’ombre de la nuit, sous le jour radieux.

Le Dieu qui la créa l’a lancée et la guide,

Le sol tournoie et fuit en soutenant nos pas ;

Nous voguons dans les airs, suspendus sur le vide,

Et souvent nous n’y pensons pas.

Mais les feux du couchant, les lueurs de l’aurore

Nous rappellent parfois le vaste mouvement

Offrant notre hémisphère au soleil qui le dore,

Puis aux astres, brillant la nuit au firmament.

Alors, dans le matin réveillant la nature

Et dans l’heure où s’étend la grande ombre du soir,

De la vie, ici-bas, nous voyons la figure,

Sa brièveté, son espoir.

Les saisons à nos cœurs offrent une autre image ;

Quelle grave éloquence en leur rapide vol !

Le printemps plein de fleurs, c’est bien notre jeune âge ;

La force de nos ans, l’été dorant le sol.

L’automne qui jaunit et fait tomber la feuille,

Ah ! c’est notre âge mûr, le déclin de nos jours ;

L’hiver est la saison où l’âme se recueille,

En allant vers Dieu pour toujours…

Élisabeth-Sophie GALLOT (1826-18..).

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16 novembre, 2017

Abbé Jean BARTHÈS : Madeleine

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:09

Ce soir, j’ai dû cacher mes larmes devant elle.

Elle ne verra pas la première hirondelle.

Très douce, elle s’en va lentement à la mort.

Sa poitrine halète, un cercle mauve mord

Ses grands yeux de phtisique agrandis par la fièvre,

Et l’air de ses poumons en feu brûle sa lèvre.

C’est fini. Près des champs où, durant la moisson

Dernière, elle a jeté l’éclat de sa chanson

Et, de l’aube au soleil tombant, lié les gerbes,

Nous viendrons la coucher tristement sous les herbes.

Le travail l’a tuée. À seize ans elle allait,

Frêle encor, sous le ciel embrasé de juillet,

Peiner dans un labeur trop rude pour son âge ;

L’averse la surprit un jour, le corps en nage,

Et, quand elle rentra mouillée et les pieds nus,

Elle sentit aux os des frissons inconnus ;

Et depuis elle traîne, hélas ! et goutte à goutte

L’urne de sa jeunesse en fleur s’épuise toute.

Trop faible pour sortir, quoique l’hiver soit doux,

Elle suit le soleil tiède d’un œil jaloux

Et reste au coin du feu. Dans sa pauvre chaumière,

Où pénètre l’odeur acre d’une litière,

Car l’étable est auprès, tout manquait. Mais ici

On a bon cœur. Plus rien ne manque. On prie aussi

Pour que Dieu la conserve, et nuit et jour un cierge,

Moins pâle qu’elle, brûle à l’autel de la Vierge.

Mais Dieu ne voudra pas laisser l’ange en exil.

Ô pauvre Madeleine ! avant les fleurs d’avril

Ton âme blanche aura déployé sa jeune aile,

Et tu ne verras pas la première hirondelle.

Abbé Jean BARTHÈS (18..-19..).

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15 novembre, 2017

Jules BASTIN : Soir, mort

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:40

Le jour meurt, le soir vient, les parfums agonisent,

Le grand hymne d’espoir du tout dernier moment

Chante. De cierges blancs les espaces s’irisent

Et voilà la chapelle ardente, immensément.

Les champs sont morts, la vie est lasse, et la souffrance

Après un long sanglot, en espérant, s’endort ;

Le rêve règne ainsi qu’un roi de délivrance :

C’est l’illusion douce et l’extase, la mort.

Le voile mortuaire est drapé sur le monde,

L’âme en fleur se dégage en songes irréels,

Et la lune, qui veille en cette paix profonde,

A les douces clartés des jardins éternels.

C’est la chapelle ardente et ses lueurs de cierges,

Les hymnes reposants qu’on dit pour les défunts,

Le requiem du prêtre et le chant pur des vierges,

Et l’âme qui s’en va sur l’aile des parfums.

Jules BASTIN (XIXe siècle).

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14 novembre, 2017

Paul BLANCHEMAIN : Sur l’abîme

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:10

Au bord de l’Océan immense, en la nuit morne,

L’œil indéfiniment scrute, plonge et se perd,

L’insondable néant semble s’être entr’ouvert

Tant s’étendent profonds les abîmes sans borne.

Le vertige saisit au long bruit de la mer

Quand la lune s’éteint sur la Rune qu’elle orne,

Mais le phare a brillé sur le cap, noire corne,

Il montre au matelot l’abri dans un éclair !

Et vous, flots de la vie où l’âme s’exténue

Dans le rêve et la lutte, où cachez-vous le port ?

Une lueur jaillit, phare à travers la nue.

Rayon tombé de Dieu vers qui tend notre effort,

Fais luire à nos regards la patrie inconnue,

Quand montent la tempête et la nuit de la mort.

Paul BLANCHEMAIN (18..-19..).

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13 novembre, 2017

Dominique CAILLÉ : L’écriture du mort

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:01

(À ma Mère).

Le cher enfant mourut et fut mis dans la bière.

Après l’avoir conduit dans le vieux cimetière,

Nous rentrâmes chez nous des larmes dans les yeux.

Son petit lit était vide : une odeur de cierge

Et d’encens s’exhalait de ses rideaux de serge

Que naguère au matin il entrouvrait joyeux.

Les livres, les joujoux de cet ange éphémère

Étaient encore épars dans sa chambre ; et sa mère

Les recueillait, trésor léger, mais précieux !

Tout à coup on la vit, prise d’un trouble extrême,

Lire dans un cahier à la marge d’un thème,

Ces mots qu’on aurait dit écrits par lui des cieux :

« Ma petite maman, de tout mon cœur je t’aime. »

Dominique CAILLÉ (XIXe siècle).

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12 novembre, 2017

Amédée AMORIC : Stances de mer

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:03

Après les baisers,

Haubans pavoisés,

S’enfuit la Mireille.

À quand le retour ?

Sait-on bien le jour ?

Té ! adieu, Marseille.

Rentrez le mouchoir !

Mes amis, bonsoir !

Au loin tout s’efface.

Poignantes douleurs,

Les mères, en pleurs.

Se voilent la face.

« Allons, mes enfants,

Nous aurons beau temps,

Les vents sont honnêtes.

Grand largue partout !

Lâchez jusqu’au bout !

Largue les bonnettes ! »

Au bruit sourd des flots.

Tous les matelots

Mêlent, en cadence,

Leurs rudes accents,

Perçants ou puissants :

C’est la contredanse.

« Ohé ! moussaillon,

Jeune rimaillon,

Pousse-nous-en une !

Vas-y sans retard ;

Nous ferons ton quart

Ce soir, dans la hune, »

Trimant, flic et fioc,

En filant le loch.

Je vois les étoiles,

Trimant, flic et floc,

En filant le loch,

Qui brillent sans voiles.

Leurs regards joyeux,

Descendant des cieux,

Caressent nos âmes.

Ne dirait-on pas,

Cachant leurs appas,

Que ce sont des femmes ?

Trimant, flic et floc,

En suivant le loch,

J’entends la sirène.

Trimant, flic et floc.

En filant le loch,

Serait-ce ma reine ?

« Laisse ton corps las

Dormir dans mes bras.

Donne-moi ta bouche,

Et nous rêverons,

La joie à nos fronts,

La nuit, sur ma couche ! »

Trimant, flic et floc,

En suivant le loch,

Ce sont des mirages.

Trimant, flic et floc,

En filant le loch,

Craignons les orages !

« Les vents ont changé ;

L’avant a plongé ;

Mais la toile est sûre,

– Fermez les hublots !

Et que tout soit clos. –

À bâbord, amure !

» Bah ! ce n’est qu’un grain,

Mais il va bon train ;

La houle commence.

Pare aux violons !

Ne soyez pas longs !

– En place ! la danse !

» Ohé ! tribordais,

Et vous, bâbordais,

La voilure, cargue !

Serrez les agrès !…

Nous sommes parés.

La tempête, nargue ! »

Sur le flot trompeur

Ils n’ont jamais peur,

Car, pour sauvegarde,

Ils ont… La voilà

Dans le ciel. C’est la

Dame de la Garde.

Mon cœur est ainsi ;

Il n’a nul souci :

N’a-t-il pas sa dame !

Cet ange gardien,

Tu le connais bien,

N’est-ce pas, mon Âme ?

Amédée AMORIC (XIXe siècle).

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11 novembre, 2017

Mlle LAFAIX : L’automne

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:42

Un vent qui vient du Nord soudain s’est fait entendre ;

Sous ce souffle de mort la terre a palpité,

Les oiseaux ont redit un chant plaintif et tendre,

Un hymne lent et doux, un regret à l’été,

Un adieu plein de pleurs aux beaux jours de la France,

Et puis, vers d’autres cieux, tous, ils ont pris leur vol.

Les bois, les champs alors ont souffert en silence,

Les feuilles ont jauni, puis ont jonché le sol.

Chaque an, la terre semble effeuiller sa parure,

Comme fait une femme après la fin du bal ;

Et ces débris charmants, larmes de la nature,

Ornent encor les prés, la montagne et le val.

Le soleil, à nos yeux, comme un triste sourire,

Lance encor par moments ses doux rayons dans l’air :

C’est un mot d’espérance à l’âme qui soupire.

Voici l’automne, amie, et puis bientôt l’hiver !

Quelques filets d’argent, sorte de feuilles mortes,

Sur nos têtes déjà, se mêlent aux fils noirs ;

Un vent lugubre et froid parfois siffle à nos portes,

Du printemps, de l’été nous avons vu les soirs :

Le soleil de l’amour nous les a faits splendides !

Voici l’automne, amie, et puis bientôt l’hiver !…

Passereaux, nous aussi, de doux printemps avides,

Bientôt nous songerons à notre vol dans l’air.

Les oiseaux ici-bas pour faire le voyage

Se rassemblent en groupe, et seul, l’homme s’en va.

De grâce, nous du moins, pour le triste passage,

Amie, attendons-nous ! Que Dieu qui nous sauva,

Au nom de notre amour pur, intense et fidèle,

Nous permette de fuir en nous donnant la main !

Avec quel saint bonheur nous irions sous son aile,

Jouir auprès de Lui, de son printemps sans fin !

Mlle LAFAIX (XIXe siècle).

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10 novembre, 2017

Augustin ANGLÈS : Adieux au drapeau des chasseurs alpins

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:56

(À M. le général Verrier).

Nous l’avons vu passer, ce Drapeau glorieux

Qui montrait dans ses plis ses honneurs et sa gloire

Nous l’avons salué : tous fiers, et tous joyeux !

Et des pleurs ont voilé, quelques instants, nos yeux :

Il nous a fait penser à la grande Victoire !

Nous montrant, à la fois, le passé, l’avenir :

Auprès des noms fameux, endormis dans sa frange,

Nous avons vu les noms qui viendront s’endormir,

À leur tour, dans ses flancs, où plus d’un souvenir

Brille, comme l’amour sur les ailes d’un Ange !

Nous l’avons vu passer, le Drapeau du Chasseur !

Le clairon le chantait dans sa note vibrante ;

Le sabre s’inclinait – le sabre défenseur !

Chacun aurait voulu pouvoir pendre son cœur

À sa Cravate Rouge, à sa Croix Triomphante !

Salut ! Noble Étendard, qui verras, quelque jour,

Répandre notre sang… – au jour de l’espérance !…

Salut ! Ange Gardien ; emporte notre amour !…

Nous nous retrouverons dans les champs de Strasbourg,

Quand, au ciel, sonnera le réveil de la France !

Augustin ANGLÈS (18..-19..).

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9 novembre, 2017

Abbé E. ARISON : Le sommeil de bébé

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:27

Depuis l’aube du jour, comme un petit lutin,

Il a couru là-bas sur la pelouse verte,

Fier de vivre, et joyeux lorsque son doigt mutin

Trouvait pour l’effeuiller quelque rose entr’ouverte.

Maintenant il repose en son nid parfumé

Qu’entoure un long rideau de mousseline blanche,

Et sa mère qui veille auprès du bien-aimé

Pour le revoir encor discrètement se penche.

Dort-il ?… On le dirait… Non certe, il ne dort pas.

S’il demeure immobile et les paupières closes,

C’est pour mieux écouter son ange qui tout bas

Lui conte en souriant de merveilleuses choses.

Les choses que l’on voit là-haut dans le ciel bleu :

La lune au doux croissant, les nocturnes planètes,

Les chemins sablés d’or où, sur des chars de feu,

Volent les grands soleils et les pâles comètes !

Puis, aux lieux inconnus où l’espace prend fin,

Par-dessus le soleil, par-dessus les étoiles,

Ce divin paradis où l’ardent séraphin

Contemple Jéhovah sans ombres et sans voiles !

Voyez comme il sourit !… Il est heureux, Bébé,

Il est fier de parler avec l’ange son frère.

Du colloque divin qui le tient absorbé

Aucun bruit d’ici-bas ne pourrait le distraire.

Écoute bien ton ange, enfant ! et comme lui

Conserve ta candeur jusqu’à ta dernière heure !

Suis toujours le chemin qu’il te montre aujourd’hui

Si tu veux que le ciel soit aussi ta demeure !…

Il se fait tard !…. La nuit a remplacé le jour,

Sous son voile de deuil la nature sommeille,

Dix fois la vieille horloge a tinté dans sa tour :

Mère, il faut terminer votre amoureuse veille !

Vite, un dernier baiser, et puis endormez-vous

Sous l’œil de Dieu !… Qui sait ? peut-être qu’en échange

Quand il viendra s’asseoir demain sur vos genoux

Bébé vous contera ce qu’a dit son bon ange !

Abbé E. ARISON (XIXe siècle).

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