21 juillet, 2017

Léon de POUL AR FEUNTEUN : Une mère

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:29

Savez-vous ce qu’est une mère ?

Ange gardien de la maison,

Astre charmant dont la lumière

Est la même en toute saison.

Savez-vous ce qu’est une mère ?

Pour toujours votre âme est en deuil,

Votre vie est un cimetière

Si votre mère est au cercueil.

Savez-vous ce qu’est une mère ?

Femme ardente et douce à la fois.

Qui change tout ordre en prière,

Mettant tout le ciel dans sa voix.

Savez-vous ce qu’est une mère ?

Qui vous donne avec des baisers

Son lait, son pain, sa vie entière,

Tous ses amours inapaisés.

Savez-vous ce qu’est une mère ?

Charmeresse de vos douleurs,

Mystérieuse messagère

Ici-bas de tous vos bonheurs.

Savez-vous ce qu’est une mère ?

Trésor qu’on ne peut oublier,

Sourires, pleurs, amour, prière

Doux charme qui nous font plier !

Savez-vous ce qu’est une mère

Dont le sourire donne Dieu,

Comme une brise printaniére

Qui rafraîchit le sol en feu ?

Savez-vous ce qu’est une mère ?

Dans la majesté de ses pleurs,

Providence, reine, ouvrière :

Autant d’épines que de fleurs !

Savez-vous ce qu’est une mère

Dont la parole vous émeut ?

En vous la donnant, Dieu veut faire

Toujours pour vous ce qu’elle veut.

Savez-vous ce qu’est une mère ?

Avant-goût du divin bonheur,

Cœur d’or plus que millionnaire

De l’amour et de la douceur.

Savez-vous ce qu’est une mère ?

Avec son fils sur les genoux,

Ange, trésor, joie et chimère,

Qu’elle mange de baisers fous.

Savez-vous ce qu’est une mère ?

Comme près de son nid l’oiseau,

Quand elle contemple, si fière,

L’enfant qui dort dans son berceau.

Savez-vous ce qu’est une mère ?

Prés de sa fille tout en blanc,

Joie au front, pleurs à la paupière,

Communiant d’un cœur tremblant.

Savez-vous ce qu’est une mère ?

Quand son fils, semblant l’oublier,

Fait d’une épouse l’héritière

Des chères amours du foyer.

Savez-vous ce qu’est une mère ?

Silencieuse, dévorant

Dans son cœur sa douleur amère

Près du lit de son fils mourant.

Savez-vous ce qu’est une mère ?

Pâle, les yeux rougis, en noir,

Devant un marbre funéraire

À genoux dans son désespoir.

Savez-vous ce qu’est une mère ?

Quand les bien-aimés sont partis,

La laissant seule sur la terre,

Prenant pour eux le Paradis.

Savez-vous ce qu’est une mère ?

En extase aux derniers moments,

Les bras tendus vers la lumière,

En retrouvant ses bien-aimants.

Savez-vous ce qu’est une mère ?

Les anges au divin séjour

Ont peut-être plus de lumière :

Les anges n’ont pas plus d’amour.

Léon de POUL AR FEUNTEUN (18..-19..).

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19 juillet, 2017

Josèphe ÉRIAMEL : Vision

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:18

Chaque nuit je la vois à travers mon sommeil,

La triste vision ! Jamais elle ne change :

Un ange, mais non pas joyeux, rose et vermeil,

Comme les chérubins que peignit Michel-Ange.

Perdu dans l’infini, nul regard n’est pareil

À son regard profond ; et, du funèbre archange,

En mon cœur frissonnant, j’entends, même au réveil,

Le murmure plaintif, gémissement étrange…

Ses voiles transparents sont des crêpes de deuil ;

Il est anéanti, couché sur un cercueil,

Et ses traits amaigris expriment la souffrance…

Il croit pourtant, il croit en un monde meilleur ;

Car sa main se cramponne à l’ancre d’espérance :

Ce doux ange attristé se nomme la Douleur !…

Josèphe ÉRIAMEL (XIXe siècle).

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18 juillet, 2017

A. FINK aîné : Deux vieux

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:00

ASSIS près du feu qui flambe gaîment,

Tandis qu’au dehors souffle la tempête

Sur la cheminée appuyant sa tête,

Le vieux paysan songe tristement.

Devant un berceau l’aïeule répète

Un ancien refrain. Son regard aimant,

Où se lit parfois un vague tourment

Quittant l’enfant blond, sur l’homme s’arrête.

Et soudain des pleurs brillent dans ses yeux :

C’est qu’il est bien jeune ; eux ils sont bien vieux !

Pourtant pour l’aimer, il n’a qu’eux au monde.

Et l’aïeule tremble et souffre tout bas,

Ressentant au cœur l’angoisse profonde

D’abandonner seul l’enfant ici-bas.

A. FINK aîné (XIXe siècle).

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17 juillet, 2017

Fernand RICHARD : Rêve

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:43

(ALLÉGORIE)

DANS l’ombre de la nuit j’ai fait un rêve étrange ;

Devant moi s’étendait un univers serein

Où semblait resplendir le bleu regard d’un ange

À travers le linceul des pleurs du cœur humain.

Les rossignols étaient d’harmonieuses lyres

Qui chantaient dans le tiède et pâle floréal ;

Les fleurs étaient de purs et suaves sourires ;

La lumière versait l’éclat de l’idéal.

Les étoiles étaient des âmes rayonnantes

Et leur mélancolique et clair scintillement

Illuminait l’éther de clartés frissonnantes

En l’immense douceur du saint recueillement.

Et le fantôme blanc de mon âme brûlante

Errant dans le limpide et transparent séjour

Épandait par degrés sur la lueur tremblante

Le souffle virginal des effluves d’amour.

Et la flamme d’azur des célestes étoiles

S’argentait d’un rayon tendre et religieux

Qui semblait contenir sous de féeriques voiles

Le mystère profond de l’Infini des deux…

Parfois j’ai fait d’ardents et beaux songes de gloire :

Cherchant ma destinée en l’avenir lointain ;

Souvent j’ai vu briller le mirage illusoire

Dans l’auréole d’or du soleil du matin.

Mais ce n’est pas l’éclat des lauriers qui m’attire ;

Je n’ai point envié le sort éblouissant

De ceux dont la sublime et glorieuse lyre

Domine l’univers de son souffle puissant.

Non, cette âpre grandeur me donne le vertige,

J’ai l’esprit accablé de leur nom immortel,

Comme de l’imposant et superbe prodige

De ces sommets altiers qui regardent le ciel.

Mais ma pauvre âme a soif d’union infinie

Et je songe en un calme et bienfaisant émoi

Que des âmes, aux jours de paix ou d’agonie,

Pourront aimer, chanter et pleurer avec moi.

Et que mes espoirs fous et mes brûlantes larmes

Faisant naître en leurs yeux le sourire ou les pleurs,

Elles s’enivreront en de mystiques charmes

Des échos de leurs cris de joie et de douleurs.

Oui, mon rêve qui pleure a besoin de caresse

Et mon cœur débordant aspire à s’épancher ;

De mes blessures coule une immense tendresse

Comme la source en pleurs du sillon d’un rocher.

Oh ! verser l’Infini dans d’impuissantes vies !

Sentir des cœurs émus se pencher sur mon cœur !

Verser comme des lis sur les douleurs ravies

Des sourires d’amour d’ineffable douceur !

Mon rêve le plus pur est d’attendrir les âmes

Qui souffrent des tourments amers des passions

Et de donner aux cœurs immaculés de femmes

Le baiser idéal des consolations !…

Fernand RICHARD (18..-19..).

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15 juillet, 2017

Jean SILEX : Le rêve

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 6:06

Toi dont l’aile m’emporte au séjour enchanteur

Où la souffrance n’est qu’une folle chimère,

Toi qui sèches mes pleurs sous tes baisers de mère,

Je t’aime et te bénis, Rêve consolateur !

Par Dieu tu fus créé pour épancher dans l’âme,

Tous les secrets espoirs, toutes les voluptés,

Pour mettre sur les fronts les divines clartés

D’un horizon limpide et d’une exquise flamme.

L’enfant que la misère et les deuils ont vaincu,

L’enfant dont l’âme est morte avant d’avoir vécu,

Trouve l’oubli des maux dans tes douces étreintes…

Tu le prends dans tes bras, le berces tendrement,

Et l’emportes, grisé, vers ce bleu firmament

Où se calment bientôt ses peines et ses craintes.

Jean SILEX (XIXe siècle).

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14 juillet, 2017

Isaac COTTIN : L’église de campagne

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:18

(À Mlle Marie-Antoinette M..)

Un souvenir heureux est peut-être sur terre

Plus vrai que le bonheur.

Alfred de MUSSET.

***

Parmi les souvenirs que mon cœur poétise

Un des plus gracieux est celui de l’église

Où nous allions prier un instant chaque soir.

Dans un rêve souvent je crois encor la voir,

Avec le charme exquis, mélancolique et sombre

Que lui donnait la nuit en y jetant son ombre.

Vous en souvenez-vous ? Quel silence imposant !

Régnait dans le saint lieu ! Quel repos bienfaisant

Et quel calme profond bien fait pour la prière !

Tout était noir ; pourtant devant le sanctuaire,

Une maigre veilleuse, en brûlant lentement,

Au-dessus de l’autel projetait par moment

Une petite flamme indécise et tremblante

Dont la lueur était à peine suffisante,

Dans les instants très courts de sa plus grande ardeur,

Pour faire sautiller sur les murs blancs du chœur

D’un candélabre éteint l’ombre allongée et noire.

Ah ! dans un tel silence on est heureux de croire !

Et l’on plaint ceux qui n’ont foulé les lieux sacrés

Que pour en admirer quelques lambris dorés,

Le ciseau d’un sculpteur ou le pinceau d’un maître,

De n’avoir vu que l’art, et de ne pas connaître

Ce qu’on trouve de beau, de simple et de touchant,

Au temps du crépuscule et du soleil couchant,

Dans une église pauvre au milieu d’un village.

Du calme du tombeau c’est la vivante image,

C’est la source où l’on puise un repos sans rival,

Une extase muette, un silence idéal,

Où notre cœur se plaît, où notre âme est ravie ;

Un port où l’on s’abrite un instant dans la vie

Quand l’orage soulève avec trop de fureur

Les flots des passions sur la mer de l’erreur.

Asiles sans lambris, simplicité que j’aime !

Rustiques murs blanchis et nus, preuve suprême

Que votre hôte puissant a la bonté d’un Dieu !

Dut-on trouver partout étrange cet aveu,

Je vous préfère encore aux vastes cathédrales.

Car lorsque dans un temple aux voûtes colossales,

Je songe au Créateur, mon cœur qui le conçoit

Dans un palais brillant rend hommage à son roi ;

Tandis que, sous le toit d’une simple chapelle,

Dans une vision plus touchante et plus belle,

Devant la modestie aimable du saint lieu

Il le voit dans sa crèche et l’aime comme un Dieu.

Isaac COTTIN (1873-1898).

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13 juillet, 2017

Germain CUGUILLIÈRE : Le désir de l’orpheline

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:31

ÉLÉGIE

Qui me rendra tes doux baisers, ô mère ?

Reviens à moi ! n’entends-tu pas mes cris ?

J’appelle en vain ; ma peine est bien amère :

La mort ne rend jamais ceux qu’elle a pris !…

Sur ta tombe à genoux devant la croix de chêne,

Je me plais à venir te conter mon malheur ;

Car mon amour à ton âme m’enchaîne,

Et là ma foi s’avive à ma douleur.

Je me souviens toujours, soutien de ma jeunesse !

Ton visage est gravé dans mon cœur : je te vois !

À mes côtés il me semble sans cesse

Entendre encor mon nom prononcé par ta voix !

Souvent, mère, en ce monde, où tu fus passagère,

La mort fait oublier les serments les plus doux,

Et ta mémoire offusque l’étrangère

Qui te remplace, hélas ! près de ton cher époux.

Elle n’a pas ta bonté, ta tendresse ;

Jamais sa voix n’ordonne avec douceur ;

Et, jalouse, elle observe une rare caresse

De mon père volée à leur fille, à ma sœur.

Nul ne me plaint, nul ne sèche mes larmes ;

De l’amitié j’ignore les attraits ;

À chaque instant redoublent mes alarmes

Depuis ta mort je garde mes secrets.

Mon cœur soupire après ma délivrance :

Je n’ai plus rien mon bonheur s’est enfui !

Ô Dieu puissant, achevez ma souffrance !

Je veux ma mère, achevez mon ennui !

Anges du ciel, avec vous sous vos ailes

Que je m’envole et vers ma mère et Dieu ;

Faites-moi voir ces splendeurs éternelles

Dont elle me parlait dans son dernier adieu !

Dans un cœur de seize ans le dégoût de la vie !

Déjà désespérer d’un meilleur avenir !

Plaisirs, fortune, hymen, que la jeunesse envie !

Ne sont que de vains mots auprès du souvenir

D’une mère, et Louise évoque sa présence

Au foyer, son amour qui se manifestait

Par des soins délicats, par cette clairvoyance

De désirs aussitôt satisfaits. Ah ! c’était

Le bon temps ! Aujourd’hui, Louise est délaissée ;

Fort jeune elle connaît l’amertume des pleurs ;

Et, dans ses sentiments, la pauvre enfant blessée

Compare et voit la mort pour guérir ses douleurs !…

Qu’elle serait heureuse au ciel avec sa mère !…

Son père pour l’absente eut bien quelques regrets,

Mais bientôt fatigué de vivre solitaire,

Des soucis du ménage, il s’éprit des attraits

D’une femme coquette, à l’altier caractère,

Dure et dissimulée, il lui donna sa main.

La paix de l’orpheline, hélas ! fut éphémère,

Une fille naquit de ce second hymen.

La marâtre devint alors plus exigeante :

La jalousie accrut sa sourde hostilité.

Louise est de sa sœur la bonne et la servante

À tout faire, elle est douce, elle est sans volonté,

Car il vaut mieux se taire, obéir sans se plaindre :

Le malheur avant l’âge a mûri sa raison :

L’ascendant d’une épouse envieuse est à craindre

Quant l’époux veut garder l’ordre dans la maison

Et lui plaire en choyant la nouvelle venue.

Quelle mère n’a pas l’égoïsme du cœur

Pour cet être si frêle, à la grâce ingénue,

Qu’elle étreint dans ses bras et contemple avec heur ?

Une rivale aurait les baisers de son père !

Cherche à frustrer ses droits ! prétend la supplanter ?

Cette audace inouïe indigne la mégère,

Et Louise comprend qu’elle a tort… d’exister.

Aussi qu’elle a changé pour ceux qui l’ont connue

Fraîche comme une fleur et gente en sa gaîté !

Contrainte aux durs travaux et mal entretenue,

Elle use chaque jour sa chétive santé.

Une toux sèche et rauque ébranle sa poitrine ;

Son visage a maigri ; ses yeux noirs sont bistrés,

Ses lèvres ont perdu leur couleur purpurine :

La phtisie implacable active ses progrès….

Dans la douleur son corps se tordait sur sa couche,

Et soudain un matin, dans un suprême effort

Pressant le crucifix tendrement sur sa bouche,

Vers sa mère et son Dieu son âme prit l’essor !..

Germain CUGUILLIÈRE (18..-19..).

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12 juillet, 2017

Louis DAUVÉ : Les larmes

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:55

(Au Docteur P. Lambry).

Ô Larmes ! qui coulez en jets capricieux

Sur sa peau de velours d’une finesse extrême,

Vous renfermez en vous plus d’un divin poème :

Vous êtes les brillants du Ciel de ses beaux yeux ;

Ô chères Larmes ! vous, faites de l’Amour même,

Vous êtes des présents pour nous venus des cieux :

C’est par vous qu’on promet d’aimer plus, d’aimer mieux ;

Après vous l’on ressent bien plus fort que l’on aime.

Ô Larmes ! bien souvent, vous êtes la douleur ;

Parfois lorsque périt un enfant, douce fleur,

Et vous êtes aussi bien trop souvent la Haine…

Mais pleurs de douleur, haine ou grand amour vainqueur,

Fruits bénis de notre âme ou navrée ou sereine,

Vous êtes des ruisseaux dont la source est au cœur.

Louis DAUVÉ (XIXe siècle).

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11 juillet, 2017

Émile TROLLIET : Encore tes lettres

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 5:04

Ce soir en les baisant j’ai voulu les relire

Ces pages qu’à ta main dicta ton noble cœur,

Ce livre où sont venus pleurer plutôt qu’écrire,

L’âme douce vaincue, et l’amour, doux vainqueur.

Dis-moi, qui t’enseigna ces accents ? qui t’inspire

Ce poème infini d’adorables douceurs ?

Oh ! comme en les lisant j’aurais voulu te dire,

Te crier dans la nuit : Ô ma sœur, ô ma sœur !

Ô ma sœur, c’est donc vrai que l’amour invincible,

Choisissant nos deux cœurs comme une douce cible,

Nous a percés du trait douloureux et sacré ;

Et que l’Ange témoin des invisibles flammes,

Pourra dire au Seigneur en présentant nos âmes :

« Pardonnez-leur beaucoup, ils ont beaucoup pleuré ! »

Émile TROLLIET (XIXe siècle).

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10 juillet, 2017

Gabriel VICAIRE : Cantique

Classé dans : Poême — unpeudetao @ 4:27

Ô Dieu qui fis les fleurs, l’eau chaste, la nuit claire,

Et l’aube foisonnante et le soir triomphant,

Dieu que la terre adore et qui daignes te plaire

Aux refrains du vieillard et du petit enfant.

Toi qui fais sous ton porche entrer les hirondelles,

Seigneur miraculeux et doux, maître indulgent

Qui jettes l’espérance au cœur de tes fidèles

Comme une rose pourpre au ruisselet d’argent,

Notre Sœur l’alouette, au lever de l’aurore

Te salue et son cri plane au dessus des bois,

Quand vient le soir paisible, elle t’appelle encore ;

Rends-nous simples comme elle, et prête-nous sa voix.

Mon Dieu, nous ressemblons à la graine qui vole

Dans l’aire ténébreuse où l’on bat le froment :

Nous sommes le roseau, nous sommes l’herbe folle

Que les bœufs de labour écrasent méchamment.

Garde-nous du serpent à la langue dorée ;

Berger compatissant, souviens-toi que jadis

Tu guidais au bercail la brebis égarée ;

Permets que les chanteurs aient place au paradis.

Et vous dont le printemps en fleur dit les louanges,

Vous qui nous souriez dans les feux de l’été,

Reine de l’univers et maîtresse des anges,

Ô vierge gracieuse, ô dame de beauté,

Étoile de la mer, vase pur, tour d’ivoire,

Vous qui venez à nous sur les ailes du vent,

Vous, la source d’eau vive où les âmes vont boire,

Vous, la nue éclatante et le soleil levant,

Dans le bleu du matin tourterelle envolée,

Lis de candeur éclos dans le jardin des cieux,

Soutiens de l’innocent, Marie immaculée,

Laissez tomber sur nous un regard de vos yeux.

Vos pieds blancs sont posés sur l’océan qui gronde,

Votre front resplendit par delà le couchant.

Mais vous prenez pitié des misères du monde,

Et du rossignolet vous écoutez le chant.

Faites que nous gardions gaîment votre bannière

Et que, bons serviteurs fatigués de lutter,

Nous entendions encore à notre heure dernière,

Au clocher du village un Angélus tinter.

Cette musique est douce à l’orphelin qui pleure,

Douce à la nuit qui tombe et douce au point du jour.

Elle nous conduira vers la claire demeure

Où fleurit le rosier de l’éternel Amour.

Heureux si de bien loin, suivant les saints apôtres,

Parmi l’or et l’azur du royaume enchanté,

Nous pouvons, dans la paix promise à tous les vôtres,

Adorer à jamais votre virginité !

Gabriel VICAIRE (1848-1900).

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