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22 août, 2010

Cellule 214, Francis Carco

Classé dans : — unpeudetao @ 14:23

Cellule 214

Devant les champs et les prairies,
Devant le ciel, comme la mer,
Je regarde, le coeur amer,
Les tours de la Maladrerie.

 

Elles surplombent l’horizon
De forêts, de pluie et de brume
Et, dans l’ennui qui s’accoutume,
Mornes, enferment la prison.

 

Ah ! vieilles tours, que votre empire
Est donc odieux à celui
Qui, du matin jaune à la nuit,
Obéit, travaille et soupire !

 

Vous l’accablez à tout instant.
Il vous voit. Il souffre en silence.
Mais l’espoir dit à la violence :
Ne te soulève pas. Attends !

 

Il attend. Il sait que, derrière
Les murs, l’horizon s’ouvre et luit
Et que le grand chemin conduit
Qui veut durant la vie entière.

 

Il attend. Le ciel, qu’il peut voir
Par la lucarne, l’illumine
Et, malgré qu’il pleuve ou bruine,
Prend sur lui d’étranges pouvoirs.

 

Il attend. Oh ! l’aube trop grise !
Oh ! le soir trop lent ! Oh ! parfois
L’Amour, l’Espérance, la Foi
Dont son âme forte se grise !

 

Oh ! mais un rayon de soleil
Suffit, l’heure qui vient et passe
N’aura jamais plus, quoi qu’on fasse,
À l’horloge un timbre pareil !

 

Ni ce cri, cette note aiguë.
Ni cette aile, qui bat dehors
Les pierres, ce soudain essor
Dont elle repart dans la nue !

 

Tout le presse. Tout lui promet
La liberté, cette merveille !
Qui sourit, la rose à l’oreille
Mais qui chante, les poings fermés.

 

Francis Carco (France, 1886 1958).
(« Cellule 214″, dans La Bohème et mon coeur, 1939).

 

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