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23 janvier, 2017

Chants du Berry, Joseph BOUCHARD

Classé dans : — unpeudetao @ 18:52

PRÉLUDE

Dru sur tes jarrets, relève la tête !

En guise de bronze et de lauriers verts,

Ô mon vieux Berry, permets au poète

De cueillir pour toi sa glane de vers.

Plus d’amour fougueux ! plus d’ivresse molle !

Furons sans regret ce Paris menteur.

Muse, prends ta lyre, et là-bas t’envoie

Au milieu des champs à l’âpre senteur.

Va ! je te suivrai dans tes folles courses.

Aux lacs, aux halliers, aux plaines sans fin,

De l’aube indécise à l’heure des ourses,

De la nuit sereine au frileux matin.

Va ! le printemps bout sous l’écorce chaude.

Les prés ont verdi, l’Avril est venu.

Au soleil du bourg, il chante et taraude

Le charron nerveux au torse tout nu.

Va ! la brise douce a courbé les seigles.

Les bois sont remplis de merles siffleurs.

Le ciel est rayé par le vol des aigles.

L’horizon est bleu, la nature en fleurs.

Va ! les jours suivront des moissons fécondes.

Où, l’acier courant dans les épis mûrs,

Et privant le sol d’immensités blondes,

L’or s’entassera jusqu’en haut des murs.

Car l’or c’est le blé, le blé mis en gerbe,

Le blé qu’on engrange au pas lourd des bœufs,

Le blé qui descend, sans aucun brin d’herbe,

De la pente raide au chemin poudreux.

Va ! muse, gravis le flanc des collines,

Où la vigne grimpe à l’abri des vents,

Où, sous le baiser des brises câlines,

Le pampre se teinte aux soleils levants.

Va ! l’automne tiède aura ses agapes,

Dans la hotte neuve du vigneron,

Tu verras jaillir le bon jus des grappes

Que traîne à la cuve un noir percheron.

Puis viendra l’hiver au front morne et pâle.

Adieu les bourgeons, les blés, le raisin !

Sous le choc rythmé du fléau d’érable

L’aire sera grise de sarrasin.

Et, le soir, assis en rond devant l’âtre,

Les durs paysans prendront du repos,

Tandis qu’au dehors la neige d’albâtre

Tendra son linceul parmi les enclos.

Alors, notre tâche à nous étant faite,

Au Berry natal nous dirons adieu,

Toi la conseillère et moi le poète,

Fiers, par le travail, d’avoir prié Dieu.

Joseph BOUCHARD (1870-1907).

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