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23 août, 2012

Complainte des sept douleurs, Henry de JULLIOT

Classé dans : — unpeudetao @ 5:12

Dans un arpège de soleil
Liez la rose et la glycine
Et sous mes boucles enfantines
Peignez l’émoi le plus vermeil,

 

Mettez le plus courtois des anges
Et la musique de son pas
Attentive à n’effrayer pas
La jeune fille au trouble étrange ;

 

Placez le Livre dans ma main,
Déroulé comme une herbe d’ombre,
Où de nos heures les plus sombres
S’illuminent les lendemains..

 

L’accord fut beau comme un silence
Et l’étoile qui l’entendit
Tira de long au paradis.
Ma jeune chair enclôt l’Immense.

 

Ô femmes j’en appelle à vous
Fut-il annonce plus amère :
La vision pour une mère
De son enfant livré aux loups.

 

Avec le Fils de l’Anathème
Avec la Fleur qu’on dévasta
De Bethléem au Golgotha
J’ai traversé l’affreux baptême.

 

Pitié pour la sœur des oiseaux
Qui vont pour Lui mourir au temple
Où des promesses sans exemple
M’apportent leur glaive et leur faux.

 

Au pays des peurs et des fables
Le vent d’exil nous a conduits,
Ma foi s’épure dans la nuit
Et je me sens la sœur des sables :

 

Pour qu’ils soient doux à mes pieds nus
La mer les broya sous ses lames ;
Vous pourrez cheminer mon âme
Elle est douce aux pas revenus.

 

Le réseau de ma vigilance
Tout à coup s’affole et se rompt.
Confuse et dévorant l’affront
J’ai regardé fuir cette enfance.

 

Vous n’êtes pas mon paradis,
Près du Père j’ai ma demeure.
Pour la tendresse il est une heure
Qui s’efface où l’enfant grandit.

 

De ces rivages repoussée
Où fleurira son haut destin
Mes flots battront dans le lointain
L’abîme sourd de ma pensée.

 

Bras maternels, ô purs liens
Que ces trois jours désassemblèrent
Étreignez d’un songe éphémère
L’enfant Jésus des jours anciens.

 

Ici commence mon supplice
Je suis experte en la douleur.
Enfant lourd, enfant de mes pleurs
Tu m’as fait boire à ton calice.

 

Il est sans moi dans le désert
Il va sans moi cueillant les âmes
Sans moi quand les enfants l’acclament
Et quand se déchaînait l’Enfer.

 

D’un mot s’abolit ma présence :
Est ma mère qui suit ma loi.
Ô mon fils êtes-vous à moi ?
Je souffrais moins de vos silences.

 

J’ai vu monter l’arbre interdit
Où fut cueilli le goût des cendres,
Et le Fruit qu’on y va suspendre
Pour l’automne du Vendredi.

 

N’est-elle pas la sœur de l’arbre
La sève neuve et le greffon
La vieille mère qui se fond
Parmi la foule au cœur de marbre ?

 

Ô long troupeau désemparé
Cherchant la source et l’arbre et l’ombre
Ô mains faiseuses de décombres
Jérusalem, vous en mourrez !

 

Pour vos enfants gardez vos larmes
Mais que ferai-je doux Jésus
Si mes angoisses n’en ont plus,
Si mon cœur tout bas rend les armes ?

 

L’eau des yeux n’a plus de pouvoir
Ni l’eau sur les mains de Pilate
Mais l’affreuse fleur écarlate
De notre sang sous le pressoir.

 

Il faut pour la grande tourmente
Écorcher le bois le plus vert,
Que notre cœur soit grand’ ouvert
Et que l’homme amer nous charpente.

 

Croix debout, solide couture,
Ténèbre hostile, absinthe, fiel,
Mon fils a noué terre et ciel,
Tendu jusqu’à la déchirure.

 

Je suis debout sans défaillir
Agnelle prise aux ronceraies,
Puisant aux perles de ses plaies
L’élan terrible d’accomplir.

 

Mais là n’est pas tout mon calvaire.
Cherchez, si le cœur ne vous fend,
Le choc d’un plus dur diamant..
Mon fils prend congé de sa mère.

 

Il mourra comme un orphelin,
Après l’épouvantable échange.
Que reste-t-il de la vendange,
Ô Dieu, le calice est-il plein ?

 

Du moins j’aurai ses lèvres mortes
Ses yeux clos, ses membres cassés.
Sur les genoux qui l’ont bercé
Contemplez l’enfant que je porte !

 

Il abandonne entre mes bras
Son corps avare de caresse.
Ô cheveux de la pécheresse
Ô le seul flot qui l’effleura !

 

Depuis les pieds jusqu’aux épines
Ils ont brisé ma grande fleur.
Où sont votre teint, vos couleurs,
Mon lin bleu, mon lis des collines ?

 

Du moins demeure un peu de temps
Pour une dernière berceuse,
Pour une tendresse en veilleuse..
Dans son manteau la nuit nous prend.

 

Nuit trop claire, nuit mal complice
Je requiers en vain ton secours.
Voici des pas, Joseph accourt
Et j’acquiesce au dernier supplice.

 

Lui que ma chair enveloppa
Repose aux plis froids d’un suaire.
À genoux sur le seuil de pierre
J’ai dit mon dernier oui tout bas.

 

L’accord fut beau comme un silence
Et l’étoile qui l’entendit
Tira de long au paradis.
.. Naissez, les fils de ma souffrance !

 

Henry de JULLIOT (Né en 1913).

 

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