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26 septembre, 2013

De l’usage des paraboles (Conte taoïste)

Classé dans : — unpeudetao @ 13:20

Le vénérable conseiller Houi avait l’oreille de l’empereur. Un courtisan jaloux de son influence dit un jour au monarque :

 

Votre Grandeur, comme il est fastidieux d’avoir à supporter pendant les conseils des ministres les digressions interminables de ce vieux radoteur.
Avez-vous remarqué qu’il a pris la fâcheuse habitude d’illustrer ses propos par toutes sortes de contes, d’anecdotes et de légendes ?
Demandez-lui, s’il vous plaît, de ne plus utiliser tous ces apologues qui nous embrouillent l’esprit et nous font perdre un temps précieux.

 

À l’ouverture de la séance suivante du conseil, l’empereur demanda solennellement au vieillard d’exprimer à l’avenir sa pensée sans détour et de ne surtout plus distraire l’assemblée avec des fables !

 

Houi inclina son crâne chenu, redressa son visage aussi impénétrable qu’un masque d’opéra et dit :
Sire, permettez-moi de vous poser une question. Si je parle à quelqu’un d’une arbalète et si mon interlocuteur ne sait pas du tout de quoi il s’agit, et si je réponds qu’une arbalète ressemble à une arbalète, comprendra-t-il ce que c’est ?
Certainement pas, répondit le monarque en balayant du regard les poutres du plafond.

 

Bien, reprit le vieux conseiller, mais si je lui dis qu’une arbalète ressemble à un petit arc, que le fût est en métal, la corde en fibres de bambou, et par conséquent qu’elle est plus puissante; si je lui dis en outre que l’arbalète lance des projectiles  plus petits et plus solides que des flèches, guidés par un manche en bois, et qu’elle est donc plus précise qu’un arc, mon interlocuteur  comprendra-t-il de quoi il s’agit ?
Évidemment ! s’exclama l’empereur, en  agitant ses manches de brocart.
Ainsi, continua le patriarche, il me faut trouver une image que mon interlocuteur connaisse pour lui expliquer ce qu’il ne comprend pas.

 

Et c’est le propre des paraboles de rendre accessible une idée subtile. Êtes-vous donc toujours d’avis, Majesté, que je renonce à exprimer ma pensée à l’aide de quelques petits contes imagés fort instructifs ?
Bien sûr que non, lâcha le souverain en jetant un œil amusé en direction du courtisan jaloux qui louchait obstinément sur ses escarpins de feutre.

 

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