3 juillet, 2009

01 : Près de la rivière

Classé dans : — unpeudetao @ 9:14

 

« Près de la rivière, il y a un arbre que nous avons regardé jour après jour, pendant plusieurs semaines, au lever du soleil. Quand l’astre s’élève lentement
au-dessus de l’horizon, au-dessus des bois, l’arbre devient brusquement tout doré. Toutes ses feuilles rayonnent de vie, et vous voyez, au fil des heures,
une qualité extraordinaire émaner de lui (son nom importe peu, ce qui compte, c’est ce bel arbre); elle semble s’étendre par tout le pays, au-delà de la
rivière. Le soleil monte encore un peu, et les feuilles se mettent à frissonner, à danser. Avant l’aube, l’arbre est sombre, silencieux et distant, empreint
de dignité. Au point du jour, les feuilles illuminées et dansantes, il vous donne le sentiment de percevoir une grande beauté. Vers midi, son ombre est
profonde, et vous pouvez vous y asseoir à l’abri du soleil. Alors s’établit un rapport profond, immuable et sécurisant, avec une liberté que seuls les
arbres connaissent. Vers le soir, quand le soleil couchant illumine l’ouest, l’arbre peu à peu s’assombrit, se referme sur lui-même. Le ciel est rouge,
jaune, vert, mais l’arbre reste silencieux, retranché, il se repose pour la nuit.

 
Si vous établissez un rapport avec lui, vous êtes en rapport avec l’humanité. Vous devenez responsable de cet arbre et de tous les arbres du monde. Mais
si vous n’êtes pas en relation avec les êtres vivants de la terre, vous risquez de perdre votre rapport à l’humanité, aux êtres humains. Nous n’observons
jamais profondément la qualité d’un arbre; nous ne le touchons jamais pour sentir sa solidité, la rugosité de son écorce, pour écouter le bruit qui lui
est propre. Non pas le bruit du vent dans les feuilles, ni la brise du matin qui les fait bruisser, mais un son propre, le son du tronc, et le son silencieux
des racines. il faut être extrêmement sensible pour entendre ce son. Ce n’est pas le bruit du monde, du bavardage de la pensée, ni celui des querelles
humaines et des guerres, mais le son propre de l’univers. Il est curieux que nous ayons si peu de rapports avec la nature, avec les insectes, la grenouille
bondissante, et le hibou qui hulule d’une colline à l’autre, appelant un compagnon. Il semble que nous n’éprouvions pas de sentiment à l’égard de tous
les êtres vivants de la terre.

 
Si nous pouvions établir une relation profonde et durable avec la nature, nous ne tuerions jamais d’animaux pour nous nourrir, nous ne ferions jamais de
mal aux singes, aux chiens ou aux cochons d’Inde en pratiquant la vivisection dans notre seul intérêt. Nous trouverions d’autres moyens de soigner nos
blessures et de guérir nos maladies. Mais la guérison de l’esprit est tout autre chose. Cette guérison s’opère peu à peu au contact de la nature, de l’orange
sur sa branche, du brin d’herbe qui se fraie un passage dans le ciment, et des collines couvertes, cachées par les nuages. Ce n’est pas le produit d’une
imagination sentimentale ou romantique, c’est la réalité de celui qui est en relation avec tous les êtres vivants et animés de la terre. L’homme a massacré
des millions de baleines et il en tue encore. il y a d’autres moyens d’obtenir tout ce pourquoi il les massacre. Mais apparemment il adore tuer le cerf
fuyant, la merveilleuse gazelle et le grand éléphant. Nous aimons aussi nous tuer les uns les autres. Depuis le début de leur histoire sur la terre, les
êtres humains n’ont jamais cessé de s’entre-tuer.

 
Si nous parvenions, et nous le devons, à établir une relation immuable avec la nature, avec les arbres, les buissons, les fleurs, l’herbe et les nuages
- alors nous ne tuerions jamais un être humain pour quelque raison que ce soit. La tuerie organisée, c’est la guerre. Bien que nous manifestions contre
des formes de guerre particulières, nucléaire ou autre, nous n’avons jamais manifesté contre la guerre. Nous n’avons jamais dit que tuer un autre être
humain est le plus grand péché de la terre. (?) Plusieurs problèmes sous-tendent celui-ci: premièrement, la question de l’immortalité. L’immortalité existe-t-elle
? Ce qui n’est pas mortel ne connaît pas la mort. L’immortel demeure, au-delà du temps, complètement inconscient d’une telle fin. Le moi est-il immortel,
ou connaît-il une fin ? Le moi ne peut devenir immortel. Le je et tous ses attributs se constituent dans le temps, qui est la pensée ; jamais il ne sera
immortel. On peut bien inventer une idée de l’immortalité, une image, un dieu, une représentation, et y tenir pour y trouver du réconfort, mais là n’est
pas l’immortalité.

 

 

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