15 février, 2009

A MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE, Jean de La Fontaine

Classé dans : — unpeudetao @ 10:53

 Jean de La Fontaine,
Le vieux chat et la jeune souris.
A  MONSEIGNEUR LE DUC DE BOURGOGNE
qui avait demandé à M. de La Fontaine une fable qui fût nommée Le Chat et la Souris

Pour plaire au jeune Prince à qui la Renommée
               Destine un temple en mes écrits,
Comment composerai-je une fable nommée
               Le Chat et la Souris ?

Dois-je représenter dans ces vers une Belle
Qui douce en apparence, et toutefois cruelle,
Va se jouant des cœurs que ses charmes ont pris
               Comme le Chat et la Souris ?

Prendrai-je pour sujet les jeux de la Fortune ?
Rien ne lui convient mieux, et c’est chose commune
Que de lui voir traiter ceux qu’on croit ses amis
               Comme le Chat fait la Souris,

Introduirai-je un Roi qu’entre ses favoris
Elle respecte seul ; Roi qui fixe sa roue,
Qui n’est point empêché d’un monde d’ennemis,
Et qui des plus puissants  quand il lui plaît  se joue
               Comme le Chat et la Souris ?

Mais insensiblement, dans le tour que j’ai pris,
Mon dessein se rencontre ; et si je ne m’abuse
Je pourrais tout gâter par de plus longs récits.
Le jeune Prince alors se jouerait de ma Muse
               Comme le Chat et la Souris.

***
LE VIEUX CHAT ET LA JEUNE SOURIS
Une jeune Souris, de peu d’expérience,
Crut fléchir un vieux Chat  implorant sa clémence,
Et payant de raisons le Raminagrobis :
               Laissez-moi vivre : une Souris
               De ma taille et de ma dépense
               Est-elle à charge en ce logis?
               Affamerais-je, à votre avis,
               L’Hôte, l’Hôtesse, et tout leur monde ?
               D’un grain de blé je me nourris ;
               Une noix me rend toute ronde.
A présent je suis maigre ; attendez quelque temps
Réservez ce repas à Messieurs vos Enfants.
Ainsi parlait au Chat la souris attrapée.
               L’autre lui dit : Tu t’es trompée :
Est-ce à moi que l’on tient de semblables discours ?
Tu gagnerais autant à parler à des sourds.
Chat et vieux pardonner ? cela n’arrive guères.
               Selon ces lois descends là-bas,
               Meurs, et va-t-en tout de ce pas,
               Haranguer les sœurs Filandières :
Mes Enfants trouveront assez d’autres repas. »
               Il tint parole  ; et, pour ma fable,
Voici le sens moral qui peut y convenir :
La jeunesse se flatte, et croit tout obtenir ;
               La vieillesse est impitoyable.
 

 

 

 

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