24 février, 2012

Jupiter et le Métayer, Jean de LA FONTAINE

Classé dans : — unpeudetao @ 4:36

 

Jupiter eut jadis une ferme à donner.
Mercure en fit l’annonce ; et Gens se présentèrent,
                Firent des offres, écoutèrent :
                Ce ne fut pas sans bien tourner.
                L’un alléguait que l’héritage
Etait frayant et rude, et l’autre un autre si.
                Pendant qu’ils marchandaient ainsi,
Un d’eux le plus hardi,  mais non pas le plus sage,
Promit d’en rendre tant, pourvu que Jupiter
                Le laissât disposer de l’air,
                Lui donnât saison à sa guise,
Qu’il eût du chaud, du froid, du beau temps, de la bise,
                Enfin du sec et du mouillé,
                Aussitôt qu’il aurait bâillé.
Jupiter y consent. Contrat passé ; notre homme
Tranche du roi des airs, pleut, vente, et fait en somme
Un climat pour lui seul : ses plus proches voisins
Ne s’en sentaient non plus que les Américains.
Ce fut leur avantage ; ils eurent bonne année,
                Pleine moisson, pleine vinée.
Monsieur le Receveur fut très mal partagé.
                L’an suivant, voilà tout changé,
                Il ajuste d’une autre sorte
                La température des cieux.
                Son champ ne s’en trouve pas mieux.
Celui de ses voisins fructifie et rapporte.
Que fait-il ? Il recourt au Monarque des dieux :
                Il confesse son imprudence.
Jupiter en usa comme un maître fort doux.
                Concluons que la Providence
                Sait ce qu’il nous faut mieux que nous .

 

Jean de LA FONTAINE (1621-1695).

 

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http://unpeudetao.unblog.fr

 

 

Une réponse à “Jupiter et le Métayer, Jean de LA FONTAINE”

  1. unpeudetao dit :

    - Mercure : le messager des Dieux.
    - Etait frayant : était coûteux, occasionnait des frais.
    - autre si : si était un nom commun, dans le sens d’affirmation ou de condition.
    - Promit d’en rendre tant : d’en obtenir un tel rendement.
    - Monsieur le Receveur : Qui reçoit pour autrui. Les fermiers des terres seigneuriales s’appellent des Receveurs.

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