4 avril, 2012

Jupiter et les tonnerres, Jean de LA FONTAINE

Classé dans : — unpeudetao @ 20:06

 

Jupiter, voyant nos fautes,
Dit un jour, du haut des airs :
Remplissons de nouveaux hôtes
Les cantons de l’univers
Habités par cette race
Qui m’importune et me lasse.
Va-t’en, Mercure, aux Enfers :
Amène-moi la Furie
La plus cruelle des trois.
Race que j’ai trop chérie,
Tu périras cette fois.
Jupiter ne tarda guère
A modérer son transport.
Ô vous, Rois, qu’il voulut faire
Arbitres de notre sort,
Laissez, entre la colère
Et l’orage qui la suit,
L’intervalle d’une nuit.
Le Dieu dont l’aile est légère,
Et la langue a des douceurs,
Alla voir les noires sœurs.
A Tisiphone et Mégère
Il préféra, ce dit-on,
L’impitoyable Alecton.
Ce choix la rendit si fière,
Qu’elle jura par Pluton
Que toute l’engeance humaine
Serait bientôt du domaine
Des Déités de là-bas.
Jupiter n’approuva pas
Le serment de l’Euménide.
Il la renvoie, et pourtant
Il lance un foudre à l’instant
Sur certain peuple perfide.
Le tonnerre, ayant pour guide
Le père même de ceux
Qu’il menaçait de ses feux,
Se contenta de leur crainte ;
Il n’embrasa que l’enceinte
D’un désert inhabité :
Tout père frappe à côté.
Qu’arriva-t-il ? Notre engeance
Prit pied sur cette indulgence.
Tout l’Olympe s’en plaignit ;
Et l’assembleur de nuages
Jura le Styx, et promit
De former d’autres orages ;
Ils seraient sûrs. On sourit :
On lui dit qu’il était père,
Et qu’il laissât pour le mieux
A quelqu’un des autres Dieux
D’autres tonnerres à faire.
Vulcan entreprit l’affaire.
Ce Dieu remplit ses fourneaux
De deux sortes de carreaux.
L’un jamais ne se fourvoie,
Et c’est celui que toujours
L’Olympe en corps nous envoie.
L’autre s’écarte en son cours ;
Ce n’est qu’aux monts qu’il en coûte :
Bien souvent même il se perd,
Et ce dernier en sa route
Nous vient du seul Jupiter.

 

Jean de LA FONTAINE (1621-1695).

 

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Une réponse à “Jupiter et les tonnerres, Jean de LA FONTAINE”

  1. unpeudetao dit :

    - Mercure : Le messager de Jupiter.
    - Les Furies étaient les divinités du monde infernal dans la religion romaine, très tôt assimilées aux Erinyes grecques, divinités de la vengeance, filles de Gaïa et d’Ouranos (Mégère, Alecto et Tisiphone). Les Erinyes, à la suite du procès acquittant Oreste, devinrent les Euménides (les Bienveillantes auxquelles un culte fut rendu à Athènes).
    - Jura le Styx : Le serment par le Styx (fleuve des Enfers) est le plus terrible des serments des dieux.
    - Vulcan : Vulcain.
    - carreaux : Grosses pierres lancées dans les villes assiégées. Aussi une arme de trait ou flèche carrée qu’on tire avec une arbalète).

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