5 août, 2012

La Forêt et le Bûcheron, Jean de LA FONTAINE

Classé dans : — unpeudetao @ 5:33

Un Bûcheron venait de rompre ou d’égarer
Le bois dont il avait emmanché sa cognée.
Cette perte ne put sitôt se réparer
Que la Forêt n’en fût quelque temps épargnée.
             L’Homme enfin la prie humblement
             De lui laisser tout doucement
             Emporter une unique branche,
             Afin de faire un autre manche.
Il irait employer ailleurs son gagne-pain ;
Il laisserait debout maint chêne et maint sapin
Dont chacun respectait la vieillesse et les charmes.
L’innocente Forêt lui fournit d’autres armes.
Elle en eut du regret. Il emmanche son fer.
             Le misérable ne s’en sert
             Qu’à dépouiller sa bienfaitrice
             De ses principaux ornements.
             Elle gémit à tous moments.
             Son propre don fait son supplice.

 

Voilà le train du Monde et de ses sectateurs :
On s’y sert du bienfait contre les bienfaiteurs.
Je suis las d’en parler ; mais que de doux ombrages
             Soient exposés à ces outrages,
             Qui ne se plaindrait là-dessus !
Hélas ! j’ai beau crier et me rendre incommode :
             L’ingratitude et les abus
             N’en seront pas moins à la mode.

 

Jean de LA FONTAINE (1621-1695).

 

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Une réponse à “La Forêt et le Bûcheron, Jean de LA FONTAINE”

  1. unpeudetao dit :

    N’oublions pas que L.F. était maître des eaux et forêts à Château-Thierry. Il connaît la forêt, l’aime, et prend parti pour elle..

    - sectateurs : De ceux qui vivent la vie du monde et suivent ses enseignements.
    - les abus : signifie aussi « tromperie ».

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