10 janvier, 2012

Le Cerf malade, Jean de LA FONTAINE

Classé dans : — unpeudetao @ 18:57

 

En pays pleins de Cerfs un Cerf tomba malade.
            Incontinent maint camarade
Accourt à son grabat le voir, le secourir,
Le consoler du moins : multitude importune.
            Eh ! Messieurs, laissez-moi mourir.
            Permettez qu’en forme commune
La Parque m’expédie, et finissez vos pleurs.
            Point du tout : les Consolateurs
De ce triste devoir tout au long s’acquittèrent ;
            Quand il plut à Dieu s’en allèrent.
            Ce ne fut pas sans boire un coup,
C’est-à-dire sans prendre un droit de pâturage.
Tout se mit à brouter les bois du voisinage.
La pitance du Cerf en déchut de beaucoup ;
            Il ne trouva plus rien à frire.
            D’un mal il tomba dans un pire,
            Et se vit réduit à la fin
            A jeûner et mourir de faim.
            Il en coûte à qui vous réclame,
            Médecins du corps et de l’âme.
            Ô temps, ô moeurs ! J’ai beau crier,
            Tout le monde se fait payer.

 

Jean de LA FONTAINE (1621-1695).

 

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Une réponse à “Le Cerf malade, Jean de LA FONTAINE”

  1. unpeudetao dit :

    - en forme commune : selon les formes habituelles
    - La Parque : la mort (les Parques chez les romains étaient les divinités du destin : Nona, Decima et Morta)
    - ô moeurs : Exclamation célèbre de Cicéron dans la deuxième Catilinaire : O tempora ! O mores !

    Jean de La Fontaine venait d’être gravement malade et avait subi les médecins du corps et de l’âme. C’est en 1693, devant une délégation de l’Académie qu’il avait été amené, sous l’influence de l’Abbé Pouget son confesseur, à renier ses contes « infâmes »

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