29 janvier, 2012

Le Chartier embourbé, Jean de LA FONTAINE

Classé dans : — unpeudetao @ 4:31

 

      Le phaéton d’une voiture à foin
Vit son char embourbé. Le pauvre homme était loin
De tout humain secours. C’était à la campagne
Près d’un certain canton de la basse Bretagne,
              Appelé Quimper-Corentin.
              On sait assez que le Destin
Adresse là les gens quand il veut qu’on enrage :
              Dieu nous préserve du voyage !
Pour venir au Chartier embourbé dans ces lieux,
Le voilà qui déteste et jure de son mieux,
              Pestant, en sa fureur extrême,
Tantôt contre les trous, puis contre ses Chevaux,
              Contre son char, contre lui même.
Il invoque à la fin le Dieu dont les travaux
              Sont si célèbres dans le monde :
Hercule, lui dit-il, aide-moi ; si ton dos
              A porté la machine ronde,
              Ton bras peut me tirer d’ici
Sa prière étant faite, il entend dans la nue
              Une voix qui lui parle ainsi :
              Hercule veut qu’on se remue,
Puis il aide les gens. Regarde d’où provient
              L’achoppement qui te retient.
              Ôte d’autour de chaque roue
Ce malheureux mortier, cette maudite boue
              Qui jusqu’à l’essieu les enduit.
Prends ton pic, et me romps ce caillou qui te nuit.
Comble-moi cette ornière. As-tu fait ? Oui, dit l’homme.
Or bien je vas t’aider, dit la voix : prends ton fouet.
Je l’ai pris. Qu’est ceci ? mon char marche à souhait.
Hercule en soit loué. Lors la voix : Tu vois comme
Tes Chevaux aisément se sont tirés de là.
               Aide-toi, le Ciel t’aidera.

 

Jean de LA FONTAINE (1621-1695).

 

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Une réponse à “Le Chartier embourbé, Jean de LA FONTAINE”

  1. unpeudetao dit :

    - L’orthographe « chartier » était admise dans les dictionnaires de Richelet et Furetière.
    - Phaéton : dans la mythologie, est le fils du Soleil ayant mal dirigé le char du soleil, il fut foudroyé.
    - Quimper-Corentin : comique du nom, attribué à ce que l’on nommerait maintenant un « trou perdu ». Quimper, en raison de son éloignement de Paris servait de lieu d’exil.

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