2 mars, 2012

Le Forgeron et la Cognée, Marie de France

Classé dans : — unpeudetao @ 5:59

 

Un Forgeron fit sa cognée,
Le fil tranchant, fort bien forgée,
Mais, pas moyen de s’en servir,
Rien à faire, beau la brandir,
Avant d’avoir pu l’emmancher.
Reste donc un manche à chercher.
Il va demander dans le bois
A chacun des arbres qu’il voit
Quel est celui qui conviendrait
Pour tailler un manche parfait.
Les arbres, s’étant consultés,
Disent à l’unanimité
Qu’il faut choisir la noire épine :
Même d’écorce et de racine
Elle est difficile à briser.
C’est ce qu’il faut pour sa cognée.
Le Forgeron leur obéit
Et la branche, ils n’ont pas menti,
Par l’épine lui est donnée.
Sitôt la cognée emmanchée,
D’un coup d’un seul, le Forgeron
Abat l’infortuné buisson.
Et ce fut là tout son merci
Pour le manche qu’il avait pris.

 

C’est justement ainsi que font
Les mauvaises gens, les félons :

 

Qu’un juste leur prête assistance,
Leur donne richesse et puissance,
Dès qu’ils auront pouvoir sur lui,
Ils lui seront source d’ennuis,
Plus il aura pu les servir,
Plus ils essaieront de lui nuire.

 

Marie de France (XII siècle).

 

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