27 novembre, 2014

Le lion, le renard et l’âne, IBN AL-MUQAFFA

Classé dans : — unpeudetao @ 9:23

On raconte qu’un lion vivait dans une forêt, et auprès de lui subsistait un renard qui se nourrissait de ses reliefs. Il advint que le lion attrapa la gale, s’affaiblit et ne put chasser ; le renard lui demanda : « Qu’as-tu, ô seigneur de tous les lions, ton état a changé ? » « C’est cette gale qui m’épuise, répondit le lion, et mon seul remède est : le cœur et les oreilles d’un âne. » « Cela est très aisé, affirma le renard ; je connais un endroit où un âne travaille chez un blanchisseur ; il est chargé de transporter les habits ; je te l’amènerai. » De ce pas il alla voir l’âne, le salua et lui dit : « Pourquoi es-tu si maigre ? » « Mon maître m’affame ; il me prive de nourriture. » « Pourquoi, acceptes-tu de vivre avec lui dans ces conditions ? lui demanda le renard. » « Parce que, lui rétorqua l’âne, je  ne connais aucun subterfuge pour le fuir et je ne peux aller nulle part sans qu’un humain ne me fasse suer et ne m’affame. » « Je vais t’indiquer, reprit le renard, un endroit à l’écart des gens où personne ne passe, abondant en herbe et où paît, en toute quiétude, un troupeau d’ânes sauvages si gras et si beaux que nul oeil n’en a jamais vu. » « Qu’est-ce qui nous empêche d’y aller ? demanda l’âne ; conduis-nous vite là-bas. » Le renard l’emmena vers la forêt puis, le devançant, alla voir le lion et lui indiqua l’endroit où paissait l’âne. Le lion s’y rendit et là, il voulut sauter sur lui ; mais affaibli, il n’y réussit point et l’âne se défit de lui et s’enfuit, très effrayé. Lorsque le renard vit que le lion avait manqué sa proie, il lui dit : « Ô maître des fauves, jusqu’à quel point as-tu faibli ? » « Si tu le ramènes, reprit le lion, je ne le raterai pas. » Le renard retourna voir l’âne et lui dit : « Qu’as-tu fait ? Un des ânes sauvages, t’ayant vu seul, est venu te saluer et te souhaiter la bienvenue. Si tu n’avais pas fui, il t’aurait tenu compagnie et t’aurait présenté à ses compagnons ! » Comme l’âne n’avait jamais vu de lion, lorsqu’il entendit cela, il le crut et se dirigea de nouveau vers la forêt. Le renard le devança auprès du lion pour l’informer de l’endroit où se trouvait l’âne et lui dit : « Prépare-toi afin de ne point le rater. Je l’ai trompé pour toi. Ne te laisse pas envahir par la faiblesse car, s’il t’échappe cette fois, il ne reviendra jamais, et les bonnes occasions sont rares. » A l’incitation du renard, le lion reprit courage et se dirigea vers l’âne. Lorsqu’il le vit, il se jeta sur lui et le tua sur le coup. « Les médecins, dit-il au renard, m’ont interdit de consommer si je ne me purifie avant. Alors tu vas garder l’âne le temps que je me lave et je reviendrai manger son cœur et ses oreilles. Et je laisserai tout le reste pour toi. » Lorsque le lion s’en fut à ses ablutions, le renard s’approcha de l’âne et dévora son cœur et ses oreilles espérant que le lion verrait ainsi un mauvais présage et dédaignerait de le manger. Ensuite le lion revint ; perplexe, il demanda au renard : « Mais où sont le cœur et les oreilles de l’âne ? » « Sire, lui répondit le renard, si cet âne avait un coeur pour ressentir et des oreilles pour entendre, il ne serait pas revenu après t’avoir échappé une première fois. »

 

IBN AL-MUQAFFA (724-759).

 

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