3 décembre, 2011

Le Loup et la Grue, Marie de France

Classé dans : — unpeudetao @ 14:35

Un jour, rongeant un os, un loup
Se le coinça au fond du cou.
Planté dans son gosier, cet os
Lui fit une douleur atroce.
Il manda tous les animaux,
Il fit venir tous les oiseaux
Et à tous il fit demander
Qui saurait le médiciner.
On tin conseil et, conseil pris,
Chacun lui donna son avis.
Hormis la grue, tous dirent bien
Qu’aucun d’eux n’y entendait rien.
Elle, le cou long, le bec gros,
Etait pour l’os fort à propos.
Il saurait la récompenser
Si elle voulait bien l’aider.
La grue lance le bec avant
Dans la gueule du malfaisant,
Prend l’os, et réclame en vitesse
Qu’il s’acquitte de sa promesse.
Le loup lui dit hargneusement,
Jurant sous le sceau du serment,
Qu’il lui paraît en vérité
Qu’elle a été récompensée
Puisqu’elle a pu ôter sa tête
De sa gueule sans qu’il l’inquiète.
« Tu es, dit-il, extravagante,
Ayant pu m’échapper vivante,
D’oser me demander plus cher
Quand j’ai grande envie de ta chair.
Moi, loup, je me tiens pour bien fou
De ne t’avoir coupé le cou. »

 

Ainsi fait le mauvais seigneur :
Qu’un pauvre serve son honneur,
L’aide et lui demande son dû,
Il n’aura que déconvenue.
Que celui qui dépend de lui
Soit heureux de rester en vie.

 

Marie de France (XII siècle).

 

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