15 octobre, 2012

Le mal marié, Jean de LA FONTAINE

Classé dans : — unpeudetao @ 5:36

Que le bon soit toujours camarade du beau,
             Dès demain je chercherai femme ;
Mais comme le divorce entre eux n’est pas nouveau,
Et que peu de beaux corps hôtes d’une belle âme
             Assemblent l’un et l’autre point,
Ne trouvez pas mauvais que je ne cherche point.
J’ai vu beaucoup d’Hymens, aucuns d’eux ne me tentent :
Cependant des humains presque les quatre parts
S’exposent hardiment au plus grand des hasards ;
Les quatre parts aussi des humains se repentent.
J’en vais alléguer un qui, s’étant repenti,
             Ne put trouver d’autre parti,
             Que de renvoyer son Epouse
             Querelleuse, avare, et jalouse.
Rien ne la contentait, rien n’était comme il faut :
On se levait trop tard, on se couchait trop tôt,
Puis du blanc, puis du noir, puis encore autre chose ;
Les Valets enrageaient, l’Epoux était à bout ;
Monsieur ne songe à rien, Monsieur dépense tout,
             Monsieur court, Monsieur se repose.
         Elle en dit tant, que Monsieur, à la fin,
             Lassé d’entendre un tel lutin,
             Vous la renvoie à la campagne
         Chez ses parents. La voilà donc compagne
De certaines Philis qui gardent les dindons
             Avec les gardeurs de cochons.
Au bout de quelque temps, qu’on la crut adoucie,
Le Mari la reprend. Eh bien ! qu’avez-vous fait ?
             Comment passiez-vous votre vie ?
L’innocence des champs est-elle votre fait ?
             Assez, dit-elle ; mais ma peine
Etait de voir les gens plus paresseux qu’ici ;
             Ils n’ont des troupeaux nul souci.
Je leur savais bien dire, et m’attirais la haine
             De tous ces gens si peu soigneux.
Eh, madame, reprit son époux tout à l’heure,
             Si votre esprit est si hargneux
             Que le monde qui ne demeure
Qu’un moment avec vous, et ne revient qu’au soir,
             Est déjà lassé de vous voir,
Que feront des Valets qui toute la journée
             Vous verront contre eux déchaînée ?
             Et que pourra faire un Epoux
Que vous voulez qui soit jour et nuit avec vous ?
Retournez au village : adieu. Si de ma vie
       Je vous rappelle et qu’il m’en prenne envie,
Puissé-je chez les morts avoir pour mes péchés
Deux femmes comme vous sans cesse à mes côtés.

 

Jean de LA FONTAINE (1621-1695).

 

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Une réponse à “Le mal marié, Jean de LA FONTAINE”

  1. unpeudetao dit :

    - J’en vais alléguer un : je vais citer comme preuve, un des humains..
    - Philis : nom de la pastorale ou de la poésie galante.

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