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15 octobre, 2012

Le Marchand, le Gentilhomme, le Pâtre et le Fils de Roi, Jean de LA FONTAINE

Classé dans : — unpeudetao @ 5:31

              Quatre chercheurs de nouveaux mondes,
Presque nus échappés à la fureur des ondes,
Un Trafiquant, un Noble, un Pâtre, un Fils de Roi,
              Réduits au sort de Bélisaire,
              Demandaient aux passants de quoi
              Pouvoir soulager leur misère.
De raconter quel sort les avait assemblés,
Quoique sous divers points tous quatre ils fussent nés,
              C’est (4) un récit de longue haleine.
Ils s’assirent enfin au bord d’une fontaine.
Là le conseil se tint entre les pauvres gens.
Le Prince s’étendit sur le malheur des Grands.
Le Pâtre fut d’avis qu’éloignant la pensée
              De leur aventure passée,
Chacun fit de son mieux et s’appliquât au soin
              De pourvoir au commun besoin.
La plainte, ajouta-t-il, guérit-elle son homme ?
Travaillons ; c’est de quoi nous mener jusqu’à Rome.
Un Pâtre ainsi parler ! Ainsi parler ; croit-on
Que le Ciel n’ait donné qu’aux têtes couronnées
              De l’esprit et de la raison,
Et que de tout berger, comme de tout mouton,
              Les connaissances soient bornées ?
L’avis de celui-ci fut d’abord trouvé bon
Par les trois échoués au bord de l’Amérique.
L’un ? c’était le Marchand, savait l’arithmétique :
À tant par mois, dit-il, j’en donnerai leçon.
              J’enseignerai la politique,
Reprit le Fils de roi. Le Noble poursuivit :
Moi, je sais le blason ; j’en veux tenir école :
Comme si devers l’Inde, on eût eu dans l’esprit
La sotte vanité de ce jargon frivole.
Le Pâtre dit : Amis, vous parlez bien ; mais quoi,
Le mois a trente jours ; jusqu’à cette échéance
              Jeûnerons-nous, par votre foi ?
              Vous me donnez une espérance
Belle, mais éloignée ; et cependant j’ai faim.
Qui pourvoira de nous au dîner de demain ?
              Ou plutôt sur quelle assurance
Fondez-vous, dites-moi, le souper d’aujourd’hui ?
              Avant tout autre, c’est celui
              Dont il s’agit : votre science
Est courte là-dessus ; ma main y suppléera.
              À ces mots, le Pâtre s’en va
Dans un bois : il y fit des fagots dont la vent,
Pendant cette journée et pendant la suivante,
Empêcha qu’un long jeûne à la fin ne fit tant
Qu’ils allassent là-bas exercer leur talent.
              Je conclus de cette aventure
Qu’il ne faut pas tant d’art pour conserver ses jours
              Et grâce aux dons de la nature,
La main est le plus sûr et le plus prompt secours

 

Jean de LA FONTAINE (1621-1695).

 

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Une réponse à “Le Marchand, le Gentilhomme, le Pâtre et le Fils de Roi, Jean de LA FONTAINE”

  1. unpeudetao dit :

    - Pâtre : Paysan qui mène paître toutes sortes de bêtes (à la différence du berger qui ne s’ocupe que des moutons).
    - Bélisaire était un grand capitaine, qui ayant commandé les armées de l’empereur (*) et perdu les bonnes grâces de son maître, tomba dans un tel point de misère, qu’il demandait l’aumône sur les grands chemins.
    - (Quoique sous divers points) point : en astronomie : degré ascendant sur l’horizon à la naissance de quelqu’un.
    - Qu’ils allassent là-bas : dans le monde des défunts.

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