14 octobre, 2012

Le Milan et le Rossignol, Jean de LA FONTAINE

Classé dans : — unpeudetao @ 22:04

Après que le Milan, manifeste voleur,
Eut répandu l’alarme en tout le voisinage
Et fait crier sur lui les enfants du village,
Un Rossignol tomba dans ses mains, par malheur.
Le héraut du printemps lui demande la vie :
Aussi bien que manger en qui n’a que le son ?
               Ecoutez plutôt ma chanson ;
Je vous raconterai Térée et son envie.
Qui, Térée ? est-ce un mets propre pour les Milans ?
Non pas, c’était un Roi dont les feux violents
Me firent ressentir leur ardeur criminelle :
Je m’en vais vous en dire une chanson si belle
Qu’elle vous ravira : mon chant plaît à chacun.
               Le Milan alors lui réplique :
Vraiment, nous voici bien : lorsque je suis à jeun,
               Tu me viens parler de musique.
J’en parle bien aux Rois. Quand un roi te prendra,
               Tu peux lui conter ces merveilles.
               Pour un Milan, il s’en rira :
               Ventre affamé n’a point d’oreilles.

 

Jean de LA FONTAINE (1621-1695).

 

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Une réponse à “Le Milan et le Rossignol, Jean de LA FONTAINE”

  1. unpeudetao dit :

    - Térée : roi de Thrace.
    - Me firent ressentir leur ardeur criminelle : On retrouve ici une allusion au texte d’Ovide (Métamorphoses, livre VI) : Progné (ou Procné) avait reçu de son père Pandion le valeureux Térée comme époux. Celui-ci viola Philomèle, soeur de Progné (ce que La Fontaine évoque ici en écrivant : Je vous raconterai Térée et son envie), et lui coupa la langue pour la faire taire. Elle réussit à avertir Progné en brodant son histoire sur une tapisserie. Progné fit manger à Térée son propre fils Itys pour se venger. Les dieux sauvèrent les deux soeurs de la vengeance de Térée en métamorphosant Progné en rossignol et Philomèle en hirondelle. Térée fut transformé en huppe.
    - un mets propre : convenable.
    - Ventre affamé n’a point d’oreilles : proverbe ancien qui remonte à l’Antiquité et se retrouve chez Rabelais : L’estomac affamé n’a point d’oreilles, il n’ouït goutte.

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