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19 septembre, 2010

Dithyrambe à la jeunesse, Adam Mickiewicz

Classé dans : — unpeudetao @ 7:18

Les peuples ! que sont-ils ? des squelettes aux fers.
Jeunesse ! attache-moi tes ailes,
Que j’aille dominer ce caduc univers
Du haut des voûtes éternelles.
Là, vit l’illusion, brille le merveilleux ;
L’enthousiasme est là, qui seul de fleurs nouvelles
Inonde nos terrestres lieux ;
Par lui l’espérance rayonne ;
De traits d’or sa main la couronne.
Que celui qui, par l’âge, a le front sillonné,
Et tristement le penche vers la terre,
Reste dans le cercle borné
Que lui décrit sa débile paupière.

 

Mais toi, jeunesse ! ô toi ! que ton vol soit porté
Où plane l’aigle altier ; de ta perçante vue,
Comme un trait du soleil, pénètre l’étendue
Des sphères de l’humanité.
Au-dessous de tes pieds, vois une brume épaisse
Obscurcir cette masse offerte à tes regards,
Cette masse que la bassesse
Semble, comme un torrent, noyer de toutes parts :
Voilà la terre. Sur ses livides eaux, vois-tu bien surnager
Certain reptile affreux qu’une coquille enserre ;
Navire en même temps, gouvernail et nocher,
Pourchassant devant lui de plus petits reptiles,
Il s’élance tantôt sur les vagues mobiles,
Tantôt il plonge au fond. La tempête jamais
Ne s’occupe de lui, ni lui de la tempête,
Et le monstre surnage.. Mais
Voici qu’un récif lui fait tête ;
Il va se briser en éclats,
Et marquer aux enfers la place au despotisme; Aucun ne sut sa vie ainsi que son trépas :
C’est l’Égoïsme.

 

Le nectar de la vie est pour moi sans douceurs,
Quand, à vider sa coupe, isolé, je m’oublie.
La joie aux doux transports n’abreuve point les coeurs,
À moins que de ses noeuds l’amitié ne les lie.

 

Rallions-nous, jeunes amis !
Que le bonheur de tous soit notre point de mire.
Enthousiasme saint, toi seul viens nous conduire :
Pour être forts, soyons unis.

 

Rallions-nous. Envions la mémoire
De celui qui tomba sous l’oeil de la Victoire ;
Du trépas héroïque il fut un des élus,
Et, vers le temple de la gloire,
Son cadavre est pour nous un échelon de plus.

 

Rallions-nous. Mort à la servitude !
Si le chemin est difficile et rude,
Et si la violence avec la lâcheté
En disputent l’entrée.. aux armes ! résistance !
Que sous nos coups pressés tombe la violence,
La lâcheté ! Terrassons, dès l’enfance,
Le monstre, en bégayant le nom de Liberté.

 

Celui qui de sa main étouffa la vipère,
Enfant encore au berceau,
Jeune homme, du lion revêtira la peau,
Ramènera sur la terre
Des mortels dévoués au séjour infernal,
Cueillera dans l’Olympe un laurier triomphal.
Où le regard est vain, toi, pénètre, jeunesse,
Romps ce que la raison sans toi ne romprait pas ;
Tu surpasses l’aigle en vitesse :
Comme la foudre, sont tes bras !

 

Rallions-nous. Que nos mains enlacées
D’indissolubles noeuds ceignent le monde entier ;
Concentrons, en un seul foyer,
Nos sentiments, nos esprits, nos pensées.
Vieil univers ! sors de tes fondements ;
Viens, que nous te poussions dans des routes nouvelles ;
Allons, dépouille, il en est temps,
Une écorce pourrie ; il faut que tu rappelles
Les jours fleuris d’un éternel printemps.

 

Quand tout était chaos et ténèbres profondes,
Qu’au choc des éléments tout vint à s’ébranler,
Arrêtez ! s’écria l’architecte des mondes..
Les mondes sur leur axe apprirent à rouler,
L’ouragan à mugir, les ondes à couler,
Et la voûte des cieux se parsema d’étoiles.
De même, l’ignorance avait d’épaisses voiles
Couvert l’humanité. Dans cette nuit d’horreur,
Les passions luttaient. Mais d’un feu créateur,
Jeunesse, dans ton sein couvait une étincelle,
Qui ne cessait de te brûler.
Au monde qui se renouvelle,
L’amour est venu la souffler,
Et l’Amitié l’assied sur sa base éternelle.

 

Le rempart de glace est détruit,
Les préjugés grossiers font place à la lumière.
Et de la Liberté l’aurore enfin qui luit,
D’un soleil de beaux jours présage la carrière.

 
Adam Mickiewicz, Pologne, 1798-1855, « Dithyrambe à la jeunesse ».
Traduit par Boyer-Nioche 1831, Paris, Société polonaise des Amis du livre, 1929

 

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