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12 juin, 2013

D’où vient la violence ? Un monde qui vit dans sa bulle Rabbin Michael LERNER (Extrait)

Classé dans : — unpeudetao @ 3:31

[..] Quand la violence devient si répandue partout dans la planète, il est trop facile de parler tout simplement « d’esprits dérangés ». Nous avons besoin de nous demander, « qu’y a-t-il dans la façon dont nous vivons, organisons nos sociétés et nous traitons les uns les autres qui fait que la violence semble plausible à tant de personnes ? » [..]

 

Nous pouvons bien nous dire que la violence actuelle n’a « rien à faire » avec la façon dont nous avons appris à fermer nos oreilles quand on nous dit qu’une personne sur trois, sur cette planète, n’a pas assez à manger et qu’un milliard de personnes sont littéralement affamés. Nous pouvons nous rassurer que l’accaparement des ressources du monde entier par la société la plus riche de l’histoire du monde et nos tentatives frénétiques d’accélérer la mondialisation malgré les inégalités économiques qui l’accompagnent, n’ont aucun rapport avec le ressentiment que d’autres éprouvent à notre égard. Nous pouvons nous dire que la souffrance des réfugiés et des opprimés n’a rien à voir avec nous – que c’est une toute autre histoire qui se passe quelque part ailleurs.

 

Mais nous vivons dans un monde de plus en plus interconnecté avec chacun et les forces qui jettent les gens dans l’humiliation, la colère et le désespoir en fin de compte frappent nos propres vies quotidiennes.

 

La même incapacité à sentir la douleur des autres est la pathologie qui forme l’esprit de ces terroristes. Elevez des enfants dans des circonstances où personne ne s’occupe d’eux, où ils doivent vivre en mendiant ou en vendant leurs corps dans la prostitution, mettez-les dans des camps de réfugiés et dites-leur qu’ils n’ont « aucun droit de retour » dans leurs maisons, traitez-les comme s’ils avaient moins de valeur et méritaient moins de respect parce qu’ils font partie de quelque groupe national ou ethnique méprisé, entourez-les de médias qui vantent les riches et obligent tous ceux qui ne sont pas économiquement prospères, physiquement « en forme » et conventionnellement « beaux » à se sentir mal dans leur peau, offrez-leur des emplois dont le seul but est d’enrichir « le compte en banque » de quelqu’un d’autre et apprenez-leur que « chercher la première place » est la seule chose qui compte « vraiment » et que ceux qui croit à l’amour et à la justice sociale ne sont tout simplement que de naïfs idéalistes qui sont destinés à toujours rester impuissants et vous produirez, à l’échelle planétaire, une population de gens qui se sentent déprimés, irrités, incapables de se soucier des autres, et, de façons diverses, dérangés. [..]

 

Nous avons limité notre propre attention à « réussir » ou « gagner » dans nos propres vies personnelles et qui a le temps pour se concentrer sur tout le reste de cette  situation ? La plupart d’entre nous mènent des vies parfaitement raisonnables dans les limites des options qui nous sont ouvertes – pourquoi les autres devraient-ils être fâchés contre nous, pire, pourquoi nous attaqueraient-ils ? Et, à dire vrai, notre colère aussi est compréhensible : les actes de terreur par lesquels d’autres nous frappent sont aussi irrationnels que le système mondial qu’ils cherchent à affronter. Et pourtant, nos actes de contre-terreur seront tout aussi contre-productifs. Nous aurions dû apprendre de la phase actuelle de la lutte entre Israël et les Palestiniens, que répondre à la terreur par plus de violence, au lieu de nous demander nous-mêmes ce que nous pourrions faire pour changer les conditions qui l’ont produite en premier lieu, ne fera que susciter encore plus de violence contre nous dans l’avenir.

 

Heureusement, la plupart des gens ne s’abandonnent pas à  la violence – ils ont plutôt tendance à s’auto-détruire, se noyant dans l’alcool ou les drogues ou le désespoir personnel. D’autres se tournent vers des religions fondamentalistes ou l’extrémisme ultra-nationaliste. D’autres encore se mettent à agresser les gens qu’ils aiment, par un comportement coléreux et brutal envers leurs enfants ou leurs conjoints.

 

C’est un monde qui a perdu contact avec lui-même, rempli des gens qui ont oublié comment reconnaître et répondre au sacré les uns dans les autres parce que nous sommes si habitués à estimer les autres en fonction de ce qu’ils peuvent faire pour nous, et de la façon dont nous pouvons les utiliser à notre service. Les alternatives sont dramatiques : ou bien commencez à vous soucier du destin de chacun sur cette planète ou bien soyez prêts à glisser rapidement vers une violence qui finira par dominer nos vies quotidiennes. [..]

 

Rabbin Michael Lerner, TIKKUN Magazine, septembre 2001.

 

Traduction de l’anglais par J.M. Gaudeul,
http://www.le-sri.com

 

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