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26 mars, 2011

Le navire, Émile VERHAEREN

Classé dans : — unpeudetao @ 6:31

 

Nous avancions, tranquillement, sous les étoiles ;
La lune oblique errait autour du vaisseau clair,
Et l’étagement blanc des vergues et des voiles
Projetait sa grande ombre au large sur la mer.

 

La froide pureté de la nuit embrasée
Scintillait dans l’espace et frissonnait sur l’eau ;
On voyait circuler la grande Ourse et Persée
Comme en des cirques d’ombre éclatante, là-haut.

 

Dans le mât d’artimon et le mât de misaine,
De l’arrière à l’avant où se dardaient les feux,
Des ordres, nets et continus comme des chaînes,
Se transmettaient soudain et se nouaient entre eux.

 

Chaque geste servait à quelque autre plus large
Et lui vouait l’instant de son utile ardeur,
Et La vague portant la carène et sa charge
Leur donnait pour support sa lucide splendeur.

 

La belle immensité exaltait la gabarre,
Dont l’étrave marquait les flots d’un long chemin.
L’homme qui maintenait à contrevent la barre
Sentait vibrer tout le navire entre ses mains.

 

Il tanguait sur l’effroi, la mort et les abîmes,
D’accord avec chaque astre et chaque volonté,
Et, maîtrisant ainsi les forces unanimes,
Semblait dompter et s’asservir l’éternité.

 

Émile VERHAEREN (1855-1916).
Recueil : Les rythmes souverains.

 

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