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7 avril, 2012

Et j’ai dit à mon propre espoir, Benjamin Fondane

Classé dans : — unpeudetao @ 17:27

 

Et j’ai dit à mon propre espoir : Que me veux-tu ?
Pourquoi me harceler sans cesse ?
Cette terre me plaît aux entrailles douces
ce nuage d’été se pose dans mes yeux
comme un sanglot de joie,
ces lignes qui descendent et montent,
c’est le monde
ces lampes qui s’allument et meurent
c’est l’esprit,

 

ces boeufs au souffle lourd derrière les comptoirs
ce sont pourtant mes frères,
la ville souffre à présent comme une femme en gésine
mais patiente un peu : dans une heure au plus tard
sa danse jaillira dans le sang des hommes,
si puissante, si dévorante,
que la mort passera juste à côté du temps.

 

La fête de la chair commencera bientôt,
cette chair qui me plaît, aux entrailles douces,
le long des quais, des gens la tête sur la pierre
de moitié dans l’esprit qui souffle des égouts
seront visités par des voix,
et chacun mangera son rêve quotidien.
Dans les taudis, la nuit venue,
chacun aura sur sa poitrine
le beau lingot d’un songe d’or
et un billet aller-retour pour un voyage
salué des mouettes,
vieilles dentelles de Venise..
Et tandis que la mort prendra les escaliers
pour fermer ci et là quelques paupières lourdes
la musique partout giclera comme le sang
si puissante, si dévorante,
si près des puretés anciennes,
que nous pénétrerons sans crainte et sans nausée
dans l’eau tranquille de la mort.

 

Benjamin Fondane (1898-1944).

 

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