2 juillet, 2009

001 – 005

Classé dans : — unpeudetao @ 7:09

 

Voici les paroles du Secret,
Jésus, le Vivant, les a révélées,
Didyme Jude Thomas les a transcrites.

 

 

 
1. Il disait :
Celui qui se fera l’herméneute de ces paroles
ne goûtera plus de mort.

2. Jésus disait :
Que celui qui cherche,
soit toujours en quête
jusqu’à ce qu’il trouve
et quand il aura trouvé,
il sera dans le trouble,
ayant été troublé, il s’émerveillera
il régnera sur le Tout.

 

 

 

3. Jésus disait :
Si ceux qui vous guident affirment : voici,
le Royaume est dans le Ciel,
alors les oiseaux en sont plus près que vous ;
s’ils vous disent : voici,
il est dans la mer,
alors les poissons le connaissent déjà…
Le Royaume : il est à l’intérieur de vous,
et il est à l’extérieur de vous.
Quand vous vous connaîtrez vous-même, alors vous serez connus et vous connaîtrez que vous êtes les fils du Père, le Vivant ;
mais si vous ne vous connaissez pas vous-même, vous êtes dans le vain, et vous êtes vanité.

 

 

 

4. Jésus disait :
Le vieillard n’hésitera pas à interroger l’enfant de sept jours à propos du Lieu de la Vie, et il vivra.
Beaucoup de premiers se feront derniers et ils seront Un.

 

 

 

5. Jésus disait :
Reconnais ce qui est devant ton visage
et ce qui t’est caché te sera dévoilé.
Il n’y a rien de caché qui ne sera manifesté.

5 réponses à “001 – 005”

  1. unpeudetao dit :

    Commentaire de Jean-Yves LELOUP :

    Logion 1.

    L’herméneutique ou l’art d’interpréter une parole est plus que de l’exégèse, qui se borne souvent à resituer une parole dans son contexte, à en analyser la structure, mais qui oublie de chercher le Sens. C’est mesurer l’épaisseur de la coquille et oublier de goûter l’amande.
    L’herméneute a soif de Sens. Il ne s’attache pas aux couleurs de la cruche. Il boit à la Source, contenue dans ces paroles. Se faire l’herméneute des logia de Jésus, c’est ne faire qu’Un, ne serait-ce qu’un moment, avec le Sens. Ce moment d’unité réveille en nous la Présence de l’Incréé, on goûte quelque chose qui est au-delà de « ce qui nous compose et qui sera décomposé ». On est au-delà de la mort.
    Il y a différentes façons d’interpréter un morceau de musique. L’interprète peut parfois trahir le compositeur par manque d’inspiration ou parce qu’il utilise un mauvais instrument. Dans l’art de l’herméneutique, il importe donc de veiller sur l’esprit avec lequel nous interprétons la parole… Est-il accordé, « en résonance » avec le Vivant qu’il cherche à traduire ? Il s’agit également d’avoir un bon instrument, un coeur et une intelligence affinés, capables de percevoir toutes les harmoniques de ce texte subtil.
    Le grand musicien, c’est celui qui, après de longues gammes, oublie qu’il interprète. Il ne fait qu’Un avec l’inspiration qui animait le compositeur, et la musique se joue à travers lui.
    Jésus s’est fait l’herméneute de l’Amour et de la Vie, non seulement en paroles, mais en actes véritablement. Il a fait de l’exégèse avec sa chair et son sang, avec son rire et ses larmes, et ceux qui avaient des yeux pour voir, ont vu en Lui le Vivant.

  2. unpeudetao dit :

    Commentaire de Jean-Yves LELOUP :

    Logion 2.

    Ce logion décrit les étapes principales de la gnose et constitue un véritable itinéraire initiatique.
    La première étape, c’est la quête (chercher); la seconde, c’est la découverte (trouver) ; la troisième, c’est le trouble et le bouleversement que produit cette découverte; la quatrième, c’est l’étonnement, l’émerveillement ; la cinquième, c’est le règne, la présence du Tout.
    Le manuscrit d’Oxyrhynque (654 n°1), Clément d’Alexandrie (Stromates II) et l’Évangile de Philippe précisent l’étape ultime de cet itinéraire, en lien avec le règne sur le Tout : le grand Repos (se reposer).
    Il convient de dire quelques mots sur chacune de ces étapes.

    1 : Chercher.

    Que celui qui cherche soit toujours en quête : la vérité se cache pour être trouvée. Dieu, comme le dit le prophète, est « un Dieu caché », pour nous inviter au « grand jeu », à la quête.
    Un vieux rabbin essayait de faire comprendre cela à son petit-fils : « Lorsque tu joues à cache-cache avec un ami, imagine son attente et sa peine, s’il se cache et que toi, tu ne le cherches plus ! »
    Dieu se cache et nous ne le cherchons plus, nous nous sommes mis hors du jeu divin. Notre vie pourtant n’a de sens qu’à l’intérieur de ce jeu, de cette quête.
    Toute l’histoire d’Israël n’est-elle pas l’histoire de ce jeu de cache-cache d’un peuple avec son Dieu ?
    Le premier pas sur le chemin de l’initiation, c’est donc de retrouver le désir du jeu, le goût de la quête, se faire chercheur, et lorsqu’on a trouvé, demeurer toujours en quête afin de découvrir sans cesse de nouvelles profondeurs dans ce qui a été découvert.

    2 : Trouver.

    Chercher d’une certaine manière, c’est déjà avoir trouvé. On désire quelque chose que l’on connaît déjà, sinon d’où nous en viendrait l’idée ? Nous avons tous connu des « moments étoiles » dans notre existence qui témoignent, quelle que soit l’épaisseur de notre nuit, que « la lumière existe ».
    « Tu ne me chercherais pas si tu ne m’avais déjà trouvé. »
    Ainsi, le mouvement même de la quête, c’est de s’ouvrir davantage à ce qui est déjà présent, mais que nous ne connaissons pas assez « Il y a au milieu de vous quelqu’un que vous ne reconnaissez pas », disait Jean-Baptiste aux disciples.
    Il y a au milieu de vous une présence à reconnaître et à affirmer. Chercher-trouver, c’est s’ouvrir davantage à ce qui, depuis toujours, nous est donné.

    3 : Être troublé, bouleversé.

    Cette reconnaissance de l’Être nous trouble, nous bouleverse. L’éveil à cette autre dimension remet en question notre vision ordinaire ou « normosée » du monde.
    Lorsque, en physique quantique, on découvre qu’un objet est à la fois présent et absent, onde et particule, l’intelligence est troublée, sa logique et sa cohérence ordinaires ne suffisent plus à expliquer le phénomène.
    L’expérience de l’Être est une remise en question de notre vision du réel, conditionnée par l’instrument conceptuel à travers lequel nous pensons le saisir. Cette relativisation de nos modes de connaissance habituels ne va pas sans trouble, sans bouleversement, et pourtant, si nous acceptons cela comme une étape dans le processus évolutif de notre conscience, nous sommes conduits peu à peu vers l’émerveillement.

    4 : Être émerveillé.

    L’évêque Grégoire de Nysse, au IVe siècle, disait déjà que « les concepts créent les idoles de Dieu, seul l’émerveillement peut nous en dire quelque chose ».
    Les philosophes voyaient dans l’étonnement et l’émerveillement le commencement de la Sagesse. Einstein, plus proche de nous, dira : « Il n’y a que les imbéciles qui ne s’émerveillent pas » (les imbéciles : ceux qui croient savoir et qui s’arrêtent dans leur quête). Plus on découvre, plus on s’émerveille. Le merveilleux, ce n’est pas le féerique, l’imaginaire. Le merveilleux, pour Einstein, c’est que par moment, le monde soit compréhensible, qu’il y ait cette possibilité d’un accord, d’une « résonance », entre notre intelligence, nos sentiments et le Cosmos, comme s’ils étaient animés d’une même conscience. Ayant éprouvé cela, on entre alors dans le mystère de ce qui règne sur le Tout.

    5 : Régner sur le Tout.

    On ne se perçoit plus séparé du monde, mais comme un des lieux possibles où l’Univers prend conscience de lui-même. On ne fait plus qu’Un avec ce qui règne sur le Tout. C’est le même Esprit, le même Souffle, la même Énergie qui me traverse et qui fait vibrer les montagnes (« Elles sautent comme des agneaux », disait le psalmiste, un physicien contemporain ne dirait pas le contraire). L’intelligence qui pense en moi fait aussi fleurir les champs et chanter l’oiseau. La vie qui coule dans les veines de l’enfant n’est pas étrangère à la sève qui fait grandir les arbres…
    Je ne me perçois plus moi-même que comme une expression particulière parmi d’autres de ce Tout qui est Un, et alors, dans l’interconnexion vécue de toutes choses, je connais l’immensité et le repos.

    6 : Se reposer.

    Le thème du Shabbat est important chez les juifs. Après le temps du travail, du faire et de l’avoir, il faut prendre le temps de l’être, s’asseoir devant Dieu. Être seulement.
    Le thème du repos est également important chez les gnostiques. L’intelligence et le coeur unifiés dans cette conscience qui anime toutes choses peuvent se reposer. Ce qui apparaissait auparavant comme « contradictoire ou opposé » se révèle désormais comme complémentaire ; il y a passage au-delà de la dualité. On découvre les reflets multiples dans tous les étangs du monde, d’une lune unique.
    Cette non-dualité vécue, c’est la paix, le repos, but sans cesse recherché à toutes les étapes de ce cheminement initiatique où il. faut se garder en quête, ne pas avoir peur du trouble, être émerveillé et faire de cet étonnement et de ce repos son séjour.

  3. unpeudetao dit :

    Commentaire de Jean-Yves LELOUP :

    Logion 3.

    Avant de définir ce qu’est le Royaume, il convient de se poser la question : « Qu’est-ce qui règne sur nous ? », notre passé, notre inconscient, l’environnement, une passion ou une idée quelconque ?
    Le Royaume, c’est le Règne de l’Esprit en nous, dans toutes nos facultés ; ce n’est plus seulement notre ego avec ses mémoires, ses craintes, ses désirs qui règne sur nous, c’est l’Esprit même du Vivant qui nous anime.
    Ce logion nous indique que le Royaume, la Présence de l’Esprit de Dieu en nous, n’est pas à chercher à l’intérieur seulement ou à l’extérieur seulement; il nous invite à sortir de la dualité qui est le climat de notre conscience ordinaire.
    Le climat dualiste des oppositions, des conflits, des exclusions… On connaît par exemple les difficultés que peut créer une phrase comme : « Hors de l’Église, pas de salut » ; il y a ceux qui sont dehors et ceux qui sont dedans, et quand le terme « Église » est pris dans un sens institutionnel, cela fait beaucoup de monde « dehors », beaucoup d’inaptes au salut… Saint Augustin pressentait les limites de ce langage dualiste lorsqu’il affirmait : « Il y a beaucoup de gens qui, se disant dans l’Église, sont en réalité au-dehors parce qu’ils ne pratiquent pas l’amour et la vie du Christ et beaucoup de gens que l’on dit « au-dehors » sont en réalité au coeur de l’Église parce qu’ils pratiquent l’amour et la vie du Christ. »
    Par ailleurs, toute extériorité est une intériorité, ce qui est hors de nous est à l’intérieur d’un espace plus vaste. Une maison est à l’ »intérieur » d’une ville qui est elle-même à l’intérieur d’un pays, etc. et toute intériorité est habitée par l’extérieur, que ce soit notre respiration, nos pensées (les mots, les paroles des autres), nos désirs intimes (« L’homme est désir du désir de l’autre »), etc.
    On pressent la sagesse de ce langage non duel : si l’Évangile disait seulement : « Le Royaume est à l’intérieur de vous », on privilégierait les expériences, les méditations intérieures. Il serait alors préférable de fuir le monde, de fermer les yeux à ce qui nous entoure. Le bonheur ne serait que spirituel, nous serions séparés de notre moitié charnelle. La matière, le monde, les autres ne seraient que tentation et menace rôdant autour de notre être essentiel.
    Si l’Évangile disait : « Le Royaume est à l’extérieur de vous, c’est ton prochain, c’est la transformation du monde », alors cela serait péché de s’asseoir, de faire silence et d’écouter le Vivant qui chante dans le coeur…
    Or, l’Evangile nous dît : le Royaume ne vous rendra pas schizophrène, « il est à l’intérieur de vous et il est à l’extérieur de vous ». Il s’agit de ne rien opposer, de tenir ensemble le dedans et le dehors. Ce n’est pas si facile, mais cela donne de la surface et de la profondeur à toutes choses. Cela transforme le regard. Il nous faut désormais « voir » le dedans et le dehors de tout ce que nous rencontrons. D’abord respecter la peau, la forme, les particularités de ce qui nous entoure, la Présence de l’Être est là. Il ne s’agit plus de fermer les yeux aux apparences mais il ne s’agit pas non plus de s’y enfermer. Essayer de sentir l’intériorité de tout ce qui existe, sa profondeur, voir tout ce qu’il y a d’invisible dans le visible, tout ce qu’il y a de silencieux dans la parole que nous entendons, tout ce qu’il y a d’impalpable dans ce que nous touchons… Cette attitude développe un état d’éveil particulier dans le quotidien. « Notre ascèse, c’est la conformité, le miracle notre pain de chaque jour », disent les gnostiques…
    Lorsque nous écoutons une musique et qu’un certain silence se fait en nous, le silence, le son ne s’excluent pas. Au contraire, ils vivent leurs noces. C’est un moment de Royaume, de Présence- totale.
    Toucher quelqu’un avec amour, avec intériorité, c’est à la fois très sensible, très sensuel et pourtant une autre dimension peut être présente. « Celui qui est charnel, l’est jusque dans les choses de l’Esprit ; celui qui est spirituel, l’est jusque dans les choses de la chair », disait encore saint Augustin. Aimer son prochain comme soi-même, comme intérieur à soi-même et pourtant ne pas « le réduire à soi », telles sont les conditions d’une véritable relation.
    L’amour est respect de l’altérité et de l’identité; de l’unité et de la différence. S’il n’y avait qu’altérité-extériorité, il n’y aurait pas de communion possible. Nous resterions dans la séparation, l’incommunicabilité. S’il n’y avait qu’identité-unité, il n’y aurait pas non plus de relation possible, mais fusion-mélange. La différence, c’est l’espace même pour que la relation soit possible. « Si je n’étais pas autre que toi, comment pourrais-je t’aimer et aller plus loin que moi ? »
    Ainsi, travailler à la venue du Règne de Dieu c’est dans un double mouvement intérioriser toutes choses, spiritualiser la matière, et c’est extérioriser, manifester l’Esprit qui nous habite, l’incarner dans l’espace et le temps, la société, les situations qui sont les nôtres. Le Royaume n’est ni en haut, ni en bas, ni à droite, ni à gauche, ni au-dedans, ni au-dehors… Il est la hauteur, la profondeur, la largeur, l’épaisseur, le dedans, le dehors, l’intériorité, l’extériorité. Il est la totalité de ce qui est et de ce que nous sommes.
    Le gnostique, c’est l’homme entier qui n’exclut aucune partie de lui-même. Telle est la véritable connaissance de soi, qui n’est pas seulement connaissance de l’âme ou d’un « petit moi » enfermé dans un « sac de peau », mais prise de conscience de toutes les dimensions de notre être.
    Dans cette prise de conscience, nous découvrons « que nous sommes connus », c’est ce dont nous parle la seconde partie de ce logion, au plus intime de nous-même, dans le mouvement même d’intégration de tout ce que nous sommes, nous découvrons l’Autre qui nous fonde (de nouveau, nous découvrons l’extérieur à l’intérieur d’un point de vue métaphysique cette fois).
    Ainsi, se connaître, c’est se découvrir connu. C’est découvrir qu’en tout acte de connaissance, il y a participation à une Intelligence qui se communique à travers nous et qui nous donne de participer à sa Lumière.
    Aimer, c’est se découvrir aimé. C’est découvrir qu’en tout acte d’amour, il y a participation à un Amour qui se donne à nous, qui nous donne de participer à sa Vie. C’est en ce sens que saint Jean pourra dire : « Quiconque aime, Dieu demeure en lui et lui demeure en Dieu, car Dieu est Amour. » C’est toujours une grâce de pouvoir aimer, ne serait-ce qu’un chien, qu’une fleur… « L’enfer, c’est de ne pas aimer », de ne plus pouvoir aimer.
    Se connaître, connaître qu’on est connu, c’est aussi se découvrir engendré, fils du Vivant, flamme du Feu, fils du Vent. Ne pas se connaître, c’est passer à côté de soi-même, c’est se manquer et c’est être dans le vain, de la buée, un souffle qui s’efface, c’est être vanité.

  4. unpeudetao dit :

    Commentaire de Jean-Yves LELOUP :

    Logion 4.

    Nous sommes vieux, certains disent que nous avons plusieurs milliards d’années dans nos cellules, dans notre paléoencéphale nous gardons la mémoire de l’humanité. L’Évangile selon Thomas rappelle au vieil homme qu’il doit interroger l’enfant, que la véritable connaissance n’est pas accumulation de savoirs mais fraîcheur du regard, innocence du coeur.
    L’enfant est plus proche du Lieu de la Vie, il n’est pas encore totalement dans la dualité, ni vraiment séparé de sa mère et du monde. Ainsi peut-on l’interroger sur l’origine, le commencement.
    Le vieillard sait que sa fin sera comme son commencement. Quel était notre visage avant notre naissance ? C’est la même question que : « Quel sera notre visage après notre mort ? » L’enfant a encore son visage d’éternité, de source tranquille, pas encore vraiment sexué, image de l’Androgyne primordial. Ainsi, on le pressent, l’enfant de sept jours symbolise l’initié, celui sur qui reposent les sept dons de l’Esprit, qui a réalisé en lui l’union des contraires, qui tient ensemble le commencement et la fin. Il symbolise également le retour à l’état de non-conditionnement, car, c’est à l’âge de huit jours qu’il était circoncis, recevant de cette façon le signe de son appartenance à une religion et à une société.
    Quel que soit notre âge, notre vieillesse, le poids de nos mémoires, l’Évangile nous invite à nous souvenir de cet Enfant qui est en nous, l’Enfant Divin, l’inconditionné : le laisser vivre, il posera sur le monde le regard frais et joyeux de la Source.
    « Se faire le dernier. » Ce verset de l’Évangile n’est pas sans rappeler Lao Tseu qui conseille à l’homme l’art d’être inutile, « sans usage », ne pas prétendre savoir, simplement observer, être le témoin tranquille de ce qui est. La gnose véritable est un grand désencombrement : On se décharge des mots et des concepts inutiles afin que l’esprit redevienne pur miroir, regard d’enfant : Le lac oublié au fond de la forêt, là où nul ne se baigne et qui reflète la lune impeccable, sans une ride.

  5. unpeudetao dit :

    Commentaire de Jean-Yves LELOUP :

    Logion 5

    « Admire les choses qui sont devant toi ! » : c’est, selon Clément d’Alexandrie qui cite les traditions de Matthias, le premier degré de la connaissance véritable (Stromates II. IX. 45).
    La gnose n’est pas une grille, une idéologie de plus, à travers laquelle il nous faudrait lire et comprendre le monde. C’est au contraire ouvrir les yeux à ce que l’on voit, à ce qui est devant nous, ne pas chercher ailleurs. Le Ciel, le Royaume. Dieu est là où je suis. Où n’est-il pas ? « L’oeil dans lequel je vois Dieu est l’oeil même dans lequel Dieu me voit : mon oeil et l’oeil de Dieu ne sont qu’un oeil, et une vision et une connaissance et un amour », disait maître Eckart. Les choses ne sont pas cachées, elles sont évidentes. Ce sont nos yeux qui sont voilés, épais, chargés de mémoires, d’à priori qui défigurent ce qui est devant notre visage.
    On connaît l’histoire de saint Paul, le jour où des écailles tombèrent de ses yeux et où il put reconnaître dans ces hommes qu’il persécutait le Christ vivant lui-même. Ou encore les disciples au mont Thabor : la liturgie byzantine nous rappelle que ce n’est pas le Christ qui fut transformé mais que ce furent les yeux des disciples qui devinrent alors capables de le voir « tel qu’il Est ».
    La gnose est un long travail de reconnaissance, de découverte, de ce qui est devant notre visage, à force de pureté du regard et d’attention à ce qui est. La conséquence de cette attention, c’est que nous devenons ce que nous regardons, nous devenons ce que nous aimons.
    D’où l’importance du regard en profondeur qui perçoit ce qu’il y a de meilleur dans tous les êtres : ne pas s’attarder aux grimaces, contempler le visage.
    « L’homme est un miroir libre », disaient les pères. S’il regarde le chaos, il reflétera le chaos ; s’il regarde la lumière, il deviendra lumière.
    Dans la continuité de ce logion, nous pourrions également citer un autre texte de Nag-Hammadi :

    « Il est impossible que quelqu’un voie la réalité immuable et qu’il ne devienne comme elle. L’homme dans ce monde voit le soleil pourtant, il ne devient pas soleil.
    Mais toi tu as quelque chose de ce lieu-là et tu es devenu cela (Cf. le Ta twam Asi, « Tu es cela », de la tradition hindoue.)
    Tu as vu l’Esprit et tu es devenu l’Esprit
    Tu as vu le Christ et tu es devenu le Christ
    Tu as vu le Père et tu es devenu le Père. »
    (Évangile de Philippe N. H. II, 3 61 ; 20, 32.)

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