2 juillet, 2009

006 – 009

Classé dans : — unpeudetao @ 7:28

6. Ses disciples l’interrogeaient ainsi :
Faut-il jeûner ? Comment prier ? Comment faire l’aumône ?
Que faut-il observer en matière de nourriture ?
Jésus disait :
Arrêtez le mensonge,
ce que vous n’aimez pas, ne le faites pas ;
vous êtes nus devant le Ciel,
ce que vous cachez, ce qui est voilé,
tout sera découvert.

 

 

 

7. Jésus disait :
Heureux le lion que l’homme mangera ;
le lion deviendra homme.
Malheureux l’homme que le lion mangera,
l’homme deviendra lion.

 

 

 

8 : Jésus disait :
L’homme est semblable à un pêcheur avisé
qui jeta son filet à la mer.
Quand il le retira, il contenait une multitude de petits poissons.
Parmi eux il en trouva un, beau et grand,
il le choisit sans hésiter et il rejeta tous les petits poissons à la mer.
Que celui qui a oreilles pour entendre, entende !

 

 

 

9 : Jésus disait :
Voici que le semeur sortit.
Sa main était pleine de semences et il sema.
Certaines tombèrent sur le chemin,
nourriture pour les moineaux.
D’autres tombèrent parmi les épines,
elles étouffèrent la semence et le ver la mangea.
D’autres tombèrent dans la rocaille.
Là, elles ne pouvaient prendre racine ;
d’autres tombèrent sur une terre excellente
et il se leva un beau fruit vers le Ciel.
Elles produisirent soixante par mesure et cent Vingt par mesure.

Une réponse à “006 – 009”

  1. unpeudetao dit :

    Logion 6
    La question des disciples porte sur les trois éléments classiques de l’ascèse religieuse : le jeûne, la prière, l’aumône, c’est la question classique que peut se poser tout homme de bonne volonté. « Que faut-il faire ? » Jésus semble nous dire ici que ce n’est pas la première question à poser. Avant de faire ceci ou cela, il faut être et ce qui importe ce n’est pas tant ce que nous faisons mais la manière dont nous le faisons, celle-ci dépendant de la qualité et de la sincérité de notre être. Il nous met en garde ainsi contre la présomption de nous croire justifiés par nos oeuvres.
    Il existe également une forme de « matérialisme spirituel » dénoncée par les sages de toutes les traditions. L’ego est en effet un singe malin ; il peut se servir du jeûne, de la prière, de l’aumône, d’une certaine façon de se nourrir, pour se confirmer et s’enfler dans sa vanité. C’est le pharisaïsme. Ce désir de paraître « juste » aux yeux des autres alors que l’intérieur est pourri. Dans les Évangiles canoniques Jésus se montre beaucoup plus violent contre ces pseudo-spirituels : « Vous nettoyez l’extérieur de la coupe, l’intérieur est rempli de rapines, de médisances… sépulcres blanchis. »
    Dans l’Évangile selon Thomas, Jésus se contente de dire : « Arrêtez le mensonge », ne vous racontez pas d’histoires, ne jouez pas aux purs, aux saints, aux parfaits. Soyez ce que vous êtes, arrêtez le bluff, n’entretenez pas la dualité entre l’Être et l’apparence.

    « Ce que vous n’aimez pas, ne le faites pas. » Ou encore : « Ce que vous n’aimez pas que les autres vous fassent, ne le faites pas non plus à autrui, voilà la Loi et les prophètes. »

    « Vous êtes nus devant le ciel. »
    On ne peut pas se mentir indéfiniment à soi-même, vient le jour où ce que nous sommes est révélé. Tous nos secrets desseins mis au jour, ce jour est béni, dans la clarté crucifiante de notre néant, l’Être essentiel peut se manifester. L’ego cesse ses simagrées spirituelles. Le Soi, nu enfin, se révèle.
    En attendant, ce logion nous rappelle que nos actes ne valent que par l’amour et la qualité de Présence qu’on y met. Tout ce qu’on fait sans amour est du temps perdu. Tout ce qu’on fait avec amour est de l’Éternité retrouvée, car, nous dit l’apôtre, « tout disparaîtra »…
    « L’Amour seul ne passera jamais. »

    Logion 7
    Certains voient dans ce lion que l’homme peut manger ou qui peut manger l’homme une image de la libido, de la pulsion vitale. La dominer : « la manger ». L’assimiler signifierait alors l’humaniser. La transformer en force d’amour. Par contre on peut être manipulé par elle, être mangé, conditionné par cette même libido et on devient alors son esclave.
    Le lion dans la pensée gnostique, c’est davantage l’ego ou le mental qui nous occupe et qui « dévore » notre véritable identité qui est le Soi. Heureux « le petit Moi » intégré dans le Soi, il trouve sa vraie place ; mais malheureux l’homme dont l’ego (ce « paquet de mémoires », disait Krishnamurti) lui fait oublier le Soi : alors il devient lion, ego centré, il ramène à lui et dévore tout ce qui l’entoure.

    Logion 8
    Notre intelligence est un filet plus ou moins serré avec lequel nous « saisissons » beaucoup de choses, les petits poissons symbolisent tous nos petits savoirs et les sciences dans leur diversité. Le gros poisson, c’est la connaissance de l’Être.
    Lorsqu’on est engagé dans une démarche de gnose, arrive un moment où l’on peut « rejeter tous les petits poissons », toutes ces connaissances, ces informations, qui ne sont pas mauvaises en soi mais qui, si elles ne nous en distraient pas, ne nous apprennent rien sur l’essentiel. À quoi bon connaître la multitude des univers si on ne se connaît pas soi-même, si on ne connaît pas ce par quoi tout est connu ?
    Garder le gros poisson, c’est approfondir la connaissance de soi, la connaissance de l’Être, conserver la Présence de l’Un au milieu du multiple.

    Logion 9
    Ce logion rappelle l’importance du terrain qui reçoit la semence. La croissance du germe divin semé en chacun de nous dépend de notre façon de le recevoir. La parole varie selon l’oreille qui l’écoute. La semence, c’est-à-dire l’information créatrice, est la même pour tous ; si les fruits varient, c’est en raison du terrain qui reçoit.
    La route symbolise « la voie ordinaire », la grande rue avec ses distractions. L’information créatrice reçue dans une conscience dispersée, distraite, ne peut pas s’épanouir dans l’homme ; elle n’entre pas au-dedans, elle n’habite pas notre profondeur : on peut réduire l’Évangile à une conversation de salon, à un pépiement de pies ou de moineaux, à un produit de consommation ou de divertissement comme les autres…
    La semence peut tomber également parmi les épines. Le buisson épineux symbolise la conscience critique, analytique, qui caractérise certains esprits contemporains et qui étouffe la spontanéité de la vie. Là aussi l’information créatrice ne peut pas s’incarner et s’exprimer.
    La connaissance de soi dont parle l’Évangile n’est pas introspection, auto-analyse perpétuelle qui nous inhibe et nous stérilise. C’est un état d’attention à ce qui est, sans jugement, « sans pourquoi », disait maître Eckart. Le ver au milieu des épines qui risque de nous ronger, c’est le narcissisme. La conscience sans cesse retournée sur elle-même, qui empêche le mouvement même du logos dans son essentiel déploiement.
    La rocaille dans laquelle la semence ne peut entrer symbolise dans la Bible la dureté du coeur, « Le coeur de pierre », celui qui se ferme, se refuse aux informations créatrices. C’est la chose la plus grave qui puisse nous arriver, « que notre coeur de chair devienne un coeur de pierre ». Souvent nous sommes durs parce que nous avons peur. Le corps lui-même se crispe, se ferme, se défend et secrète dans nos muscles une étrange cuirasse. On confond la dureté avec la force. La dureté extérieure cache la faiblesse ou la mollesse intérieure comme la carapace de l’écrevisse. Celui qui est solide au-dedans, qui a une colonne vertébrale, n’a pas besoin de « jouer au dur » ; au contraire il peut même se montrer tendre, vulnérable, et accueillir sans crainte l’information créatrice. Il devient ainsi une bonne terre.
    La bonne terre, c’est le coeur labouré, ce thème reviendra dans l’Évangile selon Thomas. Labouré par l’ascèse ou par les épreuves de la vie, il est devenu moins dur, moins distrait, moins égocentré. Ce long labour a ôté de lui ce qu’il avait d’épines et de rocailles. Il est ouvert désormais à l’essentiel et il devient capable d’écouter et de méditer la Parole de Dieu, l’information créatrice qui murmure dans ses veines, et alors le beau fruit de l’Éveil commence à se lever.

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