3 juillet, 2009

010 – 014

Classé dans : — unpeudetao @ 6:30

10. Jésus disait :
J’ai semé du Feu dans le monde
et voici que je le préserve
jusqu’à ce qu’il s’embrase.

 

 

 

11. Jésus disait :
Ce ciel passera
et passera celui qui est dessus.
Les morts n’ont pas de vie,
les vivants n’ont pas de mort.
Les jours où vous mangiez ce qui est mort,
vous en faisiez du vivant.
Quand vous serez dans la lumière, que ferez-vous ?
Au temps où vous étiez Un, vous avez fait le deux ;
mais alors, étant deux, que ferez-vous ?

 

 

 

12. Les disciples dirent à Jésus :
Nous savons que tu nous quitteras ;
qui se fera grand sur nous ?
Jésus leur dit : Au point où vous en serez, vous irez vers Jacques le Juste :
ce qui concerne le ciel et la terre lui revient.

 

 

 

13 : Jésus disait à ses disciples :
À qui me comparerez-vous ?
Dites-moi à qui je ressemble ?
Simon-Pierre lui dit : Tu ressembles à un ange juste.
Matthieu lui dit : Tu ressembles à un sage philosophe.
Thomas lui dit : Maître, ma bouche n’acceptera pas de dire à qui tu ressembles.
Jésus lui dit :
Je ne suis plus ton Maître puisque tu as bu et que tu t’es enivré à la source bouillonnante d’où moi-même je jaillis…
Il le prit, se retira et lui dit trois mots…
Quand Thomas revint vers ses compagnons, ils l’interrogèrent :
Que t’a dit Jésus ?
Thomas leur répond : Si je vous disais une seule des paroles qu’il m’a dites, vous prendriez des pierres, vous les jetteriez contre moi ! Un feu sortirait de ces pierres et vous seriez consumés…

 

 

 

14. Si vous jeûnez, c’est une faute.
Si vous priez, vous êtes condamnés.
Si vous faites l’aumône, vous empoisonnez votre esprit.
Quand vous allez dans un pays et que vous parcourez la campagne,
si l’on vous accueille,
mangez ce qui est mis devant vous.
Ceux qui sont malades,
vous pouvez les guérir.
Ce qui entre dans votre bouche
ne peut vous souiller.
Mais ce qui sort de votre bouche,
c’est cela qui peut vous souiller.

Une réponse à “010 – 014”

  1. unpeudetao dit :

    Logion 10
    Le jour de la Pentecôte, l’Esprit vint sur les disciples, comme des flammes de feu, et ils furent illuminés, incendiés par sa Présence. Le feu comme au jour du buisson ardent brûlait en eux « sans les consumer ». Les flammes du feu symbolisent l’Amour intelligent, révélé, enseigné par Jésus-Christ. Cette union de l’intelligence et du coeur qui rend l’homme à la fois aimant et lumineux, ce feu est en chacun. Il couve sous la cendre de nos médiocrités, coeur de braise qui attend le souffle, la « Ruah » divine, pour que cette braise s’embrase.
    Dans l’Évangile de Luc, Jésus disait son impatience, son désir de le voir s’embraser. Dans l’Évangile de Thomas, on dirait au contraire qu’il le préserve. Qu’il le maintient craignant de le voir s’embraser. Un peu comme un cheval fougueux que l’on retient de peur qu’il ne s’emballe.
    C’est vrai qu’une parole comme celle de saint Augustin résumant tout l’Évangile : « Aime et fais ce que tu voudras », pourrait être dangereuse, si elle est reçue par un esprit non purifié qui en ferait la justification de tous ses débordements. Le feu de la liberté et de l’amour semé par le Christ est un feu brûlant.
    L’homme est infiniment libre, rien ni personne ne peuvent l’empêcher d’aimer, aucune loi ne peut s’y opposer. C’est là une vérité qu’il faut peut-être contenir, préserver, enraciner profondément en soi avant de la laisser vivre et agir, dans toutes nos cellules d’abord, puis dans nos actes, et l’incendie pourra alors se propager de proche en proche jusqu’au jour où le monde entier sera buisson ardent, saturé de Présence.

    Logion 11
    Tout passe, les mondes matériels comme les mondes célestes. Tout ce qui est composé sera décomposé, ce qui est mortel ne peut que mourir. Par ce rappel incessant Jésus nous invite à chercher ce qui ne passe pas, ce qui est vraiment vivant et ne peut pas mourir : l’Incréé, qui n’étant pas composé ne sera pas décomposé. Et pourtant une des tâches du gnostique c’est de manger de ce qui est mortel pour en faire du vivant, assimiler ce qui n’a pas la vie en soi (notre corps, le monde, la matière) pour en faire le lieu même de la manifestation de l’Être.
    « Tout est pur pour celui qui est pur », et, comme le fait remarquer H.-Ch. Puech (1), une des fonctions du gnostique est de libérer les parcelles de luminosité contenues par exemple dans les aliments : la lumière absorbe l’obscurité, la vie doit aussi intégrer la mort.
    Le Tout réunifié dans la lumière, il n’y aura plus rien d’autre à « faire », sinon la laisser rayonner, comme la lampe sortie de sous le boisseau et remise sur le lampadaire.
    La seconde partie du logion nous rappelle que nous sommes sortis de l’Unité, et que nous avons fait le deux. Cette dualité n’est pas à considérer obligatoirement comme un mal mais comme une étape de notre processus d’individuation, il s’agit en effet de ne pas rester dans l’unité indifférenciée du nourrisson avec sa mère. Le passage par la dualité, la séparation, est une des conditions de la maturité et de la croissance. Mais, étant devenu deux, il s’agit de rechercher de nouveau l’Un. L’Unité que l’on peut atteindre alors ne sera plus celle de l’indifférenciation ou de la fusion mais celle de l’Union, de l’intégration. Transparence de notre être existentiel à l’Être essentiel.

    Logion 12
    On connaît le prestige de Jacques dans la primitive église, en tant que patriarche de Jérusalem et « frère du Seigneur ». La primauté que l’Évangile de Matthieu donne à Pierre semble avoir été accordée à l’origine à l’apôtre Jacques. En tout cas, dans l’Évangile selon Thomas, Jésus le désigne comme son représentant.
    Dans les milieux juifs, on pensait que le monde avait été créé pour la Thorah, Moïse, Abraham ou le Messie (1). Ailleurs le monde est considéré comme étant fait pour Moïse et Aaron (Talmud babylonien). Il se peut que Jacques ait été considéré originairement comme le prêtre Aaron correspondant au roi Moïse-Jésus (Épiphane Pan. XXIX, 3 à 4).
    « Ce qui concerne le ciel et la terre lui revient » peut être lu aussi dans un sens légèrement péjoratif : « Si vous avez encore besoin d’un Maître extérieur, d’un chef, tant que vous n’êtes pas capables de suivre le Maître intérieur, allez vers Jacques, il organisera tout cela. La constitution d’une assemblée structurée ou d’une église le concerne. »

    Logion 13
    « Pour vous qui suis-je ? » La question est posée dans les synoptiques comme dans l’Évangile selon Thomas. Ici Pierre ne confesse pas le Messie, mais voit dans Jésus un ange, un « envoyé ». Chacun perçoit Jésus selon son niveau de conscience. Pour les uns, « tu es Élie », pour les autres, un philosophe sage, c’est-à-dire quelqu’un qui ne se contente pas d’annoncer la parole comme les envoyés ou les prophètes, mais qui la vit, l’incarne (le Coran dira plus tard que Jésus est « le sceau de la sainteté »). Mais c’est Thomas qui semble le plus proche du mystère de son Être. Par la connaissance de Soi, il est descendu dans les profondeurs de l’ »homo absconditus » à l’image du « Deus absconditus ». Il a fait l’expérience de l’Ineffable, de l’Inconnaissable en lui, aussi peut-il le reconnaître dans l’Autre.
    « Maître ma bouche n’acceptera absolument pas que je dise à quoi tu ressembles. »

    Thomas se tient ici dans une attitude qui sera celle de la tradition apophatique, il se refuse à nommer Dieu. « De Dieu on peut dire seulement ce qu’il n’est pas, et non ce qu’il est » (Thomas d’Aquin). D’où l’emploi de termes négatifs pour parler de lui, Non-Fini, Non-Créé, Non-Nommable, Ineffable, etc.

    Jésus répond à Thomas : « Je ne suis plus ton Maître. » Tu es descendu au fond de ton propre puits, tu sais où est la Source et il n’y a qu’une Source. « Tu as bu, tu t’es enivré à la source bouillonnante d’où moi-même je jaillis. »
    Jésus reconnaît que Thomas a touché leur origine commune : le Père. Il dira plus tard à Marie-Madeleine : « Mon Père et votre Père. » Il peut le considérer désormais comme son frère, son jumeau, et il se retire avec lui pour lui dire « trois mots ». On peut spéculer longuement sur ces trois mots, y voir une révélation de la Trinité, Trinité qui ne brise pas l’unité mais qui est la Révélation de sa fécondité intérieure. (Dieu est Trinité, cela veut dire que Dieu est Un mais non comme un « sublime célibataire » (cf. Chateaubriand). Il est Un comme l’Amant, l’Aimé et l’Amour sont Un. Dieu est relation.) Selon les Naassènes, ces trois mots explosifs sont « Kaulakau, Saulasau, Zesar » (cf. Hyppolyte, Elenchos V, 8 à 5). Dans la Pistis Sophia (136), Jésus crie trois mots, le même répété trois fois : I ? ?, Yahow. I : iota, parce que le tout a procédé de lui ; ? : alpha, parce qu’il doit retourner à lui ; ? : oméga, parce que la consommation de toutes les consommations aura lieu en lui.
    Ce qu’on oublie souvent c’est qu’à la racine du mot, il y a un son, une vibration particulière. Les trois mots que se disent les initiés entre eux. C’est une triple vibration, au niveau du centre vital, au niveau du centre du coeur, au niveau du centre noétique ou intellectuel. C’est dans la rencontre de cette triple vibration qu’ils vérifient si leur « accord » est parfait à tous les niveaux de leur être..
    Toujours est-il que si Thomas disait l’intimité qu’il partage avec Jésus, les autres disciples seraient jaloux et lui jetteraient des pierres. Le feu de l’amour peut devenir le feu de la jalousie. Alors, au lieu d’éclairer et de réchauffer, il brûle et il consume.

    Logion 14
    L’Évangile selon Thomas s’adresse à des personnes qui ont déjà une certaine pratique de la religion, mais pour qui le danger est de se complaire dans de telles pratiques et de se croire justifiées par elles.
    Si vous jeûnez en ayant conscience de jeûner, cela ne fait qu’enfler votre ego au lieu de vous en affranchir. Le jeûne véritable arrive spontanément lorsqu’on est absorbé par la présence de Dieu. On oublie alors de manger. C’est l’attitude dans laquelle se trouvait Jésus lorsque ses disciples s’étonnaient de ne pas le voir manger. « J’ai à manger, disait-il, une nourriture que vous ne connaissez pas… Ma nourriture c’est de faire la volonté de mon Père… Travaillez non pour la nourriture périssable mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle… » (cf. Jn 6).
    « Si vous donnez l’aumône » en ayant conscience de donner l’aumône, « vous faites du mal à vos esprits », vous faites cela pour qu’on vous remarque ou pour vous donner bonne conscience. Il s’agit d’aller plus loin, « que ta main gauche ignore ce que donne ta main droite ».
    Si ton frère a faim et que tu as de quoi lui donner à manger, quoi de plus naturel que de partager ? Il ne s’agit plus de « faire l’aumône », mais de retrouver la spontanéité de l’amour.
    De la même façon pour la prière : « Tant que tu pries en ayant conscience que tu pries, tu ne pries pas vraiment », dira plus tard Jean Cassien. La prière elle aussi doit devenir spontanée, un simple mouvement du coeur, comme le parfum de la rose ou le chant de l’oiseau.
    Jésus nous met en garde contre ces pratiques bonnes en soi mais qui peuvent devenir l’occasion de pharisaïsme sinon de narcissisme spirituel. La Présence de l’Esprit doit nous rendre de plus en plus simples, de plus en plus spontanés, une religion qui ferait de nous des gens compliqués, culpabilisés et culpabilisants, risque fort d’être une fausse religion, car elle ne nous « relie » plus aux forces vives du Vivant, au contraire elle nous en sépare.

    La suite du logion nous encourage dans cette attitude de simplicité : « Si l’on vous accueille, mangez ce qui est devant vous », ce n’est pas ce qui entre dans votre bouche qui peut vous souiller mais ce qui sort de votre bouche. Jésus insiste : ce qui nous rend impurs, ce qui nous souille, c’est ce qui salit les autres. Ce sont les paroles inutiles, les jugements hâtifs. Les calomnies, voilà ce qui pourrit le coeur et l’esprit et ce qui donne l’haleine nauséabonde.
    Encore une fois à quoi bon jeûner, faire l’aumône, prier, si le coeur n’y est pas, si l’esprit cultive la haine ou l’amertume.

    Une petite phrase de ce logion est également importante : « Ceux qui sont malades, vous pouvez les guérir. » Le mot grec Therapeuèn a un sens plus large que guérir. Les thérapeutes dont nous parle Philon d’Alexandrie étaient en effet plus que de simples guérisseurs, ils étaient aussi des initiateurs. Ainsi il faudrait lire : « Ceux qui sont malades ou qui souffrent, vous pouvez non seulement les guérir mais aussi les initier au sens de la vie et de la souffrance. »
    Car la maladie elle-même n’est peut-être que le symptôme d’un malaise plus essentiel, d’un oubli de l’Être… Le rôle du thérapeute, c’est alors de permettre à la personne souffrante de retrouver sa santé totale, aussi bien physique-psychique que spirituelle.
    L’Évangile selon Thomas nous rappelle que tout homme a en lui le pouvoir de guérir. Le thérapeute est à l’intérieur de chacun de nous. C’est le Vivant qui veut « que nous ayons la vie et la vie en abondance » dans toutes les dimensions de notre être. Il s’agit d’être dans l’attitude juste. Dans une ouverture qui lui permette d’agir en nous et à travers nous.

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