3 juillet, 2009

015 – 020

Classé dans : — unpeudetao @ 14:42

15. Jésus disait :
Lorsque vous verrez
celui qui n’a pas été engendré de la femelle
prosternez-vous, adorez-le.
C’est là votre Père !

 

 

 

16. Jésus disait :
Peut-être les hommes pensent-ils que je suis venu semer la paix dans le monde.
Ils ne savent pas que je suis venu semer la division sur la terre : un feu, une épée, une guerre.
Il y en aura cinq dans une maison : trois seront contre deux et deux contre trois,
le père contre le fils, le fils contre le père.
Ils se dresseront solitaires et simplifiés.

 

 

 

17. Jésus disait :
Je vous donnerai ce que l’oeil n’a pas vu,
ce que l’oreille n’a pas entendu,
ce que la main n’a pas touché,
ce qui n’est pas monté au coeur de l’homme.

 

 

 

18. Les disciples demandaient à Jésus :
Dis-nous quelle sera notre fin ?
Jésus répondit :
Que savez-vous du commencement pour que vous cherchiez ainsi la fin ?
Là où est le commencement, là aussi sera la fin.
Heureux celui qui se tiendra dans le commencement ;
il connaîtra la fin et il ne goûtera pas la mort.

 

 

 

19. Jésus disait :
Heureux celui qui Est avant d’exister…
Si vous devenez mes disciples et si vous écoutez mes paroles,
ces pierres vous serviront.
Vous avez en effet cinq arbres dans le Paradis
qui ne changent ni été ni hiver.
Leurs feuilles ne tombent pas.
Celui qui les connaîtra ne goûtera pas la mort.

 

 

 

20. Les disciples demandent à Jésus :
Dis-nous à quoi ressemble le Royaume des Cieux ?
Il leur dit :
Il est semblable à une graine de moutarde,
la plus petite de toutes les graines ;
lorsqu’elle tombe dans une terre labourée,
elle devient un grand arbre
où s’abritent les oiseaux du Ciel.

Une réponse à “015 – 020”

  1. unpeudetao dit :

    Logion 15
    Ce logion nous invite à découvrir en nous « l’inengendré », ce qui n’est pas né de la femelle, de la chair, de la raison, de l’émotion ; à diriger notre regard intérieur vers notre véritable origine, non née, non créée. Là est notre Père véritable. Lorsqu’on le découvre, on ne peut que se prosterner et l’adorer, on est devant l’abîme de l’Être et de l’Amour incréés.

    Logion 16
    La Paix que vient nous proposer le Christ n’est pas la Paix des tranquillisants ou des euphorisants, mais la Paix essentielle, non dépendante des circonstances favorables qui peuvent nous entourer. C’est la paix de l’Être. Pour découvrir cette Paix, « que rien ni personne ne peut nous enlever », il faut parfois passer par le feu, l’épée, la guerre, c’est-à-dire passer par la purification, le discernement, la polémique (polemos : guerre en grec) qui nous fait sortir de nos fausses sécurités.
    Le cardinal Newman s’étonnait un jour de la parole biblique : « Tu nous éprouves, Seigneur, comme l’argent sous le feu du fondeur. » Il décida d’aller voir un fondeur à l’oeuvre et lui demanda : « Quand savez-vous que l’argent est prêt, qu’il est pur, dégagé de sa gangue grossière ? » Ce dernier lui répondit : « Je sais que l’argent est mûr lorsque, me penchant vers lui, je peux y voir se refléter les traits de mon propre visage. »
    Lorsque nous sommes « éprouvés par le feu » il est bon de nous souvenir que le Père penche vers nous son visage afin que nous devenions capables de refléter ses traits, comme le Fils…

    Le glaive ou l’épée symbolise le discernement (cf. saint Paul) : sortir de ce qui nous embourbe, de ce qui nous aliène, cela ne va pas non plus sans combat (polemos), il faut quelquefois s’opposer aux gens de sa famille pour accéder à l’autonomie. Le glaive doit couper le cordon ombilical. Il faut trancher dans le vif parfois de nos attachements les plus légitimes pour devenir réellement ce que nous sommes. Aussi, lorsque Jésus dit qu’il vient nous apporter le feu, le glaive, le conflit, il nous donne les instruments de notre libération, il nous enseigne comment sortir de toutes ces fausses identifications ou images de nous-mêmes auxquelles nous nous accrochons mais qui nous empêchent d’atteindre notre réalité, nue, sans illusions…
    Celui qui a traversé ces épreuves libératrices se lèvera « solitaire et simplifié », deux mots pour traduire un mot unique difficile à rendre : monachos. Le monachos, mal traduit par « moine », n’est pas seulement un célibataire, c’est celui qui tend vers l’Un (monos), vers l’unification de toutes ses facultés : corps-coeur-esprit, afin de devenir comme le fils « monogène » d’un seul gène, d’un seul jet tourné vers le Père, (cf. le Logos pros ton Théon dont parle le prologue de saint Jean).
    Cette unification passe par la solitude et la simplification. La voie gnostique est une voie où on se retrouve solitaire, non par manque d’amour ou d’amitié mais parce que « sur les hauteurs on ne se bouscule pas », et qu’à une certaine profondeur de vérité on est seul face à soi-même, face à Dieu. Cette solitude ne sépare pas de l’autre ; au contraire, elle permet de le rencontrer lui aussi dans sa profondeur, dans son essentielle solitude.
    Les gnostiques ne sont pas des hommes de foule. La vie associative ou communautaire n’est pas leur genre. Ce n’est pas par orgueil qu’ils fuient les masses mais par exigence, refus de la superficialité. On sait aussi que les rencontres les plus intimes, les plus profondes sont celles des véritables solitaires.
    Endurer la solitude va nous conduire également vers un état sans ego. Car, dans la solitude, il n’y a pas le regard de l’autre pour nous confirmer dans notre existence (confirmation agréable ou pénible, peu importe), ce qui explique la peur du grand nombre vis-à-vis de la solitude…
    Mais être seul ne suffit pas, il faut encore être simple, c’est-à-dire, étymologiquement, « sans pli », sans retour sur soi. Tout le travail du feu et du glaive est de nous déplier, jusque dans nos plis les plus secrets, afin de retrouver notre simplicité originelle, notre identité véritable, l’or pur, notre pur « je suis » dégagé de la gangue de ses représentations illusoires, et être ainsi « l’homme noble », « le fils de Dieu » dont parle maître Eckart.

    Logion 17
    Ce que Jésus vient nous proposer n’est pas de l’ordre de ce que l’homme peut penser, toucher, voir, imaginer. Il affirme ainsi la transcendance de l’Être incréé. Dire « je connais Dieu » ne peut être que présomption et mensonge. Tout en se faisant connaître, Dieu demeure inconnaissable.
    L’Évangile de Thomas est ici à la source d’une Tradition comme l’Hésychasme qui affirme en même temps le caractère inaccessible de Dieu et le réalisme de la participation à son Être, d’où la distinction de Grégoire Palamas entre l’Essence et l’Énergie… Nous ne pouvons connaître le coeur du Soleil et pourtant nous pouvons nous réchauffer à ses rayons. Paradoxe de la Divinisation : ni fusion ni séparation.

    Logion 18
    Il est des questions inutiles. Pourquoi chercher à savoir où nous allons, ce que nous allons devenir, quand nous ignorons d’où nous venons réellement. Ce que nous sommes aujourd’hui est le résultat de ce que nous avons été hier ; ce que nous serons demain sera la conséquence de ce que nous sommes aujourd’hui.
    Les questions sur l’origine et la fin nous ramènent à l’aujourd’hui et c’est dans cet « aujourd’hui », ici et maintenant, que nous pouvons saisir le commencement et la fin.
    Heraclite disait : « Dans le cercle, le début et la fin se rejoignent. » Chaque point de ce cercle peut être considéré comme le commencement et la fin. Chaque moment présent dans sa profondeur peut nous révéler l’alpha et l’oméga. Il s’agit de se tenir présent à la Source d’où naît la pensée, la vie, le mouvement et l’être…

    Logion 19
    Il faut être avant d’exister… Selon son étymologie même, le verbe exister indique qu’il exprime l’essence, la manifeste. Nous pourrions également rapprocher de ce logion cette parole bien connue de Jésus et qui lui a valu d’être crucifié : « Avant qu’Abraham fut, Je Suis » ; avant d’entrer dans l’espace-temps, avant Abraham, avant toute existence, « Je Suis » et c’est là le Nom Divin, l’affirmation de l’Incréé.
    Maître Eckart reprendra à son compte cette parole de Jésus : « Avant de naître, je suis de toute éternité. » Heureux celui qui, dans l’espace-temps, prend conscience de son Être d’éternité. « Il est dans le monde, mais il n’est pas de ce monde » et alors, « les pierres elles-mêmes le serviront ».
    Lorsqu’on est en harmonie avec le principe incréé de tout ce qui existe, toutes choses semblent alors vous « servir ». Il y a un soutien réel de tous les éléments de la nature. Le gnostique est alors au « paradis ».
    « Le paradis, disait Kafka, il est toujours là… c’est nous qui en sommes chassés. » Pour le retrouver, il faut connaître « les cinq arbres qui ne changent ni été ni hiver ».
    L’Évangile de Philippe voit dans ces cinq arbres les cinq sacrements (sent. 68). Jean Doresse, après avoir cité le psautier manichéen, mentionne le traité manichéen chinois de Chavannes Pelliot et son long passage consacré à la « plantation » par l’Envoyé de la Lumière des cinq arbres précieux. Le premier de ceux-ci est l’Arbre de la Pensée, le second l’Arbre du Sentiment, le troisième celui de la Réflexion, le quatrième celui de l’Intellect et le cinquième celui du Raisonnement.
    D’autres verront dans ces « cinq arbres » l’ébauche de la théorie des cinq sens spirituels, développée par Origène et la Tradition patristique.
    Pour retrouver le Sens du paradis, il faut en effet avoir « des yeux pour voir » à travers le visible, découvrir l’invisible ; « des oreilles pour entendre » à travers le son ou les paroles, discerner le chant du silence, etc.
    Les gnostiques pratiquaient-ils « l’application des cinq sens », cet exercice qui, à travers l’application méthodique des organes des sens sur un objet, nous conduit à cette « sensation du Divin », prolégomène à la grande apocalypse ou Révélation de l’Être dans le microcosme humain ?

    Logion 20
    La plus petite de toutes les semences peut donner naissance au plus grand des arbres… Un seul homme éveillé et une humanité nouvelle peut se lever…
    C’est la loi de tous les commencements, du commencement de l’homme en particulier, parmi les innombrables espèces animales. L’infime, le non-remarquable, porte en lui toute l’information nécessaire à sa croissance : « Le chêne tout entier est contenu dans le gland. »
    Mais comme l’Évangile nous l’a déjà fait remarquer, il faut que le terrain soit favorable, que la terre soit labourée, sinon la semence de vie divine (sperma theou) déposée en chacun de nous ne peut pas croître et faire de nous le grand arbre où s’abritent les oiseaux du Ciel.

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