3 juillet, 2009

022 – 025

Classé dans : — unpeudetao @ 16:52

22. Jésus vit des petits qui étaient au sein.
Il dit à ses disciples :
Ces petits qui tètent sont semblables à ceux qui entrent dans le Royaume.
Ils lui dirent :
Alors, en devenant petits, nous entrerons dans le Royaume ?
Jésus leur dit :
Lorsque vous ferez le deux Un
et que vous ferez l’intérieur comme l’extérieur,
l’extérieur comme l’intérieur,
le haut comme le bas,
lorsque vous ferez du masculin et du féminin un Unique,
afin que le masculin ne soit pas un mâle
et que le féminin ne soit pas une femelle,
lorsque vous aurez des yeux dans vos yeux,
une main dans votre main,
et un pied dans votre pied,
une icône dans votre icône,
alors vous entrerez dans le Royaume !

 

 

 

23. Jésus disait :
Je vous choisirai un entre mille
et deux entre dix mille,
et ils se lèveront comme un seul, simplifiés.

 

 

 

24. Ses disciples disaient :
Enseigne-nous le lieu où tu es.
Il est nécessaire que nous le cherchions.
Il leur dit :
Que celui qui a des oreilles, entende !
Il y a de la lumière à l’intérieur d’un homme de lumière,
et il illumine le monde entier.
S’il n’illuminait pas,
quelles ténèbres !

 

 

 

25. Jésus disait :
Aime ton frère comme ton âme,
veille sur lui comme sur la prunelle de ton oeil !

Une réponse à “022 – 025”

  1. unpeudetao dit :

    Logion 22
    Jésus compare de nouveau les hommes du Royaume à des enfants au sein qui reçoivent le lait de leur mère, c’est-à-dire à des êtres innocents en état de totale réceptivité, proches de ce qu’ils considèrent comme la source même de leur vie. Saint Jean parlera du Sein du Père dans lequel repose le Fils. Lui-même sera souvent représenté reposant sur la poitrine de Jésus, à l’écoute de son secret…
    Tout cela symbolise l’attitude de repos et de réceptivité qui doit être celle du contemplatif. Les disciples pensent alors qu’il suffit d’être « petit » pour entrer dans le Royaume. Jésus rappelle que l’enfant est le symbole d’un état de non-dualité et qu’il ne s’agit nullement de « jouer à l’enfant », d’entretenir en nous la puérilité et les enfantillages. Il faudrait plutôt travailler à l’intégration de toutes les dimensions de notre être : le haut, le bas, le masculin, le féminin, etc.
    Le haut doit toucher le bas. Ce n’est pas une lapalissade, mais une indication de travail. Beaucoup n’ont pas la tête sur les épaules; ce qu’ils rêvent est souvent contradictoire avec les pulsions de leur corps. Le haut et le bas sont quelquefois totalement séparés. L’intégration du céleste et du terrestre, la non-opposition du charnel et du spirituel, telle est l’oeuvre du gnostique. Cela passe aussi par l’intégration du masculin et du féminin, de l’anima et de l’animus. Il s’agit de réaliser en nous les noces de l’homme et de la femme, sinon nous chercherons à l’extérieur la moitié qui nous manque; nous ne nous rencontrerons pas en tant que personnes, indivises et réalisées.
    Le thème de l’Androgyne revient souvent chez les gnostiques. Il symbolise l’intégration des polarités masculines et féminines : rigueur et tendresse, intelligence et amour, force et douceur ; il décrit l’être humain dans sa totalité. Cette totalité n’est pas close sur elle-même. Elle rappelle seulement que l’homme est capable d’aimer à partir de sa plénitude, plutôt qu’à partir de son manque. Nos amours ne sont pas que soifs. Ils peuvent devenir fontaines débordantes.
    Saint Paul nous rappelle qu’ »en Christ, il n’y a plus ni mâle ni femelle ». En effet, il n’y a que des personnes.
    Leurs relations ne sont pas des relations animales de mâle et de femelle, mais d’homme et de femme, à l’image du masculin et du féminin, du Yin et du Yang qui entraîne le jeu du monde au rythme de ses noces…
    Dans cette unité retrouvée, toutes choses apparaissent transfigurées :
    « Vous aurez des yeux dans vos yeux », ils seront voyants.
    « Vous aurez une main dans votre main », capables de recevoir et de donner.
    « Vous aurez des pieds dans vos pieds », ils indiquent le chemin.
    Tout notre être sera renouvelé à l’image et à la ressemblance de Dieu (vous serez son icône !).
    Siméon le Nouveau Théologien, ce grand mystique byzantin, disait, après avoir communié aux Mystères (l’Eucharistie) : « Désormais, je suis son pied, sa main, son regard. Je suis son image, sa présence… », et il se sentait alors envahi par ce que les Pères de l’Église appellent « la philanthropie divine ». Ne pouvant plus supporter qu’un seul être souffre, il priait pour le monde entier et prenait soin de la jeune femme sans ressources et de l’enfant sans père…
    On trouverait dans la littérature apocryphe néotestamentaire de nombreux parallèles de ce logion, par exemple l’agraphon 71 (1). Interrogé par quelqu’un sur le moment où viendrait le Royaume, le Seigneur Lui-même répondit : « Lorsque les deux seront Un, le dehors comme le dedans et le mâle avec la femelle, ni mâle ni femelle… or les deux sont Un lorsqu’on se dit la vérité mutuellement et lorsque, toute hypocrisie exclue, il y a en deux corps une âme unique… »
    « Là-haut, ajoutent les Naassènes, il n’y a ni femelle ni mâle mais une créature nouvelle, un homme nouveau qui est androgyne » (cf. Hyppolite, Elenchos V, 7, 13 à 15).
    Citons, pour conclure, les Actes de Thomas (129 à 145) qui expriment la nostalgie de l’homme « en quête de gnose » : « Que toutes les heures deviennent comme une seule heure : qu’on me laisse quitter cette vie, afin que j’aille contempler plus vite Celui qui est Vivant… et qui donne la Vie à ceux qui croient en Lui, là où il n’y a ni jour ni nuit, ni lumière ni ténèbres, ni bien ni mal, ni pauvre ni riche, ni mâle ni femelle, ni libre ni captif… ce qui était intérieur, je l’ai fait extérieur; ce qui était extérieur, intérieur ; et toute son abondance a été accomplie en moi. Je ne suis point retourné dans les choses qui sont en arrière, mais je suis allé en avant, dans les choses qui sont en avant… »

    Logion 23
    Cette parole est attribuée par Irénée et Épiphane aux gnostiques basilidiens. Ils y verront un signe de l’ »élitisme » auquel conduit la gnose. « Beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. » C’est aussi l’origine de la doctrine de la prédestination.
    À cela on pourrait répondre que nous sommes tous choisis, puisque nous sommes tous créés, c’est-à-dire « appelés » à l’existence.
    C’est notre réponse à l’intelligence créatrice qui fait l’élection : « un entre mille » répond ; « deux entre dix mille » se font capax Dei, pures capacités de Dieu (c’est un des noms donnés à la Vierge Marie dans la tradition catholique).
    Ces quelques-uns « qui ne résistent pas à la grâce » sont membres d’une unique réponse, celle du Fils. Et ils se lèvent alors, simplifiés, sans pli, dans le mouvement même de leur nature filiale, « tournée vers le Père », comme au commencement (cf. prologue de saint Jean).

    Logion 24
    Dans l’Évangile de Jean, le thème de la lumière est particulièrement important. « Le Verbe est la Lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde » (tout homme : pas seulement les chrétiens et les gnostiques). Jésus se déclare lui-même comme étant la Lumière incarnée : « Je suis la Lumière du monde, celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie. »
    Ce thème de « l’homme de lumière » est présent dans toutes les grandes traditions. Il a été particulièrement bien étudié ces dernières années par Henri Corbin (1).
    Le « lieu » où vit Jésus, et tout homme désireux de marcher à sa suite, c’est la lumière. La lumière remplit l’espace, elle est invisible, mais permet à toutes choses de se voir. Être dans la lumière, c’est ne plus être obnubilé par les objets qu’elle éclaire, mais les regarder à partir de l’espace infini qui les contient.
    Dans L’Évangile de, Matthieu, Jésus précise que « la lampe du corps, c’est l’oeil, si l’oeil est simple, tout le corps est lumineux, mais si l’oeil est mauvais, le corps entier est ténèbres ». La condition exigée pour percevoir la lumière est donc la pureté, la simplicité du regard.
    Qu’est-ce qu’un regard lumineux, sinon un regard qui réveille en chacun, au-delà de ses ombres, ce qu’il porte de lumière ? Heureux ceux qui ont rencontré un tel regard… non seulement ils savent qu’ils sont poussière et qu’ils retourneront à la poussière, mais ils savent aussi qu’ils sont Lumière et qu’ils retourneront à la Lumière…

    Logion 25
    La première Épître de saint Jean montre bien le lien qui peut exister entre le thème de la lumière et celui de l’amour. « Celui qui prétend être dans la lumière, tout en haïssant son frère, est encore dans les ténèbres. Celui qui aime son frère, demeure dans la lumière et il n’y a en lui aucune occasion de chute. Mais celui qui hait son frère est dans les ténèbres, il marche dans les ténèbres, il ne sait où il va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux. »
    Ainsi, lumière et amour, gnosis et agapè, ne peuvent être séparés. La haine rend aveugle, elle rend malheureux. « Celui qui n’aime pas, demeure dans la mort », dira encore saint Jean. Il demeure déjà en enfer, enfermé en lui-même, sans nul « désir du désir de l’autre », autisme spirituel que l’on peut imaginer encore plus douloureux que l’autisme psychique. Pour celui qui aime, tout existe davantage, l’autre est vu dans la lumière, et alors le proche se révèle effectivement comme étant la prunelle de notre oeil, celui qui nous permet de mieux nous voir, de nous connaître nous-même.
    Il est vrai aussi que ce n’est que dans le don total de soi-même que l’on touche son « fond », la prunelle de son être. Cet « ouvert », ce « trou noir » où se résorbe et où naît notre accord avec la lumière.

Laisser un commentaire

Ilona, Mahée et Mila. |
Amour, Beauté, Paroles, Mots. |
Les Ailes du Temps |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose