3 juillet, 2009

029 – 033

Classé dans : — unpeudetao @ 17:00

29. Jésus disait :
Si la chair est venue à l’existence à cause de l’esprit,
c’est une merveille,
mais si l’esprit est venu à l’existence à cause du corps,
c’est une merveille de merveille.
Mais moi, je m’émerveille de ceci :
Comment cet Être qui Est,
peut-il habiter ce néant ?

 

 

 

30. Jésus disait :
Là où il y a trois dieux,
ce sont des dieux.
Là où il y en a deux ou un,
je suis avec lui.

 

 

 

31. Jésus disait :
Nul n’est prophète pour ses proches.
Nul n’est médecin dans sa maison.

 

 

 

32. Une ville forte
construite sur une haute montagne,
rien ne peut la détruire.
Rien ne peut la cacher.

 

 

 

33. Jésus disait :
Ce que tu entends d’une oreille,
dis-le à une autre oreille,
proclame-le sur les toits.
Personne n’allume une lampe
pour la mettre sous le boisseau
ou dans un endroit caché,
mais la met sur le lampadaire
afin que, du dedans et du dehors
on voie sa lumière.

Une réponse à “029 – 033”

  1. unpeudetao dit :

    Logion 29
    Deux grandes visions concernant l’esprit et la matière se partagent le monde : la vision spiritualiste et la vision matérialiste.
    Pour les spiritualités, la matière est un « dégradé », un « refroidissement » de l’esprit. Ce qui est premier, c’est l’Esprit qui, vibrant à des vitesses différentes, produit la matière, celle-ci étant son rythme le plus lent.
    Pour les matérialistes, au contraire, l’Esprit, la pensée ne sont que les produits de la complexification croissante de la matière. Le hasard et la nécessité se partagent le jeu de nos synapses et la danse de nos particules.
    Que la matière vienne de l’esprit ou que l’esprit naisse de la matière, quel que soit le côté par lequel on pose le problème, c’est très bien : c’est une merveille et une merveille de merveille ! Chacune de ces explications a sa cohérence propre, chacune a raison, mais n’a que raison, car la merveille, nous dit l’Évangile, c’est qu’il y ait quelque chose plutôt que rien !
    Jésus ne se demande pas pourquoi. Il retomberait dans l’explication. Simplement, Il constate, Il admire et nous fait ainsi entrer dans une vision non dualiste où il ne s’agit pas d’opposer la matière et l’esprit, mais de les accueillir ensemble. Peut-être que « matière » et « esprit » ne sont que des mots, des concepts forgés par le mental ? À l’heure de l’émerveillement, peut-être n’y a-t-il qu’une seule Réalité dont les pôles subtils ou grossiers se révèlent comme complémentaires ?

    La question intéressante, c’est : « Comment cet Être qui Est peut-il habiter ce néant ? »
    Certains traduisent : comment cette richesse peut-elle habiter cette pauvreté ?
    Il y a en nous du créé et de l’incréé, du divin et de l’humain. Où commence l’un, où s’arrête l’autre ?
    La question, ce n’est pas pourquoi, mais comment ?
    Comment faire pour qu’ils « soient Un, comme le Père et moi, nous sommes Un » ?
    Comment réaliser cette union de Dieu et de l’homme manifestée en Jésus-Christ « sans confusion, sans séparation » ?
    Comment vivre à sa suite les noces théanthropiques du créé et de l’incréé ?

    Logion 30
    L’Évangile de Matthieu met dans la bouche de Jésus une parole qui rappelle ce logion : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, Je suis au milieu d’eux. » Là où l’amour est présent, Dieu est présent. Là où deux ou trois se tiennent dans l’Un qui les rassemble, le Mystère de l’interconnexion étroite de toutes choses se révèle à eux (cf. à ce sujet la physique quantique). Le « Pantocrator », Celui qui tient toutes choses ensemble, est présent.
    Les solitaires d’Égypte comprenaient cette parole d’une autre façon. Les deux ou trois dont il est question, c’est le coeur, le corps et l’esprit. Lorsque ces trois niveaux de notre être, avec les modes de conscience qui leur sont propres, sont rassemblés, unifiés, le Christ est réellement présent.
    C’est là d’ailleurs un des leitmotive de la méthode d’oraison hésychaste. Rassembler les différentes composantes de l’être humain par une respiration profonde et par l’invocation du Nom, afin que descende sur nous la lumière de l’Esprit et que tout notre être soit transfiguré.

    Logion 31
    Pourquoi un prophète n’est-il jamais bien reçu dans son pays ? Sans doute parce qu’on croit le connaître ; le son de sa voix est déjà usé avant qu’il ne prenne la parole. Sans doute faut-il qu’il vienne d’ailleurs, qu’il nous saisisse par sa nouveauté pour que nous devenions attentifs à la vérité qu’il vient nous transmettre.
    C’est peut-être bien ainsi.
    Le prophète et le médecin se souviennent alors que cette grâce qui passe par leur bouche ou par leurs mains, ne vient pas d’eux, de leur hérédité, de leur entourage, mais de Dieu et que Dieu peut prophétiser avec une mâchoire d’âne et guérir avec un peu d’argile.
    Cette attitude d’humble amour est caractéristique du véritable gnostique : « Après avoir réalisé la non-dualité, vis en ce monde comme si tu étais un être ordinaire » (Mandukya Upanishad), « que les autres ne soupçonnent même pas qui tu es et ce que tu es devenu » (Çankara).

    Logion 32
    On connaît la parabole de la maison fondée sur le sable qui ne tarde pas à s’écrouler et de la maison fondée sur le roc qui résiste aux vents et à la tempête.
    Importance des fondations… Sont-elles assez profondes, enracinées ? Dans quelle terre sommes-nous fondés ?
    Savoir si ce qui est « à la base » de notre vie est solide.
    Il s’agit d’être une ville forte. Le symbolisme de la ville indique un effort d’organisation, de cohérence de toutes les avenues de notre être, cette ville doit être construite sur une haute montagne, d’où elle tirera sa force, sa solidité, mais aussi sa « visibilité » qui fera d’elle un phare qui éclaire la plaine…
    Celui qui a construit sa vie sur l’amour de Dieu, que peut-il craindre ? Il repose sur les forces mêmes de la Vie. Rien ne peut le détruire, rien ne peut l’étouffer. « La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne peuvent l’atteindre » (Jn 1, 5).

    Logion 33
    On n’enlève pas à la rose le parfum qu’elle donne. Elle n’est pas jalouse de ceux qui respirent autour d’elle. Le propre de la lumière est de rayonner, mais le souci du gnostique n’est pas tant de vouloir rayonner que d’être lumière…
    Transmettre la parole, c’est d’abord l’incarner. Le Soleil n’est pas prosélyte, il diffuse la Lumière. L’homme bon et vrai n’est pas prosélyte, il transmet ce qu’il a lui-même reçu. S’il se donne, ce n’est pas tant par vertu. C’est sa nature même de se donner. « Il aime, non pas comme j’aime, mais comme une émeraude est verte, il est « j’aime ». »
    La tentation, c’est de mettre cette lampe sous le boisseau. C’est d’interpréter et de réduire cette attitude selon les catégories du mental ordinaire. Mais on ne peut pas cacher longtemps la lumière. Le corps lui-même, comme le montre saint Séraphim de Sarov et toute la tradition des hommes transfigurés, peut devenir « lampadaire » au-dedans comme au-dehors, tout est lumière.

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