3 juillet, 2009

034 – 038

Classé dans : — unpeudetao @ 17:04

34. Jésus disait :
Si l’aveugle conduit l’aveugle,
ils marchent vers la chute.

 

 

 

35. Jésus disait :
On ne s’empare pas de la maison des forts,
à moins de leur lier les mains.
On peut alors tout renverser.

 

 

 

36. Jésus disait :
Ne vous souciez pas le matin du soir,
ni le soir du matin,
de quoi vous serez vêtu.

 

 

 

37. Ses disciples demandaient :
Quel sera le jour de ton apparition ?
Quel sera le jour de notre vision ?
Jésus répondit :
Le jour où vous serez nus
comme des enfants nouveau-nés
qui marchent sur leurs vêtements,
alors vous verrez le Fils du Vivant,
Pour vous, il n’y aura plus de crainte.

 

 

 

38. Jésus disait :
Souvent vous avez désiré entendre
les paroles que je vous dis maintenant
Nul autre ne pourra vous les dire,
et il y aura des jours
où vous me chercherez
et où vous ne me trouverez pas.

Une réponse à “034 – 038”

  1. unpeudetao dit :

    Logion 34
    Pour conduire quelqu’un, il faut voir, il faut être éveillé, sinon effectivement on entretient l’autre dans son sommeil et on le conduit vers la fosse commune.
    « On ne peut donner que ce qu’on a reçu », disait Jean-Baptiste. Rien de plus, rien de moins.
    Il ne s’agit pas de se laisser guider par n’importe qui, mais par quelqu’un qui a fait l’expérience de ce dont il parle. Par ailleurs, il est bon de se méfier des « donneurs de bons conseils »… « Celui qui sait ce qui est bon pour les autres est un être dangereux », disait Nisargadatta.
    On peut témoigner de sa foi, mais on ne peut pas l’imposer à quelqu’un. Cette connaissance lumineuse doit s’éveiller d’elle-même.
    « Ce qui est vivant en moi, est aussi vivant en toi », c’est tout ce qu’on peut dire.
    Le maître véritable n’est pas celui qui parle bien de la lumière, mais celui qui nous aide à ouvrir les yeux.
    Il y a aussi ce proverbe qui indique bien l’esprit dans lequel devrait se transmettre la connaissance : « Donnez un poisson à quelqu’un, et il aura un jour à manger. Apprenez-lui plutôt l’art de pêcher, et il n’aura plus jamais faim ! »

    Logion 35
    L’homme fort selon l’Évangile de Thomas, c’est celui qui est devenu « ce qu’il est », celui qui est à sa place, qui accomplit le dessein de Dieu sur lui. La faiblesse pour le gnostique, c’est toujours de ne pas savoir ce qu’on est, d’ignorer son être essentiel. Sa force, l’homme la tient de son union avec Dieu qui est « sa citadelle et son libérateur ». Celui dont il reçoit la sécurité et la liberté. On ne peut rien contre lui, contre ce qu’il est en profondeur, mais on peut l’empêcher de s’exprimer, de se donner. On peut lier les mains à l’amour. Cela peut tout renverser.
    Le propre de l’amour est de se donner. Si on l’en empêche, sa force peut dépérir. Sur ce chemin, « qui ne progresse pas recule ». Le feu ne peut que brûler davantage ou tiédir, devenir cendre.
    On peut lier les mains à l’amour, on ne peut pas lui enlever le coeur. Celui à qui on a arraché les mains transmettra l’essentiel avec le coeur. Alors, des milliers de bras se lèveront, d’autres mains accompliront son
    oeuvre…

    Logion 36
    C’est là un leitmotiv qui revient sans cesse dans les Évangiles : ne pas se faire de souci à propos de la nourriture, du vêtement ou encore « de ce que nous dirons lorsque nous serons conduits devant les juges ». Il faut chercher d’abord le Royaume, le Règne de l’Esprit en nous, et alors, dans sa clarté, tout est donné par surcroît.
    Le « souci », généralement, est lié à la peur, signe d’un manque de sécurité ou de paix intérieure. Se faire trop de souci, même pour des causes nobles, est aussi symptôme d’orgueil ; on se prend trop au sérieux ; on se prend pour la cause première de tout ce qui peut nous arriver, alors que « c’est Lui qui agit », « en Lui, nous avons la Vie, le Mouvement et l’Être ».
    On se souvient de ce fioretti du pape Jean XXIII, un soir où il se faisait du souci pour l’Église, sans doute y avait-il de quoi ! Alors le Christ lui apparaît et lui dit : « Jean, est-ce toi le chef de l’Église ou est-ce Moi… Qui conduit la barque… ? Alors agis le mieux possible et ne te fais pas de souci. »
    Ne pas se faire de souci, ce n’est pas de l’indifférence ou une attitude irresponsable. Il faut faire tout ce qui est en notre pouvoir et le mieux possible, mais le résultat de nos actions ne dépend pas de nous, comme le dit aussi la Bhagavad Gita : « Tu as droit à l’action, mais non aux fruits de l’acte. »
    Ou encore Ignace de Loyola qui résume bien l’attitude juste : « En toutes choses, agis comme si tout dépendait de toi seul, et en toutes choses, agis comme si le résultat de tout ce que tu fais dépendait de Dieu seul. »
    Ne pas se faire de souci, c’est également vivre dans le Présent. « Ne vous souciez pas le matin du soir, et le soir du matin », « À chaque jour suffit sa peine », « Pouvez-vous, par votre souci, ajouter une seule coudée à la longueur de votre vie ? »
    C’est le propre de l’amour que de vivre dans le Présent. Si on dit : « J’aime ou j’aimerai », cela veut dire qu’on n’aime pas.
    Vivre dans le Présent, instant après instant, nous dévoile le secret de la Présence. Cela demande une grande force d’attention et une grande qualité d’âme, mais c’est aussi une grande source de bonheur. Notre énergie n’est plus dispersée dans l’hier ou le demain. On peut alors vivre intensément avec ce qui est « devant notre visage ».
    Alors nous ne faisons plus qu’Un avec la spontanéité de la vie qui passe d’une forme à l’autre, d’un vêtement à un autre, sans perdre notre identité.
    Ne pas se soucier de quoi nous serons vêtus, c’est ne pas se soucier de la forme que prendra la vie en nous. Notre ascèse, c’est d’être fidèles et justes dans l’instant.

    Logion 37
    Les vêtements symbolisent toutes ces « surimpositions » avec lesquelles nous voilons notre être essentiel, toutes ces « identifications » avec un rôle, une situation, une idée qui nous font oublier notre nudité. L’Évangile nous invite à la nudité : être nu, être rien, être neuf comme le nouveau-né, sans vêtements, sans préjugés, retrouver cette innocence qui permet de voir le Vivant. Ne projetant sur le moment présent rien du passé et rien de l’avenir, où y aurait-il crainte ?
    Par ailleurs, se dévêtir, être nu, c’est se tenir prêt pour l’Étreinte. C’est croire que l’Amour nous attend. Les priscillianistes se mettaient nus pour prier.
    Dans les Actes de Thomas, la jeune épouse qui représente l’humanité dit : « Désormais, je ne me voilerai plus parce que le miroir de la honte a été éloigné de moi… Dès lors je ne suis plus honteuse et effrayée… » Et qu’est-ce que ce miroir de la honte sinon le regard des pervers et des voyeurs ?
    Dans les Lïbri graduum (col. 341-1), Adam et Ève se montrent nus comme des enfants à la mamelle, comme des petits enfants, ils n’ont pas honte et c’est de nouveau l’invitation à redevenir comme des enfants.
    Mais la nudité chez les gnostiques va encore plus loin : il s’agit de se désidentifier même du corps. C’est le rappel que notre essence est incréée et que tout attachement pathologique au domaine spatio-temporel est encore une forme d’idôlatrie : « Le corps terrestre, je m’en dépouillerai !… je me dévêtirai du Cosmos et de la ressemblance des cinq astres : je détruirai l’embûche des Archontes que je porte, et je resplendirai dans le souvenir du Paraclet !… Tu as jeté à terre le vêtement d’infirmité ; tu as foulé aux pieds l’orgueil trompeur et cruel… j’ai déposé le vain vêtement de cette chair… » (Psautier manichéen, pp. 59 à 99).
    Le plus bel écho de ce logion 37 est peut-être un texte d’un auteur contemporain, Jacques Lacarrière, dans sa « Sourate du Vide (1) » :
    « Désapprendre. Déconditionner sa naissance.
    Oublier son nom. Être nu.

    Dépouiller ses défroques. Dévêtir sa mémoire.
    Démodeler ses masques.

    Déchirer ses devoirs. Défaire ses certitudes.
    Désengranger ses doutes. Désemparer son être.

    Débaptiser sa source. Dérouter ses chemins.
    Défeuiller ses désirs. Décharner ses passions.

    Désacraliser les prophètes. Démonétiser l’avenir.
    Déconcerter l’antan. Décourager le Temps.

    Déjouer la déraison. Déflorer le délire.
    Défroquer le sacré. Dégriser le vertige.

    Défigurer Narcisse. Délivrer Galaad.
    Découronner Moloch. Détrôner Léviathan.

    Démystifier le sang. Désosser le singe.
    Déshériter l’ancêtre.

    Désencombrez votre âme. Déséchouez vos échecs.
    Désenchantez le désespoir. Désenchaînez l’espoir.

    Délivrez la folie. Désamorcez vos peurs.
    Désarrimez vos coeurs. Désespérez la Mort.

    Dénaturez l’inné. Désincrustez l’acquis.
    Désapprenez-vous. Soyez nu. »

    Logion 38
    En écho au début de ce logion, dans les Actes de Jean (98), le Sauveur déclare à l’apôtre sur le Mont des Oliviers, au moment de la crucifixion, qu’il va révéler la croix de lumière. « Jean, il faut que quelqu’un entende cela de moi, car j’ai besoin de quelqu’un qui l’entende. » Selon le Psautier manichéen (p. 187, 27 à 29), le Sauveur aurait enseigné ce logion pour que les Onze aient bien la preuve que c’est le Christ qui les appelle. Marie-Madeleine devra évoquer un mot de Jésus : « Rappelle-toi ce que je disais de moi à toi sur le Mont des Oliviers : j’ai quelque chose à dire, je n’ai personne à qui le dire. »
    Le logion continue : « Il y aura des jours où vous me chercherez et où vous ne me trouverez pas. »
    Le Christ est Vivant. Pourquoi le chercher parmi les morts ? Chaque instant est le moment favorable. Chaque jour est le jour du salut. Chaque instant est l’occasion de la Rencontre. Demain, il sera trop tard. Ne pas remettre au lendemain… ni la joie, ni l’amour. Ici et maintenant est le royaume, la Présence. Où chercher ailleurs cette Présence du Vivant que dans le présent ?
    « Que m’importe, disait Angélus Silesius, que le Christ soit né hier à Bethléem, s’il ne naît pas aujourd’hui en moi ? » Que m’importe qu’il vienne demain si mon coeur, aujourd’hui, n’est pas prêt à le recevoir…

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