3 juillet, 2009

039 – 042

Classé dans : — unpeudetao @ 17:34

39. Jésus disait :
Les pharisiens et les scribes
ont reçu les clefs de la connaissance
et ils les ont cachées.
Ils ne sont pas entrés à l’intérieur,
et ceux qui veulent entrer,
ils les en empêchent.
Vous, soyez attentifs comme le serpent
et simples comme la colombe.

 

 

 

40. Jésus disait :
Le cep de vigne planté hors du Père
n’est pas vivifié.
Il sera arraché à la racine,
il périra.

 

 

 

41. Jésus disait :
Celui qui a dans sa main,
on lui donnera.
Celui qui n’a pas,
même le peu qu’il a,
on le lui prendra.

 

 

 

42. Jésus disait :
Soyez passant.

Une réponse à “039 – 042”

  1. unpeudetao dit :

    Logion 39
    Autant, dans les Évangiles, Jésus se montre « doux et humble de coeur » avec ceux qui souffrent ou qui ont péché, autant il se montre violent avec ceux qui prétendent guider et enseigner les autres en leur imposant des lois qu’eux-mêmes ne pratiquent pas. L’hypocrisie des scribes et des pharisiens est toujours d’actualité… Pourtant ils ont reçu les clefs. Ils ont reçu la lettre, la Parole, les livres saints. Ils ont reçu la bonne nouvelle de l’Amour de Dieu pour tous les hommes et son invitation inouïe à la liberté.
    Mais comme le montre bien Dostoïevski, le grand inquisiteur veille (et le grand inquisiteur, il est en chacun de nous). Il s’adresse ainsi au Christ : « Tu as révélé aux hommes une trop grande liberté. Ils sont malheureux. Ils ne savent pas quoi en faire. Nous, nous leur avons enseigné ce qui est bien, ce qui est mal. Nous leur avons dit ce qu’il faut faire… Ils sont peut-être moins libres, mais ils sont plus heureux. »
    Dans la voix du grand inquisiteur, on reconnaît la voix de tous les régimes totalitaires qui veulent faire le bonheur de l’homme, mais sans que l’homme y participe par sa liberté… Les scribes et les pharisiens ont reçu les clefs de la connaissance mais ils ne veulent pas s’en servir pour ouvrir la porte à tous les hommes. Ils gardent le trésor des paroles évangéliques pour eux ou, plus grave, ils les réduisent, ne leur donnant qu’un sens vulgaire ou grossier. Ils n’ont pas été les « herméneutes » de la Parole. Ils ont enseigné la lettre qui tue et oublié l’Esprit qui vivifie.
    Origène déjà se plaignait qu’on n’enseignait plus le sens spirituel des Écritures et que les prêtres ne faisaient plus leur travail d’herméneutes : « Ils distribuent les noix, sans briser la coquille et les enfants se cassent les dents. Ils ne sont pas entrés dans l’amande, dans le noyau du message. »
    Ce qui a été perdu, c’est le sens de l’initiation ou du passage. L’art de l’herméneute, c’est de faire « passer » d’un plan de conscience à un autre jusqu’à atteindre l’Esprit dans lequel cette Parole a été prononcée.
    Les Pères de l’Église distinguent généralement plusieurs niveaux d’interprétation de l’Écriture :
    - niveau charnel, historique ;
    - niveau psychique, éthique ;
    - niveau spirituel, ontologique.

    Il s’agit de passer d’un niveau à un autre, sans en nier aucun.
    Par exemple, on peut lire le Cantique des cantiques comme le roman d’amour d’un berger et d’une bergère, ou comme l’histoire symbolique des relations de Dieu avec Israël ou de l’Église avec le Christ, ou encore comme le récit des aventures de l’âme avec son Dieu, description mystique de l’union du créé et de l’incréé (saint Grégoire de Nysse et, plus tard, saint Jean de la Croix).
    Cette herméneutique, respectueuse des différents niveaux de signification dans lequel peuvent être entendues les Écritures, n’est que peu pratiquée aujourd’hui, comme elle n’était que peu pratiquée du temps de Jésus. La Thora était devenue une loi qui enferme et qui culpabilise au lieu d’être une loi de liberté qui préserve l’homme de ce qu’il y a de plus mauvais et destructeur en lui et dans le monde.
    Ce que Jésus reproche également aux scribes et aux pharisiens, c’est de « se servir » de la Parole au lieu de la servir. On peut, en effet, se servir de l’Écriture pour affirmer son pouvoir, pour dominer les autres. C’est sans doute là le pouvoir le plus dangereux et le plus pervers parce que prétendant parler au nom de Dieu, il s’introduit dans la conscience de l’autre et prétend la diriger. La parole de Dieu ne donne aucun pouvoir, sinon le pouvoir d’aimer et de servir davantage.
    La connaissance que communiquent les textes sacrés est faite d’attention et de simplicité comme l’indique la suite du logion : « Vous, soyez attentifs comme le serpent et simples comme la colombe ! » Le gnostique, ce n’est pas un homme qui possède un savoir particulier. C’est un homme simple au coeur innocent, sans souci de lui-même, attentif à ce qui est devant son visage. La gnose communiquée par Jésus développe dans l’homme une attitude méditative devant ce qui est, une attitude non duelle, non ratiocinante, sans projection, sans jugement. Il s’agit de « voir » simplement.
    Il est beau aussi de remarquer que Jésus demande à ses disciples de ressembler au serpent et à la colombe. Le serpent rampe à terre, la colombe s’élève dans le ciel… Il s’agit de savoir se tenir à ras de terre, sans perdre son élan vers le ciel. Tenir ensemble les qualités de ces deux animaux, c’est encore une fois unir les contraires. Tenir ensemble la terre et le ciel.

    Logion 40
    L’Évangile nous rappelle l’importance des racines, l’importance de l’enracinement. Être planté dans le Père, c’est être enraciné dans la véritable origine de tout ce qui existe. Hors de Lui, c’est être coupé de la Source, et l’eau, même la plus pure, coupée de la source, ne tarde pas à croupir. C’est le même sort qui est réservé aux sarments séparés du cep dont nous parle saint Jean : « Ils se dessèchent. »
    Cette parabole de la vigne et des sarments est par ailleurs une belle image de l’unité qui rassemble les croyants. C’est une unité intérieure, une unité de sève. Dans la rencontre des Églises ou des traditions religieuses, on ne pourra jamais réaliser l’unité de l’extérieur, de la même façon qu’on ne peut pas coller deux branches d’un même arbre l’une contre l’autre sans les briser. Ce qui les tient ensemble ne pourra alors être qu’un lien artificiel qui souligne davantage leur altérité. Mais si deux branches d’un même arbre cessaient de chercher l’unité, peut-être la découvriraient-elles, déjà là, silencieuse, dans le vif serein de leurs sèves.

    Logion 41
    Ce logion se retrouve dans les autres Évangiles, suite à la parabole des talents, et c’est la même conclusion qui, au premier regard, peu sembler injuste ou scandaleuse : « À celui qui a, on donnera ; à celui qui n’a pas, on ôtera même ce qu’il a. »
    C’est là un rappel de l’exigence de fructification qui est inscrite dans l’Évangile comme une loi fondamentale : « Plus on donne, plus on reçoit. »
    Ainsi, ce qu’il s’agit d’ »avoir » dans sa main, c’est cette capacité de don. D’autres disent : « C’est l’amour, et la connaissance », c’est la gnose. Sans cet amour et sans cette connaissance, toute compréhension du monde nous est enlevée. Sans cet amour, rien n’a de goût, ni d’intérêt. Rien n’est source d’étonnement et de révélation. Ce que nous croyons avoir, savoir, pouvoir a un goût de cendres, nous en ressentons la précarité. Qu’est-ce qui ne nous sera pas enlevé ?

    Logion 42
    Le thème du Passage ou de la Pâque est important dans le christianisme (Peschar, la Pâque, veut dire passage en hébreu). Nous sommes des pèlerins et des passagers sur la terre. Nous sommes de passage… on ne construit pas sa maison sur un chemin ou sur un pont. Il faut passer. Les années passent. Tout passe. Qu’est-ce qui ne passe pas ?
    Psychologiquement, c’est déjà un signe de santé que de se considérer comme « passant » : c’est la Réalité. Savoir que cette souffrance intolérable, elle « passera », la rend déjà plus supportable. Savoir que ce plaisir fascinant, il « passera », nous rend plus libre à son égard et moins triste lorsqu’il s’éloigne.
    On connaît l’histoire de ce roi qui, une nuit, rêva qu’il possédait un anneau merveilleux. Lorsqu’il était déprimé, malheureux, et qu’il le regardait, un grand calme se faisait en lui. Lorsqu’il était enthousiaste ou se laissait aller à une jubilation intempestive, s’il regardait l’anneau, un grand calme de nouveau se faisait en lui, sa joie devenait paisible. Le matin, au réveil, le roi demanda à ses serviteurs de réaliser pour lui un tel anneau ou d’en trouver un semblable quelque part dans son royaume…
    Après bien des recherches, les serviteurs trouvèrent enfin cet anneau au doigt d’une vieille femme qui extérieurement n’apparaissait pas comme « extra-ordinaire ». Elle était simplement sereine. Bien volontiers, elle donna son anneau an roi. L’effet magique ou merveilleux fut immédiat. Après quelques jours, le roi semblait sorti de ces manies maniaco-dépressives, de cette suite sans fin d’exaltations et de dépressions. Au-delà du rire et des larmes, il découvrait la grandeur et la beauté du sourire.
    À l’intérieur de l’anneau, il y avait seulement écrit en lettres d’or : « Cela aussi, ça passera ! »
    Il est bon de se souvenir de cette petite phrase lorsqu’on est sur son lit d’hôpital : « Cela aussi, ça passera », ou lorsqu’on ne peut s’arracher à l’étreinte tant le bonheur est grand : « Cela aussi, ça passera. »
    Empêcher le flux et le reflux de la vie de passer, c’est cela qui cause la souffrance. Laisser passer ce qui passe. Demeurer dans ce qui demeure.
    « Soyez passant » ! C’est aussi être en chemin vers l’autre rive, des ténèbres vers la lumière, de ce « monde » vers le Père, disait Jésus. Passer de ce qui passe à ce qui ne passe pas, s’éveiller à la vie non née, ressuscitée, à l’autre rive de soi-même. On disait de saint Bernard qu’il avait le visage de quelqu’un qui va vers Jérusalem, le visage d’un passant, au regard terriblement attentif.
    Un passant voit toutes choses pour la première et la dernière fois. Il ne se retournera pas en arrière. Il goûte chaque instant comme le lieu même du passage vers l’Éternel présent.
    Découverte au début du siècle, sculptée en caractères arabes sur le porche de l’ancienne ville Fateh-pur-Sikri, construite au sud de Delhi par le Grand Mogol Akbar le Juste, on peut lire cet écho de notre logion :
    « Jésus, la Paix soit sur Lui, a dit :
    Le monde est un pont,
    passe dessus
    mais n’y établis pas ta demeure. »

    Cette parole, toujours attribuée à Jésus, est citée par plusieurs auteurs musulmans dont Al-Ghazali (1059-1111).

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