3 juillet, 2009

046 – 048

Classé dans : — unpeudetao @ 17:41

46. Jésus disait :
Depuis Adam jusqu’à Jean-Baptiste,
parmi ceux qui sont nés de la femme
il n’y en a pas de plus haut que Jean-Baptiste.
Si bien que ses yeux ne seront pas détruits.
Mais j’ai dit :
Celui qui parmi vous deviendra petit
connaîtra le Royaume et sera plus haut que Jean.

 

 

 

47. Jésus disait :
Il n’est pas possible
qu’un homme monte deux chevaux,
qu’il bande deux arcs.
Il n’est pas possible qu’un serviteur
serve deux maîtres,
sinon il honorera l’un et méprisera l’autre.
Aucun homme ne boit du vin vieux,
et ne désire aussitôt boire du vin nouveau.
On ne verse pas du vin nouveau
dans de vieilles outres
de peur qu’elles éclatent,
et on ne verse pas du vin vieux
dans une outre neuve
de peur qu’elle ne le gâte.
On ne coud pas une vieille pièce
à un vêtement neuf.
Cela provoquerait la déchirure.

 

 

 

48. Jésus disait :
Si deux font la paix entre eux
dans une même maison,
ils diront à la montagne : « éloigne-toi »,
et elle s’éloignera.

Pas de réponses à “046 – 048”

  1. unpeudetao dit :

    Logion 46
    Jean-Baptiste a un rôle important dans la Tradition. Il est l’archétype du précurseur, de l’ami de l’Époux. C’est lui qui prépare le chemin. Il est le « cantonnier du Christ »… « abaisser ce qui est élevé, redresser ce qui est courbé, combler ce qui est déprimé, préparer une route plane au Seigneur ». Son travail est de nous aplanir, de nous pacifier. Il représente ainsi tout le travail de l’ascèse, abaisser ce qu’il y a en nous d’orgueil, redresser ce qu’il y a de tordu ou de tortueux dans le coeur. Ne plus nous laisser aller à notre tendance à la dépression ou au désespoir, retrouver notre véritable nature dans laquelle la grâce peut s’incarner et la faire rayonner.
    Ce précurseur peut prendre différents visages. Pour certains, ce qui les conduit à la rencontre du Christ ou à l’expérience de la Lumière incréée, c’est l’étude de la science ou de la philosophie, pour d’autres c’est l’art ou une rencontre amoureuse, un poème ou un texte sacré.
    Nous avons tous connu de ces « signes précurseurs » de l’illumination, mais on ne peut en rester là. De la même façon que, dans les Évangiles, on nous dit que beaucoup se demandaient si Jean-Baptiste n’était pas le Christ, on peut se demander si la science, la psychanalyse, telle forme d’art ou de rencontre, ce n’est là la vérité, le salut… mais le plus petit cèdre est toujours plus grand que la plus haute vigne. Arrivé au sommet de la montagne, on est toujours en bas, le ciel est d’une autre nature. Arrivé au sommet de notre expérience ou de notre connaissance, on est toujours « en bas » à l’égard de cette autre nature, de cet Inconnu, cette conscience qui est d’un autre ordre, de l’ordre non plus du créé, mais de l’Incréé.
    « Le plus petit dans le Royaume est plus grand que Jean » et pourtant « ses yeux ne seront pas brisés », sa vision est juste. Il faut la respecter, mais reconnaître aussi qu’elle est insuffisante pour saisir cette nouvelle dimension.
    Jean-Baptiste le dit d’ailleurs lui-même : « Il faut qu’il croisse et que je diminue. »
    Une fois que s’est éveillée en nous cette nouvelle conscience de l’Être, il faut que le Soi grandisse, et que l’ego diminue. C’est la loi même du processus d’individuation selon Jung.
    Laisser toujours plus de place au Christ afin que ce ne soit « plus moi qui vive, mais le Christ qui vive en moi ». Cela se vit au jour le jour lorsqu’on met un peu plus de lumière et de paix dans nos vies.

    Logion 47
    L’interprétation habituelle de ce logion, c’est qu’on ne peut pas servir deux maîtres : il faut donc choisir, l’un ou l’autre.
    Les Évangiles canoniques précisent : vous ne pouvez pas servir deux maîtres ; il faut choisir, Dieu ou l’argent. Si vous aimez l’argent, vous détestez Dieu. Si vous aimez Dieu, il faut détester l’argent. Cette interprétation a créé beaucoup de troubles et de problèmes. Elle enferme l’homme dans la dualité avec tous les risques d’un retour du refoulé. Jean Cassien nous raconte l’histoire de ce moine qui, après avoir choisi Dieu et renoncé à de grandes richesses, s’attache à une gomme et c’est plus fort que lui : en aucun cas, il ne consent à la prêter… Saint Jean de la Croix fera remarquer plus tard que l’oiseau, qu’il soit attaché avec une chaîne ou avec un simple fil, ne peut toujours pas voler…
    Comment sortir de ce dilemme, de cette dualité : ou bien, ou bien… ?
    Jésus semble nous dire qu’effectivement on ne peut pas vivre dans la dualité. C’est invivable, on ne peut aimer et haïr en même temps. On ne peut pas aimer Dieu et haïr l’argent en même temps. Il s’agit plutôt de mettre chaque chose à sa place, dans son ordre, « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».
    Or, même César est à Dieu, même l’argent, ce moyen de communication plus ou moins bien employé, est à Dieu. Seulement il ne faut pas en faire son maître, ne pas l’idolâtrer, n’adorer que Dieu seul.
    Ainsi, nous ne pouvons pas vivre en opposant l’un à l’autre, en choisissant l’un contre l’autre. La dualité est invivable et entraîne des phénomènes de compensation que connaissent bien les psychologues. Il faut choisir l’un et l’autre, être dans la non-dualité, car on ne peut pas, avec le même coeur, adorer et mépriser. Il faut reconnaître l’Un à travers les deux, le Maître unique qui nous guide à travers des formes diverses. De la même façon, on ne peut pas boire en même temps du vin vieux et du vin nouveau ; ils se gâteraient l’un l’autre. Le vin vieux est bon, le vin nouveau est bon. Il ne faut pas les opposer, il ne faut pas non plus les mélanger.
    La Tradition est bonne, la nouveauté est bonne. Il ne s’agit pas de réduire l’une à l’autre ; cela créerait de la confusion. « Il faut respecter ceci, sans omettre cela », dit une autre parole des Évangiles, comme deux fleurs d’âge et de couleur différents peuvent tenir ensemble dans un même bouquet, sans déteindre l’une sur l’autre.
    Cependant, on ne verse pas du vin nouveau dans de vieilles outres de peur qu’elles éclatent. Ceux qui travaillent le fruit de leur vigne savent que le vin nouveau fermente et qu’en effet cela peut faire éclater les vieilles barriques. Certains diront que le vin nouveau de l’Esprit ne peut pas tenir dans ces vieilles outres que sont les Églises, les Institutions, de la même façon que le vin nouveau de l’Evangile a fait éclater la loi et la synagogue.
    C’est vrai. Sans doute faut-il trouver des formes mieux adaptées à l’inspiration qui se manifeste dans le temps présent, sans vouloir à tout prix les faire entrer dans les traditions du passé. Cela donne parfois d’horribles mélanges, alors que chacune de ces formes a sa cohérence interne et sa beauté propre. De nouveau, ne pas opposer ceci à cela, respecter le vin nouveau. Ne pas avoir peur des paroles nouvelles qui nous sont adressées aujourd’hui et respecter le vin vieux, les traditions anciennes, avec la qualité d’inspiration qu’elles ont pu conserver à travers des rites et des formes authentiques.
    Au niveau de l’expérience intérieure, on retrouve également la véracité de cette parabole. Quand on a fait l’expérience de l’Incréé, de cette nouvelle conscience, infinie liberté qui nous habite, il ne faut pas chercher à interpréter cette expérience selon les catégories de notre mental ou de notre logique ordinaire, tout en respectant l’efficacité qu’ils peuvent avoir « dans leur ordre ».
    Cette parabole s’applique aussi à la science contemporaine. On ne peut pas ramener dans les catégories et la logique de la physique newtonienne, par exemple, les découvertes récentes de la physique quantique qui obéissent à une autre logique. Il y a discontinuité, mais non opposition, des découvertes scientifiques comme des états de conscience.
    L’Évangile nous dit encore que l’homme sage sait tirer de son trésor du vieux et du neuf… Il respecte les traditions, il ne se ferme pas non plus à la nouveauté de l’Esprit. Quelles que soient les outres, l’important pour lui c’est que le vin soit bon et il cherche la forme adaptée et juste pour que rien ne se gâte et que soit préservée « la sobre ivresse ».

    Logion 48
    Puissance de la paix, de l’unité !
    Que peut-on contre un homme paisible, unifié ?
    Que peut-on contre deux ou trois personnes bien accordées ?
    Les montagnes, les difficultés s’éloignent. C’est comme s’ils avaient le soutien de toute la Nature, de l’Un qui se manifeste dans leur accord.
    Avant de vouloir faire la paix chez les autres, il faut commencer chez soi, dans sa « maison », faire la paix avec les parties « ennemies » de soi-même, que ce soit l’instinct, l’émotion ou l’intellect. Tant qu’il y a division en nous-même, les obstacles que nous rencontrons n’expriment-ils pas notre propre chaos ?
    « Trouve la paix intérieure, disait saint Séraphim de Sarov, et une multitude sera sauvée à tes côtés. » Un homme paisible, un homme heureux, est source de paix et de bonheur pour toute l’humanité. Qu’en sera-t-il de deux ou trois !
    Pour Clément d’Alexandrie, « déplacer » les montagnes signifie niveler les inégalités entre les hommes, rendre possible la rencontre (cf. Stromates II, 11, etc.), la Paix permet à l’Unité de tous les êtres de se manifester alors que la crainte ou la convoitise élèvent des montagnes entre eux…
    Dans les Évangiles canoniques, c’est la « foi qui déplace les montagnes ». Or, qu’est-ce que la foi sinon l’Unité de l’intelligence et du coeur ? La paix réalisée entre ces « deux » qui souvent s’opposent dans une même maison : le discernement et l’affectivité ?
    La foi est indissociablement un mouvement de l’intellect vers la vérité et un acte de confiance. La foi, c’est adhérer de tout son être à ce qui est reconnu pour vrai et juste. Cette adhésion intime et totale est d’une grande puissance, mais aussi d’une grande lucidité : « Elle va au-delà de la raison, mais non pas contre. » Et dans cette force claire et vive, ce qui nous apparaissait comme des montagnes se révèle n’être que des nids de taupes…

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