3 juillet, 2009

052 – 056

Classé dans : — unpeudetao @ 17:48

52. Ses disciples lui dirent :
Vingt-quatre prophètes ont parlé en Israël
et tous ont parlé de toi.
Il leur dit :
Vous avez rejeté celui qui est Vivant
en votre présence,
et vous avez parlé de ceux qui sont morts.

 

 

 

53. Ses disciples lui dirent :
La circoncision est-elle utile ou non ?
Il leur dit :
Si elle était utile,
leur père les engendrerait circoncis de leur mère,
mais la véritable circoncision en esprit
est tout à fait utile.

 

 

 

54. Heureux vous les pauvres,
le Royaume des Cieux vous appartient.

 

 

 

55. Jésus disait :
Celui qui ne se libère pas de son père et de sa mère
ne pourra devenir mon disciple.
Celui qui ne se libère pas de ses frères et de ses soeurs
et ne porte sa croix, comme je la porte,
il n’est pas digne de moi.

 

 

 

56. Jésus disait :
Celui qui connaît le monde
découvre un cadavre.
Et celui qui découvre un cadavre
le monde ne peut le contenir.

Une réponse à “052 – 056”

  1. unpeudetao dit :

    Logion 52
    Dans le 4e Esdras (14, 44), les vingt-quatre livres sont ceux parmi les quatre-vingt-quatorze qui étaient lus dans les synagogues et qui étaient accessibles à tous, alors que les soixante-dix autres étaient réservés aux sages.
    Dans l’Apocalypse (4, 4), il est également question de vingt-quatre vieillards… est-ce une transposition « imaginale » des vingt-quatre divinités babyloniennes des constellations qui présidaient aux époques de l’année ?
    Toujours est-il que pour l’Évangile de Thomas, comme pour la Pistis Sophia, les prophètes, comme les archontes, n’ont plus la même importance. Jésus révèle qu’il y a dans l’homme une dimension au-delà du temps, (au-delà des « vingt-quatre » heures qui constituent nos nuits et nos jours), mais nous voulons l’ignorer. Nous rejetons le Vivant et nous continuons à entretenir ce qui de par sa nature ne peut que se dégrader et pourrir.
    Un autre sens de ce logion peut nous être suggéré par un verset de l’Évangile de Jean : « Vous scrutez les écritures (c’est-à-dire ce qu’ont dit les sages et les prophètes) et vous ne voulez pas venir à Moi pour avoir la vie. Le Moi dont il s’agit ici, évidemment ce n’est pas le « moi-je existentiel » de Jésus de Nazareth, il s’agit du « Moi-Être-Essentiel » du Logos, l’Intelligence Créatrice qui tient toutes choses ensemble et dont témoigne le livre de la nature aussi bien que le livre des écritures. Tout cela est écrit, non pour engraisser nos esprits de toutes sortes de gloses et de polémiques, mais pour que nous découvrions Celui qui est Vivant en nous.
    Il y a également une certaine façon de se référer aux paroles des autres, à des Traditions, « on a dit que », qui nous dispense de penser par nous-mêmes. La longue-vue de mon voisin ne me sert de rien si je ne sais pas ouvrir mes propres yeux. Les paroles des prophètes et de tous les grands voyants sont là pour nous apprendre à voir. Si nous les répétons sans les vivre, ce sont des paroles mortes. « La lettre tue, c’est l’Esprit qui vivifie. »

    Logion 53
    La circoncision pour le juif pieux, c’est l’inscription dans sa chair de l’alliance de l’homme avec Dieu. Tout ce qui est vie et ce qui donne la vie lui appartient, mais à quoi bon ce signe extérieur d’alliance « si le coeur n’y est pas ». Il peut devenir un signe d’appartenance à un peuple, à une race, et non un signe d’appartenance au Dieu Unique…
    La circoncision dont parle Jésus ne se situe pas au niveau du prépuce mais au niveau de l’ego. C’est de lui, avec toute sa vieille peau, ses manies et ses concepts dont il s’agit de se dégager. L’Étreinte avec le Vivant sera alors plus « propre » et plus profonde. Hygiène du coeur et de l’esprit, silence de l’ego, telle est la véritable circoncision, signe de l’Alliance et de l’Union, retour non seulement à « ce qui est naturel », mais à notre véritable nature.
    Le poète Kabir (Bénarès, XIVe siècle) se fait l’écho de ce logion lorsqu’il apostrophe ceux qui se confient seulement dans l’expression extérieure de la loi :
    « Sûr de ton autorité, tu pratiques la circoncision ; mais moi, je ne suis pas d’accord, frère ! Si Dieu voulait me circoncire, ne pouvait-il le faire lui-même ? »

    Logion 54
    Chez Matthieu (5, 3) et Luc (6, 20), nous retrouvons ce même logion.
    La pauvreté semble être pour Jésus la condition pour que règne en nous le Souffle de Dieu, pour qu’il y ait sur terre de la place pour le ciel. Avoir un esprit de riche, c’est croire que tout nous est dû ou que tout peut s’acheter. C’est passer à côté de l’Essentiel. Le bonheur ou l’amour ne s’achètent pas. Par contre, avoir un esprit de pauvre, c’est savoir que rien ne nous est dû, que tout nous est don. Le moindre sourire ou le moindre rayon de soleil est reçu avec gratitude comme une étincelle du Royaume.
    Maître Eckart a souvent commenté cette béatitude de la pauvreté, c’est elle qui doit nous rendre purs et vacants : capables de Dieu. L’homme totalement pauvre, totalement vide, ne peut pas ne pas être comblé. « Quand Dieu te trouve prêt et pauvre, il lui faut agir et s’épancher en toi, de même que dans un air clair et pur, il faut que le soleil se répande et il ne peut pas s’en dispenser… lorsqu’il te trouve ainsi vide et dépouillé » (Et cum factus esset Jesus).
    Il dira encore par ailleurs : « Est pauvre l’homme qui ne sent rien, ne sait rien, n’a rien », ce qui ne veut pas dire qu’il nous faut devenir comme du bois mort mais que nous avons à nous garder libres à l’égard de nos désirs, de nos connaissances et de nos possessions.
    Ce détachement ou cette liberté à l’égard de tout le créé nous permet de l’aimer selon son ordre, mais aussi de découvrir notre essence incréée : pauvre de vouloir, de savoir et d’avoir, je me tiens à la Racine et je me connais comme étant « cause de moi-même selon mon être qui est éternel, et non selon mon devenir qui est temporel. C’est pourquoi je suis non né et selon mon mode non né, je ne puis jamais mourir » (sermon Beati pauperes spiritu).

    Logion 55
    Jésus nous invite de nouveau à la liberté. Être libre à l’égard de son père, de sa mère, de leurs désirs, de leurs pensées, de leur éducation. Être libre à l’égard de nos frères et de nos soeurs, à l’égard de nos concitoyens, des jugements et des modes du monde ambiant. Ce n’est pas une mince affaire, mais c’est la condition pour que nous devenions nous-même. Il n’y a pas d’autonomie physique, psychique et même spirituelle sans rupture du cordon ombilical.
    Savoir reconnaître ce qui nous a nourris, mais pour aller plus loin et alors « prendre sa croix », c’est-à-dire prendre toutes ses dimensions à la fois horizontales et verticales « Connaître la hauteur, la profondeur, la largeur, l’épaisseur, connaître l’Amour du Christ qui surpasse toute connaissance », disait saint Paul. Les Pères de l’Église parleront aussi de la croix comme du « grand livre de l’art d’aimer », le livre ouvert de l’homme qui aime infiniment d’un « amour plus fort que la mort », le livre ouvert de l’Amour-liberté qui porte et qui emporte les événements du quotidien, qui fait feu de tout bois et transforme même l’ordure en lumière vive.
    Liberté à l’égard des parents et de l’entourage, c’est le premier pas sur ce chemin.

    Logion 56
    Qu’est-ce qu’un corps inanimé, c’est-à-dire « sans âme », sinon un cadavre ? Lorsque le principe d’information se retire du corps, il cesse de vivre et ne tarde pas à se décomposer.
    Chercher à connaître un corps, une matière ou un monde sans se référer à l’ »âme » qui l’informe, à ce qui lui donne sa consistance et son unité, c’est tôt ou tard en venir à découvrir un cadavre, c’est découvrir la non-existence du monde par lui-même. Comme le dit le Prologue de saint Jean : « Sans lui : nihil » ; sans le Verbe, l’information créatrice : rien.
    Maître Eckart se fera condamner pour avoir répété à voix haute ce que dit tout bas l’Évangile : « Toutes les créatures sont un pur néant ; je ne dis pas qu’elles sont minimes ou sont quelque chose : elles sont un pur néant. » Il s’agit pourtant de la doctrine tout à fait orthodoxe selon laquelle aucun être relatif n’a l’Être par lui-même ; il ne l’a que par participation à l’Être Absolu.
    Il n’y a pas de corps sans âme. Un corps sans âme, c’est un cadavre, un composé qui va se décomposer.
    Cette découverte n’est pas triste. Si nous reconnaissons notre néant, nous découvrons dans le même mouvement l’Être par qui nous sommes. Fondus en Lui, nous pourrons dire : « Autre que Lui n’est pas » ou « Avant qu’Abraham fut, Je suis. » L’espace-temps ne peut plus nous contenir. C’est ce pur Je Suis qui le contient.

Laisser un commentaire

Ilona, Mahée et Mila. |
Amour, Beauté, Paroles, Mots. |
Les Ailes du Temps |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose