4 juillet, 2009

072 – 076

Classé dans : — unpeudetao @ 6:16

72. Un homme lui dit :
parle à mes frères
afin qu’ils partagent les biens de mon
père avec moi.
Jésus lui répondit :
Qui a fait de moi un homme de partage ?
Et se tournant vers ses disciples,
il leur dit :
Qui suis-je pour partager ?

 

 

 

73. Jésus disait :
La moisson est abondante
mais les ouvriers peu nombreux.
Priez le Maître qu’il envoie
des ouvriers à la moisson.

 

 

 

74. Le Maître disait :
Beaucoup se tiennent autour du puits
mais il n’y a personne pour y descendre.

 

 

 

75. Jésus disait :
Beaucoup se tiennent devant la porte
mais ce sont les solitaires
et les simplifiés
qui entreront dans la chambre nuptiale.

 

 

 

76. Le Royaume du Père
est comparable à un marchand
qui possédait une cargaison de marchandises,
Il trouva une perle.
Le marchand était un sage :
il vendit toute sa cargaison
et acheta la perle.
Vous aussi préoccupez-vous
du trésor non périssable.
Celui qui demeure,
là où la mite n’approche pas,
là où le ver ne ronge pas.

Une réponse à “072 – 076”

  1. unpeudetao dit :

    Logion 72
    Cet homme aimerait ramener Jésus à son niveau, c’est-à-dire dans un plan de conscience qui est celui de la dualité, et l’obliger à prendre parti. Mais Jésus est cohérent avec sa parole. Il a dit : « Ne jugez pas », et il se refuse à juger. Il ne veut pas être dans un clan contre un autre.
    C’est d’ailleurs une de ses caractéristiques qui provoquera la colère de son entourage. Il déjeune chez Nicodème, le pharisien, mais il va aussi chez Matthieu, le publicain. Il est suivi par des vierges, mais aussi par des prostituées.
    Ce qui semble intéresser Jésus, ce ne sont pas les étiquettes dans lesquelles nous enfermons ceux que nous rencontrons ; ce qui L’intéresse, ce sont les personnes. Là où les hommes voient une prostituée, Lui, Il voit une femme…
    Jésus refuse de prendre parti pour l’un ou pour l’autre. Il situe son engagement à un autre niveau, celui de la non-dualité. Si les « deux sont Un », ce qui est à l’un est à l’autre et ce que j’appelle « ma propriété privée », c’est ce dont je « prive » l’autre.
    Partager, dans le sens de ce logion, c’est différencier, fractionner, multiplier, diviser…
    Il existe un autre « partage » qui est rendre à chacun ce qui lui est dû : multiplier les pains, réaliser l’union entre les êtres.
    Jésus n’est pas venu dans le monde pour opposer les uns aux autres, mais pour que dans leurs différences ils se découvrent complémentaires et puissent, respectant leurs altérités, communier ensemble…

    Logion 73
    L’heure de la moisson arrive lorsque les fruits sont mûrs, lorsque le blé donne son épi, la vigne ses grappes… Travailler à la moisson, dans un sens spirituel, c’est travailler d’abord à ce que la semence divine, déposée en chacun, puisse parvenir à terme et porter son fruit de lumière.
    Le champ à cultiver est immense, parce que tous les hommes ont en eux cette étincelle appelée à devenir feu, ce grain de sénevé appelé à devenir un grand arbre.
    Ce qui manque, ce sont des ouvriers, des hommes et des femmes qui cultivent ce champ de la conscience afin de récolter le fruit de l’Éveil.
    Demander au Maître d’envoyer des ouvriers à sa moisson, c’est demander à Dieu des sages et des prophètes qui rappellent aux hommes ce qui est à l’oeuvre dans leur champ, ce qui germe et ce qui croît dans la profondeur.
    C’est aussi demander au Maître la force et la lucidité pour être l’ouvrier de son propre champ, de porter l’enfant divin jusqu’à terme, jusqu’au jour où, sortant de la matrice spatio-temporelle, il s’éveillera au Grand Jour de l’Incréé.

    Logion 74
    Origène cite cette parole de Jésus (in Contra Celse, VIII, 15 à 16). Il y a en effet beaucoup de monde autour du puits qui parle de la source ou qui en rêve. Pourtant on n’étanche pas sa soif avec des mots !…
    Il y en a bien peu pour creuser, pour descendre. Pourtant, comme le rappellera maître Eckart, « la source est là ». Il suffit de la déterrer, de nous dégager de ce qu’il y a en nous de trop terreux, aller au fond de notre être, là où elle jaillit… et laisser nos discours sur la source.
    Creuser chaque jour à la mesure de notre soif, descendre davantage, boire l’eau de son propre puits, en rafraîchir son visage…

    Logion 75
    Là aussi, il y en a beaucoup qui parlent d’amour ou qui en rêvent mais bien peu qui franchissent la porte et qui commencent vraiment à aimer.
    Ce sont les solitaires et les simplifiés qui entreront dans la chambre nuptiale parce que, à travers l’unité qu’ils ont réalisée, la solitude qu’ils ont acceptée, ils sont devenus capables de rencontrer l’autre en tant qu’autre, sans le réduire à ses manques et à ses désirs. Eux seuls savent vraiment ce que sont les noces.
    La communion des solitaires, c’est le fond du puits qui rejoint le fond de l’autre puits, tandis que leurs margelles se tiennent à distance. « Union sans confusion, sans séparation », union des personnes dans leur profondeur et leur plénitude.
    On peut également entendre dans ce logion le fait que beaucoup se tiennent à la porte du Royaume… mais que seuls ceux qui sont allés au bout de leur solitude, qui se sont simplifiés jusqu’à la Transparence paisible de l’Être essentiel et de l’Être existentiel, connaissent les Noces du Créé et de l’Incréé, l’Union véritable « sans confusion-sans séparation » entre Dieu et l’homme.

    Logion 76
    La perle est, dans les textes gnostiques, le symbole du Soi, de notre être incréé (cf. Évangile selon Philippe). Le terme iranien qohr signifie d’ailleurs « perle » aussi bien que « essence ».
    Une des caractéristiques de la perle est d’être lumière au-dedans comme au-dehors. Au commencement, l’homme était une perle : lumière au-dedans et au-dehors. La perle symbolise donc l’état paradisiaque. Elle symbolise également l’état que l’homme doit retrouver par la connaissance et par l’amour. Le corps des Saints, dans l’histoire, atteste cette possibilité que possède même la matière de redevenir une perle.
    Pour retrouver cet état de perle, il faut savoir se désencombrer du superflu ou de l’inessentiel. Sortir de notre état de négoce et de marchandage. S’attacher à ce qui, extérieurement, est infime et inapparent mais qui est pourtant le véritable trésor.
    « Là où est ton trésor, là aussi est ton coeur. » S’il est dans le périssable, il périra avec le ver et la mite. S’il est dans l’Essentiel incréé, il demeurera tel qu’il est.
    Une petite histoire vient compléter ce logion pour montrer combien ce marchand était sage et avisé et combien il avait fait « le bon choix » :
    Alors qu’il était sur le chemin du retour, arriva une violente tempête et le bateau sur lequel il se tenait fit naufrage. Tous les marchands perdirent leur cargaison de marchandises… Lui seul fut sauvé avec la perle précieuse pendue à son cou.
    Celui qui garde précieusement dans l’écrin du coeur le trésor du Soi, qu’a-t-il à perdre lors du dernier naufrage ?

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