4 juillet, 2009

111 – 113

Classé dans : — unpeudetao @ 17:17

111. Jésus disait :
Les cieux et la terre s’enrouleront devant vous.
Le vivant, issu du Vivant,
ne connaîtra ni crainte ni mort
parce qu’il est dit :
Celui qui se connaît lui-même,
le monde ne peut le contenir.

 

 

 

112. Jésus disait :
Malheureuse la chair
qui dépend de l’âme.
Malheureuse l’âme
qui dépend de la chair.

 

 

 

113. Les disciples lui disaient :
Le Royaume,
quand viendra-t-il ?
Jésus répondit :
Ce n’est pas en le guettant qu’on le verra venir.
On ne dira pas : Voici il est là,
ou il est ici.
Le Royaume du Père
est répandu sur toute la terre
et les hommes ne le voient pas.

2 réponses à “111 – 113”

  1. unpeudetao dit :

    Logion 111
    Pour certains commentateurs, ce logion 111 serait le dernier. Il y est question de fin du monde (Apocalypse et Parousie) et de la connaissance de soi qui nous gai de libres, « sans crainte », devant ce qui arrive ou doit arriver. Il est intéressant de tenir ensemble ces trois termes grecs : apocalypsis, parousia et gnosis, dans leur sens profond.
    Apocalypsis veut dire : révélation, dévoilement. Le jour de l’Apocalypse, c’est le jour de la Révélation et du Dévoilement de ce qui Est. Dans ce sens, nous avons tous des moments d’apocalypse, agréables ou désagréables, et ce terme n’est pas réservé à la fin du monde telle qu’on peut se l’imaginer. Il s’agit bien pourtant de la fin d’un monde, celui de nos représentations et de nos constructions mentales. Nous voyons les choses telles qu’elles sont, non telles que nous les imaginons ou les pensons. « Notre petit monde que nous nous sommes créé, s’écroule ; nous entrons dans le monde Réel. »
    « Les hommes endormis vivent chacun dans « leur » monde. Les Éveillés vivent ensemble dans le même monde. »
    Le Jour de l’Apocalypse, c’est aussi le jour où Dieu se révèle à nous tel qu’il Est.
    « Alors nous lui serons semblables parce que nous le verrons tel qu’il Est », nous dit la première Épître de saint Jean, pas tel que nous l’avons pensé ou imaginé, mais « tel qu’il Est ».
    Jour terrible ou jour de joie ? Nous verrons l’Amour et nous verrons combien nous avons peu aimé. Nous verrons que nous étions des vivants, issus du Vivant, et nous verrons combien nous avons peu joui de notre filiation divine. Nous verrons que nous étions lumière, issus de la Lumière et nous verrons tout ce temps perdu, passé à jouer avec les ombres.

    Le Jour de l’Apocalypse, du Dévoilement, c’est aussi le jour de la Parousie.
    Parousia, en grec, veut dire : Présence. Et ce terme ne doit pas non plus être réservé au « retour du Christ à la fin des temps » parce que déjà nous pouvons connaître des moments de parousie, des moments où Sa Présence se fait totale en nous. « Il remplit tout, ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi », disait saint Paul.
    Un être saint, c’est quelqu’un qui est rempli de « l’Esprit », qui est totalement habité par la Présence de l’Amour. Il incarne la fin du monde et la fin de l’homme, c’est-à-dire sa finalité, la Plénitude de Présence à laquelle nous sommes appelés.
    La gnose ou la connaissance de soi, c’est ce qui va permettre la Réalisation de l’Apocalypse et de la parousia. La connaissance de soi est, en effet, un processus de dévoilement, ou « d’apocalypse en apocalypse », nous nous découvrons nous-mêmes tels que nous sommes.
    Dans cette nudité, la Présence, la parousia de l’Être peut alors se manifester. « Quand notre coupe est vidée de toutes ses immondices, elle peut alors être remplie de vin nouveau. »
    Apocalypsis, parousia et gnosis : cette triple démarche de transformation personnelle, c’est ce qui va permettre la transformation du monde. Hâter le « retour ou la manifestation du Christ, l’Avènement de Son Royaume ». C’est là une attitude réaliste : pour transformer le monde, il faut commencer par le seul lieu où notre action peut être réellement efficace, c’est-à-dire : nous-mêmes ! On connaît à ce sujet l’histoire de cet homme qui, une nuit, rêva que Dieu lui demandait de sauver le monde. « Très bien, Seigneur », répondit-il. Et le matin même, il décida de se mettre au travail. Il dut alors se poser la question : Par où vais-je commencer à sauver le monde ? Par mon pays, bien sûr. Mais par où vais-je commencer dans mon pays ? Dans ma propre ville, bien sûr. Mais dans la ville, par où vais-je commencer ? Dans ma propre maison, bien sûr. Et dans ma propre maison, par où vais-je commencer… par moi-même !
    L’articulation entre les trois termes, apocalypsis parousia et gnosis, est également bien montrée dans la première Épître de saint Jean :
    « Bien-aimés,
    dès maintenant nous sommes enfants de Dieu (gnosis), et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous savons que lors de cette manifestation (parousia-apocalypsis),
    nous Lui serons semblables (gnosis-parousia) parce que nous Le verrons tel qu’IL EST (apocalypsis).
    Quiconque a cette Espérance en Lui se rend pur, comme celui-là est pur (gnosis) »
    (cf. I Jn 3/2-3).

  2. unpeudetao dit :

    Logion 112
    Jésus ne dit pas que la chair est mauvaise et que l’âme seule est bonne. Il ne dit pas non plus que l’âme est mauvaise ou illusoire et que seul le corps est bon. Il se refuse de nouveau à entrer dans le débat qui oppose matérialisme et spiritualisme. Ce qu’il récuse dans ce logion, c’est la dépendance, le manque d’autonomie qui peut exister dans les rapports de la chair et de « l’âme ». La dépendance, la confusion empêchent de vivre chaque niveau d’être, dans sa particularité et la plénitude qui lui est propre. Les plaisirs de la chair sont autres que ceux de l’âme et il s’agit de les goûter selon leur ordre.
    Selon une autre interprétation de ce logion, le Christ pourrait également nous rappeler que nous sommes malheureux tant que nous vivons au niveau « psychosomatique ». C’est la présence du pneuma (le Souffle, l’Esprit) qui seule peut rendre la liberté aux différentes dimensions de notre être : à la psyché (l’âme) et au soma (le corps), « sans les confondre, sans les opposer ».

    Logion 113
    Au lieu de se poser la question : « Mais où donc est Dieu ? » peut-être faudrait-il se demander : « Où n’est-Il pas ? » Tout est manifestation de Sa Présence. Tout ce qui existe est participation à Son Existence.
    On pourrait ajouter : « Mais Dieu, est-Il présent aussi dans le mal, dans la souffrance, dans le massacre des innocents ? »
    À Dachau, un jour où l’on conduisait au four crématoire un jeune enfant, un homme posa, avec toute la violence et l’indignation d’un coeur brisé, cette question : « Mais où donc est Dieu ? » Son ami, prisonnier comme lui et sans doute voué au même destin, d’un mouvement du doigt (qui ressemble au doigt de Jean-Baptiste désignant l’Agneau conduit à l’abattoir), lui montra l’enfant : « Dieu est là ! » Et c’est vrai qu’il était là, crucifié, abandonné, innocent cramé par la bête et la bêtise humaine.
    L’enseignement de Jésus nous rappelle que Dieu est partout, dans tout ce qui est. Dans la souffrance comme dans la beauté. Il fleurit dans la fraîcheur du coquelicot et il est écrasé dans cet enfant écrasé par l’autobus. Qui oserait voir cela ?
    Présence qui rayonne ou Présence crucifiée. « Il est partout présent et Il remplit tout. » Et Jésus pourra dire : « Tout ce que vous faites au plus petit d’entre les hommes, c’est à moi que vous le faites. » Il ne s’agit donc pas de le guetter ici ou là, mais de nouveau ouvrir les yeux à ce qui est devant notre visage et de « prendre soin » de tout ce qui existe.
    Il y a pourtant un lieu où Dieu n’est pas : c’est le coeur qui se ferme à l’amour, qui refuse le pardon et entretient l’amertume. « L’enfer, c’est de ne pas aimer ! »
    Il y a pourtant un lieu où Dieu n’est pas : c’est l’intelligence qui se ferme à la lumière, qui ne cherche plus à comprendre, qui entretient l’ignorance et le doute.
    La Tradition nous dit que le Christ est descendu dans les enfers, dans ces états de conscience où réellement on ne veut plus aimer et où on ne veut plus chercher à comprendre. Il a rencontré l’inévitable : la souffrance, l’absurdité, la trahison, la mort. Il a rencontré la bête et la bêtise humaine ; il n’a pas détourné son visage. Il a posé, sur les enfers, le même regard doux et aimant qu’il posait sur ses amis Jean, Thomas et les autres, sur Marie, sa bien-aimée, sur Zachée, sur la femme adultère ou sur tous les éclopés qui s’accrochaient à son manteau… Il a regardé ce qu’il y avait d’infernal en l’homme et il n’a pas cessé de l’aimer. Celui qui aurait senti, ne serait-ce qu’un instant, ce regard d’infinie tendresse, posé sur le fond de lui-même, comment ne remonterait-il pas « vivant » du plus sombre des enfers ?

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