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8 janvier, 2012

Fatima la fileuse et la tente (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:24

 

     Dans une ville de l’Extrême-Occident vivait une jeune fille du nom de Fatima. Elle était la fille d’un filateur prospère. Un jour son père lui dit :
     « Viens, Fatima ! Nous partons en voyage : j’ai des affaires à traiter dans les îles de la Mer centrale. Peut-être trouveras-tu là-bas un beau jeune homme, fortuné, que tu pourras prendre pour époux. »
     Ils partirent, naviguèrent d’île en île. Le père traitait ses affaires, Fatima rêvait à son futur mari. Un jour qu’ils faisaient voile sur un port de Crète, une tempête se leva, le navire fit naufrage. Fatima, à demi consciente, fut rejetée sur le rivage, non loin d’Alexandrie. Son père avait péri noyé, elle était dans le dénuement le plus complet.
     Elle ne gardait qu’un vague souvenir de sa vie passée : l’épreuve du naufrage, sa lutte contre les éléments l’avaient épuisée.
     Des gens du voisinage, une famille de tisserands, la trouvèrent errant sur la plage. Ces gens vivaient dans la pauvreté, mais ils l’accueillirent dans leur masure et lui enseignèrent leur art. C’est ainsi qu’elle commença une vie nouvelle. Deux années s’écoulèrent. Elle s’était résignée à son sort et se sentait presque heureuse. Mais un jour, pour une raison ou une autre, elle alla sur le rivage : des marchands d’esclaves débarquèrent et l’emmenèrent à bord, avec d’autres captives.
     Bien qu’elle se lamentât sur son sort, Fatima n’éveilla aucune compassion chez ces marchands. À Istanbul, ils la conduisirent au marché aux esclaves.
     Son univers s’était effondré une deuxième fois.
     Or ce jour-là il y avait peu d’acheteurs sur le marché, parmi lesquels un homme qui cherchait des esclaves pour son chantier de construction de mâts. Quand il vit la malheureuse Fatima, triste et découragée, il décida de l’acheter, pensant pouvoir lui offrir de toute façon une vie un peu moins dure que celle qu’elle mènerait avec un autre maître. « Elle fera une bonne servante pour mon épouse », se dit-il.
     Quand il arriva chez lui avec la jeune fille, ce fut pour apprendre que des pirates s’étaient emparés d’un de ses navires dont la cargaison valait une fortune. Il n’avait plus les moyens d’employer des ouvriers. Fatima, son épouse et lui-même durent se consacrer au pénible labeur de la construction des mâts.
     Fatima, très reconnaissante à son employeur de l’avoir sauvée, travailla si dur et si bien qu’il décida de l’affranchir. Elle devint son assistante. Il avait toute confiance en elle. Et c’est ainsi qu’elle connut un bonheur relatif dans sa troisième carrière.
     Un jour, il lui dit :
     « Fatima, je veux que tu ailles à Java avec une cargaison de mâts, que tu tâcheras de vendre à profit. Tu seras ma représentante. »
     Elle partit, mais alors qu’elle voguait au large des côtes chinoises, un typhon provoqua le naufrage du navire. Elle fut encore une fois rejetée sur le rivage d’une contrée étrangère ; encore une fois, étendue sur le sable, elle pleura amèrement, car elle voyait que rien dans sa vie ne se déroulait selon ses espérances : quand les choses semblaient bien tourner, un événement venait brusquement tout détruire.
     « Pourquoi faut-il, s’écria-t-elle, que chaque fois que j’essaie de faire quelque chose, cela tourne mal ! Pourquoi faut-il que tant de malheurs arrivent ? »
     Mais il n’y eut pas de réponse. Elle se releva et pénétra dans les terres.
     Personne en Chine n’avait entendu parler de Fatima et de ses malheurs. Mais il existait une légende selon laquelle un jour une étrangère viendrait qui saurait fabriquer une tente pour l’empereur. Dans ce pays, personne ne savait faire, aussi attendait-on avec le plus vif intérêt l’accomplissement de la prophétie.
     Les mesures voulues avaient été prises pour que l’arrivée de l’étrangère ne passât pas inaperçue : l’empereur envoyait une fois l’an des hérauts dans les villes et villages de Chine pour rappeler à ses sujets que toute étrangère nouvelle venue devait être conduite à la cour.
     Quand Fatima entra en titubant dans une ville de la côte chinoise, c’était précisément le jour de la venue du héraut. Les gens lui parlèrent par l’intermédiaire d’un interprète, et lui expliquèrent qu’elle devait aller voir l’empereur.
     « Madame, dit l’empereur, quand Fatima parut devant lui, savez-vous faire une tente ?
     – Je pense que oui », répondit la jeune fille.
     Elle réclama de la corde, on n’en trouva nulle part. Alors, se souvenant du temps où elle était fileuse, elle demanda du lin. Avec la fibre provenant de la tige, elle confectionna des cordes. Puis elle réclama du gros drap, mais les Chinois n’avaient pas la sorte de drap dont elle avait besoin. Alors, mettant à profit l’expérience acquise avec les tisserands d’Alexandrie, elle tissa de la toile de tente. Maintenant, il lui fallait des mâts de tente, mais, bien sûr, il n’y en avait pas en Chine. Alors, se rappelant ce qu’elle avait appris à Istanbul, elle fabriqua avec habileté des mâts solides. Puis elle fouilla dans sa mémoire pour retrouver l’image de toutes les tentes qu’elle avait vues au cours de ses voyages. Il ne lui restait plus qu’à monter la tente, ce qu’elle fit.
     Quand on présenta cette merveille à l’Empereur de Chine, il en fut si satisfait qu’il offrit à Fatima d’exaucer tout souhait qu’elle voudrait bien exprimer. Elle choisit de s’établir en Chine. Elle y épousa un beau prince et vécut dans le bonheur, entourée de ses enfants, jusqu’à la fin de ses jours.
     S’il ne lui était pas arrivé ces aventures, Fatima n’aurait jamais compris que des expériences désagréables peuvent se révéler être des éléments essentiels de la genèse du bonheur final.

 

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Une réponse à “Fatima la fileuse et la tente (Conte soufi)”

  1. unpeudetao dit :

    On retrouve cette histoire dans le folklore grec. La présente version est attribuée au sheikh Mohammed Jamaludin, d’Adrianople. Il fonda l’Ordre jamalia. Il est mort en 1750.

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