21 septembre, 2013

Fortune (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 6:20

      Un homme avait eu par héritage une importante fortune. Mais il la dilapida rapidement pour se retrouver bien vite dans un extrême dénuement. Car la fortune est changeante pour les héritiers.
      Il se promenait, tel un vautour, parmi les ruines, sans ressources, sans demeure. Il adressa un jour cette prière à Dieu :
« Ô Seigneur ! Les biens dont tu m’as comblé se sont vite dissipés! Renouvelle tes faveurs pour moi ou prends ma vie ! »
      Car le prophète a dit :
      « Le fidèle est comme le roseau ! Son chant est plus fort lorsqu’il est vide à l’intérieur. »
      Ainsi, notre héritier passait-il ses journées dans la prière, le visage plein de larmes.
      Mais existe-t-il quelqu’un qui ait frappé à la porte de la miséricorde sans rien recevoir ? L’héritier ruiné entendit donc une voix dans son rêve qui lui disait :
« Quitte Bagdad et rends-toi en Égypte ! On subviendra à tes besoins là-bas et tu y deviendras riche. Car tes larmes et tes prières sont acceptées ! »
      Cette même voix lui décrivit avec précision une ville, un quartier de cette ville et un lieu de ce quartier. Elle dit encore :
« Rends-toi là et tu trouveras un trésor fait de choses rares. »
      L’héritier, plein d’espoir, se rendit donc en Égypte. Il y parvint dans un état de grand épuisement, n’ayant rien mangé depuis des jours. Il lui vint l’idée de mendier mais la honte l’en empêcha. Cependant, au bout d’un moment, sa patience l’abandonna et il décida de demander l’aumône, à la nuit tombée, afin que l’obscurité couvre sa honte. Il se dit :
« Je vais crier le nom de Dieu et peut-être les gens me donneront-ils quelque chose à manger. »
      Un tiers de la nuit se passa alors qu’il hésitait encore, se demandant :
« Dois-je dormir le ventre vide ou dois-je mendier ? »
      Mais soudain, il fut capturé par un garde qui faisait la ronde de nuit et ce dernier se mit à le frapper de coups de bâton. Car il se trouvait qu’à cette époque, la population était excédée par les méfaits des voleurs de nuit et le sultan avait donné aux gardes des consignes sévères :
« Ne vous laissez pas abuser par leurs mensonges et soyez sans pitié ! Si vous trouvez un homme dans la rue en pleine nuit, coupez-lui la main, même s’il s’agit de quelqu’un de votre famille ! »
      L’héritier implora pitié et demanda à être écouté afin qu’il puisse raconter son histoire. Quand il lui eut donné de nombreux coups de bâton, le garde lui dit :
« Vas-y ! Je t’écoute. Que fais-tu à cette heure dans les rues ? Tu es étranger. Quelles sont tes intentions ? Sais-tu que le sultan nous a recommandé d’être sans pitié pour les voleurs tels que toi ? »
      L’héritier jura sur tout ce qu’il avait de sacré :
« Je ne suis ni un voleur ni un ami des voleurs. Je ne suis qu’un pauvre solitaire qui vient de Bagdad. »
      Et il raconta tout : son histoire, son rêve et son espoir de trouver un trésor. Et ses yeux firent couler une rivière de larmes. Le garde fut touché par ses paroles et lui dit :
« Tu n’as pas l’air d’être un voleur. Tu es peut-être un honnête homme mais tu es vraiment trop stupide. Tu as fait tout ce chemin à cause d’un rêve ! Cela est sûr : tu n’as pas la moindre graine d’intelligence. Il m’est arrivé des centaines de fois d’avoir de tels rêves. Une voix me disait : « Rends-toi à Bagdad. Va dans tel quartier, à tel endroit et tu y trouveras un trésor. » Mais, je ne me suis pas déplacé pour autant ! »
      Il décrivit à l’héritier l’endroit que lui indiquait la voix de ses rêves et l’héritier reconnut dans sa description l’endroit exact où il vivait.
Alors il s’écria :
« L’endroit du trésor était l’endroit même où je vivais ! Pourquoi ai-je enduré tous ces tourments ? »

 

      Puis, il remercia Dieu et se dit :
« Toutes mes peines et mes tourments m’ont guidé vers le trésor qui était chez moi. Qu’importe que l’on me prenne pour un savant ou pour un idiot : j’ai trouvé le trésor ! »

 

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