9 mai, 2012

Grenades (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 14:25

 

      Un jeune homme désireux de s’instruire dans l’art de la médecine se rendit chez un médecin soufi. Il lui demanda de l’accepter comme apprenti.
      « Tu es impatient, dit le docteur. Tu ne sauras pas observer convenablement ; des détails t’échapperont, nécessaires à ton apprentissage. »
      Mais le jeune homme le supplia, et le soufi consentit à le prendre comme élève.
      Au bout de quelques années l’élève jugea qu’il était prêt à exercer ses talents de thérapeute.
      Un jour, apercevant un homme qui cheminait vers sa maison, le docteur dit à l’apprenti :
      « Cet homme est malade. Il a besoin de grenades.
      – Tu as fait le diagnostic, laisse-moi faire l’ordonnance : j’aurai fait la moitié du travail, dit l’élève.
      – D’accord, dit le maître, à condition que tu te rappelles que l’action est aussi illustration. »
      Dès que le client eut mis le pied sur le seuil, l’élève le fît entrer et lui dit :
      « Tu es malade. Prends des grenades.
      – Des grenades ! cria l’autre, en voilà un traitement ! C’est absurde ! »
      Et il repassa le seuil.
      Le jeune homme interrogea son maître sur le sens qu’il convenait de donner à l’incident.
      « Je t’éclairerai la prochaine fois que nous aurons un cas similaire », répondit le soufi.
      Peu après, ils étaient assis ensemble devant la maison, lorsque le maître, levant soudain les yeux, vit quelqu’un venir vers eux.
      « Voici une illustration pour toi, fit-il : quelqu’un qui a besoin de grenades. »
      Le docteur fit entrer son client, l’examina :
      « Ah, nous voici devant un cas difficile, et complexe, dit-il. Voyons voir… Hum ! selon moi, ce qu’il te faut, c’est un régime, un régime spécifique. Il devra se composer de quelque chose de rond, avec de petites cavités à l’intérieur, quelque chose de naturel. Des oranges ? Ce n’est pas la couleur indiquée… Le citron est bien trop acide… J’y suis ! des grenades ! »
      Le malade rentra chez lui, ravi et reconnaissant.
      « Maître, interrogea l’élève, pourquoi n’as-tu pas dit tout de suite « des grenades » ?
      – Parce que, dit le soufi, il ne lui fallait pas seulement des grenades, il lui fallait aussi du temps. »

 

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2 réponses à “Grenades (Conte soufi)”

  1. unpeudetao dit :

    Si tu es sans le sou, tu auras mille rêves.
    Mais n’aurais-tu qu’une unique pièce de monnaie, tu n’auras plus que vingt options !
    Dicton.

  2. unpeudetao dit :

    Sois un chasseur, comme le faucon, quelqu’un qui pourvoit aux besoins des autres. Pas un mangeur de débris, comme le corbillat.
    Anwar-i-Suhaili.

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