• Accueil
  • > Histoire de cheval (Conte soufi)

17 mai, 2012

Histoire de cheval (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 18:37

 

Il y avait un bey qui possédait un cheval d’une rare beauté. Même le sultan n’en avait pas de si beau dans son écurie. Un jour, le bey monta sur son cheval parmi les cavaliers du sultan et le sultan, Harezm-Chah, remarqua le cheval. Voyant cette grande beauté et cette souplesse extraordinaire, le sultan se dit :
      « Comment cela se peut-il ? Moi qui suis comblé de biens et de richesses, moi qui ai des milliers de chevaux dans mes écuries, me voilà sidéré. Peut-être y a-t-il là quelque magie ? »
      Il récita des prières mais l’attraction que son coeur ressentait pour le cheval ne faisait qu’augmenter. Il comprit alors que ceci lui arrivait du fait de la volonté divine. Après la promenade, il dévoila son secret à ses vizirs et ordonna qu’on lui amène l’animal au plus vite.
      Notre bey fut fort attristé de la situation. Il pensa tout de suite à faire appel à Imadulmulk car c’était un sage respecté et écouté du sultan. Cet homme avait la nature d’un derviche et l’apparence d’un émir. Le bey lui rendit donc visite et lui dit :
      « Peu m’importe si je perds toutes mes richesses ! Mais, si l’on me prend mon cheval, j’en mourrai ! »
      Imadulmulk fut pris de pitié et se rendit à la cour du sultan. Il prit sa place dans la salle d’audience sans rien dire. Puis, il pria Dieu dans son coeur. En apparence, il écoutait ce que disait le sultan, mais en réalité il disait à Dieu :
      « Ô mon Dieu ! Prends ce jeune homme en pitié car tu es son unique refuge. « 
      Le sultan admirait son nouveau cheval. S’adressant à Imadulmulk, il dit :
      « Ô mon ami ! Ne dirait-on pas que cette bête provient tout droit du paradis ? »
      Imadulmulk répondit :
      « Ô mon sultan ! Votre enthousiasme vous fait prendre Satan pour un ange! Vous trouvez ce cheval admirable mais, si vous y prêtez attention, vous apercevrez vite ses défauts. Par exemple sa tête, qui ressemble à celle d’un boeuf ! »
      Ces paroles eurent une influence sur le coeur du sultan. Il est certain que le boniment du vendeur est utile à la bonne marche du commerce. Mais c’est à cause de pareilles choses que Joseph fut vendu à vil prix.
      L’enthousiasme est comme la lune. Il passe par des phases de plein et de vide. Quiconque connaît les deux états de la chose est enclin à se méfier. Le sultan voyait son cheval depuis sa place mais le sage avait pris de la distance.
      Ainsi, par la grâce de ces paroles, l’enthousiasme du sultan s’évanouit-il. Les paroles sont le grincement de la porte du secret mais il est difficile de savoir si les grincements proviennent de l’ouverture ou de la fermeture de la porte. Car cette porte est invisible, bien que l’on en entende les grincements.
      Protège tes yeux du spectacle des hommes vils. Car les vautours te guideront vers les cadavres.
      Mais la vue du sage fut bénéfique pour le sultan et il ordonna :
      « Ramenez ce cheval à son propriétaire afin que je ne lui nuise point ! »

 

Les trois fils.

      Dieu avait offert trois fils à un sultan, chacun doué d’un grand éveil des yeux et du coeur, chacun plus beau, plus courageux et plus généreux que les autres.
      Un jour, les trois fils se présentèrent devant leur père afin de lui demander la permission de partir à la découverte du royaume. Car, dirent-ils, pour mieux gouverner le pays, il convient d’en connaître chaque ville et chaque château fort.
      Comme ils embrassaient les mains du sultan pour lui faire leurs adieux, ce dernier leur donna cet avis :
      « Allez mes enfants ! Visitez chaque endroit où votre coeur vous attire. Confiez-vous à Dieu pour ce voyage. Mais méfiez-vous de deux châteaux forts : Huchrouba (celui qui chasse la raison) est le premier des deux. Toute personne qui y pénètre voit ses vêtements rétrécir jusqu’à devenir trop étroits. Le second, Zatoussouver (enluminé), est encore plus dangereux. Car ses tours, ses toits et ses murs sont tout couverts de représentations d’humains ! »
      Zuleikha avait orné sa chambre de peintures pour attirer l’attention de Joseph. C’est parce que Joseph ne s’intéressait pas à elle que cette chambre était devenue comme un lieu de fête.
      Quand il boit de l’eau, l’assoiffé voit la vérité. Par contre, un imbécile qui contemple l’eau ne voit que son reflet. Un amoureux constate la beauté de Dieu sur la face du soleil mais un imbécile trouve une émotion artistique dans le reflet de la lune dans l’eau !
      « O mes enfants ! conclut le sultan, méfiez-vous de ce château recouvert de peintures ! « 
      Il est probable que les trois fils n’auraient même pas songé à visiter ces lieux si leur père ne leur avait pas donné cet avertissement. Car il s’agissait d’un château fort complètement abandonné. Mais cette interdiction ne fit qu’augmenter dans leur coeur le désir qu’ils avaient de découvrir cet endroit. Chaque homme désire faire ce qui est interdit. Et bien des gens se sont fourvoyés à cause d’interdictions.
      Les trois princes rassurèrent leur père mais omirent de dire : « Inch’Allah ! » Puis, ils prirent la direction de ce château fort.
      Le château fort de Zatoussouver avait cinq grandes poternes et recelait des milliers de peintures. Son charme enivra les trois frères.
      L’apparence est comme une coupe qui contient du vin. Mais elle n’est pas à l’origine du vin.
      Parmi ces milliers d’images, il y avait le portrait d’une très belle jeune fille. Cette vue fit tomber nos trois princes dans un océan. Les fossettes de cette jeune beauté transpercèrent leur coeur de flèches. Chacun d’eux eut le coeur comme déchiré et les larmes inondèrent leur visage. Ils se remémorèrent le conseil de leur père et se dirent :
      « Qui peut donc représenter cette peinture ? »
      Ils se mirent à questionner toutes les personnes qu’ils croisaient sur leur chemin. Après de longues recherches, ils rencontrèrent un vieillard qui leur dit que cette peinture représentait la fille du sultan de Chine.
      « C’est une fille, dit-il, qui ne voit jamais personne, ni homme ni femme. Car son père la cache dans son palais derrière des rideaux. Elle est invisible comme l’âme. Le sultan en est tellement jaloux qu’il ne supporte même pas que l’on prononce son nom. Même les oiseaux n’osent pas s’approcher du toit qui abrite cette beauté. Qui tombera amoureux d’elle sera un homme bien malheureux ! »
      Les trois princes, amoureux, poursuivis par le même rêve, versèrent bien des larmes. La plainte de leur coeur fit monter une fumée comme de l’encens brûlé. L’aîné dit alors :
      « Ô mes frères ! Jusqu’à aujourd’hui, nous avons passé notre temps à donner des conseils aux autres, à leur dire : « Ne vous rebellez pas devant les difficultés. Car la patience est la clé de la joie ! » Et maintenant, où est cette patience ? Où est cette joie ? Notre tour est venu d’être éprouvés ! »
      Leur amour les entraîna bientôt à décider de partir en voyage au pays de leur bien-aimée. La possibilité de la voir était bien sûr exclue mais la seule idée de se rapprocher d’elle leur suffisait. Ainsi, choisissant d’abandonner leur mère, leur père et leur pays, ils prirent le chemin de la bien-aimée inconnue.
      Le frère aîné dit :
      « Ô mes frères ! La patience m’abandonne ! J’en ai assez de la vie. Je suis mort de chagrin. Coupez-moi la tête et que l’amour m’en fasse pousser une autre ! Car l’épée ne fait que secouer la poussière de l’amoureux! »…

 

Ivre.

      Un jour, au cours d’une réunion, le sultan abusa de la boisson. Dans son état d’ivresse, il aperçut un savant qui passait par là. Il donna l’ordre à ses gardes de le lui amener et de lui faire boire du vin. Les gardes obéirent immédiatement mais le savant repoussa le vin qu’on lui offrait en disant :
      « J’ignore ce que c’est que le vin ! Je préfère le poison à cette boisson. Apportez-moi donc du poison afin que je sois débarrassé de vous ! »
      Alors, le sultan se tourna vers son échanson et lui dit :
      « Alors ? Ne reste pas planté là ! Montre-moi quelles sont tes ressources et égaie cet homme ! »
      L’échanson frappa alors le savant de trois ou quatre coups et réussit, par la menace, à lui faire absorber la coupe de vin. Le savant devint immédiatement ivre et un jardin lui fut ouvert. Il se mit à taquiner son entourage tout joyeux. Et chacune de ses joies lui en faisait découvrir d’autres.
      Soudain, un besoin pressant l’obligea à quitter la réunion et il se dirigea en hâte vers les toilettes. Sur son chemin, il croisa une des servantes du sultan. C’était la plus belle femme qu’il ait jamais vue. Il en resta bouche bée et son corps se mit à trembler. Il avait passé toute sa vie dans la chasteté mais, sous l’empire de la boisson, il tenta d’embrasser cette belle femme. La servante se mit à crier et tenta en vain de se débarrasser de lui.
      Dans ces moments d’excitation, la femme devient comme la pâte dans la main du boulanger. Tantôt il la pétrit violemment, tantôt il est plein de douceur avec elle. Il l’étalé ou la ramasse. Il la chauffe.
      Bref, le savant, dans son ivresse, avait tout oublié de son ascétisme et de sa dignité. Lui et la servante frissonnaient comme deux oiseaux qu’on vient d’égorger. Ils ne pensaient plus au sultan, à son échanson, à la foi ni à la piété.
      Ne voyant pas revenir le savant, le sultan s’impatienta. Il partit donc à sa recherche et tomba en arrêt devant la tempête dont les toilettes étaient le théâtre. Il entra dans une telle colère qu’on eût dit que des étincelles jaillissaient de sa bouche. Le savant le voyant dans cet état devint pâle comme un homme qui vient d’absorber du poison.
      Avisant l’échanson aux côtés du sultan, il lui dit :
      « Alors ? Ne reste pas planté là ! Montre-moi quelles sont tes ressources et égaie cet homme ! »
      Ces mots firent rire le sultan et il déclara :
      « Tu m’as offert la joie. Eh bien, moi, je t’offre la vie ! »

 

Fortune.

      Un homme avait eu par héritage une importante fortune. Mais il la dilapida rapidement pour se retrouver bien vite dans un extrême dénuement. Car la fortune est changeante pour les héritiers.
      Il se promenait, tel un vautour, parmi les ruines, sans ressources, sans demeure. Il adressa un jour cette prière à Dieu :
      « Ô Seigneur ! Les biens dont tu m’as comblé se sont vite dissipés! Renouvelle tes faveurs pour moi ou prends ma vie ! »
      Car le prophète a dit :
      « Le fidèle est comme le roseau ! Son chant est plus fort lorsqu’il est vide à l’intérieur. »
      Ainsi, notre héritier passait-il ses journées dans la prière, le visage plein de larmes.
      Mais existe-t-il quelqu’un qui ait frappé à la porte de la miséricorde sans rien recevoir ? L’héritier ruiné entendit donc une voix dans son rêve qui lui disait :
      « Quitte Bagdad et rends-toi en Égypte ! On subviendra à tes besoins là-bas et tu y deviendras riche. Car tes larmes et tes prières sont acceptées ! »
      Cette même voix lui décrivit avec précision une ville, un quartier de cette ville et un lieu de ce quartier. Elle dit encore :
      « Rends-toi là et tu trouveras un trésor fait de choses rares. »
      L’héritier, plein d’espoir, se rendit donc en Égypte. Il y parvint dans un état de grand épuisement, n’ayant rien mangé depuis des jours. Il lui vint l’idée de mendier mais la honte l’en empêcha. Cependant, au bout d’un moment, sa patience l’abandonna et il décida de demander l’aumône, à la nuit tombée, afin que l’obscurité couvre sa honte. Il se dit :
      « Je vais crier le nom de Dieu et peut-être les gens me donneront-ils quelque chose à manger. »
      Un tiers de la nuit se passa alors qu’il hésitait encore, se demandant :
      « Dois-je dormir le ventre vide ou dois-je mendier ? »
      Mais soudain, il fut capturé par un garde qui faisait la ronde de nuit et ce dernier se mit à le frapper de coups de bâton. Car il se trouvait qu’à cette époque, la population était excédée par les méfaits des voleurs de nuit et le sultan avait donné aux gardes des consignes sévères :
      « Ne vous laissez pas abuser par leurs mensonges et soyez sans pitié ! Si vous trouvez un homme dans la rue en pleine nuit, coupez-lui la main, même s’il s’agit de quelqu’un de votre famille ! »
      L’héritier implora pitié et demanda à être écouté afin qu’il puisse raconter son histoire. Quand il lui eut donné de nombreux coups de bâton, le garde lui dit :
      « Vas-y ! Je t’écoute. Que fais-tu à cette heure dans les rues ? Tu es étranger. Quelles sont tes intentions ? Sais-tu que le sultan nous a recommandé d’être sans pitié pour les voleurs tels que toi ? »
      L’héritier jura sur tout ce qu’il avait de sacré :
      « Je ne suis ni un voleur ni un ami des voleurs. Je ne suis qu’un pauvre solitaire qui vient de Bagdad. »
      Et il raconta tout : son histoire, son rêve et son espoir de trouver un trésor. Et ses yeux firent couler une rivière de larmes. Le garde fut touché par ses paroles et lui dit :
      « Tu n’as pas l’air d’être un voleur. Tu es peut-être un honnête homme mais tu es vraiment trop stupide. Tu as fait tout ce chemin à cause d’un rêve ! Cela est sûr : tu n’as pas la moindre graine d’intelligence. Il m’est arrivé des centaines de fois d’avoir de tels rêves. Une voix me disait : « Rends-toi à Bagdad. Va dans tel quartier, à tel endroit et tu y trouveras un trésor. » Mais, je ne me suis pas déplacé pour autant ! »
      Il décrivit à l’héritier l’endroit que lui indiquait la voix de ses rêves et l’héritier reconnut dans sa description l’endroit exact où il vivait. Alors il s’écria :
      « L’endroit du trésor était l’endroit même où je vivais ! Pourquoi ai-je enduré tous ces tourments ? »
      Puis, il remercia Dieu et se dit :
      « Toutes mes peines et mes tourments m’ont guidé vers le trésor qui était chez moi. Qu’importe que l’on me prenne pour un savant ou pour un idiot : j’ai trouvé le trésor ! »

 

L’idiot.

      Un idiot dit un jour à un pauvre qui passait :
      « Personne ne te connaît dans cette ville ! »
      Le pauvre répondit :
       » Qu’est-ce que cela peut bien faire que les citadins ne me connaissent pas ? Il me suffit de me connaître moi-même. Si l’inverse se produisait, ma souffrance serait bien pire. Je suis un idiot, mais un idiot plein de chance et ma chance porte secours à mon intelligence ! »

 

Le juge dans la malle.

      Il y avait un homme nommé Djuha qui était fort pauvre. Un jour, lassé de son dénuement, il dit à sa femme qui était fort belle :
      « Tes sourcils sont comme un arc et tes fossettes comme des flèches. Il faut que tu ailles chasser. Appâte l’oiseau avec des graines mais ne le laisse pas s’en emparer. Ta beauté t’a été donnée pour que tu t’en serves pour chasser ! »
      La femme se rendit directement chez le juge et se plaignit à lui de son mari et de ses propositions. Le juge, voyant cette belle plaignante, tonitrua :
      « Il y a trop de bruit ici ! Que l’on évacue la salle ! »
      Quand il se trouva seul avec elle, il dit à la femme :
      « Ô femme ! Il vaut mieux que tu viennes chez moi, à un moment plus propice. Tu pourras ainsi m’expliquer tout à loisir les tortures que t’inflige ton mari. »
      La femme lui dit alors :
      « Ô noble juge ! Votre maison est un lieu trop fréquenté. Chez moi, c’est beaucoup plus calme. Venez plutôt visiter votre servante chez elle. Mon mari est parti au village. Si cela vous est possible, venez dès ce soir et nous éviterons ainsi les curieux. »
      À la nuit, le juge se rendit chez la femme de Djuha. Celle-ci avait préparé une table avec des chandelles, des mets variés et des boissons. Mais, dès que le juge eut pénétré dans la maison, on entendit des coups frappés à la porte. Le juge chercha un endroit pour se cacher et ne trouva qu’une vieille malle dans laquelle il s’enferma. Djuha entra et dit à sa femme :
      « Jamais, je n’ai manqué de satisfaire la moindre de tes requêtes. Pour toi, j’ai fait le sacrifice de toutes choses ! Et toi, tu continues à te plaindre de moi ! Quand je pense que j’ai dilapidé tous mes biens pour toi. Regarde ! Il ne me reste que cette vieille malle. Tu me soupçonnes d’y cacher de l’or et de l’argent mais elle est vide ! Demain, je l’emmènerai au marché. Je la briserai devant tout le monde et je la brûlerai ! »
      La femme tenta de le raisonner mais Djuha se montra inflexible. Au matin, il fit venir un porteur qui prit la malle pour l’apporter au marché. Pendant le trajet, le porteur entendit une voix qui semblait sortir de la malle et qui disait :
      « Ô porteur ! Porteur ! « 
      Le porteur se dit :
      « D’où peut bien provenir cette voix ? Sans doute sont-ce des djinns qui m’appellent ainsi ! »
      Mais, comme la voix insistait, le porteur finit par comprendre qu’il y avait quelqu’un à l’intérieur. Et le juge, de l’intérieur de la malle, lui dit :
      « Rends-toi au tribunal. Trouves-y mon adjoint et dis-lui dans quelle situation je suis. Dis-lui de venir au marché et d’acheter cette malle. Qu’il la fasse porter chez moi sans l’ouvrir ! »
      Dès qu’il fut averti, l’adjoint se rendit au marché et demanda à Djuha :
      « Combien vaut cette malle ? »
      Djuha répondit :
      « J’ai eu une offre à neuf cents pièces d’or, mais moi, j’en demande mille ! »
      L’adjoint du juge répliqua :
      « N’as-tu pas honte de demander un tel prix ? La valeur de cette malle est par trop évidente ! »
      Djuha lui dit :
      « Comment peux-tu dire une chose pareille alors que tu ne l’as même pas vue ? Attends ! Je vais l’ouvrir et ainsi tu verras. Et si tu estimes qu’elle n’en vaut pas la peine, eh bien, ne l’achète pas !
      – Non ! Non ! fit l’adjoint, je veux l’acheter close ! »
      Finalement l’adjoint dut payer beaucoup de pièces d’or pour récupérer la malle.
      Un an plus tard, Djuha demanda à sa femme de recommencer son stratagème :
      « Rends-toi chez le juge et plains-toi de moi et de notre pauvreté ! »
      Sa femme se rendit donc chez le juge, accompagnée de quelques autres femmes car elle avait demandé à l’une d’elles de raconter son histoire à sa place afin que le juge ne reconnaisse pas sa voix.
      Il est vrai que les sourcils et les fossettes d’une femme peuvent être autant d’arcs et de flèches. Mais, sans le secours de la voix, ces armes n’atteignent pas le gibier. Et le juge dit à la femme : « Amène-moi ton mari si tu veux que je résolve ton problème. »
      Djuha se rendit donc au tribunal. Le juge ne le reconnut pas puisqu’il se trouvait dans une malle la seule fois où il l’avait rencontré. En revanche, il connaissait sa voix pour l’avoir entendu marchander avec son adjoint. Il lui dit :
      « Pourquoi maltraites-tu ainsi ta femme ? »
      Djuha répondit :
      « Que mon âme et ma tête soient sacrifiées devant la loi ! Si je mourais à l’instant, il ne me resterait même pas de quoi me payer un linceul ! De plus, je perds chaque fois que je joue aux dés ! »
      En entendant cette voix, le juge le reconnut immédiatement et lui dit :
      « Ah ! le jeu de dés ! Tu y as joué une fois avec moi déjà ! Ce n’est plus mon tour. Va jouer avec quelqu’un d’autre ! »

 

Souffle, patience, silence

      Avant de mourir, un homme réunit ses trois fils et leur dit :
      « Que celui d’entre vous qui est le plus sage soit l’héritier de tous mes biens, or ou argent. »
      Après avoir prononcé ces mots en présence de ses enfants et du juge, il but le breuvage de la mort. Les trois fils se retournèrent alors vers le juge et lui dirent :
      « Nous sommes trois orphelins prêts à respecter les dernières volontés de leur père ! »
      Le juge réfléchit un instant et dit :
      « Que chacun de vous me raconte une histoire afin que je puisse juger de sa maturité. Ou alors dites-moi quelle vertu particulière vous possédez. »
      Le premier fils dit :
      « Moi, je connais un homme dès l’instant qu’il parle et, s’il se tait, trois jours me suffisent pour arriver à le juger ! »
      Le second dit :
      « Si quelqu’un me parle, je comprends ce qu’il dit, et s’il ne parle pas, je l’y oblige !
      – Oui, dit le juge, mais s’il est têtu et s’obstine à se taire ? »
      Le troisième fils dit alors :
      « Moi, j’observe mon souffle et reste silencieux. J’utilise la patience comme une échelle pour monter sur le toit du bonheur ! »

 

*****************************************************

 

Laisser un commentaire

Ilona, Mahée et Mila. |
Amour, Beauté, Paroles, Mots. |
Les Ailes du Temps |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | David Besschops
| professeur.de.français
| billierose