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28 avril, 2014

Hommes et poètes, Louis GALLET

Classé dans : — unpeudetao @ 14:02

….. Va demander ce que c’est que le style à nos plumitifs retors qui contrefont comme des faussaires toutes les écritures, celle de la science, celle de la gravité, celle de la foi et au besoin celle de l’innocence. H. CASTILLE.

 

I. Ceux qui, des vins du soir la lèvre encore rougie,             Ivres et le pas chancelant, S’en vont prendre leur lyre au sortir de l’orgie             Et la toucher d’un doigt tremblant, Qui parlent de regrets, d’indicibles souffrances,             D’outrages, de douleurs sans fin, Et n’ont d’autre souci que de régler d’avance             La débauche du lendemain ; Ceux qui parlent du ciel et lancent l’anathème             Sur les actions des méchants, Et dont pourtant la voix injurie et blasphème             Le Dieu qui parle dans leurs chants ; Ceux qui vendent leur muse et l’ont habituée             Aux chants iniques et menteurs, Qui l’avaient prise vierge et l’ont prostituée             Sans remords, sans honte, sans pleurs, Qui sont avares d’or et font, de l’harmonie,             Un trafic qui n’a pas de nom, Ceux-là sont-ils vraiment les élus du génie,             Ceux-là sont-ils poètes ? Non !

 

II. Non ! Ils ne le sont pas, car pour oser prétendre             À ce nom qu’ils ont pris à tort, Il faut que les accents que la voix fait entendre             Avec ceux du cœur soient d’accord. Comme en un pur miroir, l’image se reflète             Pure et dans ses détails divers, Ainsi, par tous ses traits, une âme de poète             Doit se refléter dans ses vers. Il ne doit pas voiler sous un masque propice             Le désordre d’un cœur perdu, Et plier les genoux devant l’autel du vice,             Quand sa voix chante la vertu. Il doit prêcher d’exemple et son âme craintive             Doit sentir le mal approcher Et se fermer à lui, comme la sensitive             Qui se ferme au moindre toucher Ou bien, s’il veut encor se vautrer dans la fange             De ses vices multipliés, Ah ! qu’il cesse, du moins, d’outrager de louange             Cette vertu qu’il foule aux pieds. Qu’il conserve dès lors un reste de courage             Pour se faire silencieux, Et laisser le destin de poète, en partage             À ceux qui le comprennent mieux, Qui ne redoutent pas que leur cœur se révèle             Et dont chaque vers, chaque mot, À lui, trouve en leur âme, un penser qui se mêle             Comme le flot se mêle au flot !

 

Louis GALLET (1835-1898).

 

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