18 octobre, 2017

Inspiration, A. BARDIN

Classé dans : — unpeudetao @ 17:51

(À MON AMI LÉONTIE).

I

Où volez-vous, accords de ma lyre plaintive,

Que ma tremblante main fait éclore en rêvant ;

Vers des bords inconnus à mon âme captive,

Fuyez-vous sur l’aile du vent ?

Et vous, balbutiements que m’arrache l’extase,

Vague aspiration vers les lieux éternels,

Fougueux élancements dont l’étreinte m’embrase,

Comme la flamme des autels,

Où courez-vous ainsi quand la brise vous berce ?

Suivez-vous dans les bois le vol de l’oisillon

Quand aux vents des beaux soirs mon souffle vous disperse

Comme les graines au sillon ?

Suivez-vous l’aquilon dans sa course lointaine ?

Passez-vous nos cités, nos fertiles guérets,

Des coteaux aux vallons, des vallons à la plaine,

De la plaine aux forêts ?

Peut-être sur la grève où la vague se brise,

Se brise en déroulant ses remous écumeux,

La feuille vous conduit sur l’aile de la brise

À ses folâtres jeux ?..

Quelle main vous recueille ô perles de ma lyre !

Parez-vous la beauté qui soupire d’amour ;

Trésors de mon printemps que berce le zéphyre,

Mourez-vous en un jour ?

Comme l’encens, béni par la main du lévite,

Monte en nue odorante au dôme du saint lieu :

Soupirs, gémissements de mon sein qui palpite,

Montez-vous vers mon Dieu ?

Silence ! ô mon esprit, ton hymne sait sa route,

Qu’il suive l’aquilon, qu’il meure avec la nuit,

Que le zéphyr l’emporte ou que le flot l’écoute,

C’est Dieu qui le conduit !

II

Sur vos ailes de flamme, emportez-moi, doux rêves !

Charmez mon cœur lassé des terrestres soucis ;

Déroulez le ciel bleu, les flots, les blanches grèves

À mes yeux éclaircis.

Venez guider mes pas vers l’oasis lointaine ;

Que mon front s’illumine aux célestes clartés,

Que je hume à grands flots, loin des bruits de l’arène

Les saintes voluptés !

Laissez, laissez la coupe à ma lèvre tremblante,

Encor ! encor ! longtemps ! toujours laissez-la moi !

Mon sein bondit d’angoisse, oh ! ma tête est brûlante !

Seigneur ! serait-ce toi ?

M’inspires-tu, mon Dieu ! quand ma voix se ranime,

En mon âme attentive, est-ce toi que j’entends ?

Au jour de la tempête, est-ce ta main sublime

Que du ciel tu me tends ?

La nuit, est-ce un rayon de ta splendeur divine

Qui caresse mon front de veilles abattu ;

Ces échos assoupis qui heurtent ma poitrine

Homme, les comprends-tu ?

Dissipe-toi, nuage où s’égare ma vue !

Éveille-toi, mon âme à l’appel de ton Dieu !

Fuis ! brise tes liens, jette à la terre nue

Un éternel adieu !

Abandonne la rive et l’onde limoneuse

Où bouillonne à grand bruit la tourbe des humains,

Ne souille pas ta robe, à la foule haineuse

Ne livre pas les mains.

Ferme l’oreille aux cris du monde qui t’appelle,

Au ciel rejoins la source où murmure la paix ;

Mon âme baigne-toi ! que son onde immortelle

Te retrempe à jamais !

Puis, riche de parfums, emplis ma solitude

Que le luth ruisselant d’accords mélodieux

Sache, imprégné des flots de la béatitude,

Me raconter les cieux.

A. BARDIN (XIXe siècle).

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