20 octobre, 2013

Ivre (Conte soufi)

Classé dans : — unpeudetao @ 8:41

Un jour, au cours d’une réunion, le sultan abusa de la boisson. Dans son état d’ivresse, il aperçut un savant qui passait par là. Il donna l’ordreà ses gardes de le lui amener et de lui faire boire du vin. Les gardes obéirent immédiatement mais le savant repoussa le vin qu’on lui offrait en disant :
      « J’ignore ce que c’est que le vin ! Je préfère le poison à cette boisson. Apportez-moi donc du poison afin que je sois débarrassé de vous ! »
      Alors, le sultan se tourna vers son échanson et lui dit :
      « Alors ? Ne reste pas planté là ! Montre-moi quelles sont tes ressources et égaie cet homme ! »
      L’échanson frappa alors le savant de trois ou quatre coups et réussit, par la menace, à lui faire absorber la coupe de vin. Le savant devint immédiatement ivre et un jardin lui fut ouvert. Il se mit à taquiner son entourage tout joyeux. Et chacune de ses joies lui en faisait découvrir d’autres.
      Soudain, un besoin pressant l’obligea à quitter la réunion et il se dirigea en hâte vers les toilettes. Sur son chemin, il croisa une des servantes du sultan. C’était la plus belle femme qu’il ait jamais vue. Il en resta bouche bée et son corps se mit à trembler. Il avait passé toute sa vie dans la chasteté mais, sous l’empire de la boisson, il tenta d’embrasser cette belle femme. La servante se mit à crier et tenta en vain de se débarrasser de lui.
      Dans ces moments d’excitation, la femme devient comme la pâte dans la main du boulanger. Tantôt il la pétrit violemment, tantôt il est plein de douceur avec elle. Il l’étalé ou la ramasse. Il la chauffe.
      Bref, le savant, dans son ivresse, avait tout oublié de son ascétisme et de sa dignité. Lui et la servante frissonnaient comme deux oiseaux qu’on vient d’égorger. Ils ne pensaient plus au sultan, à son échanson, à la foi ni à la piété.
      Ne voyant pas revenir le savant, le sultan s’impatienta. Il partit donc à sa recherche et tomba en arrêt devant la tempête dont les toilettes étaient le théâtre. Il entra dans une telle colère qu’on eût dit que des étincelles jaillissaient de sa bouche. Le savant le voyant dans cet état devint pâle comme un homme qui vient d’absorber du poison.
      Avisant l’échanson aux côtés du sultan, il lui dit :
      « Alors ? Ne reste pas planté là ! Montre-moi quelles sont tes ressources et égaie cet homme ! »
      Ces mots firent rire le sultan et il déclara :
      « Tu m’as offert la joie. Eh bien, moi, je t’offre la vie ! »

 

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