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10 octobre, 2016

Ivrogne et pourquoi pas, Bernard DIMEY

Classé dans : — unpeudetao @ 20:48

Ivrogne, c’est un mot qui nous vient de province

Et qui ne veut rien dire à Tulle ou Châteauroux,

Mais au coeur de Paris je connais quelques princes

Qui sont selon les heures, archange ou loup-garou

L’ivresse n’est jamais qu’un bonheur de rencontre,

Ça dure une heure ou deux, ça vaut ce que ça vaut,

Qu’il soit minuit passé ou cinq heure à ma montre,

Je ne sais plus monter que sur mes grands chevaux.

Ivrogne, ça veut dire un peu de ma jeunesse,

Un peu de mes trente ans pour une île aux trésors,

Et c’est entre Pigalle et la rue des Abesses

Que je ressuscitais quand j’étais ivre-mort…

J’avais dans le regard des feux inexplicables

Et je disais des mots cent fois plus grands que moi,

Je pouvais bien finir ma soirée sous la table,

Ce naufrage, après tout, ne concernait que moi.

Ivrogne, c’est un mot que ni les dictionnaires

Ni les intellectuels, ni les gens du gratin

Ne comprendront jamais… C’est un mot de misère

Qui ressemble à de l’or à cinq heure du matin.

Ivrogne… et pourquoi pas ? Je connais cent fois pire,

Ceux qui ne boivent pas, qui baisent par hasard,

Qui sont moches en troupeau et qui n’ont rien à dire.

Venez boire avec moi… On s’ennuiera plus tard.

Bernard DIMEY (1931-1981).

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